LeWeb 2010 - Epilogue

Publié le 22 décembre 2010 et mis à jour le 23 décembre 2010 - 3 commentaires -
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Main­te­nant que j’en ai ter­miné avec la Free­box V6, du moins d’ici son arri­vée effec­tive, il me faut ache­ver l’inachevé avec ce sixième et der­nier article du compte-rendu de LeWeb 2010. La confé­rence a eu lieu il y a presque deux semaines. C’est peut-être du réchauffé mais il y avait encore d’autres inter­ven­tions inté­res­santes à citer, for the record. Elles ont pour point com­mun de ne pas avoir de grand rap­port avec le thème prin­ci­pal de la confé­rence, les plateformes.

Voici ce qu’il me res­tait à se mettre sous la dent pour par­ache­ver ce compte-rendu de LeWeb 2010 :

  • Les inter­ven­tions sur les médias sociaux, dont celles des inimi­tables Yossi Vardi et Gary Vaynerchuk.
  • Une heure de pré­sen­ta­tions for­mat Ignite assez inté­res­sante sur des sujets très divers.
  • La récur­rente thé­ma­tique du finan­ce­ment et de la sor­tie pour les startups.

Comme je n’ai pas le don d’ubiquité, j’ai regardé pas mal des pré­sen­ta­tions que j’avais lou­pées dans leur ver­sion dis­po­nible sous UStream ou bien YouTube.

Médias sociaux

Le sujet était traité à la fois de manière aca­dé­mique et avec du recul par dif­fé­rents intervenants.

Com­men­çons par Yossi Vardi, ce fameux busi­ness angel israé­lien main­te­nant habi­tué des inter­ven­tions déjan­tées à tiroir dans cette confé­rence. Cette fois-ci, il trai­tait du “Wis­dom of Crowds”, la sagesse des foules (vidéo). En mon­trant que les foules les plus intel­li­gentes étaient les foules de la sphère ani­male, mais que l’homme orga­nisé en foule était capable du meilleur comme du pire. Le tout à par­tir d’une col­lec­tion d’absurdités récu­pé­rées sur You­Tube et Fli­ckr. Comme cette vidéo sur la mécon­nais­sance de la géo­gra­phie mon­diale de la middle class amé­ri­caine, sur ces amé­ri­cains “bizarres” qui font leur course à Wal­mart, ou sur des résul­tats aber­rants du col­la­bo­ra­tive fil­te­ring sur Ama­zon. La sagesse des foules serait en quelque sorte un grand débal­lage de l’ignorance et de la bêtise humaines. On en a en effet par­fois l’impression en se bala­dant dans cer­tains forums de discussion.

Que tirer de ces exemples de bêtise des foules ? Qu’elles ont besoin d’être éclai­rées par des élites ? Qu’il faut des hié­rar­chies dans tout : les savoir, les pou­voir, les avoir ? A nous de voir ! Cela pou­vait éven­tuel­le­ment se rac­cro­cher au très por­teur thème de la cura­tion du web. Nombre de ser­vices en ligne visent à per­mettre aux uti­li­sa­teurs de fil­trer, orga­ni­ser et com­men­ter ce qui est inté­res­sant sur Inter­net dans le fouillis d’informations dis­po­nible. Cela peut-être aussi bien la pla­te­forme de scrap­books Tum­blr, les perles de Pearl­trees, l’agrégation d’informations Wikio tout comme Twit­ter dont l’essentiel des mes­sages contient des poin­teurs sur des pages web jugées inté­res­santes par leurs lec­teurs. Dans la lignée, Tweet­meme, Deli­cious et Digg sont aussi des sites de cura­tion. La cura­tion du web vise à rem­pla­cer ou com­plé­ter les robots tels que les moteurs de recherche qui n’auraient pas l’intelligence suf­fi­sante pour dis­tin­guer ce qui est per­ti­nent de ce qui ne l’est pas. C’est une fonc­tion qui était his­to­ri­que­ment dévo­lue aux médias tra­di­tion­nels qui édito­ria­lisent les conte­nus qui leurs semblent per­ti­nents pour leur audience. Elle est ainsi trans­fé­rée dans les mains du public, deve­nant une autre forme d’UGC : l’User Gene­ra­ted Cura­tion. Reste à savoir si le rem­pla­ce­ment de l’intelligence arti­fi­cielle par la bêtise humaine fonc­tionne à tous les coups ! Ou si c’est l’inverse qui se pro­duit plus sou­vent : une cer­taine bêtise arti­fi­cielle rem­pla­cée par de l’intelligence humaine. Le pro­pos de Yossi Vardi était de mon­trer qu’il faut se gar­der des conclu­sions hâtives…

Yossi Yardi and Loic lemeur @ LeWeb 2010 (3)

L’autre inter­ve­nant aty­pique de LeWeb était un reve­nant de l’édition 2009, Gary Vay­ner­chuk (vidéo). Cette bête de scène et grand don­neur de leçon est une sorte de gou­rou de la rela­tion client et de la manière dont les marques devraient s’approprier les réseaux sociaux. Il avait pro­mis de reve­nir pour faire une ses­sion de questions/réponses avec la salle. Ses inter­ven­tions mus­clées se dis­tinguent par une quan­tité de “fuck” impres­sion­nante, rare chez un amé­ri­cain, tout du moins en public. Mais sous des dehors agres­sifs, son mes­sage est en fait très posi­tif si ce n’est chaleureux.

Gary Vaynerchuk @ LeWeb2010 (4)

Mais au juste, qui est donc ce Gary, se demande-t-on après l’avoir observé pour la seconde fois avec quelque jubi­la­tion ? Amé­ri­cain natif de Bié­lo­rus­sie d’où ses parents on émigré alors qu’il avait trois ans, c’est d’abord un pas­sionné du vin et gou­rou de l’œnologie anti­con­for­miste. Il a cofondé un site de vente de vins en ligne (Wine Library) com­plé­tant une bou­tique tra­di­tion­nelle dans le même cré­neau, il est vidéo blog­geur sur le sujet avec une vidéo quo­ti­dienne depuis cinq ans (Wine Library TV) et chro­ni­queur dans de nom­breux médias TV et radio aux USA. Il est aussi l’auteur à suc­cès du livre “Crush IT” sur le rôle des réseaux sociaux dans la construc­tion de nou­veaux busi­ness et de “The Thank You Eco­nomy” qui se fait l’avocat d’une manière plus symé­trique de faire du busi­ness, et de gérer la rela­tion client. Ce qui l’a amené à créer Way­ner­Me­dia, une agence qui aide les entre­prises, star­tups et per­son­na­li­tés à construire leur image de marque. Enfin, il caresse le rêve d’acquérir l’équipe de foot­ball amé­ri­cain des New York Jets.

Crush IT - Gary Vaynerchuk cover   The Thank You Economy - Gary Vaynerchuk

Gary Vay­ner­chuk sou­le­vait quelques points inté­res­sants dans sa session :

  • Il est fati­gué par la mode des médias sociaux. Ce n’est pas le tout de dif­fu­ser des conte­nus pour les marques. Il faut du contexte et de la conver­sa­tion. Etre pré­sent dans les médias sociaux requiert de l’écoute active et une capa­cité d’humanisation de la société. Et il faut accep­ter de le faire tout le temps, même le week-end. La vitesse de réponse change com­plè­te­ment son contexte et l’appréciation par le consom­ma­teur de la proxi­mité de la marque.
  • Qu’est-ce qu’un bon entre­pre­neur ? Quelqu’un qui ven­dait déjà quelque chose à moins de 12 ans ! Et qui ne peut pas tra­vailler pour d’autres. Il concède que l’on peut être entre­pre­neur dans le cas contraire, mais avec un gros han­di­cap de départ. Les gens passent trop de temps à essayer de s’améliorer là où ils sont mau­vais. Il vaut mieux ren­for­cer ses points forts. Vieux débat du ren­for­ce­ment posi­tif, notam­ment dans le contexte de l’éducation. Beau­coup trop de gens font ce qu’ils font sans avoir de but ou de mis­sion, sans savoir pour­quoi. Il faut avoir un ou des buts, et ne pas navi­guer à vue et à court terme. Bref, avoir un pro­jet de vie et de contri­bu­tion.
  • Va-t-il lan­cer des “Wine party” en réponse aux “Tea par­ties” conser­va­trices ? Non ! N’étant pas né aux USA, il ne peut pas y deve­nir Pré­sident. Il ne veut pas ren­trer dans un jeu dont il ne pour­rait pas un jour être le gagnant ultime.
  • Quid du “social shop­ping” ? I ll se fait l’avocat des sites où l’on peut réagir de manière ano­nyme car on est réel­le­ment libre d’expression. Ce qui n’est pas le cas lorsque l’on uti­lise son iden­tité réelle comme le plus fré­quem­ment dans les réseaux type Face­book ou Twitter.
  • Les marques ont encore du mal à accep­ter que l’on parle des concur­rents sur leur site ou com­mu­nauté. Elles s’engagent aussi trop timi­de­ment car elles ont peur des effets de volume. Elles ne devraient pas. On peut béné­fi­cier d’effets de volume et s’engager avec les vrais gens de son entre­prise. L’humanisation des marques (et de leurs diri­geants) est impor­tante. Le social shop­ping, ce n’est pas d’envoyer des cou­pons sur Twit­ter ou Face­book, ou de “vendre plus”.
  • Com­ment mesure-t-on le retour sur inves­tis­se­ment des médias sociaux ? Sa réponse à l’emporte pièce : c’est comme le retour sur inves­tis­se­ment de sa propre mère ! Bref, quelque chose d’indispensable. Il évoque sa mère, “la meilleure du monde”. Mais de conclure qu’à la fin : “We’ll have some fucking bull­shit num­ber”. Un point de plus pour le nombre de “fuck” !
  • Com­ment appro­cher le mar­ché amé­ri­cain lorsque l’on est étran­ger ? Réponse : aller voir les clients ! Ca parait sim­pliste comme réponse. Mais pas tant que cela…

D’autres inter­ve­nants plus tra­di­tion­nels trai­taient aussi des médias sociaux. Tout d’abord, Jere­miah Owyang (Alti­me­ter Group, une boite de conseil sur les tech­no­lo­gies dis­rup­tives) expli­quait com­ment les entre­prises s’appropriaient les médias sociaux et leur manière de s’organiser. 2011 sera l’année de l’intégration de l’implication dans les médias sociaux avec le reste du mix mar­ke­ting et rela­tion clients des entre­prises. Et on va com­men­cer à com­prendre com­ment mesu­rer cette impli­ca­tion. La pré­sen­ta­tion est ici.

Social Network Corporation Organization Altimeter Group 2010

Et puis Alis­tair Croll, un qué­bé­cois fon­da­teur de Bit­Cur­rent, une société de veille tech­no­lo­gique (voir son sup­port de pré­sen­ta­tion) expli­quait quelques bonnes pra­tiques des star­tups dans la lignée de la démarche de la “Lean Star­tup”. Il est aussi l’auteur du livre “Com­plete Web Moni­to­ring”, une bible sur la manière de mesure la per­for­mance d’une star­tup de l’Internet. Il expli­quait d’abord qu’une star­tup devait apprendre et s’adapter rapi­de­ment. Il ne suf­fit pas de créer une road­map pro­duit. Il faut savoir l’adapter en per­ma­nence en fonc­tion de ce que l’on apprend des uti­li­sa­teurs, de ce qui fonc­tionne ou ne fonc­tionne pas. La mesure doit donc se concen­trer des­sus : sur les taux de trans­for­ma­tion dans le cycle de la rela­tion client et de la vente, sur le taux de vira­lité dans les réseaux sociaux, sur ce qui ne va dans le pro­duit. Il faut uti­li­ser ces don­nées pour amé­lio­rer le pro­duit avant d’arriver à cours de cash ! La mesure de la pré­sence des marques dans les réseaux sociaux est deve­nue un véri­table business.

On compte des dizaines de socié­tés dans le domaine et notam­ment Syn­the­sio, Cym­fony, Buzz­Me­trics, Brand­Watch, Intel­li­seek, Tren­dum, Conver­seon, iiium­bria, Atten­tio, Glide Tech­no­lo­gies et Spot­ter. Je par­ti­ci­pais d’ailleurs juste après LeWeb à la confé­rence Moni­to­ring Social Media avec notam­ment Brian Solis qui per­met­tait d’approfondir le sujet. Les pho­tos sont ici, mais je n’ai pas vrai­ment le temps de cou­vrir l’événement en détail.

Complete Web Monitoring

Ignite

Pen­dant une heure, une dou­zaine d’intervenants ont pit­ché un sujet qui les pas­sion­nait pen­dant cinq minutes. C’est une sorte de mini-TED réa­lisé suite à un appel au peuple sur Inter­net. Cer­tains fai­saient mouche, d’autre non. J’ai sur­tout remarqué :

  • Mat­thias Luf­kens du World Eco­no­mic Forum (qui orga­nise Davos) et son exposé sur la “Twit­ter Diplo­macy” où il mon­trait comme cet outil est main­te­nant exploité par de nom­breux gou­ver­ne­ments et diri­geants. Que ce soit Barack Obama, Dimi­tri Med­ve­dev ou Hugo Cha­vez. Et de mon­trer com­ment les gou­ver­ne­ments se suivent les uns et les autres via ce nou­veau medium. En guise de clin d’œil, une méthode jugée plus sure que les câbles diplo­ma­tiques ! Avec une pique pour la France au pas­sage. Le compte Twit­ter de l’Elysée a la par­ti­cu­la­rité d’avoir plus de 8000 fol­lo­wers mais de ne suivre per­sonne. C’est donc un média de broad­cast mais en appa­rence, pas d’écoute et d’échange. Même pour Barack Obama qui a récem­ment déclaré ne pas uti­li­ser Twit­ter lui-même ! Selon Luf­kens, le der­nier Twitt du compte de l’Elysée remon­tait au mois d’aout 2010. Incroyable mais vrai ? Véri­fi­ca­tions faites, cette der­nière infor­ma­tion était inexacte, le compte Twit­ter @Elysee étant bien actif, autant avant qu’après LeWeb. Le slide devait donc dater de fin aout et n’avait pas été mis à jour pour cette inter­ven­tion de décembre ! Ca décré­di­bi­lise un peu le pro­pos même si le sens n’en pâtit pas forcément !

Matthias Lufkens @ LeWeb 2010 (5)Matthias Lufkens @ LeWeb 2010 (2)

  • Le fran­çais Romain Lacombe (ci-dessous), un brillant Poly­tech­ni­cien, qui fai­sait la pro­mo­tion de la publi­ca­tion des don­nées gou­ver­ne­men­tales. S’inspire de quatre leçons d’Alexis Toc­que­ville : explo­rer le nou­veau conti­nent des don­nées publiques, l’importance du rôle de la presse (cf le data jour­na­lism, exemple de “Where my money goes” du Royaume Uni), l’idée d’utiliser des outils pour moder­ni­ser les gou­ver­ne­ments, et enfin, l’opportunité de mieux accom­pa­gner le pro­grès (créer des réseaux d’idées et d’applications, etc). Il appelle cela “Toc­que­ville 2.0”.

Romain Lacombe @ LeWeb 2010 (1)

  • Ste­ven Will­mott (3scale Net­works) qui dans la conti­nuité de Romain Lacombe se fai­sait l’avocat des API ouvertes et nous fai­sait décou­vrir le pro­jet undata-api.org qui expose les don­nées de l’ONU sous forme d’APIs, Bio­Ca­ta­logue qui fait de même dans le domaine des sciences de la vie, d’autres dans le domaine des conte­nus, de l’énergie, etc.
  • Ricardo Sousa (Aie­di­Labs) fai­sait quant à lui la pro­mo­tion de l’entrepreneuriat chez les ado­les­cents. Entre­prendre, c’est rêver. Les lycées sont un bon endroit pour innover.

  • Fran­cis Die­rick (de Quantter.com) fai­sait la pro­mo­tion d’une ONG “Cold Water Swim­ming” des­ti­née à favo­ri­ser l’accès à de l’eau potable dans les pays en voie de développement.
  • Beathe Due (de l’opérateur nor­vé­gien Tele­nor) expo­sait la syner­gie entre les réseaux sociaux et les concerts dans la consom­ma­tion musi­cale à par­tir d’une étude réa­li­sée en Norvège.
  • Fumi Yama­zaki, un blog­geur japo­nais évoquait la construc­tion de la culture geek japo­naise. Avec ses remix d’avatars et de chan­sons, une réuti­li­sa­tion per­ma­nente des conte­nus, le tout fait avec “amour et respect”.

Finan­ce­ment de la crois­sance et liquidité

C’est le der­nier thème à abor­der dans ce compte-rendu presque exhaus­tif de LeWeb 2010. Il concer­nait le finan­ce­ment de l’innovation dans son ensemble avec mix d’interventions et de tables rondes. Les dis­cus­sions por­taient sur­tout sur les phases de crois­sance de l’entreprise, sur la liqui­dité de leur capi­tal et sur l’évolution du mar­ché en termes de sor­ties. Pas­sons en revue quelques interventions :

  • Pour Jeff Cla­vier (Soft­Tech VC), il existe de plus en plus de solu­tions pour géné­rer de la liqui­dité pour les star­tups après quelques années d’existence. Ces sont les tours d’investissements où des parts des fon­da­teurs et des pre­miers inves­tis­seurs peuvent être rache­tées et les mar­chés alter­na­tifs. Il essaye de vendre ses par­ti­ci­pa­tions aussi tard que pos­sible, et pas seule­ment dans des fusions acqui­si­tions comme cette société qui a été ven­due récem­ment à eBay pour $75m après une année et dix jour­nées d’existence. 40 des 90 socié­tés dans les­quelles son fond d’amorçage Soft­Tech a investi ont levé $400m ! Alors qu’il y a quelques années, c’était une excep­tion, il a ren­con­tré  six cas où cer­tains tours de finan­ce­ment créaient de la liqui­dité pour les fon­da­teurs. Sinon, pour Jeff, les anciens entre­pre­neurs qui deviennent inves­tis­seurs doivent apprendre à ne pas pilo­ter les entre­prises qu’ils financent ensuite. Le CEO doit res­ter le CEO tant que pos­sible. Quid de l’arrivée d’un nou­veau CEO dans ses star­tups ? Cela fonc­tionne bien dans 70% des cas si l’embauche a été bien faite et son arri­vée bien pré­pa­rée. Phi­lippe Bot­teri (VP de Bes­se­mer Ven­ture Part­ners, X-Mines-McKinsey) cite un cas où le CEO externe n’a pas bien collé. Il est devenu Chair­man et le fon­da­teur a repris son poste ini­tial de CEO. Il me semble sinon avoir vu pas­ser une étude amé­ri­caine qui mon­trait que les star­tups qui conser­vaient leur fon­da­teur comme CEO réus­sis­saient mieux.
  • Pour Ber­nard Liau­taud (Bal­der­ton Capi­tal, co-fondateur de Busi­ness Objects, cf une inter­view de lui que j’ai pu réa­li­ser en 2006), l’assèchement du mar­ché des intro­duc­tions en bourse a fait des fusions & acqui­si­tions la prin­ci­pale solu­tion de sor­tie des star­tups pour leurs inves­tis­seurs. C’est géné­ra­le­ment la fin de la société qui a été construite. Les options de liqui­dité alter­na­tives per­mettent de faire durer et croitre l’entreprise plus long­temps et plus loin. Il raconte sinon les dif­fi­cul­tés ren­con­trées au début des années 1990 après son intro­duc­tion en bourse. Après avoir été en retard dans une sor­tie de ver­sion majeure et du faire un ajus­te­ment de ses comptes suite à un mau­vais deal en Alle­magne, l’action a plongé de $55 à $4. Il a du enta­mer la “conver­sa­tion” avec des cen­taines de ban­quiers, inves­tis­seurs et ana­lystes finan­ciers. Il s’en est sorti en com­mu­ni­quant une bonne vision de là où l’entreprise allait aller et grâce au sou­tien de son conseil d’administration. L’action est ensuite remon­tée de $4 à $300 ! Chez Bal­ter­ton, Ber­nard est notam­ment impli­qué dans Wonga, un site de prêts en ligne au Royaume Uni, et dans Talend, une société fran­çaise dans l’open source établie main­te­nant aux USA.

Bernard Liautaud @ LeWeb 2010 (4)

  • Barry E. Sil­bert a fondé Second­Mar­ket, une place de mar­ché alter­na­tive. Il est donc le pre­mier à se réjouir de la mort des intro­duc­tions en bourse. On est passé de 400 à 100 IPO par année ! Comme Wall Street est “fucked-up”, il y pro­fite de l’opportunité pour rebe­lo­ter les cartes de l’industrie en s’attaquant à rien moins que le NASDAQ et le NYSE et en pro­fi­tant de ce que les banques innovent trop len­te­ment. Sur sa place de mar­ché, l’entreprise peut déci­der qui inves­tit chez elle. Les busi­ness angels et VC Angel blo­quaient un peu au début mais plus main­te­nant selon lui. Il rend leurs inves­tis­se­ments liquides (trans­for­mables en cash) et s’attaque main­te­nant à le faire pour les stock-options des employés des star­tups. Avec cette méca­nique, les inves­tis­seurs peuvent avoir de meilleurs retours en per­met­tant à leurs entre­prises de gran­dir plu­tôt de les vendre trop tôt tout en récu­pé­rant une par­tie de leur inves­tis­se­ment au fur et à mesure. Et il a comme clients Face­book et Grou­pon ! Cela explique com­ment le fon­da­teur de Face­book, Mark Zucker­berg, a pu faire une dona­tion de $100m aux écoles de Newark dans le New Jer­sey en sep­tembre 2010.

SecondMarket screen buy and sell private company stock

  • Dans une débat avec Loic Lemeur, Alexan­der Tamas (ci-dessous) expli­quait pour­quoi sa société, DST Inter­na­tio­nal, inves­tis­sait dans des socié­tés telles que Face­book, Grou­pon et Zynga (fin 2009 pour $150m). Elle pos­sède la plus grande société Inter­net de Rus­sie, Mailru, qui a fait la plus belle intro­duc­tion en bourse euro­péenne de ces der­nières années en levant $6B. Sa valo­ri­sa­tion est aujourd’hui de $8B. Le pre­mier inves­tis­se­ment réa­lisé l’a été dans Face­book, direc­te­ment dans le compte d’exploitation de Mailru. Il y ont inves­tit à ce jour plus de $500m en plu­sieurs tours. Pour Tamas, les réseaux sociaux sont très matures dans les pays de l’Est, leur usage est très déve­loppé. Ils font face à moins d’inertie de mar­ché et ce sont des busi­ness très ren­tables. Il anti­cipe donc un bon suc­cès pour leurs grands équi­va­lents occi­den­taux. Leur stra­té­gie d’investissement : viser les entre­prises ren­tables qui ont une valo­ri­sa­tion de $1B. Cela filtre donc pas mal !

Alexander Tamas from DST International @ LeWeb 2010

  • Côté finance, nous avons aussi pu décou­vrir Howard Lind­zon, le fon­da­teur de Stocktwits.com, un agré­ga­teur de Tweets sur la bourse. Ce site “social” per­met d’identifier des ten­dances en fonc­tion du volume de Tweets sur chaque entre­prise. Il pro­duit des graphes (four­nis en Fre­mium). Il per­met d’identifier des gou­rous de la finance qui ont le nez creux sur le mar­ché. L’idée étant de faire cir­cu­ler au maxi­mum les idées entre les obser­va­teurs et experts du mar­ché. Pour reprendre le sujet pré­cé­dent, il s’agit donc de don­ner de la liqui­dité aux idées !

stocktwits_ss

La par­tie “finance” se ter­mi­nait avec un panel rapide sur les sor­ties par fusion acqui­si­tion, avec Anil Hans­jee du Cor­po­rate Deve­lop­ment de Google EMEA (anil@google.com), Fritz Lan­man, Senior Direc­tor de la Cor­po­rate Stra­tegy chez Micro­soft Corp, et enfin Pierre Kosciusko-Morizet, fon­da­teur et CEO de Pri­ce­Mi­nis­ter qu’il a récem­ment revendu au japo­nais Raku­ten. J’ai eu l’occasion d’avoir une belle dis­cus­sion avec Anil Hans­jee le pre­mier jour de LeWeb en allant prendre le métro sous la neige (le hasard des ren­contres !). Il m’a expli­qué que Google avait fait une tren­taine d’acquisitions cette année, cer­taines n’étant pas encore publiques. En géné­ral, ils ne cherchent pas à les rendre publiques, mais ont du mal à l’empêcher. Les acqui­si­tions ne sont pas une fin en soi. Elles servent une stra­té­gie pro­duit et marchés.

Où est la valeur des socié­tés acquises ? Pour Micro­soft, d’abord les équipes, puis le pro­duit et enfin la pro­fi­ta­bi­lité de l’entreprise. Que les star­tups doivent se rap­pro­cher des grands groupes via leurs pro­grammes de par­te­na­riat. Elles rentrent ainsi “dans le radar”. Quid du deal man­qué avec Face­book pour Micro­soft ? Réponse pas évidente de Fritz Lan­man. En fait, il faut savoir aussi nouer des par­te­na­riats qui ne sont pas for­cé­ment des inves­tis­se­ments ou des acquisitions.

Pierre Kosciukso-Morizet @ LeWeb 2010 (1)

Pierre-Kosciusko Mori­zet racon­tait quant à lui le pour­quoi du com­ment de la vente de Price Minis­ter à Raku­ten. Cette société a une valo­ri­sa­tion de $10B. Elle repré­sente 17% du com­merce en ligne au Japon (par com­pa­rai­son, Ama­zon en a 8% aux USA). Pierre conti­nue à gérer l’entreprise Price Minis­ter. Il s’est engagé sur cinq années, ce qui est très long terme dans une acqui­si­tion alors que dans les grandes entre­prises amé­ri­caines, les CEO des star­tups acquises partent sou­vent après quelques mois. Et un conseil : ne pas se foca­li­ser sur la sor­tie. Les mar­chés font leur bou­lot. Les grandes socié­tés suivent le mar­ché ! Si on est bon, on se fait iden­ti­fier assez rapi­de­ment. Et au fait, que va-t-il faire avec les 30m€ qu’il a récu­pé­rés via cette vente ? Déjà s’acheter un appar­te­ment car il est loca­taire à Paris. Et puis, pour­suivre son inves­tis­se­ment dans des star­tups via le fond ISAI Ven­tures dont il est l’un des cofon­da­teurs. Pour infor­ma­tion, ISAI gère main­te­nant 35m€ et inves­tit dans trois à quatre socié­tés par an dans l’Internet, avec des tickets ini­tiaux voi­sins de 1m€ et la capa­cité de finan­cer un second tour. Les pre­miers inves­tis­se­ments sont Com­merce Guys (qui gèrent la décli­nai­son ecom­merce du CMS Dru­pal et font déjà 1m€ de CA en 2010), Ins­tant Luxe (une place de mar­ché de pro­duits de luxe en séries limi­tées) et Covoi­tu­rage (qui fait aussi déjà 1m€ de CA, a déjà 850000 uti­li­sa­teurs enre­gis­trés et une part de mar­ché en France de 85%). Et non, je ne vais pas com­men­ter ici le nou­veau rôle de PKM auprès d’Eric Bes­son pour la consti­tu­tion du Conseil Natio­nal du Numé­rique… Smile.

Pho­to­gra­phie

Il y avait une table ronde hors plé­nière d’une demi-heure ani­mée par Rodrigo Sepul­veda sur la pho­to­gra­phie (vidéo). Occa­sion pour Jean-Marie Hulot de pré­sen­ter l’évolution de l’offre de Foto­pe­dia, une ency­clo­pé­die pho­to­gra­phique en ligne. Il devient main­te­nant un éditeur de livres élec­tro­niques pour l’iPad ! Avec des pho­tos magni­fiques telles que celles de parcs natio­naux aux USA (réa­li­sées par Quand-Tuan Luong, un fran­çais d’origine viet­na­mien, poly­tech­ni­cien, et habi­tant aux USA). Et aussi d’avoir des nou­velles d’un autre site créé en France mais qui se déve­loppe essen­tiel­le­ment aux USA, Foto­lia, qui est une banque d’images ali­men­tée par 80000 pho­to­graphes et concur­ren­çant sérieu­se­ment les agences photo tra­di­tion­nelles (Cor­bis, Getty…). La société fera $100m en 2010 ! Whaouh !

Sinon, comme chaque année, j’ai pris pas mal de pho­tos de LeWeb. Vous les trou­ve­rez sur Dar­q­room pour les années 2006, 2007, 2008, 2009 et 2010 ! Cer­tains sont éton­nés du piqué de cer­taines d’entre elles. L’astuce ? Je n’utilise plus l’autofocus entiè­re­ment auto­ma­tique de mes réflex Canon (qui fonc­tionne mal, c’est un défaut de cer­tains modèles chez ce construc­teur), mais avec le focus au centre, en reca­drant ensuite la photo. Cela per­met d’être sûr que les visages des gens pho­to­gra­phiés sont bien nets. Le tout avec des optiques ouvrant à 2.8. Je prend mes pho­tos en RAW et les édite avec Adobe Ligh­troom 3.0 en ajus­tant fré­quem­ment l’exposition ainsi que la tem­pé­ra­ture de couleur.

Conclu­sion

J’espère que vous avez pu appré­cier la den­sité de cette confé­rence dans mes six articles. C’était cer­tai­ne­ment l’édition la plus réus­sie de LeWeb depuis sa créa­tion. Cela ne fait que faire mon­ter les enchères pour la pro­chaine édition en 2011 ! Bravo à Loic et Géral­dine Lemeur qui sont ainsi deve­nus des “entre­pre­neurs de confé­rence” de haut vol à l’échelle internationale.

Geraldine et Loic Lemeur @ LeWeb 2010 (8)

Pas­sez toutes et tous de joyeuses fêtes de fin d’année !

La col­lec­tion com­plète des articles sur LeWeb 2010 :

LeWeb 2010 - Vue d’ensemble
LeWeb 2010 - Les star­tups
LeWeb 2010 - Les pla­te­formes 1
LeWeb 2010 - Les pla­te­formes 2
LeWeb 2010 - Les pla­te­formes 3
LeWeb 2010 – Epilogue

Publié le 22 décembre 2010 et mis à jour le 23 décembre 2010 Post de | Communication, Entrepreneuriat, Innovation, LeWeb, Marketing | 11425 lectures

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Les 3 commentaires et tweets sur “LeWeb 2010 - Epilogue” :

  • [1] - Olivier a écrit le 23 décembre 2010 :

    Bravo Oli­vier. Tout simplement !

  • [2] - Juan Carlos a écrit le 23 décembre 2010 :

    For­mi­dable. Vive le com­merce avec ISAI et les boites qui crachent des tunes ! à défaut d’autre chose… Ache­ter un appar­te­ment à Paris. Ca c’est un objec­tif impor­tant pour M. PKM… Qui l’en bri­me­rait ? Bonne année. Et tous au “Second­Mar­ket” !! Joyeux Noel, à non par­don, bonnes fêtes.

  • [3] - Benoit Granger a écrit le 23 décembre 2010 :

    je dois dire, ok, c’est mar­gi­nal, que je suis très cho­qué d’apprendre que Ber­nard Liau­taud (Bal­der­ton Capi­tal, co-fondateur de Busi­ness Objects,entrepreneur exem­plaire…) est impli­qué dans Wonga en GB. Wonga est une ordure d’entreprise de Loans Shark, d’usuriers, qui pra­tique des taux d’intérêt indé­cents en prê­tant de pré­fé­rence aux per­sonnes les plus pauvres et accu­lées à emprun­ter à n’importe quel prix.

    Les pubs de Wonga (“t’as besoin de fric ? on te le donne en 5 mn”… cita­tion approximative)sont tel­le­ment cho­quantes que le régu­la­teur anglais, qui n’est pour­tant pas très regar­dant, les a inter­dites à la télé.

    Liau­taud la dedans ? mais il ne sait pas lire ? ou bien juste la der­nière ligne en bas, celle du bénéf distribué ?




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