Retour en Silicon Valley (5/7) l’écosystème

Publié le 28 avril 2011 et mis à jour le 1 mai 2011 - Commenter -
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Dans ce cin­quième épisode de ce retour d’un voyage d’une semaine dans la Sili­con Val­ley dont je vous raconte presque tous les détails, voici ce qui concerne l’écosystème de l’innovation dans le numé­rique. Ce n’est évidem­ment pas exhaus­tif. L’écosystème de la Sili­con Val­ley est le plus dense du monde avec ses Uni­ver­si­tés et Labo­ra­toires de recherche (que nous avons déjà cou­verts), ses inves­tis­seurs (busi­ness angels, VCs), ses incu­ba­teurs, ses pres­ta­taires de ser­vices (consul­tants en tout ce que vous vou­lez, avo­cats, com­mu­ni­ca­tion, rela­tions publiques, recru­te­ment, finances, etc) et ses innom­brables confé­rences, sémi­naires et événe­ments locaux. Le maillage est tel qu’il se passe quelque chose tous les jours dans toutes les villes de la Sili­con Valley.

Pen­dant cette semaine, nous avons ren­con­tré un gou­rou de l’entrepreneuriat en la per­sonne de Steve Blank, deux inves­tis­seurs, Jeff Cla­vier de Soft­Tech Ven­tures et Pierre Lamond de Khosla Ven­tures, deux sortes d’incubateur (Black­Box et Hacker­Dojo) et enfin, l’antenne de San Fran­cisco de l’Ate­lier BNP Pari­bas. Comme Pierre Lamond nous a sur­tout parlé du mar­ché des clean­techs, j’ai déplacé ce qui le concerne dans le post sui­vant qui trai­tera jus­te­ment de ce sujet.

Mes pho­tos sont comme d’habitude tou­jours sur Dar­q­room.

Steve Blank

Je l’ai pré­senté comme “gou­rou” car c’est un peu comme cela qu’il se com­porte et ce n’est pas péjo­ra­tif. C’est un serial entre­pre­neur à la retraite qui enseigne et est l’auteur “The four steps to Epi­phany”, un livre sur le “Cus­to­mer Deve­lop­ment”. Ce thème qui fai­sait l’objet de son exposé est proche du concept de “Lean Star­tup”, que j’ai pu trai­ter dans le Guide Entre­pre­neur. Le livre a été tra­duit par un jeune entre­pre­neur belge, Antoine Bruyns. Celui-ci édite un blog en fran­çais sur le “Déve­lop­pe­ment client” qui reprend notam­ment les articles du blog de Steve Blank.

Steve Blank (2)

Steve Blank remarque que les entre­prises existent depuis au moins trois siècles mais que les pre­miers MBA ne sont appa­rus qu’en 1908 à Har­vard. Les star­tups comme on l’entend aujourd’hui existent depuis à peine 50 ans. Il est temps de modé­li­ser un peu le cycle de vie des star­tups et les bonnes pra­tiques. L’approche de Steve Blank consiste à tordre le cou à la pra­tique trop cou­rante de créa­tion de star­tups en repre­nant les méthodes de mana­ge­ment de grands groupes. Avec des busi­ness plans rigides, des pré­vi­sions de vente détaillées et des équipes plé­tho­riques avec des titres ron­flants (SVP Sales, SVP Mar­ke­ting, etc).

Pour lui, le démar­rage d’une star­tup (pléo­nasme…) relève d’une méthode très expé­ri­men­tale. Il s’agit de recher­cher son busi­ness modèle, et sur­tout de vali­der par l’expérience l’adéquation entre son pro­duit et ses clients. Le tout dans une boucle de feed­back per­met­tant d’ajuster l’offre pour qu’elle devienne viable. Il oublie cepen­dant de citer un écueil assez clas­sique de cette méthode pour les offres des­ti­nées aux entre­prises : prendre en compte les besoins spé­ci­fiques des clients et se mettre à faire… du spé­ci­fique, trans­for­mant rapi­de­ment un éditeur de solu­tions en société de ser­vices outillé, soit une SSII ou une web agency. Dans le mar­ché grand public, les tests clients mixent qua­li­ta­tif et quan­ti­ta­tif per­met­tant de prendre un peu plus de recul et on ne risque pas de ver­ser dans le ser­vice outillé.

Autre élément évoqué, la struc­tu­ra­tion d’un busi­ness model dans un schéma assez connu à neuf cases (ci-dessous) connec­tant les pro­duits au revenu en pas­sant par clients, par­te­naires. On le trouve dans le livre “Busi­ness Model Gene­ra­tion” et il est décrit dans des slides sur Sli­de­Share. Bon, c’est un peu pour les wanabe entre­pre­neurs qui croient qu’il suf­fit de faire des reve­nus pour avoir un bon busi­ness model, en oubliant la struc­ture de couts (couts mar­ke­ting et vente qui donnent des couts d’acquisition de clients, cout du ser­vice ou du pro­duit, churn, etc).

business-model-generation_9canvas1

D’autres éclai­rages :

  • Il y a trois étapes clés dans la vie d’une star­tup : la recherche du modèle, la construc­tion et l’exécution. La construc­tion revient à déve­lop­per l’entreprise à par­tir du modèle qui a été expé­ri­menté avec suc­cès. C’est à ce moment que l’on recrute des com­mer­ciaux et que l’on met en place un cycle de vente répé­table. Après, on exé­cute, même s’il s’agit d’une vision quelque peu sta­tique car dans les entre­prises qui savent res­ter inno­vantes, on se doit de remettre en cause l’existant en per­ma­nence et de relan­cer le cycle : créa­tion de nou­velles offres de rup­ture, recherche du bon modèle, etc. Les entre­prises qui se sta­bi­lisent trop long­temps dans l’exécution sont celles qui entre­tiennent leurs vaches à lait, ne font que de l’innovation incré­men­tale et loupent les ruptures.
  • Les CEO des star­tups qui gran­dissent avec suc­cès sont leurs fon­da­teurs. Et ceux-ci sont le plus sou­vent orien­tés pro­duits et ont une “vision” de là où ils veulent aller, bien en avance sur leur temps. Ils sont pas­sion­nés voire dévo­rés par leur pro­duit. Ils en sont uti­li­sa­teurs eux-mêmes. Ils savent le démon­trer, l’évangéliser. Et, c’est un non-dit, comme ils sont sou­vent amé­ri­cains, ils ont cette dose d’ambition et cette capa­cité à vendre et à com­mu­ni­quer qui est le propre de la culture locale, et qu’il est plus rare de trou­ver chez nous. Le modèle est évidem­ment Saint Steve Jobs. En France, on pour­rait prendre Xavier Niel de Free. L’anti-modèle du jour est un peu Steve Ball­mer, trop orienté ventes et pas assez pro­duit. Les inves­tis­seurs com­mencent à com­prendre cela et la mode consis­tant à virer les CEO fon­da­teurs dans la phase “build” com­mence à se tas­ser, tout du moins aux USA. Les mêmes CEO qui réus­sissent entre­tiennent un chaos per­ma­nent dans l’entreprise. C’est un peu le modèle de Mark Zuckerberg.
  • Comme toutes les méthodes, l’application du “Cus­to­mer Deve­lop­ment” ne garan­tit pas le suc­cès à coup sûr. Elle sert sur­tout à d’éviter les erreurs qui génèrent une grande mor­ta­lité infan­tile des startups.

Sur le blog pas­sion­nant de Steve Blank, vous trou­ve­rez enfin des pépites rares :

Jeff Cla­vier

Après des débuts de CTO dans une star­tup de logi­ciels pour salle de mar­ché rache­tée par Reu­ters, Jeff Cla­vier y fait une ren­contre for­tuite qui l’amène à deve­nir VC pour eux à Palo Alto en 2000. Il y arrive en pleine explo­sion de la bulle Inter­net et ce qui se passe quand on donne trop de moyens aux startups.

Il voit le web 2.0 émer­ger en 2004 et constate les faibles faibles besoins en capi­taux des star­tups du moment. Il décide de se lan­cer dans le finan­ce­ment d’amorçage. Il démarre d’abord sa propre acti­vité de busi­ness angel (dite “Soft­Tech 1”) et inves­tit dans 24 socié­tés. Il fait quelques bons coups comme Tru­Veo (racheté par AOL après 11 mois pour un mul­tiple de 17) et Mint et son acqui­si­tion par Intuit. A ce moment, les VCs com­prennent l’intérêt de faire de l’amorçage (on est aux USA). Jeff lance alors son propre fond VC et lève $15m. Il fait 65 inves­tis­se­ments en trois ans. Et puis un troi­sième fond de $35m qu’il vient de bou­cler en décembre 2010 et qui est main­te­nant sup­porté par une équipe per­ma­nent de trois per­sonnes, lui com­pris. Ils ont déjà inves­tit dans 12 socié­tés depuis le début de l’année, avec des mon­tants de $250K à $700K. Au pas­sage, il fait mon­ter la barre : fini les plans “Power­point” sauf avec des serial entre­pre­neurs. Et une recom­man­da­tion par une rela­tion qu’il connait bien amé­lio­rer les chances d’examen d’un dos­sier. Une anec­dote crous­tillante au pas­sage : il a reçu un jour un avis pour recher­cher un colis à la poste. C’était un busi­ness plan qui tenait sur un car­ton au for­mat A1. Bien vu pour se faire remar­quer, mais il n’a pas investi pour autant dans le dos­sier ! C’était à la limite irres­pec­tueux de faire ainsi perdre du temps à l’investisseur. En moyenne, il voit 50 deals par semaine qui abou­tissent à deux investissements.

En moins de 10 ans, il s’est taillé une très belle répu­ta­tion. C’est un inves­tis­seur reconnu dans les milieux du finan­ce­ment de l’innovation dans la Sili­con Val­ley, une posi­tion rare pour un fran­çais. Ce n’est donc pas seule­ment parce qu’il est un bon ami de Loïc Lemeur que vous le voyez chaque année inter­ve­nir à LeWeb.

Jeff Clavier (2)

Voici quelques-uns des sujets de dis­cus­sion avec Jeff :

  • La star­tup en amor­çage doit prou­ver son modèle rapi­de­ment, et pas seule­ment la vira­lité de l’adoption de son pro­duit. Il appré­cie celles qui ont une capa­cité à décol­ler et à faire du revenu. Il a eu ainsi dans son por­te­feuille une star­tup pas­sée de 0 à $20m en deux ans ! Tout ceci est une évidence vu d’un inves­tis­seur mais il est bon de le rap­pe­ler. En France, cela explique pour­quoi cer­tains inves­tis­seurs financent plus faci­le­ment des pro­jets dans le com­merce élec­tro­nique ou ce qui y touche de près ou de loin. Il met en garde les entre­pre­neurs euro­péens : si vous n’arrivez pas à lever en Europe et cher­chez alors à lever aux USA, cela ne marche pas. Ceux qui ont levé aux USA avaient déjà réussi à lever en Europe aupa­ra­vant (cf Criteo).
  • Il faut faire atten­tion à la dépen­dance vis à vis des pla­te­formes de dis­tri­bu­tion qui peuvent chan­ger les règles du jeu très rapi­de­ment (Face­book, AppS­tore). C’est arrivé récem­ment à Zynga vis à vis de Face­book et ils se sont adap­tés. Mais des struc­tures plus petites peuvent en pâtir bien plus dure­ment. Atten­tion, oui certes mais, elles sont deve­nues assez incon­tour­nables, sur­tout pour les star­tups qui ne ciblent qu’un type d’écran (genre iPhone ou iPad).
  • L’entrepreneur doit déve­lop­per son ins­tinct de sur­vie. Cela abou­tit à lever plus d’argent que de besoins esti­més. Avec la bulle actuelle, les (bons) entre­pre­neurs dictent un peu leurs termes aux inves­tis­seurs. Ils se per­mettent de faire la fine bouche, d’exiger des valo­ri­sa­tions très élevées (cf cet article: “Foun­ders Now Take the Money and Main­tain Control”). Jeff trouve par contre que les dilu­tions sont trop fortes en France. En effet, les busi­ness angels et cer­tains VCs sont sou­vent trop gour­mands et génèrent des dilu­tions de plus de 30% par tour de finan­ce­ment alors qu’il fau­drait res­ter géné­ra­le­ment en des­sous de 25%. C’est aussi lié à des valo­ri­sa­tions petites asso­ciées à des “petits busi­ness” sans grande ambi­tion mon­diale. Ceci explique cela.
  • Il y a une forte ten­sion sur mar­ché du recru­te­ment dans la Sili­con Val­ley. Les déve­lop­peurs démarrent avec un salaire com­pris entre $70K et $100K. Ca parait très élevé. Mais si on fait une com­pa­rai­son avec un salaire de 35K€ de débu­tant d’école d’ingénieur groupe A en France, en ajou­tant toutes les charges sala­riales et patro­nales, on arrive à envi­ron $90K. Sachant qu’en plus, l’assurance mala­die est bien plus chère aux USA. C’y est d’ailleurs un gros point noir avec le cout de l’éducation. Je découvre à cette occa­sion le terme de “Hack­qui­ring”. Il s’agit de la pra­tique, cou­rante chez Google, consis­tant à acqué­rir une petite star­tup plus pour embau­cher de très bons déve­lop­peurs que pour récu­pé­rer leur produit.
  • Le mar­ché est carac­té­risé par plu­sieurs “game chan­gers” simul­ta­nés qui aug­mentent le nombre des oppor­tu­ni­tés. Il y a bien entendu le monde de la mobi­lité, des idées du Web 1.0 qui sont mises en œuvre avec une sauce moderne, la publi­cité revien­drait en force, la signi­fi­ca­tion du web 2.0 aurait changé. Il s’agit main­te­nant de bien exploi­ter les graphes sociaux (genre Face­book, sans recréer le sien). Et se deman­der que faire avec les don­nées récol­tées sur les uti­li­sa­teurs : du ciblage (comme Cri­téo), de la recom­man­da­tion, etc. Il inves­tit dans des pro­jets ori­gi­naux comme Fit­Bit qui pro­duit un podo­mètre sans fil connecté au cloud (ci-dessous) et qui gros­sit très vite. Les inves­tis­seurs comme Jeff n’aiment géné­ra­le­ment pas miser sur des star­tups qui font du maté­riel, mais là, il a été séduit et il y a aussi une forte com­po­sante mobile et cloud dans l’offre.

fitbit-photo

  • Quelques règles d’or de l’investisseur avisé : il faut accom­pa­gner l’entrepreneur, mais ne pas faire la stra­té­gie à sa place. Ne pas sor­tir pré­ma­tu­ré­ment afin de se mettre en posi­tion de faire plus de “gros coups” qui vont ren­ta­bi­li­ser le fonds. Aux UAS, la prise de risque est plus grande car la ges­tion de l’échec est meilleure. Il note que si les star­tups euro­péennes ont par­fois du mal à s’implanter aux USA, c’est vrai dans l’autre sens. Pour la même rai­son qu’il est sou­vent pré­fé­rable d’aller aux USA que de se far­cir l’Europe pays par pays, aller en Europe est très dif­fi­cile pour les star­tups US. C’est pour cela que les star­tups euro­péennes se font sou­vent rache­ter par des entre­prises amé­ri­caines. Le contraire est plus rare, mais pas impossible.
  • L’écosys­tème de la Sili­con Val­ley n’est repro­duit nulle part dans le monde. Il note cepen­dant que Londres com­mence à y avoir un Karma posi­tif. Il remarque au pas­sage que de tous les incu­ba­teurs, c’est Y-Combinator qui génère le plus de pro­jets de qua­lité. La rai­son ? Une plus forte sélec­tion à l’entrée que chez les autres !

Voilà pour Doc­teur Jeff. Si vous vou­lez consul­ter son impres­sion­nant por­te­feuille d’investissements, direc­tion le site de Soft­Tech VC.

Incu­ba­teurs

Nous n’avons pas visité la star des incu­ba­teurs, Y-Combinator, mais deux struc­tures plus petites et spé­cia­li­sées dans le “bas de la pyra­mide” de seg­men­ta­tion des incu­ba­teurs de la Sili­con Valley.

black­box est un incu­ba­teur créé en jan­vier 2011 dans une mai­son à Ather­ton pas loin de Palo Alto. Il a été créé et animé par Bjoern Lasse Her­mann, un entre­pre­neur alle­mand de 25 ans avec quatre star­tups à son actif (ci-dessous) et Max Mar­mer, étudiant de Stan­ford de 20 ans. Il cible plu­tôt les entre­pre­neurs qui débarquent de l’étranger. Lorsque nous avons fait dans la soi­rée un tour de table des entre­pre­neurs pré­sents dans l’incubateur, tous qua­si­ment venaient d’ailleurs que les USA (Mexique, Alle­magne,  France, etc). Le pro­gramme d’incubation dure trois mois. Il four­nit des locaux dans une grande mai­son ache­tée par les fon­da­teurs de l’incubateur, du coa­ching et de la mise en rela­tion. Bjoern Lasse Her­mann est déjà très impli­qué dans le trans­fert de com­pé­tences car il avait créé la Star­tup School en 2009.

BlackBox incubator (10) Bjoern Lasse Hermann

Qu’avons-nous fait dans cet incu­ba­teur ? Nous y avons passé un après-midi com­plet et c’est là que sont inter­ve­nus Jeff Cla­vier, Sté­phane Kas­riel, Steve Blank et Hiten Shah de Kiss Metrics.

BlackBox incubator (5)

Nous avons ensuite par­ti­cipé à un bar­be­cue (ci-dessous) et décou­vert les entre­pre­neurs de l’incubateur qui ont cha­cun pit­ché en 30 secondes leur star­tup, au même titre que ceux des par­ti­ci­pants à notre voyage qui se lan­çaient dans la créa­tion d’une star­tup (un très bon exer­cice, et une pre­mière pour certains !).

BlackBox incubator (14)

Le deuxième incu­ba­teur visité était le Hacker­Dojo. C’est avant tout un lieu. Dans le concept, cela asso­cie les concepts de La Can­tine de Paris et des Star­tup Wee­kends. Mais en ‘ache­ment plus grand. C’est même très impres­sion­nant ! Ils sont ins­tal­lés à Moun­tain View dans une sorte de han­gar amé­nagé avec mez­za­nines mul­tiples (visite vidéo). Ils ont de grandes salles de tra­vail, un labo­ra­toire de hacking de hard­ware, et même une impri­mante 3D (ci-dessous).

Hacker Dojo (25)

Il s’y passe plein de choses : des réunions de com­mu­nau­tés, des for­ma­tions et des Hacka­thons, sorte de Star­tup Wee­kends pour déve­lop­peurs qui sont orga­ni­sés par des star­tups ou socié­tés. Le ven­dredi 22 avril de notre visite démar­rait ainsi un Hacka­thon spon­so­risé par la star­tup Fac­tual qui four­nit des APIs d’accès à des don­nées diverses, dans la mou­vance de l’Open Data. Ronan Ami­cel qui fai­sait par­tie de notre groupe est resté pour y par­ti­ci­per tout le week-end (ci-dessous).

Hacker Dojo - Ronan Amicel

Ces Hacka­thons semblent atti­rer des déve­lop­peurs de star­tups et de grandes boites de la Sili­con Val­ley qui rêvent de se lan­cer. C’est donc une autre voie d’accès à l’entreprenariat que le Y-Combinator (qui a l’air de pas mal recru­ter dans les uni­ver­si­tés) ou Black­box (qui recrute sur­tout à l’étranger).

Hacker Dojo Panorama

Ate­lier BNP-Paribas

Der­nière étape de ce par­cours dans l’écosystème de la Sili­con Val­ley, un pas­sage presque obligé pour les visi­teurs fran­çais avec l’Atelier BNP Paris­bas. C’est une autre “Can­tine” où ont lieu événe­ments, for­ma­tions et acti­vi­tés de conseil pour accom­pa­gner autant les star­tups fran­çaises qui s’installent dans la Sili­con Val­ley que les grandes entre­prises qui cherchent à com­prendre son fonc­tion­ne­ment et à en tirer parti (exemples : Pages Jaunes, Canal+, L’Oréal, Nike, LVMH, PPR).

L’Atelier est situé dans un curieux bâti­ment, à l’est de San Fran­cisco dans le quar­tier de Cen­tral Water­front. Pour y accé­der, il faut par­cou­rir un long cou­loir aux murs déses­pé­ré­ment vides (ci-dessous) qui n’a d’équivalent que dans cer­tains films amé­ri­cains. Et c’est en étage, pas en sous-sol !

Atelier (5)

Heu­reu­se­ment, l’intérieur est plus sympa ! Nous sommes accueilli par Fré­dé­ric Tardy qui a rem­placé Domi­nique Pio­tet que nous avions vu en 2007 et qui a créé sa société Rebel­lion­Lab en 2010. Fré­dé­ric Tardy nous fait un exposé d’une heure sur les grandes ten­dances de la Sili­con Val­ley en se foca­li­sant sur ce qui avait trait au mobile, au com­merce et à la publicité.

Atelier (1) Frederic Tardy

Il com­mence par défi­nir le “Web Squa­red”, de Tim O’Reilly qui avait aussi défini le terme Web 2.0 en 2004. Le concept date de 2009 et asso­cie le web social avec l’Internet des objets. Il est bien vul­ga­risé dans le schéma sui­vant (source: Dion Hin­ch­cliffe).

web2_and_web_squared_small

S’ensuit un cata­logue de nom­breuses ten­dances aux­quelles on adhère ou pas, ques­tion de point de vue et de génération :

  • Tout devient “Solomo” pour social, local et mobile. Il cite Waze, un ser­vice web com­mu­nau­taire qui indique com­ment sor­tir d’un embou­teillage. On l’avait vu dans les gagnants de LeWeb 2010. Et puis Blippy, un site social où l’on par­tage les avis sur ce que l’on a acheté (pas bien nou­veau le concept…) et Pla­ce­cast, un sys­tème d’alertes SMS géo­lo­ca­lisé, pour faire aussi de la publi­cité. Avec le NFC dans les mobiles, les consom­ma­teurs vont avoir leur maga­sin dans la poche. Nous sommes en pleine période de moné­ti­sa­tion de l’Internet.
  • Face­book envahi tout l’espace de l’Internet. Ce serait même la fin de l’email ! Thierry Bre­ton veut même faire dis­pa­raitre l’email chez ATOS. On est dans l’ère de la répu­ta­tion et la com­mu­ni­ca­tion de cha­cun devien­drait un broad­cast per­ma­nent, type Twit­ter. Un Twit­ter qui com­mence à être exploité par les marques (Dell, Best Buy). Je ne plus­soie pas du tout sur la fin de l’email ! Il ne faut pas confondre le broad­cast d’une marque et la vie des indi­vi­dus. L’email n’est pas près de dis­pa­raitre, ou tout du moins ce qui per­met de com­mu­ni­quer en 1/1 ou 1/few contrôlé. D’ailleurs, le fait que Face­book intègre un email montre bien que l’outil a de la valeur.
  • Google TV va tout chan­ger dans la télé­vi­sion avec de la publi­cité ciblée et des conte­nus qui ne seront plus ceux d’un mass media comme avant. Le contenu adapté au pro­fil uti­li­sa­teur. Ce serait la fin des chaines TV. L’âge moyen des consom­ma­teurs des grands net­works est de 55 ans (exemple de source), mon­trant le déca­lage avec la majo­rité du mar­ché et notam­ment par rap­port aux jeunes audiences ! Ce n’est pas for­cé­ment Google TV qui va gagner, mais for­cé­ment Google. Tout cela est un peu rapide, mais il est clair que le monde de la TV va chan­ger. Reste à savoir com­ment les conte­nus vont être finan­cés dans ces nou­veaux modèles où ce sont des acteurs autres que les chaines TV qui pour­raient siphon­ner les reve­nus publicitaires !

Par contre, Grou­pon serait sur le déclin. Les com­mer­çants en Cali­for­nie ne veulent pas renou­ve­ler leur contrat avec le site. La durée de vie de ce site serait limi­tée. Il y a main­te­nant les Face­book Deals. Les busi­ness models changent tous les mois dans l’Internet ! Et je ne vais pas pleu­rer sur Groupon…

Bref, pour les marques, il faut tout réap­prendre dans le mar­ke­ting et se remettre en cause en per­ma­nence ! La pré­sen­ta­tion de Fré­dé­ric qui sem­blait être un for­mat assez stan­dard pour secouer les neu­rones des grandes entre­prises fran­çaises me sem­blait très foca­li­sée sur le web mar­chand. Il est vrai qu’il est assez dur d’y échapper !

Voilà pour ce que nous avons vu de l’écosystème de la Sili­con Val­ley en quelques jours.

Pro­chaine et avant-dernière étape, un petit tour du côté des clean­techs. Ce n’est pas un thème habi­tuel­le­ment abordé sur ce blog, mais autant être com­plet sur le voyage. La der­nière étape sera un bilan de cette visite, ce que l’on peut en tirer et une évalua­tion com­pa­ra­tive des pro­grès récents accom­plis en France dans l’écosystème de l’innovation du numérique.

Tous les épisodes de cette série :

Retour en Sili­con Val­ley (1/7) grandes ten­dances
Retour en Sili­con Val­ley (2/7) la recherche
Retour en Sili­con Val­ley (3/7) grands de l’Internet
Retour en Sili­con Val­ley (4/7) star­tups Inter­net
Retour en Sili­con Val­ley (5/7) l’écosystème
Retour en Sili­con Val­ley (6/7) clean­techs
Retour en Sili­con Val­ley (7/7) et nous et nous ?

Publié le 28 avril 2011 et mis à jour le 1 mai 2011 Post de | Digital media, Google, Innovation, Marketing, Mobilité, Silicon Valley, Sociologie, Startups, TV et vidéo, USA | 8134 lectures

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