Bac de philo aux Universités d’Eté du MEDEF

Publié le 4 septembre 2011 et mis à jour le 13 août 2012 - 6 commentaires -
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J’ai cette année par­ti­cipé une nou­velle fois – comme “blog­geur” – aux Uni­ver­si­tés d’Eté du MEDEF qui avaient lieu à HEC (Jouy en Josas) les 31 aout et 1ier sep­tembre 2011, mais pas le 2 sep­tembre. Comme chaque année, je par­tage avec vous quelques impres­sions sur cet événe­ment de ren­trée du patro­nat fran­çais qua­si­ment simul­tané avec les Uni­ver­si­tés d’Eté des par­tis poli­tiques et en amont de la ren­trée sociale qui voit les syn­di­cats se réveiller de la tor­peur des vacances.

Dans ce compte rendu, je vais décrire le for­mat de cet événe­ment et ses des­sous, la place don­née à l’innovation et aux star­tups, quelques moments clés des débats, et quelques signaux faibles obser­vés sur place. Vous pour­rez aussi par­cou­rir ce compte-rendu sous forme illus­trée avec mes pho­tos sur Dar­q­room.

Salle Plénière (5)

Un for­mat rôdé

Le for­mat de ces Uni­ver­si­tés d’Eté est sta­bi­lisé. Un inter­ve­nant de pres­tige en ouver­ture, des ses­sions plé­nières et des ses­sions non plé­nières qui alignent une bonne dou­zaine d’intervenants et durent deux inter­mi­nables heures. Elles traitent de sujets assez vagues, ce qui pré­sente l’intérêt d’avoir un cas­ting souple répon­dant aux exi­gences du moment, valo­ri­sant telle ou telle per­son­na­lité, et notam­ment les abon­nés fidèles que sont Chris­tophe de Mar­ge­rie (Total), Michel Pébe­reau (BNP Pari­bas) ou Mau­rice Lévy (Publi­cis) qui sont mis à toutes les sauces. Chaque inter­ve­nant fait un exposé limi­naire de 5 à 10 minutes, et selon les débats, un véri­table échange avec les autres inter­ve­nants s’instaure. Cer­tains sont évidem­ment plus bavards : les Ministres, ou encore Henri Guaino qui a bien dû faire une mini-conférence de 20 minutes dans sa ses­sion. Le public peut poser des ques­tions à la fin des tables rondes, si l’animateur a réussi à conte­nir le temps de parole de ses nom­breux inter­ve­nants. C’est par­fois du tout pré­paré, comme pour le dis­cours d’ouverture d’Herman Van Rom­puy, où les ques­tions sem­blaient posées par des membres du comité exé­cu­tif du MEDEF.

Le thème géné­ral de cette année était “Vil­lage et Pla­nète – Objec­tif B20”. Tra­duc­tion : c’est l’occasion de pro­mou­voir l’initiative de créa­tion du B20 qui est le pen­dant entre­prises du G20. Si Sar­kozy est à l’initiative du G20 (2008), le MEDEF semble à l’origine de ce B20 qui doit se réunir à l’occasion du som­met du G20 qui a lieu à Cannes début novembre 2011. Il fédère les MEDEF des pays du G20. Mais dans les tables rondes, les sujets tiraient un peu dans tous les sens et don­naient dans la logique floue. Cer­tains rap­pellent un peu les thèmes du bac de philo comme ”A quel terme peut-on pen­ser ?” ou “Lire l’avenir dans le pré­sent”. D’autres sont très vastes : “Pour la réci­pro­cité”, “Lea­der­ship et géné­ro­sité” ou “Le fémi­nisme est un huma­nisme”. On y parle évidem­ment de la crise écono­mique et finan­cière, de gou­ver­nance, de social et un peu de management.

Salle plénière (8)

Les 6000 per­sonnes qui déam­bulent dedans et dehors à HEC pen­dant ces uni­ver­si­tés sont de pédi­grées très variées. Les patrons du CAC40 sont sur les tri­bunes. Les autres, plu­tôt de PME ou star­tups, sont dans l’audience. Sauf rares excep­tions comme Yseu­lis Costes, mais dans un débat de plé­nière sur le rôle des femmes. Une bonne moi­tié de l’audience – au nez – n’est pas consti­tuée de “patrons”, mais plu­tôt d’associations pro­fes­sion­nelles diverses, de pres­ta­taires de ser­vice (rela­tions publiques, com­mu­ni­ca­tion, lob­bying), de consul­tants divers (dont votre ser­vi­teur, sous sa cou­ver­ture de bloggeur-photographe), et enfin de jour­na­listes et blog­geurs. Ce qui explique l’assez bonne mixité de l’audience, car le patro­nat reste très mas­cu­lin en France. Bref, nous avons un échan­tillon de la société civile. Cer­tains diraient : ce sont les “élites auto­pro­cla­mées”. Elites, je ne sais pas. Pou­voir, busi­ness et média, très certainement.

Audience (70)

L’audience est certes ravie de pra­ti­quer son net­wor­king de ren­trée sco­laire mais elle compte peu au regard du cirque média­tique qui entoure l’événement. Comme pour celles des par­tis poli­tiques, ces Uni­ver­si­tés sont l’occasion pour le MEDEF et sa pré­si­dente d’envoyer des mes­sages clés au grand public et aux poli­tiques au tra­vers des médias. Moins d’un an avant la pré­si­den­tielle, le MEDEF tenait à faire pas­ser en fili­grane quelques mes­sages aux poli­tiques pré­sents, notam­ment sur ce qu’il attend d’eux en matière de gou­ver­nance, de régu­la­tion finan­cière et de ges­tion des équi­libres mon­diaux. Les patrons se sont relayés pour réaf­fir­mer la pré­do­mi­nance de l’économie réelle face à la finance, mais Lau­rence Pari­sot a tout de même salué nos banques fran­çaises qui sont “remar­quables” (les vilains sont donc les banques étran­gères et notam­ment amé­ri­caines…). Il y a aussi les sem­pi­ter­nelles com­plaintes sur les 35 heures, sur les charges qui pèsent sur le tra­vail, sur le besoin de règles du jeu équi­tables avec la Chine et sur le res­pect de la pro­priété indus­trielle. Ce à quoi s’ajoute aussi un accès équi­table aux matières pre­mières vic­time d’une spé­cu­la­tion sans rap­port avec l’évolution de la demande (selon Louis Gal­lois d’Airbus). Lau­rence Pari­sot et les grands inter­ve­nants étaient ainsi assaillis par les jour­na­listes, et notam­ment ceux de la TV. Lau­rence Pari­sot se prê­tait donc au jeu des séances pho­tos avec les inter­ve­nants, aux inter­views en groupe (ci-dessous) ou indi­vi­duelles, et il en allait de même pour les inter­ve­nants, sur­tout les politiques.

Laurence Parisot (11)

J’ai pu obser­ver avec amu­se­ment le petit manège des jour­na­listes de Dimanche+ (Canal+) qui se déme­naient pour inter­vie­wer les poli­tiques pré­sents. Le truc est bien connu : sous cou­vert d’interviews sur des sujets géné­raux, ils cherchent la petite bête, la bévue, la cita­tion qui fera mouche et dans un angle qui n’est pas clai­re­ment annoncé à la per­sonne inter­viewée. Et cela peut faci­le­ment déra­per. Je suis ainsi tombé par hasard sur un Gérard Lon­guet très très énervé face à un jour­na­liste TV qui l’interviewait au sor­tir de sa table ronde en l’interrompant sans cesse (ci-dessous). On n’était pas loin du coup de boule ! Je me demande si cela va pas­ser quelque part.

Gérard Longuet (5)

Le MEDEF orchestre aussi son propre média, MEDEF TV où en plus de la retrans­mis­sion des ses­sions, il dif­fuse des inter­views de per­son­na­li­tés qui inter­viennent ou pas dans les tables rondes (voir sur You­Tube et Dai­ly­Mo­tion, comme cela, pas de jaloux).  Et cer­taines plé­nières étaient même retrans­mises sur La Chaine Par­le­men­taire, comme le sont d’habitude les grands événe­ments politiques.

A côté des conférences

Ces Uni­ver­si­tés sont aussi un “mini-salon” avec des stands d’institutions diverses et sur­tout l’Espace Busi­ness Inno­va­tion, la zone dédiée à l’innovation tech­no­lo­gique et en par­tie aux star­tups qui existe depuis plu­sieurs années. On pou­vait y croi­ser Alio­scopy (affi­chage 3D), Withings (objets com­mu­ni­cants), Total Immer­sion (réa­lité aug­men­tée), Sculp­teo (ser­vice d’impression 3D en ligne), Bal­loon (modé­ra­tion de confé­rences, qui équi­pait les ses­sions de la confé­rence, pré­sent pour la seconde fois). J’ai fait la connais­sance de l’association “Entre­prendre pour apprendre” qui couvre tous les cycles (pri­maire, secon­daire, supé­rieur) et pro­pose notam­ment le pro­gramme de la mini-entreprise dans le secon­daire. Sur le stand se trou­vait une jeune col­lé­gienne de 14 ans qui avait lancé un pro­jet de piège à limaces ingé­nieux. Comme ce n’est pas ma spé­cia­lité, dif­fi­cile d’évaluer le pro­cédé, la concur­rence et le modèle économique !

Entreprendre pour Apprendre (2)

Il y avait Mia Elec­tric, une entre­prise franco-allemande qui se lance dans la voi­ture élec­trique uti­li­taire. C’est en fait la société qui a repris une par­tie des actifs d’Heu­liez en juillet 2010. On trou­vait aussi des stands de grandes entre­prises, égale­ment spon­sors de l’événement telles que Orange Busi­ness Ser­vices, Schnei­der Elec­tric et SFR.

Mia Electric (2)

Tout ceci com­plété par la remise des Tro­phées de l’Obser­va­toire de la Rela­tion Grandes Entre­prises et PME Inno­vantes, par l’IE Club, un sujet aussi pas mal abordé dans les débats, notam­ment par le DG d’Airbus Fabrice Bré­guier ou par Chris­tophe de Mar­ge­rie de Total. Les binômes gagnants sont indi­qués sur le site Cape­Calm de Marie Rufo. Sur la dou­zaine de can­di­dats, il y avait cinq binômes dans le numé­rique, dont Auchan et Tra­ceOne, GFK et Qos­mos ainsi que Micro­soft et I-DISPO.

Inter­ven­tions notables

Les meilleurs inter­ve­nants que j’ai pu entendre étaient un homme d’église (le père Etienne Miche­lin) et les mili­taires (Edouard Guillaud, le chef d’Etat-major des armées, et Valé­rie Guyot, pilote de chasse) en ce sens qu’ils com­mu­ni­quaient bien sur le registre du lea­der­ship et des valeurs. Tout un sym­bole ! Il y avait aussi les inter­ve­nants étran­gers comme Her­man Van Rom­puy, pas trop mal mal­gré un dis­cours lu, Angel Gur­ria, secré­taire géné­ral de l’OCDE et ancien Ministre des Affaires Etran­gères du Mexique qui se moquait ouver­te­ment de l’avis que les chefs d’entreprise pour­raient don­ner sur un tas de sujets de gou­ver­nance publique, la tuni­sienne Lilia Labidi, l’égyptienne Mona Makram-Ebeid, l’ancienne ministre grecque Dora Bakoyán­nis (“la Grèce n’est pas un pays perdu”), l’étonnant Ben Ver­waayen, DG d’Alcatel-Lucent qui se payait la tête des poli­tiques ou encore le malien Cheick Modibo Diarra, pré­sident Afrique de Micro­soft qui a réussi l’étonnante prouesse d’intervenir sans citer son employeur ni même son métier pour évoquer les rêves de l’Afrique !

Comme les années pas­sées, je vais faire un réca­pi­tu­la­tif de quelques bons mots enten­dus et cela ne ren­trera pas dans les détails car il n’y en avait pas en géné­ral ! Ni ne cite­rai le débat cor­res­pon­dant car cela importe fina­le­ment assez peu !

  • Her­man Van Rom­puy (cf le texte de son dis­cours) évoquait une dizaine de “véri­tés” à avoir en tête en phase de crise tout en mon­trant que la construc­tion euro­péenne avan­çait mal­gré les coups de bou­toir : “S’endetter pour inves­tir et pas pour consom­mer, dans le public comme dans le privé”, “Quand la dette est trop élevée, il faut retour­ner à l’équilibre bud­gé­taire”, “Il faut un équi­libre entre rému­né­ra­tion et pres­ta­tion”, “L’union fait la force. Les pays de l’UE ne doivent pas cher­cher à tirer la cou­ver­ture çà eux. L’Europe n’est pas une idée pure­ment mer­can­tile”, “L’ennemi de l’idée euro­péenne, de la paix et de la soli­da­rité est le popu­lisme et le cha­cun pour soi”, “Les véri­tés évidentes sont tout de même des véri­tés” et “Pour gou­ver­ner mieux, il faut gou­ver­ner moins mais ce n’est pas tou­jours vrai, cela dépend des sec­teurs”. Et il ne pen­sait pas à la Belgique…

Herman Van Rompuy (1)

  • Charles Beig­be­der : “nous sommes en crise per­pé­tuelle, la parole publique est la base de la pyra­mide de confiance et elle est déva­luée. L’Etat doit se remettre en cause et aller au-delà de la taxa­tion des soda. Il manque 150 mil­liards pour équi­li­brer le budget !”.
  • Fré­dé­ric Lefevbre (secré­taire d’Etat de plein de choses, dont les PME) évoque un “mil­liard d’Euros” qui auraient été ren­dus aux entre­prises après les Assises de la Sim­pli­fi­ca­tion (des pro­ces­sus admi­nis­tra­tifs). Une loi devrait arri­ver fin sep­tembre pour bou­cler l’ensemble. Les entre­prises n’auraient plus à faire de décla­ra­tions (70 en tout !) que deux fois par an et la feuille de paye serait divi­sée par deux (à priori, seule­ment en nombre de lignes). Il sou­haite éviter d’abaisser les seuils de taxa­tion des hauts reve­nus pour ne pas décou­ra­ger les entre­pre­neurs de PME ce qui est un peu tiré par les che­veux. Il sou­haite que les fonds publics financent l’innovation “à l’aveugle”, en s’en remet­tant au sec­teur privé pour les choix, ce qui est presque le cas dans le cadre du grand emprunt.
  • L’américain Gary Sha­piro, patron de la Consu­mer Elec­tro­nics Asso­cia­tions et orga­ni­sa­teur du CES de Las Vegas, évoque les trois manières d’atteindre l’équilibre bud­gé­taire : réduire les dépenses, aug­men­ter les impôts et déve­lop­per l’économie. Il pousse une stra­té­gie fon­dée sur l’innovation (cf son bou­quin : The Come­back, How Inno­va­tion with res­tore the Ame­ri­can dream). Cela demande d’accepter la prise de risque, l’échec, la rému­né­ra­tion du suc­cès avec une inci­ta­tion fis­cale adap­tée, une rapi­dité d’action, une foca­li­sa­tion sur le futur et éviter de pro­té­ger le statu quo. Et aussi “Edu­ca­tion comes when you fail and lose”. Tout le crédo amé­ri­cain concen­tré en 5 minutes ! L’échec de l’enseignement secon­daire aux USA serait du au fait que les ensei­gnants sont payés de la même manière, quoi qu’ils fassent. Et une perle digne d’un Répu­bli­cain pur jus : “Govern­ment stra­tegy should be to get out of the way”.

Gary Shapiro (1)

  • Jacques Attali : “un monde plus libre va créer plus de richesses. Il y a un poten­tiel de crois­sance énorme avec les pro­grès tech­niques à venir mais ils ne sont pas en état de créer une nou­velle vague de crois­sance et de pro­duc­ti­vité comme les pré­cé­dentes vagues tech­no­lo­giques”. Il croit en l’impact révo­lu­tion­naire de la bat­te­rie à hydro­gène (la pile à com­bus­tible, ce qui est bien dis­cu­table dans la mesure où ce n’est pas une éner­gie pri­maire). Il évoque l’open inno­va­tion et la mise en com­mun des bre­vets. Il pro­pose l’abandon de bre­vets sur un domaine clé de crois­sance tech­no­lo­gie à très long terme, esti­mant que cela pour­rait accé­lé­rer le pro­grès tech­nique. A méditer !

Jacques Attali et Pascal Lamy

  • Pas­cal Lamy, direc­teur géné­ral de l’OMC (et socia­liste) : “les thèses de la démon­dia­li­sa­tion sont erro­nées et basées sur une fausse ana­lyse de la glo­ba­li­sa­tion. Elles sont aussi un moyen de mettre ses propres pro­blèmes sur le dos des autres. Ce sont sur­tout les per­dants qui se plaignent et dans les pays déve­lop­pés. Il faut éviter d’instrumentaliser la mon­dia­li­sa­tion, ni la divi­ni­ser. Elle n’est pas heu­reuse. Elle demande plus de gou­ver­nance”.
  • Laurent Fabius : au sujet de la dette, “on ne peut pas contrô­ler un pro­blème avec le mode de pen­sée qui l’a généré”. Sous-entendu : il est temps qu’il y ait une alter­nance politique !
  • Ben Ver­waayen, DG d’Alcatel-Lucent : “La réa­lité ne part pas en vacances. C’est le privé qui créé de l’emploi. Les poli­tiques sont là pour par­ler”. Pan dans le bec.
  • Hubert Védrine, réa­liste : “Vous vou­lez une contri­bu­tion des entre­prises à la gou­ver­nance mon­diale ? Mais il n’y a pas de gou­ver­nance mon­diale ! Le sys­tème est mar­qué par des rap­ports de force avec une com­bi­nai­son d’acteurs publics et pri­vés très puis­sants et en concur­rence”.
  • Henri Guaino (conseiller spé­cial du Pré­sident de la Répu­blique) : “Les pays qui réus­sissent ont une approche long terme et stra­té­gique. Les amé­ri­cains ont plus de stra­té­gie col­lec­tive que les euro­péens. Sans stra­té­gie, on devient une variable d’ajustement de tous les autres. Ce sont les dettes pri­vées qui plombé les dettes publiques. On va pas­ser dans un cycle de désen­det­te­ment mais il faut conti­nuer à inves­tir. C’est la rai­son d’être du grand emprunt : emprun­ter pour inves­tir pour rem­bour­ser demain les dettes d’aujourd’hui. Si ce n’est pas la rai­son qui l’emporte, on se pré­pare à un monde compliqué”.

Henri Guaino (4)

  • Etienne Klein, direc­teur de recherches au CEA dans la phy­sique des par­ti­cules évoquait la notion élas­tique du temps : “Les grands pro­jets scien­ti­fiques (fusion avec ITER, recherche de par­ti­cules élémen­taires avec le LHC) sont à très long terme. Quel sera l’état de la société lorsque ces pro­jets abou­ti­ront ? Formera-t-on encore des phy­si­ciens ? Il ne faut pas confondre temps et emploi du temps. Il existe un seul temps mais avec des tem­po­ra­li­tés dif­fé­rentes. Notre façon de par­ler du temps n’a pas changé depuis le 4eme siècle et Saint Augus­tin. Elle n’a pas été impac­tée par Gali­lée, New­ton et Ein­stein. Nous vivons de plus en plus dans l’autarcie du pré­sent. Il y a des décen­nies, on fai­sait des pré­dic­tions sur la vie en l’an 2000. Mais les ados d’aujourd’hui n’ont pas de confi­gu­ra­tion de 2050. Le futur existe-t-il déjà dans l’avenir ? Ou futur est-il le néant ? Où bien créé-t-on le pré­sent dans le futur ? A la clé de la solu­tion : la réuni­fi­ca­tion de la méca­nique quan­tique et de la rela­ti­vité géné­rale…”. Fas­ci­nant ! En aparté, il m’indique que “dans le passé, il y avait plus d’avenir”.

Etienne Klein

  • Natha­lie Kosciusko-Morizet (ministre de l’Ecologie, du Déve­lop­pe­ment durable, des Trans­ports et du Loge­ment) qui n’a visi­ble­ment plus d’iPhone mais uti­lise un iPad 2 : “Les fran­çais écoutent quand on dit des choses intel­li­gentes. Nous sommes en crise per­ma­nente, on est baladé par l’actualité. La séche­resse fai­sait l’actualité avant les vacances. Mais mal­gré l’été qui a été pourri côté météo, la séche­resse sub­siste car il y a un défi­cit struc­tu­rel sur les nappes phréa­tiques. Il faut réus­sir à inves­tir sur le long terme. Nous avons besoin de de plus en plus d’énergie mais à court terme, on est coincé. La pre­mière chose à faire est d’économiser l’énergie. C’est une acti­vité très technologique”.
  • Nico­las de Taver­nost, pré­sident de M6 : “M6 ne serait pas là si la chaine appar­te­nait à un fonds d’investissement privé. Elle a perdu Pi fois ce qui était prévu au début. Il n’est pas pos­sible de créer une boite comme M6 avec un TRI de 20% sur 5 ans”. Il faut du temps…
  • Edouard Guillaud, chef d’état-major des armées, se “déses­père de la déses­pé­rance”. Il classe les pos­tures en trois caté­go­ries : (1) l’attitude béate, angé­lique, éper­due de paix per­pé­tuelle, adepte de la fin de l’histoire et du soft power, consi­dé­rant que les guerres sont ana­chro­niques et que le com­merce annule les ins­tincts bel­li­queux, (2) l’hypocondriaque défai­tiste, le catas­tro­phisme, le pes­si­misme, le renon­ce­ment avant d’entreprendre et (3) le réa­lisme espé­rant, l’optimisme de volonté qui admet l’adversité. Le stra­tège doit voir loin et s’inspirer du passé pour com­prendre ce qui se pro­duit. Il inves­tir dans l’avenir pour inves­tir l’avenir. Il évoque ensuite ces jeunes de 20 ans qui risquent leur vie pour cher­cher sous le feu leurs cama­rades bles­sés et le pilote d’hélicoptère qui a sauvé son équi­page et des diplo­mates alors qu’il était blessé (en Côte d’Ivoire). Et la chute qui gagne le coco­tier à l’applaudimètre : “Le déses­poir m’est tota­le­ment inconnu”.
  • Mona Makram-Ebeid, pro­fes­seur de sciences poli­tiques à l’Université amé­ri­caine du Caire, qui évoque évidem­ment la révo­lu­tion dans son pays et le rôle posi­tif de l’armée qui a pro­tégé la popu­la­tion. Une armée tel­le­ment admi­rée que pour Mona elle a “gagné la guerre d’octobre 1973”. Elle trouve que les occi­den­taux ont oublié les forces poli­tiques laïques et qu’effectivement, les Frères Musul­mans sont la force poli­tique la mieux orga­ni­sée. Mais elle note l’arrivée d’une nou­velle garde réfor­ma­trice qui s’inspire du modèle turc (elle doit faire réfé­rence à Atatürk et pas au gou­ver­ne­ment actuel). Elle ter­mine pas un magni­fique “Je n’ai pas une goutte de sang fran­çais mais la France coule dans mes veines”.
  • Lilia Labidi, ministre tuni­sienne des Affaires de la Femme, évoque la situa­tion de la femme en Tuni­sie : c’est le seul pays arabe ou la pilule est auto­ri­sée, il y a parité aux élec­tions et même le mou­ve­ment isla­miste Ennahda est engagé sur cette parité. Mais “Les idiots, il y en a par­tout. Et cer­tains pensent qu’il faut reve­nir en arrière avec l’imposition de la femme au foyer”. 30% des filles en milieu rural ne sont pas sco­la­ri­sées et 60% des diplô­més au chô­mage sont des femmes. La situa­tion est com­pli­quée avec 25% de la popu­la­tion en des­sous du seuil de pau­vreté et 900000 réfu­giés Libyens dans le pays qui ne compte que 10 mil­lions d’habitants.

Lilia Labidi (1)

  • Le Père Etienne Miche­lin, prêtre et ensei­gnant en théo­lo­gie, com­mence par nous annon­cer que “nous allons tous mou­rir” et que notre devoir est sur­tout de trans­mettre (à nos enfants, la culture, le savoir, l’envie, et aussi une pla­nète en bon état). S’ensuit une his­toire méta­pho­rique sur de futurs parents japo­nais qui veulent nom­mer leur fille « Petite espé­rance » ou » Petit mys­tère » (d’où la photo avec les idéo­grammes ci-dessus). L’enfant est objet d’espérance. Sur ce, il nous gra­ti­fie de 15 secondes de silence comme cadeau.

Père Etienne Michelin (9)

  • Marie-Christine Sara­gosse, direc­trice géné­rale de TV5 Monde, fait une très belle inter­ven­tion sur le rôle de sa chaine TV dans le monde. C’est une chaine géné­ra­liste, qui ne se résume pas à l’information, et n’a pas de démarche d’influence hégé­mo­nique. Elle se veut très mul­ti­la­té­rale avec notam­ment beau­coup d’images “du Sud” des­ti­nées “au Nord”. La fran­co­pho­nie n’est pas un lieu de peur, mais un lieu d’échanges. Et puis quelques cita­tions (tou­jours, style bac de Philo…) : “Il vaut mieux dési­rer ce que l’on a que ce que l’on a pas”, “Pri­vi­lé­gier l’action par la volonté que d’attendre le futur des autres” et “Désap­prendre à espé­rer pour apprendre à vouloir”.
  • Alain Weill, pré­sident de Nex­tRa­dio TV : nous sommes les cham­pions du monde du déses­poir et du pes­si­misme, tout du moins col­lec­ti­ve­ment, car indi­vi­duel­le­ment, les fran­çais sont plus opti­mistes. On le voit par le taux de nata­lité qui est élevé. Il y a une plus grande confiance dans l’avenir dans la sphère pri­vée. Il évoque le fait que la fête de l’école aux USA est le jour de la ren­trée et le jour de la sor­tie en France (ce qui est à moi­tié vrai…).
  • Anne Lau­ver­geon, pré­si­dente du conseil de sur­veillance de Libé et ex-Areva (Anne-rêva) trai­tait des valeurs de l’entreprise mul­ti­na­tio­nale et du besoin d’avoir un socle solide valable par­tout, du besoin de sens moral. J’ai noté que pour elle, l’entreprise devait être plus res­tric­tive et exi­geante que le pou­voir politique.
  • Jean-François Copé, qui s’emmêle un peu les paluches dans le débat sur la femme et l’humanisme. Avec du : “Le fémi­nin de député est sup­pléante”, “On n’est pas prêt d’imaginer des hommes de ménage” et “les femmes ont “beau­coup de chances d’être dans notre pays”.

Tout ceci cor­res­pond aux débats aux­quels j’ai assisté. Il manque donc cer­tai­ne­ment d’autres “bons moments” de la confé­rence dans ce compte-rendu.

Quelques signaux faibles

En dehors de tous ces débats, quelques petites obser­va­tions de détail :

  • S’il y avait bien une petite confé­rence sur les réseaux sociaux (ci-dessous), aucune table ronde de la confé­rence prin­ci­pale ne trai­tait du numé­rique. On pou­vait même être sur­pris d’y entendre un pes­si­miste Jacques Attali évoquer les révo­lu­tions tech­no­lo­giques à venir (nano­tech­no­lo­gies, robo­tique, santé, éco-technologies) en indi­quant qu’aucune d’entre elles n’était en mesure de créer une révo­lu­tion indus­trielle et écono­mique de l’ampleur des précédentes.

Conférence Réseaux Sociaux

  • Lau­rence Pari­sot est venue dis­cu­ter avec les blog­geurs. Mais je l’ai lou­pée car elle était une heure en retard sur l’agenda. Je n’aime pas attendre !
  • L’absence de mai­trise de l’anglais fait un peu peur. Il y avait pas mal d’écouteurs de tra­duc­tion uti­li­sés en plé­nière lorsqu’une inter­ven­tion avait lieu en anglais, et pas seule­ment avec les plus âgés.

Audience (45)

  • Les mobiles sont des objets de dis­trac­tion de plus en plus visibles des inter­ve­nants dans les tables rondes, et cela frise à l’impolitesse pour le reste de la table ronde et pour l’audience. Les tablettes le sont égale­ment, mais sont fina­le­ment plus dis­crètes car posées sur la table. Les hommes comme les femmes sont affectés !

Nathalie Kosciusko-MorizetJeannette Bougrab (2)

  • J’ai trouvé la Rolex (du sym­bole de la réus­site) de Séguéla… et quelques autres belles montres.

Montres (3)Montres (1)

  • Le pou­voir, l’argent et les médias conti­nuent de s’accaparer ou d’attirer les jolies femmes. On a beau faire tout ce que l’on veut en matière de fémi­nisme ou d’égalité des chances, cela reste une loi immuable.

Aide de Camp de Gérard Longuet (1)Audience (27)Photographes et cameramen (8)

  • Le pho­to­graphe qui trim­bale son géan­tis­sime 400 mm ouvrant 2.8 me l’a prêté quelques minutes pour m’emprunter mon télé 70-200. J’ai pu ainsi faire quelques por­traits de loin comme celui-ci de Jean-Pierre Elka­bach ci-dessous, avec un excellent piqué. Un Elka­bach comme dans les Gui­gnols, tutoyant et ser­rant de manière un peu obsé­quieuse la main de Jean-François Copé à son départ. Mais diable, que c’est lourd et embar­ras­sant ! Au risque de me répé­ter, mes pho­tos de la confé­rence sont ici sur Dar­q­room.

Photographes et cameramen (3)Jean-Pierre Elkabach (4)

Et pour ter­mi­ner, un grand merci à Nico­las Stomp (au milieu ci-dessous) et à toute l’équipe de rela­tions avec les blog­geurs du MEDEF qui nous avait invi­tés. Le “nous” comp­tait une cen­taine de blog­geurs et entre­pre­neurs comme Eric Blot, Charles Lie­bert, Ber­trand Duper­rin, Marie Rufo, Pierre Mawas, Charles Nyou­rit, ci-dessous. J’ai pour l’instant repéré le compte-rendu d’Hervé Kabla, mais je me demande s’il n’a pas fait cela de chez lui avec le stream vidéo live.

Bloggeurs (1)

Publié le 4 septembre 2011 et mis à jour le 13 août 2012 Post de | Actualités, Chine, Communication, Economie, France, Innovation, Médias, Politique, USA | 9648 lectures

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Les 6 commentaires et tweets sur “Bac de philo aux Universités d’Eté du MEDEF” :

  • [1] - Herve Kabla a écrit le 4 septembre 2011 :

    Tou­jours aussi per­cu­tant, et quelles photos!

    Non, le CR a été fait en direct jeudi matin, mal­gré la piètre qua­lité du WiFi et la 3G bal­by­tiante. Mais j’ai raté le pas­sage de Lau­rence Parisot.

    Tu trou­ve­ras quelques notes prises en direct et de belles pho­tos chez Yann Gour­ven­nec égale­ment (visionary.wordpress.com)

  • [2] - Pierre a écrit le 5 septembre 2011 :

    Sacré Etienne Klein, l’extrait de son dis­cours me rap­pelle pile poil le cours que j’avais suivi à l’époque. Cette made­leine de Proust sco­laire me rap­pel que le temps passe vite (voici une expres­sion qui d’ailleurs peut déclen­cher une bonne heure de dis­ser­ta­tion de la part de notre expert du temps).

  • [3] - patr_ix a écrit le 10 septembre 2011 :

    Merci Oli­vier pour ce compte-rendu.

    Très inté­res­sante l’intervention d’Etienne Klein! Ah, le dic­tat du pré­sent. Nous ne savons plus bien qui en est res­pon­sable (les finan­ciers, les poli­tiques, les com­mu­ni­cants, les médias ou nous les citoyens consom­ma­teurs de média?). Et sur­tout com­ment pouvons-nous nous en détacher?

    Et j’aime beau­coup l’intro d’Etienne Miche­lin : ne jamais oublier que nous allons tous mou­rir. Cela chan­ge­rait tel­le­ment de choses si nous l’avions tous à l’esprit au moins une fois de temps en temps!

    J’ai bien noté que NKM avait tro­qué son iPhone pour un iPad. Pour le reste, je reste sur ma faim. La philo pour com­bler le vide de la pensée ?

  • [4] - Vincent Pinte Deregnaucourt a écrit le 13 septembre 2011 :

    Merci pour ce compte rendu !!!

  • [5] - sebty a écrit le 22 septembre 2011 :

    Merci pour votre compte-rendu ins­truc­tif, vivant et sans langue de bois, comme tou­jours !
    J’en pro­fite pour vous signa­ler une petite faute (répé­ti­tion de “de l’anglais”) et pour vous poser une ques­tion concer­nant vos très belles pho­tos qui illus­trent magni­fi­que­ment votre article. J’ai remar­qué que les per­sonnes semblent prises à leur insu : leur publi­ca­tion sur un blog ne posent elles pas problème ?

    • [5.1] - Olivier Ezratty a répondu le 22 septembre 2011 :

      Peut etre bor­der line, mais cette confe­rence a ete dif­fu­see a la tv sur LCP, avec des plans de coupe sur l’audience…

      En tout cas, si les inter­esses me le demandent, je sup­prime les pho­tos en question !




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