Les défis du plan France Numérique 2020

Publié le 25 juillet 2011 - 16 commentaires -
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Eric Bes­son et son équipe orga­ni­saient un “apé­ri­tif répu­bli­cain” à Bercy le 21 juillet 2011 à l’occasion du lan­ce­ment d’une consul­ta­tion natio­nale pour la pré­pa­ra­tion du plan France Numé­rique 2020. Une ini­tia­tive qui fait suite au plan France Numé­rique 2012 qui arrive bien­tôt à échéance et dont l’équipe d’Eric Bes­son doit faire un bilan avant l’automne 2011.

Je fai­sais par­tie de la soixan­taine de par­ti­ci­pants à cette réunion qui ras­sem­blait lob­byistes d’entreprises pri­vées, asso­cia­tions pro­fes­sion­nelles, entre­pre­neurs et blog­geurs, hauts fonc­tion­naires et membres du cabi­net de Bes­son, mais pas de jour­na­listes en appa­rence.  Je vais vous racon­ter ici même ce qui s’est dit dans cette réunion, rap­pe­ler l’histoire du plan France Numé­rique 2012 et évoquer quelques enjeux géné­raux du plan France Numé­rique 2020. Mes inévi­tables pho­tos de cette opé­ra­tion sont ici, et dans le fil de l’article. Après les tables rondes rec­tan­gu­laires, on est passé à la grande table ronde sans table…

Panorama Eric Besson 2

Eric Bes­son a com­mencé par faire un petit dis­cours de bilan rapide du plan France Numé­rique 2012 et pour expli­quer le pro­ces­sus de pré­pa­ra­tion de ce nou­veau plan, l’amenant à consul­ter les acteurs de l’industrie. Le plan 2012 pré­voyait 154 actions et 80% d’entre elles auraient été réa­li­sées. Il citait notam­ment le déploie­ment de la TNT et la fin de la TV ana­lo­gique, tou­jours pro­gram­mée pour la fin de l’année 2011.

Eric Besson (1)

Le docu­ment de la consul­ta­tion est télé­char­geable ici sachant qu’il faut répondre à l’email france.numerique2020@finances.gouv.fr dans un for­mat libre, en trai­tant les ques­tions qui vous concernent. La consul­ta­tion est construite autour des quatre axes du plan France Numé­rique 2012, qui don­ne­ront lieu à la créa­tion de groupes de tra­vail à par­tir de sep­tembre 2011. Cha­cun sera piloté par un membre du pôle numé­rique du cabi­net d’Eric Bes­son, eux-mêmes assis­tés par la DGCIS (la Direc­tion du Minis­tère de l’Industrie qui suit le sujet du numé­rique), le tout étant visi­ble­ment coor­donné par Caro­line Morard, qui gère notam­ment les rela­tions avec les blo­gueurs et entrepreneurs :

  • Per­mettre à tous les Fran­çais d’accéder aux réseaux et aux ser­vices numé­riques qui couvre aussi bien le haut débit que la TNT (groupe suivi par Akilles Lou­dière).
  • Déve­lop­per la pro­duc­tion et l’offre de conte­nus numé­riques (groupe suivi par Ber­nard Celli).
  • Accroitre et diver­si­fier les usages et les ser­vices numé­riques dans les entre­prises, les admi­nis­tra­tions, et chez les par­ti­cu­liers (groupe suivi par Cédric Pré­vost).
  • Moder­ni­ser notre gou­ver­nance de l’économie numé­rique, qui intègre le thème de l’entrepreneuriat (groupe suivi par Akilles Lou­dière et Cédric Pré­vost).

En 2008, Eric Bes­son avait lancé un pro­ces­sus de consul­ta­tion peut-être trop ambi­tieux avec les Assises du Numé­rique. Elles avaient donné lieu à plus de 140 réunions dans toute la France, toutes n’ayant pas eu de compte-rendu ce qui ren­dait dif­fi­cile la com­pi­la­tion des pro­po­si­tions. Il y avait aussi eu un wiki, pas très uti­lisé. Ici, le pro­ces­sus de consul­ta­tion sera plus res­serré et visera à l’efficacité. Le défi étant que les res­sources pour géné­rer ce plan sont tou­jours aussi limi­tées, même si Eric Bes­son peut main­te­nant s’appuyer plus faci­le­ment sur les ser­vices de l’Etat que lorsqu’il était Secré­taire d’Etat sans admi­nis­tra­tion. Le défi pour ceux qui répondent est d’émerger face aux lob­bies pro­fes­sion­nels qui dis­posent de moyens pour se faire entendre.

La dis­cus­sion avec Eric Besson

La seconde par­tie de l’exercice était la plus inté­res­sante. Eric Bes­son a laissé l’audience s’exprimer libre­ment pen­dant envi­ron une heure, même s’il fal­lait un peu se battre pour récu­pé­rer le micro ! Ce n’est pas ce que les poli­tiques aiment faire le plus car l’exercice est périlleux. Eric Bes­son a répondu point par point à l’ensemble des ques­tions en fai­sant spo­ra­di­que­ment appel à son direc­teur de cabi­net Franck Sup­plis­son pour cer­taines d’entre elles. On cri­tique sou­vent les poli­tiques sur leur manque de mai­trise des dos­siers. Ici, Eric Bes­son était plu­tôt bon dans l’exercice même si on pou­vait ne pas être d’accord avec lui sur le fond de ses réponses. Il a sur­tout remar­qué qu’il n’était pas mécon­tent de ne pas avoir à s’occuper de sujets comme HADOPI. Un comble pour celui qui a eu en charge pen­dant près de deux ans le sujet bru­lant de l’immigration et de l’identité nationale !

Voici donc un extrait de ces dis­cus­sions qui montre la grande diver­sité du pay­sage numé­rique et des pré­oc­cu­pa­tions des uns et des autres. J’attribue les ques­tions aux inter­ve­nants lorsque pos­sible et je peux me tromper :

  • Com­ment sérieu­se­ment pilo­ter le déploie­ment du haut débit en région ? (Michel Lebon). Eric Bes­son répond que cela avance et que l’on ne peut pas juste tondre les opé­ra­teurs : on a besoin d’opérateurs télé­coms forts en France.
  • Rap­pel du retard dans les usages numé­riques des PME, sur­tout sur le com­merce en ligne (Jean Mou­net, ci-dessous). Eric Bes­son rap­pelle le plan du “Pas­se­port pour le numé­rique” (qui est un échec pour les spé­cia­listes). It’s the culture, stu­pid ! La culture, cela se change avec du sym­bo­lique, de l’exemplarité, de la com­mu­ni­ca­tion et en jouant sur les péchés capi­taux.

Jean Mounet (1)

  • Où en sont les chan­tiers de l’administration notam­ment pour créer un patri­moine de logi­ciels libres de droit et quid de l’open data ? (Alexandre Zapolsky, de Lina­gora, ci-dessous). Eric Bes­son a répondu en com­men­çant par dire qu’il avait anti­cipé que la pre­mière ques­tion posée por­te­rait sur le logi­ciel libre. C’est effec­ti­ve­ment une habi­tude ! Et d’évoquer les grandes avan­cées dans la e-administration.

Alexandre Zapolsky

  • Pour­quoi attendre le privé pour créer une école de l’internet ? L’Etat doit répar­tir les bud­gets dans l’éducation et déve­lop­per les filière métiers por­teuses (Patrick Ber­trand, AFDEL, CEGID). La struc­ture de l’enseignement supé­rieur pour le numé­rique comme pour l’entreprenariat méri­te­rait un véri­table débat en effet.
  • Quid du sec­teur du livre qui risque de subir le même sort que la musique ? (Emery Doligé). Eric Bes­son répond que c’est du res­sort du Minis­tère de la Culture.
  • Quid du Green IT ?
  • Quid de l’établissement de l’accès à Inter­net comme droit fon­da­men­tal ? J’ai oublié la réponse ! Smile
  • Com­ment va fonc­tion­ner la consul­ta­tion du plan France Numé­rique 2020 (Fadhila Bra­himi, FB Asso­ciés, coach en per­so­nal bran­ding) ? Les réponses à la consul­ta­tion seront conso­li­dées par le cabi­net d’Eric Bes­son qui va orga­ni­ser des groupes de tra­vail et le plan 2020 sera annoncé lors des Assises du numé­rique qui auront lieu à Paris-Dauphine le 30 novembre 2011.

Il y avait aussi et sur­tout beau­coup de ques­tions sur l’entreprenariat, qui va visi­ble­ment prendre une place plus impor­tante que dans le plan France Numé­rique 2012 :

  • Il faut aider les star­tups et PME inno­vantes ! Le CIR avan­tage trop les grandes entre­prises (Patrick Ber­trand, AFDEL, Cegid). Vaste débat, mais l’oreille de Bercy n’est pas très atten­tive sur le sujet. Les grandes entre­prises, voire les entre­prises étran­gères, font un lob­bying effi­cace pour conti­nuer à récu­pé­rer leur CIR même si cer­tains abus ont été conte­nus dans la Loi de Finance 2011.
  • Quid du sta­tut JEI, de la fameuse balle per­due ? (Patrick Ber­trand, AFDEL, Cegid). Eric Bes­son répond que le retour au statu quo ante sera pro­posé dans la Loi de Finances 2012, modulo les arbi­trages de Bercy.
  • Il faut encou­ra­ger les ini­tia­tives comme Le Cam­ping (à mul­ti­plier par 10), amé­lio­rer le ser­vice de la Coface pour les expor­ta­tions et faire en sorte que les grandes entre­prises fassent plus appel aux star­tups et en acquièrent plus (Cédric Giorgi, Sees­mic, ci-dessous). Cédric fai­sait réfé­rence à un Small Busi­ness Act, qui n’est pas for­cé­ment la réponse appro­priée, tout du moins s’il s’agissait d’imiter le SBA amé­ri­cain pour lequel Eric Bes­son trouve que nous avons beau­coup d’équivalent déjà en place en France, ce en quoi il n’a pas tord.  Aux USA, le SBA ne régit pas les rela­tions entre grandes entre­prises pri­vées et PME !

Cédric Giorgi

  • Il faut encou­ra­ger les inno­va­tions de ser­vices et pas seule­ment les inno­va­tions tech­no­lo­giques, pour qu’un Face­book ait pu rétros­pec­ti­ve­ment se créer en France (Ben­ja­min Suchar, Che­ck­My­Me­tro, ci-dessous). On peut se deman­der pour­quoi les Sky­Blogs ne sont pas deve­nus Face­book ! Pas de vision suf­fi­sam­ment inter­na­tio­nale et orien­tée pla­te­forme ? Et l’encouragement des inno­va­tions non tech­no­lo­giques est un casse-tête pour les aides publiques, contraintes par la règle­men­ta­tion de la concur­rence, notam­ment à Bruxelles.

Benjamin Suchar (1)

  • Com­ment mieux finan­cer l’ensemble du cycle de vie des star­tups. Cer­tains mettent l’accent sur le déve­lop­pe­ment (en clair, pour des tickets de finan­ce­ment au-delà de ce que font les VCs) et d’autres sur l’amorçage (Valé­rie Dagand, Cybe­relles).
  • Com­ment faire en sorte que la régu­la­tion du sec­teur de la TV per­mette aux nou­veaux acteurs d’émerger au lieu de les blo­quer ? (Louis Van Pro­dij, Fair­Play TV Inter­ac­tive, ci-dessous). Un autre inter­ve­nant d’un syn­di­cat pro­fes­sion­nel deman­der à ce que les cata­logues de conte­nus soient “libé­rés” voire de révi­ser la chro­no­lo­gie des médias, pour per­mettre aux nou­veaux ser­vices de se développer.

Louis Van Proosdij (1)

  • J’insiste pour ma part sur ce point en fai­sant remar­quer que l’Etat aide les dif­fé­rents sec­teurs du numé­rique de manière trop sau­cis­son­née (jeux vidéo, logi­ciels, nano­techs, etc) sans bien dis­tin­guer son rôle d’Etat client (comme avec l’appel d’offres Proxima Mobile) et d’incitateur à l’innovation (JEI, CIR, Oséo, appels à pro­jets divers, etc). Et qu’il donne par­fois l’impression de frei­ner les inno­va­tions “Schum­pe­té­riennes” comme dans l’univers des médias. Je demande à ce que les aides publiques soient plus géné­riques et sim­pli­fiées pour les entre­pre­neurs. Eric Bes­son répond que chaque indus­trie a ses par­ti­cu­la­ri­tés, qu’il a ainsi été créé un sta­tut de l’Editeur de Logi­ciels de Jeux. Il fait aussi état des efforts dans le cal­cul inten­sif (mais c’est aussi parce que l’Etat est client, ne serait-ce qu’avec le centre de cal­cul TERA 100 du CEA à Bruyères le Cha­tel), que l’aide du FSI à SOITEC a été fort appré­ciée par la société (et pour cause).

Retour sur le plan France Numé­rique 2012

J’avais abon­dam­ment cou­vert le pro­ces­sus de créa­tion et d’annonce du plan France Numé­rique 2012 sur ce blog : le lan­ce­ment des assises du numé­rique, retour et suite des Assises, la créa­tion d’un cor­pus de pro­po­si­tions sur l’entrepreneuriat (cer­taines sui­vies d’effets, mais plus du fait d’initiatives pri­vées que du rôle de l’Etat) et le feed­back sur le lan­ce­ment du plan 2012.

L’annonce du plan à l’Elysée avait été plom­bée par la sym­bo­lique de l’absence de Nico­las Sar­kozy, com­pen­sée seule­ment trois ans plus tard avec le eG8 et l’annonce de la créa­tion du Conseil Natio­nal du Numé­rique. Son absence de l’époque était parait-il liée à la crise Leh­mann qui l’occupait. Mais une source très bien pla­cée à l’Elysée m’avait indi­qué qu’il ne serait pas inter­venu même sans crise finan­cière, jugeant que le plan n’était pas assez bien ficelé ou man­quait de souffle.

Ce qui frap­pait dans ce plan était sa grande dis­per­sion. Avec 154 mesures, on était un peu perdu, ce d’autant plus qu’il n’y avait pas d’objectifs chif­frés ni même d’objectifs de moyens dans le plan ! Le plan était de plus très orienté sur les infra­struc­tures et les contenus/médias et pas assez sur l’entrepreneuriat. Il sem­blait trop reflé­ter les pré­oc­cu­pa­tions sec­to­rielles relayées par les dif­fé­rents lob­bies pro­fes­sion­nels du numé­rique. La construc­tion col­la­bo­ra­tive du plan était plus que bal­bu­tiante. L’entrepreneuriat a été ensuite traité en déca­lage de phase par NKM avec ses appels à pro­jets et avec l’intégration du numé­rique dans le grand emprunt. Mais sans que le tout soit vrai­ment cohérent.

Si l’application du plan France Numé­rique 2012 a tout de même suivi son cours, elle a été sérieu­se­ment obs­cur­cie par ces lois qui ont mal­en­con­treu­se­ment occupé le devant de la scène (HADOPI, LOPPSI) tout comme par le débat sur la neu­tra­lité du net. Cela donne un arrière-gout de gâchis en terme d’allocation de temps de l’ensemble de l’écosystème du numé­rique. Et ce n’est pas terminé !

Enjeux du plan France Numé­rique 2020

Alors, Eric Bes­son peut-il nous faire rêver cette fois-ci ?

Le défi pro­vient de ce que le numé­rique étant par­tout, la construc­tion d’un tel plan et sa com­mu­ni­ca­tion sont déli­cates, ce d’autant plus que les res­sources pour le créer sont limi­tées. Le numé­rique est certes omni­pré­sent voire bana­lisé, comme l’électricité ! Mais il sous-tend des enjeux de société (vie pri­vée, fonc­tion­ne­ment de la démo­cra­tie), éthiques (avec les nano­tech­no­lo­gies) et écono­miques (com­pé­ti­ti­vité, export, etc). Il y a une lueur d’espoir liée à la res­pon­sa­bi­lité éten­due d’Eric Bes­son sur l’industrie et à son inté­gra­tion dans la grande machine de Bercy, une situa­tion enviable par rap­port à celle de Secré­taire d’Etat rat­ta­ché à Mati­gnon. Eric Bes­son pour­rait faire rêver en ins­pi­rant un peu plus les jeunes, notam­ment ceux qui veulent entre­prendre, tout comme l’ensemble des régions, en attente d’un véri­table haut débit généralisé.

Sans ren­trer dans le détail de chaque aspect qu’il cou­vrira, voici quelques remarques géné­rales sur l’approche de concep­tion du plan :

  • Le diag­nos­tic : les spé­cia­listes de l’innovation affirment ainsi que les inno­va­teurs passent plus de temps à iden­ti­fier le pro­blème à résoudre que la solu­tion asso­ciée. Sans bon diag­nos­tic, on ne résout pas les bons pro­blèmes. Dans mes pro­po­si­tions en 2008, j’avais évoqué le besoin d’une approche struc­tu­rée avec un diag­nos­tic de ce qui ne va pas, une construc­tion d’ensemble cohé­rente et des objec­tifs chif­frés (sco­re­card). Une telle démarche reste tou­jours néces­saire ! Le diag­nos­tic doit notam­ment ser­vir à expli­quer les déca­lages que l’on observe dans les bench­marks inter­na­tio­naux et à dis­tin­guer les causes et les effets dans l’analyse. On verra son appli­ca­tion dans l’exposé pré­li­mi­naire aux mesures qui seront conte­nues dans le plan France Numé­rique 2020 en novembre 2011.
  • Le rôle de l’Etat méri­te­rait d’être mieux défini et arti­culé plu­tôt de d’enfiler un cata­logue de mesures dis­pa­rates. Quelle stra­té­gie de régu­la­teur (garan­tir les liber­tés fon­da­men­tales, pro­té­ger le consom­ma­teur, favo­ri­ser l’innovation), de client et uti­li­sa­teur (com­ment rendre de manière géné­rique la puis­sance publique “inves­tis­seuse” plus inno­vante, plus rapide dans son action, plus effi­cace), comme co-financeur d’infrastructures (haut débit), comme archi­tecte d’un envi­ron­ne­ment favo­rable à l’entreprenariat (fis­ca­lité, aides, inves­tis­se­ments, par­te­na­riats public-privé, orga­ni­sa­tion de l’enseignement supé­rieur et rap­pro­che­ment des filières). L’Etat est aussi “implé­men­teur” et “mana­geur”, avec un rôle d’arbitre dans les luttes de pou­voir internes aux admi­nis­tra­tions, grands Corps de l’Etat et autres EPIC (établis­se­ments publics à carac­tère indus­triel et com­mer­cial). Il fau­drait aussi éviter la dis­per­sion du plan 2012 et être à la fois plus pré­cis dans l’action et plus géné­rique pour éviter d’aider des sec­teurs divers de manière trop spé­ci­fique (jeux vidéos, etc). Chaque sec­teur a certes des par­ti­cu­la­ri­tés mais le micro-management de toutes les indus­tries du numé­rique ne tient pas la route. Il est par ailleurs cou­teux : tant au niveau de la ges­tion de ces divers plans que dans la com­plexité géné­rée pour les entre­pre­neurs. Eric Bes­son trouve ces ques­tions trop phi­lo­so­phiques mais c’est pour­tant en les négli­geant que l’on abou­tit à des redon­dances et aber­ra­tions telles que celles de la mise en œuvre pra­tique du Grand Emprunt.
  • L’hori­zon poli­tique est de 9 ans. Le plan doit donc théo­ri­que­ment tra­ver­ser trois quin­quen­nats sans encombres ce qui à la vitesse d’évolution du numé­rique est une bien belle gageure ! Cela peut décou­ra­ger les uns et les autres de s’investir dans un plan qui pour­rait être remis en cause après mai 2012 en cas d’alternance. Le plan va donc devoir asso­cier des actions tan­gibles de court terme et des objec­tifs et prin­cipes d’action pou­vant tra­ver­ser les années et les aléas poli­tiques. C’est le cas de l’équipement haut débit qui n’est pas un plan à 12 mois ! Un grand écart qui deman­dera du souffle ! Bes­son ne sera peut-être pas un Ken­nedy style “before this decade is out, lan­ding a man on the moon ”, mais il peut tou­te­fois impul­ser une ambi­tion qui sor­ti­rait du côté un peu pépère des plans habi­tuels. Entre rat­tra­per tel ou tel retard et deve­nir lea­der dans tel ou tel domaine, il y a un bon décalage !

Pour ma part, je vais me foca­li­ser en répon­dant pro­ba­ble­ment à la consul­ta­tion sur les par­ties concer­nant la TV numé­rique et sur l’entrepreneuriat. Soit seul, soit inté­gré à diverses struc­tures asso­cia­tives comme en 2008 ou au Conseil Natio­nal du Numérique.

PS: quelques autres comptes-rendus de ce lan­ce­ment de la consul­ta­tion par Fadhila Bra­himi , Céline Fron­tera et Marie Rufo. L’ami Emery Doligé est quant à lui plus laco­nique.

Publié le 25 juillet 2011 Post de | Enseignement supérieur, Entrepreneuriat, Facebook, France, Innovation, Politique, Startups, TV et vidéo | 11877 lectures

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Les 16 commentaires et tweets sur “Les défis du plan France Numérique 2020” :

  • [1] - rthomas a écrit le 25 juillet 2011 :

    Une ques­tion qui me trotte dans la tête depuis le démar­rage de la dis­pa­ri­tion de la TV ana­lo­gique. Peut-être as tu des éléments de réponse.

    Com­bien vas cou­ter le pas­sage analogique->TNT en france?
    Est-ce que ce bud­get n’aurait pas pu être alloué à la fibre pour rece­voir la TV par ce moyen et arrê­ter les émet­teurs TNT?
    Bien entendu replie pos­sible avec le satel­lite.
    Cela aurait per­mis la sup­pres­sion des émet­teurs, de leur main­te­nance et poten­tielle noci­vité, mais sur­tout cela aurait été un super coup d’accélération pour le fibrage de la france.

    Rémi

    ps : petite erreur ligne deux “qui arrive bien­tôt avec échéance”

    • [1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 25 juillet 2011 :

      Le pas­sage à la TNT aura coûté à l’Etat 333m€ (source: http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/budget/plf2011/b2857-tiii-a29.pdf).

      Les infra­struc­tures et émet­teurs ont du être en grande par­tie finan­cés par TDF qui est une société de droit privé (une SAS). L’Etat a sinon prévu des aides diverses (aides à l’équipement en déco­deur, à l’antenne et à la récep­tion) qui sont réser­vées aux foyers qui sont exo­né­rés de redevance.

      Le coût du pas­sage à la TNT n’a donc rien à voir avec les dizaines de mil­liards néces­saires pour le fibrage du pays (même si l’évaluation de cer­tains opé­ra­teurs est contes­tée), et les 2 mil­liards alloués côté Etat (en + des régions) pour ce faire. En termes de grandes masses, ré-allouer un bout des 333m€ à la fibre n’aurait rien changé à la donne.

      L’alternative satel­lite est trop coû­teuse pour être géné­ra­li­sée car elle néces­site un ter­mi­nal plus cher que les déco­deurs TNT, sans comp­ter la plus grande tech­ni­cité de l’installation (pré­ci­sion du poin­tage de l’antenne) et la pol­lu­tion visuelle dans les villes. Elle est sur­tout uti­li­sée dans les zones encla­vées qui cor­res­pondent à 5% du ter­ri­toire de la métro­pole, ou pour les abon­nés à Canal Satel­lite qui sont quelques millions.

      La dif­fu­sion hert­zienne reste un choix rai­son­nable lorsque l’infrastructure du câble ne domine pas le pays comme aux USA ou en Allemagne.

  • [2] - ZISERMAN a écrit le 25 juillet 2011 :

    Tu aurais été très bien au CNN ;)

    Ne penses tu pas qu’il vau­drait mieux inves­tir plus et mieux le sec­teur de l’internet (P2P) que de la TV (qui reste sur un modèle broad­cast), sur­tout si on vise 2020 ?

    • [2.1] - Olivier Ezratty a répondu le 25 juillet 2011 :

      Il faut les deux mon capi­taine ! L’Internet est un terme géné­rique qui couvre tout un tas d’usages. La TV numé­rique en fait main­te­nant par­tie et devient une des com­po­santes de l’Internet.

      Il y a des enjeux tech­nos et de sou­ve­rai­neté cultu­relle impor­tants dans la bataille qui se pré­pare avec les acteurs amé­ri­cains comme Google, Apple ou Netflix.

      • [2.1.1] - ZISERMAN a répondu le 25 juillet 2011 :

        Tu as rai­son bien sûr,

        Mais orien­ter les choses du point de vue de l’internet, ça a l’avantage de faire chan­ger de point de vue, tu vois ce que je veux dire ?

        Si on “tire la ficelle” à par­tir d’une réflexion “TV”, on dit bien sûr que ça évolue, que ça com­mu­nique, … Mais on reste sur une approche borad­cast “inside”…

  • [3] - Michel LEBON a écrit le 25 juillet 2011 :

    Ma ques­tion, extraite du sus-cité blog… refor­mu­lée!
    ------------------------------------------------------------
    Ma ques­tion est liée au Plan Natio­nal Très Haut Débit, des cri­tiques récur­rentes qu’il reçoit, confère le rap­port Mau­rey (en pré­ci­sant que tout n’est pas à prendre au pied de la lettre), confère la Presse IT…

    Quand vien­dront les néces­saires adaptations ?!

    Pre­nons pour exemple le sort réservé aux zones peu denses hors AMII et plus pré­ci­sem­ment les “zones rurales” avec la régle­men­ta­tion mise en place par l’ARCEP pour ce qui s’appelle la “Mon­tée en Débit” (MeD) ie la façon de pro­lon­ger la vie de la Boucle Locale Cuivre par inter­ven­tion au niveau des sous répar­ti­teurs… en atten­dant la fibre dans 10, 15 ou 20 ans sinon jamais:

    ° 21000 SR à trai­ter, par le seul France Télé­com (en l’état des textes), à rai­son de 1000 par an (Capa­cité de pro­duc­tion du seul France Télé­com habi­lité à inter­ve­nir) cela fait 21 ans …
    ° donc, pro­blème: soit on ne fait pas tout, soit on le fera bien trop tard … alors que la MeD est jus­te­ment pré­vue pour ser­vir de solu­tion pal­lia­tive devant l’urgence de pro­po­ser une solu­tion digne de ce nom aux Col­lec­ti­vi­tés Ter­ri­to­riales qui la réclament avec véhé­mence…
    ° Et donc que fait-on ?
    ------------------------------------------------------------

  • [4] - Michel Nizon a écrit le 25 juillet 2011 :

    Est ce que ce type d’initiatives qui semblent très fran­chouillardes existent en Alle­magne et/ou aux US ?

    • [4.1] - Olivier Ezratty a répondu le 25 juillet 2011 :

      Il y a bien eu un plan numé­rique en Alle­magne (“Infor­ma­tion Society Ger­many”), au Royaume Uni (“Digi­tal Bri­tain”) ainsi qu’au niveau Euro­péen (eEu­rope, Lis­bonne 2000).

      Aux USA, ils n’ont pas vrai­ment besoin de cela. Tout du moins sous la forme jaco­bine fran­çaise. Les plans sont plus sau­cis­son­nés (Digi­tal TV, etc). Il y a aussi une grande influence de la com­mande publique mili­taire. Et un rôle fort de régu­la­tion de la FCC.

      • [4.1.1] - Michel Nizon a répondu le 25 juillet 2011 :

        J’ai lu et com­paré pour la par­tie que je connais un peu, le e-learning, le docu­ment de réfé­rence fran­çais et le docu­ment donné dans votre réponse pour le Royaune Uni:
        Pour le docu­ment fran­çais page 8 on reste dans l’abstrait et com­ment amé­lio­rer le sys­tème avec un côté jaco­bin : “Com­ment l’Institution peut aider…“
        Dans le docu­ment bri­tish, on est dans le prag­ma­tisme avec un double objec­tif : Com­ment sou­te­nir les demandes en e-learning et construire une indus­trie du XXIème siècle du e-learning basée sur des inno­va­tions de rup­ture avec l’ensemble des acteurs concer­nés…
        La for­mu­la­tion des ques­tions dans cet exemple en dit long sur les ambi­tions de chacun…

        • [4.1.1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 25 juillet 2011 :

          Les plans publics anglo-saxons sont effec­ti­ve­ment géné­ra­le­ment plus pra­tiques, orien­tés résul­tats, actions et “busi­ness” (au sens du déve­lop­pe­ment de l’économie).

          Ques­tion de culture…

  • [5] - sylvain a écrit le 26 juillet 2011 :

    Cer­tains par­ti­ci­pants sont connus pour uti­li­ser la toile de façon peu ortho­doxe pour insul­ter, lan­cer des rumeurs sans fon­de­ment, mani­pu­ler l’opinion, uti­li­ser des don­nées publiques afin de ren­ver­ser les ten­dances, ficher les gens, les ame­ner à faire le contraire de ce qu’ils veulent, etc. Cela ne fait pas très sérieux (cf. nom cité dans votre tout der­nier para­graphe). Pour­quoi se mèlent ils ici aux per­son­na­li­tés pour­tant plus enga­gées pour le déve­lop­pe­ment écono­mique du numé­rique? Nous ver­rons com­ment Inter­net sera uti­lisé, voire sac­cagé, durant les pré­si­den­tielles qui s’annoncent. Des inno­va­tions non tech­no­lo­giques vont cer­tai­ne­ment être uti­li­sées et j’espère qu’elles ne rece­vront aucun sou­tien public. Un peu de débat sur les bons usages du web ne ferait pas de mal… Mais est ce le rôle de Besson ?

  • [6] - H1B a écrit le 26 juillet 2011 :

    Merci Oli­vier pour ce compte-rendu, d’autant qu’Eric Bes­son, contrai­re­ment à ses habi­tudes, s’est fait plu­tôt dis­cret sur le lan­ce­ment de cette consul­ta­tion. Cela dit, on le com­prend tant son “mille-feuille” pré­cé­dent était indi­geste et les résul­tats miti­gés. Dire que 80% des actions auraient été réa­li­sées est un abus de lan­gage… On ne va pas chi­po­ter mais cela fait gen­ti­ment sou­rire : réduc­tion toute rela­tive de la frac­ture numé­rique, échec de la TMP, enga­ge­ments non tenus en faveur des MVNOs, pas de créa­tion de cur­sus universitaire(s) spécifique(s) aux métiers de l’Internet (mesure sous-traitée à l’EEMI), déve­lop­pe­ment du sans-contact plus que timide (hor­mis l’expérimentation niçoise), absence de créa­tion de la Délé­ga­tion natio­nale au numé­rique, etc. En fait, le prin­ci­pal objec­tif en passe d’être réel­le­ment atteint - et déjà décidé à l’époque (loi du 5 mars 2007) - est celui du bas­cu­le­ment réussi vers la TNT (qui a bien “plombé” TDF mais ceci est une autre histoire).

    Plus sérieu­se­ment, je me fais la même remarque que lors de la pré­sen­ta­tion du plan 2012 : c’est quand même curieux d’être aussi vague quand on parle de “haut débit” (hier) ou de “très haut débit” (aujourd’hui). Hier (France numé­rique 2012), c’était “supé­rieur à 512 Kbit/s”, aujourd’hui (pré­pa­ra­tion du plan 2020), c’est “très haut débit” tout court ! Entre 1 Mbit/s, 2 Mbit/s, 8 Mbit/s et 50 ou 100 Mbit/s symé­triques, ce n’est quand même pas la même chose, même avec des débits “théo­riques”. Il me revient qu’à la même période (fin 2008/début 2009), des plans simi­laires au en Alle­magne et au Royaume-Uni par­laient res­pec­ti­ve­ment de 1 et 2 Mbit/s à échéance 2011 et 2010.

    Ce qui me frappe aussi à la lec­ture du compte-rendu d’Olivier, c’est le manque de vision, d’anticipation, fin 2008, sur les sujets qui sont aujourd’hui au coeur du débat : neu­tra­lité du Net, satu­ra­tion des réseaux cel­lu­laires, TV connec­tée, réseaux sociaux, ser­vices géo­lo­ca­li­sés, cloud com­pu­ting, don­nées publiques (open data), réa­lité aug­men­tée, etc. Avec une pers­pec­tive à dix ans, cela risque de deve­nir fran­che­ment “compliqué”.

    Enfin, impu­ter au gou­ver­ne­ment actuel la créa­tion du Cré­dit impôt recherche (p. 14 du docu­ment de pré­sen­ta­tion France numé­rique 2020) qui remonte à 1983, c’est un peu gon­flé - même si le CIR a été signi­fi­ca­ti­ve­ment réamé­nagé en 2008 et son fonc­tion­ne­ment rendu bien plus effi­cace en 2009 (dans le cadre du plan de relance). Bref, et même si on le savait déjà, Eric Bes­son et le gou­ver­ne­ment pour­raient faire plus et mieux pour l’économie numérique.

    Bonne ins­pi­ra­tion - et bon été - aux futurs contributeurs !

    • [6.1] - Olivier Ezratty a répondu le 26 juillet 2011 :

      Il est vrai qu’en reli­sant à tête repo­sée le plan 2008, on a du mal à croire que 80% des mesures aient été mises en oeuvre. J’attend avec impa­tience cette évalua­tion de l’application du plan par l’équipe d’Eric Bes­son. Cela sera très inté­res­sant sur­tout s’ils expliquent pour­quoi les mesures n’ont pas été sui­vies d’effet le cas échéant.

      Dans le bêti­sier, il y a en plus de ce que tu cites :

      - Action 22 : déve­lop­per la radio numé­rique. Qui n’est pas d’ailleurs pas for­cé­ment une priorité.

      - Actions 64 et 65 sur le décou­plage OS/hardware dans la vente de PCs. Un vieux ser­pent de mer qui conti­nue d’agiter les asso­cia­tions de pro­mo­tion du logi­ciel libre, qui ont été cepen­dant dis­traites depuis par la HADOPI et la net neu­tra­lité et ont un peu laissé tomber.

      - Action 114 : déve­lop­per le télé­tra­vail dans le sec­teur public. On serait inté­ressé de savoir quels sont les métiers concernés !

      - Tout ce qui concerne l’open data, qui avance très doucement.

      - Action 132 : le DMP santé, autre ser­pent de mer, de plus grosse taille.

      Par contre, sur l’absence de côté vision­naire, ne jetons pas trop la pierre. En 2008, cer­tains des sujets que tu cites n’étaient pas encore dans le vent ou bien n’entraient pas for­cé­ment dans les pré­ro­ga­tives de l’Etat, comme la réa­lité aug­men­tée. Le cloud s’est retrouvé dans les prio­ri­tés du grand emprunt. Le cel­lu­laire a béné­fi­cié en par­tie du divi­dende numé­rique et le LTE va arri­ver, les ser­vices géo­lo­ca­li­sés n’ont pas trop besoin de l’Etat (sauf pour ce qui est des ser­vices publics). Et cer­tains d’entre eux font par­tie de la consul­ta­tion comme ce qui concerne les TV connectées.

      Sur le CIR, le texte dit “le gou­ver­ne­ment” sans pré­ci­ser lequel. Ils auraient du écrire l’Etat. Cepen­dant, l’actuel gou­ver­ne­ment (ou pré­si­dence) a modi­fié plu­sieurs fois le CIR depuis 2007. Et aussi le JEI, héhé. Mais pas dans le bon sens… :)

      Autre remarque : c’est un sport natio­nal dans tous les pays de se plaindre de ses poli­tiques et de ses admi­nis­tra­tions. Mais elles sont le reflet du fonc­tion­ne­ment de la “société civile” (expres­sion que Bes­son n’aime pas car selon lui les poli­tiques sont “civils” et pas … mili­taires) et, pour ce qui est du numé­rique, des jeux de pou­voir entre entre­prises, citoyens et consom­ma­teurs. L’Etat (sur­tout actuel) peut avoir ten­dance à trop arbi­trer en faveur des pre­mières. Citoyens et consom­ma­teurs doivent mieux s’organiser pour faire contre-poids. Bref, c’est un peu à nous de jouer !

  • [7] - patr_ix a écrit le 30 juillet 2011 :

    Merci Oli­vier pour ce compte-rendu.

    » “Eric Bes­son répond que […] l’on ne peut pas juste tondre les opé­ra­teurs : on a besoin d’opérateurs télé­coms forts en France.”

    Après l’année des taxes, l’année relaxe pour les opé­ra­teurs ?
    ;-)




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