Impressions du Salon Solutions Linux 2010

Publié le 23 mars 2010 - 3 commentaires -
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J’ai fait un petit tour d’une demi-journée au Salon Solu­tions Linux le 16 mars 2010. Le salon était situé dans un bout du Hall 1 à la Porte de Ver­sailles. Un salon de taille modeste, ce, mal­gré la très bonne santé du busi­ness de l’open source en France, en crois­sance régu­lière d’environ 30% par an selon Pierre Audoin Conseil, concen­trée dans les acti­vi­tés de services.

Salon Solution Linux Mars 2010

Au delà d’un tour rapide des stands, je venais sur­tout écou­ter les pre­mières confé­rences plé­nières, moyen de faire le point sur le dis­cours du moment. Elles avaient lieu dans une salle dédiée, avec en moyenne une cin­quan­taine de par­ti­ci­pants, faute pro­ba­ble­ment de grands noms du sec­teur pour atti­rer les spectateurs.

Jean-Pierre Lasine de Bull au Salon Solution Linux 2010 (4)

Il faut noter que le salon ouvrait deux jours après la fin du Salon de l’Agriculture, qui avait laissé comme trace une odeur de cam­pagne (ani­male) assez incon­grue avec l’objet du salon.

Alexandre Zapolski de Linagora

C’est à Alexandre Zapolski que reve­nait le rôle d’ouvrir la confé­rences des key­notes de ce salon. Pour­quoi lui ? Au moins à deux titres : il est le PDG de Lina­gora, l’une des SSII du libre fran­çaises qui se porte le mieux, si ce n’est la plus grande des “pure player”, et égale­ment cofon­da­teur de la FNILL, la fédé­ra­tion natio­nale des indus­tries du logi­ciel libre. Dans le sec­teur privé, c’est l’un des plus actifs pro­mo­teurs de l’open source de manière conti­nue depuis une bonne dizaine d’années.

Alexandre Zapolski Linagora au Salon Solution Linux 2010 (7)

A lui donc de faire un bilan contrasté du logi­ciel libre entre 2000 et 2010, presque un pas­sage de l’illusion à la dés­illu­sion ou tout du moins à une forme de matu­rité car la dyna­mique de l’open source se porte bien dans l’ensemble :

  • Contraste de la dyna­mique : en 2000, le key­note du salon avait lieu dans le grand amphi­théâtre du Palais des Congrès de Paris, avec 1500 per­sonnes. Là où Micro­soft orga­nise ses Tech­Days dont les key­notes qui ont lieu trois jours d’affilée ras­semblent entre 1500 et 3000 per­sonnes. A l’époque, il y avait Bob Young, le fon­da­teur de Red Hat, Miguel de Icaza, du pro­jet Mono, Larry Augus­tin de VA Linux et Richard Stall­man, le “pape” du logi­ciel libre. Cette décrue de par­ti­ci­pa­tion n’est heu­reu­se­ment pas un révé­la­teur d’un dés­in­té­rêt pour l’open source, loin s’en faut !
  • Contraste de l’environnement poli­tique : on passe de l’ère Jos­pin et d’un sou­tien poli­tique affi­ché aux logi­ciels libres (avec la créa­tion de la MTIC sui­vie de l’ATICA, puis de l’ADAE et de la DGME sous Raf­fa­rin) à l’ère Sar­kozy où le RGI (Réfé­ren­tiel Géné­ral d’Interopérabilité) est “vidé de son sens” (tra­duc­tion : Micro­soft a réussi à y caser son for­mat XML de la suite Office…), où l’on créé une bien maigre branche “logi­cielle libre” dans le Pôle de Com­pé­ti­ti­vité Sys­te­ma­tic, sans par­ler de l’HADOPI et de la LOPSSI qui hérissent natu­rel­le­ment les poils du monde de l’open source. Le tout étant cou­ronné par un contrat cadre de Micro­soft au Minis­tère de la Défense de 100m€ sur 4 ans, quand un Minis­tère moyen dépen­se­rait aux alen­tours de 4m€ en logi­ciels Micro­soft (ca méri­te­rait une étude com­pa­ra­tive…). Ce qui serait un scan­dale à dénon­cer haut et fort. Et dans le sym­bo­lique, Zapolski enfonce le clou en évoquant les vacances de Sar­kozy en 2007 aux USA, à Wol­fe­boro et dans une mai­son appar­te­nant à un “des cofon­da­teurs de Micro­soft” ! Le sym­bole d’une col­lu­sion ? Ren­sei­gne­ment pris, ce Mike Appe a quitté Micro­soft en 1994 après avoir occupé des posi­tions diverses de rang inter­mé­diaire et non stra­té­giques (ventes aux USA, sup­port client, etc). Il n’en était nul­le­ment cofon­da­teur, étant arrivé en 1987, 12 ans après la créa­tion de l’éditeur. C’est main­te­nant un inves­tis­seur, basé au Royaume Uni ! Alexandre peut juste se conso­ler avec le “Liberty Linux” (à base d’Ubuntu) ins­tallé par Lina­gora à l’Assemblée Natio­nale (qui a cepen­dant fait grin­cer les dents de Man­driva). Les USA seraient mieux lot­tis, avec le grand pro­gramme de eSanté de l’administration Obama qui sera construit autour de logi­ciels open source. Et de rap­pe­ler aussi que Red­Hat aurait vu son démar­rage béné­fi­cier d’un contrat de $50m de l’administration amé­ri­caine pour sécu­ri­ser une dis­tri­bu­tion Linux (c’est aussi par un contrat avec la CIA qu’Oracle a pu démar­rer à la fin des années 1970…).
  • Les évolu­tions gra­duelles de l’open source : Red­Hat et Man­driva sont tou­jours là, mais Ubuntu, créé en 2004, a pris une belle impor­tance sur le desk­top. Entre temps, on entend moins par­ler de la dis­tri­bu­tion Sla­ck­ware, tout comme des solu­tions de tra­vail col­la­bo­ra­tif SPIP et ZOPE, très pro­mues il fut un temps dans l’administration. Aujourd’hui, le libre monte dans les couches appli­ca­tives : Sugar­CRM, Talend, Ope­nESB, Ope­nERP, Post­grSQL, etc. Les logos de ces logi­ciels sont “plus léchés”. Et le sec­teur privé s’y met enfin et repré­sen­te­rait “85% du mar­ché” (des ser­vices, s’entend). Mais l’industrie de l’open source a mis de l’eau dans son vin et adopté le prin­cipe du “Free­mium”, aussi lar­ge­ment uti­lisé dans les logi­ciels com­mer­ciaux et sur Inter­net. Ce qui abou­ti­rait à un “faux logi­ciel libre”, là où les ver­sions de base des logi­ciels sont open source, et donc gra­tuites, mais où les couches appli­ca­tives supé­rieurs sont com­mer­ciales et payantes. Exemple non cité par Alexandre : Open­Trust, ancien­ne­ment Idealx, l’un des éditeurs phares du logi­ciel libre en 2000, spé­cia­lisé dans la sécu­rité. Regar­dez leur “A pro­pos” et cher­chez la men­tion du libre ou de l’open source… :) . Les grands clients seraient déçus par ce modèle fre­mium. Rup­ture d’une pro­messe non écrite de gra­tuité des licences alors que l’on enten­dait pour­tant bien que “free” ne vou­lait pas dire “gra­tuit” mais “libre” ? Ou déçus d’une baisse de qua­lité des logiciels ?

Alexandre Zapolski Linagora au Salon Solution Linux 2010 (6)

  • Contraste concur­ren­tiel : en 2000, l’ennemi à com­battre était Micro­soft. Point barre. IBM se lan­çait de manière toni­truante dans l’open source en étant un des plus grands sup­por­ters et contri­bu­teur de Linux. La concur­rence devient multi facettes avec l’ogre MISOG : Micro­soft, IBM (et oui), SAP, Oracle et Google, qui devient lui aussi dan­ge­reux mal­gré ses contri­bu­tions diverses à l’open source. Deux des cinq inter­ve­nant dans les plé­nières. Danse avec les loups !

Et Lina­gora dans tout cela ? Il a démarré à l’incubateur Télé­com Paris Sud, puis dans un garage près de la Bas­tille, puis à l’Opéra sur deux étages et avec 30 per­sonnes, et main­te­nant, rue de Berri avec 150 per­sonnes, et plus de 200 pré­vues sur 2010. En 2000, Alexandre Zapolski annon­cait qu’il ferait 100 mil­lions de F de CA en 2010. Sans pré­ci­ser son CA 2010, il annonce main­te­nant un objec­tif de 100m€ de CA pour 2020. Ren­sei­gne­ments pris sur son site web, il fai­sait 16m€ de CA en 2009, soient 104 mil­lions de F. Pari tenu ! Entre temps, le gros de la manne des ser­vices de l’open source est récolté par les grandes SSII qui font de l’open source dans toutes les couches en sui­vant l’évolution du marché.

Alexandre Zapolski Linagora au Salon Solution Linux 2010 (8)

Cano­ni­cal

Nico­las Bar­cet de Cano­ni­cal, l’éditeur d’Ubuntu, était là non pas pour par­ler d’Ubuntu sur les postes de tra­vail, mais dans le cloud. J’ai sur­tout noté que l’offre de cloud d’Ubuntu s’appuie sur les API d’Amazon EC2, l’offre de pla­te­forme appli­ca­tive du lea­der du cloud com­pu­ting. Leur offre per­met aussi de rapa­trier le “cloud” chez soi, comme une chaîne de TV fran­çaise serait en train de le faire. En adop­tant les APIs Ama­zon, Ubuntu per­met donc à un client d’Amazon de rap­pa­trier son infra­struc­ture en interne sans chan­ger ses logi­ciels, en théorie.

Dans un graphe que je n’ai pas récu­péré, la France serait “en bonne posi­tion” dans l’usage du cloud. Der­rière le Canada et les Pays-Bas… ! La gloire !

Nicolas Barcet de Canonical au Salon Solution Linux 2010 (2)

Micro­soft

Quel sym­bole d’avoir Micro­soft comme troi­sième inter­ve­nant dans cette série de keynotes !

A com­men­cer par Alfonso Cas­tro, qui joue dans la filiale fran­çaise, le rôle de pas­se­relle avec le monde de l’open source. Micro­soft est fidèle au Salon Solu­tions Linux avec une pré­sence inin­ter­rom­pue depuis sept ans.

Alfonso Castro de Microsoft au Salon Solution Linux 2010 (1)

Selon Alfonso, Micro­soft sou­tient l’open source de quatre manières : par les pro­duits, les stan­dards, la docu­men­ta­tion et la col­la­bo­ra­tion. Et de don­ner des exemples dans toutes ces dimen­sions. Côté stan­dar­di­sa­tion, Micro­soft par­ti­ci­pe­rait à 150 orga­nismes dans le monde et sup­por­te­rait plus de 10000 stan­dards dans son offre (ca fait beau­coup…). La col­la­bo­ra­tion avec les concur­rents relève sur­tout de la vali­da­tion de l’interopérabilité entre les solu­tions open source et les pla­te­formes Win­dows. Les logi­ciels libres cou­rants qui tournent sous Linux sont ainsi dis­po­nibles sous Windows.

Tom Hanarahan de Microsoft au Salon Solution Linux 2010

S’ensuivait une inter­ven­tion un peu mono­corde de Tom Han­ra­han, Direc­teur de l’Open Source Tech­no­logy Cen­ter de Micro­soft Corp au siège de Red­mond. C’est un ex Intel qui a tra­vaillé sur un OS écrit en Ada, puis de Sequent Com­pu­ter (qui fai­sat du mini SMP sur base Intel), racheté par IBM, puis de l’OSDL (Open Source Deve­lop­ment Lab) devenu plus tard la Linux Foundation.

Il expose les dif­fé­rentes contri­bu­tions de Micro­soft au monde de l’open source avec notam­ment une contri­bu­tion au code du noyau de Linux avec 20K lignes four­nies, au niveau de dri­vers, et sous licence GPL2. Micro­soft serait la 142ème entité contri­buant à Linux, un rang pour l’instant bien modeste. L’éditeur four­nit envi­ron deux patches par mois et pré­voit de dou­bler le rythme rapidement.

Alors, Micro­soft soutient-il l’open source comme la corde sou­tient le pendu ? Si les deux pré­sen­ta­tions furent bien applau­dies, notam­ment lors de la conclu­sion qui insis­tait sur le fait que ces évolu­tions étaient le résul­tat de la demande des clients, il convient évidem­ment d’adopter une lec­ture plus cynique de cette stratégie :

  • Cela reste une stra­té­gie d’endiguement (contain­ment), pour limi­ter l’emprise des logi­ciels libres chez ses clients, notam­ment les plus grands d’entre eux.
  • L’interopérabilité est un moyen de limi­ter cette emprise, notam­ment dans le monde des ser­veurs. Avec la conso­li­da­tion des ser­veurs et la vir­tua­li­sa­tion, le risque est grand de voir Win­dows Ser­ver se faire mar­gi­na­li­ser. Ainsi, pour Micro­soft, il vaut mieux que Linux soit vir­tua­lisé dans des ser­veurs Win­dows que le contraire. D’où le par­te­na­riat avec Novell qui motive cer­tai­ne­ment une grande par­tie du bou­lot sur le noyau de Linux et ses drivers.
  • Micro­soft a besoin de faire tour­ner les logi­ciels libres sous Win­dows (client et ser­veur) pour pré­ser­ver son écosys­tème logi­ciel et éviter de jus­ti­fier un pas­sage à Linux parce qu’il s’y trouve des appli­ca­tions open source qui ne tour­ne­raient pas sous Win­dows. La pré­ser­va­tion du sys­tème d’exploitation sera tou­jours plus impor­tante que celle de l’application !
  • Un peu comme chez IBM, les logi­ciels “Open Source” de Micro­soft res­tent mar­gi­naux. Ce sont des outils divers, des dri­vers, des couches d’interopérabilité (dont on peut trou­ver un inven­taire dans Code­plex). Rien qui n’affecte le coeur de métier d’éditeur de logi­ciel com­mer­cial, même en cloud. Quelqu’un dans la salle (ci-dessous) deman­dait si Win­dows devien­drait open source. La réponse était claire: “Non”, oubliant au pas­sage de citer le fait qu’il est pos­sible de se pro­cu­rer le code source des dif­fé­rentes ver­sions de Win­dows, sans qu’il soit “open source” (modi­fiable et redis­tri­buable) pour autant. Cela fait des années que l’on pré­dit que Micro­soft sera obligé d’adopter le modèle open source, que le modèle com­mer­cial est condamné. Si cette pré­dic­tion est vali­dée un jour, elle ne le sera que très lentement !

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Phi­lippe Mon­targes – Lien entre open source et innovation

Cet inter­ve­nant est Pré­sident de l’Open World Forum (une confé­rence inter­na­tio­nale dont la pro­chaine édition a lieu à Paris en septembre/octobre 2010) et aussi d’Alter Way, une SSLL (société de ser­vices en logi­ciels libres) de 10m€ et 90 personnes.

L’objectif ? Faire le lien entre l’open source et l’innovation. Il com­mence par évoquer le prin­cipe de l’Open Inno­va­tion, promu par un pro­fes­seur du MIT, Henri Ches­brough. Une méthode d’organisation de l’innovation des grandes entre­prises tour­née vers l’extérieur : par­te­na­riats avec labo­ra­toires de recherche, liens avec des star­tups, poli­tiques d’acquisitions, adop­tion ou créa­tion de stan­dards, etc. Une approche qui fonc­tionne dans toutes les indus­tries. Et qui mêne aussi à des solu­tions com­mer­ciales payantes comme à leur lot de bre­vets, logi­ciels ou pas.

Il pose plus de ques­tions qu’il n’y répond fina­le­ment. En se deman­dant si le logi­ciel libre est le “géné­rique du logi­ciel”, comme dans la phar­ma­cie. La créa­tion de valeur se posi­tionne en fait plus sur l’accessibilité (au logi­ciel) et dans les inno­va­tions au niveau du pro­ces­sus du déve­lop­pe­ment logi­ciel (multi-intervenants, dis­tri­bué, avec des fac­teurs de moti­va­tion divers, etc). C’est fina­le­ment une indus­trie de processus.

En guise d’innovation, les grandes nou­veau­tés de l’open source cor­res­pondent bien à une géné­ri­ci­sa­tion des logi­ciels. On vient de le citer avec l’offre de cloud d’Ubuntu qui reprend les APIs d’Amazon EC2, c’est le cas égale­ment avec tous ces nou­veaux pans des appli­ca­tions métiers qui sont inves­tis par le libre : le CRM (Sugar­CRM), les ERP (Ope­nERP), les ETL (Talend, ETL = outils de trans­for­ma­tion des don­nées pour ali­men­ter les bases de don­nées), etc.

Philippe Montarges au Salon Solution Linux 2010 (3) 

Il y a une excep­tion de taille : l’univers de l’Internet où l’open source est à l’origine d’innovations puisque c’est un espace où les prin­ci­paux logi­ciels d’infrastructure et de déve­lop­pe­ment logi­ciel sont tous open source ! On peut ainsi dire (de manière certes ampou­lée) que l’open-source est consub­stan­tiel à l’ouverture et à la stan­dar­di­sa­tion de l’Internet.

Bull et l’informatique responsable

Jean-Pierre Laisné est une per­son­na­lité connue de longue date dans l’open source fran­çais. Il est chez Bull depuis plus d’une demi-douzaine d’années après avoir créé Lin­box, une société qui ambi­tion­nait de dis­tri­buer des PC sous Linux et s’est trans­formé depuis en SSLL. Jean-Pierre est fier d’appartenir à une entre­prise qui a renoué avec la crois­sance ! Mais il est aussi le pré­sident de l’OW2 (Object­Web), un grand méta-projet de midd­le­ware open source d’origine essen­tiel­le­ment fran­çaise (INRIA, Bull, etc).

Il évoque l’importance d’une infor­ma­tique res­pon­sable mais pour entrer tar­di­ve­ment dans le sujet par rap­port au libre, après un long pro­pos limi­naire sur la “res­pon­sa­bi­lité sociale et envi­ron­ne­men­tale” des entreprises.

Jean-Pierre Laisne de Bull au Salon Solution Linux 2010 (9)

Stands du salon

Ma petite visite per­met­tait de prendre la tem­pé­ra­ture de ce milieu…

  • Tou­jours autant d’asso­cia­tions de pro­mo­tion des logi­ciels libres : APRIL, AFUL, etc. Et aussi régio­nales comme Infor­ma­tique Libre en Ardennes (ci-dessous). Quelle idée d’avoir un stand à Paris pour cela… sur­tout, pour se faire c… !

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  • Les asso­cia­tions pro­fes­sion­nelles de l’open source foi­sonnent ! Entre la FNILL (88 membres, petites et grandes SSLL et éditeurs open source), Alliance Libre (sorte de clus­ter de SSLL de la région nan­taise, 28 membres, lan­cée par la SSLL Smile) ou Libre-Entreprise (une quin­zaine de membres, tous en région, et un peu en Bel­gique), allez savoir ! Les nom­breuses asso­cia­tions régio­nales du libre se sont en tout cas fédé­rées au sein du Conseil natio­nal du logi­ciel libre en février 2010, qui regroupe 10 asso­cia­tions et 200 entre­prises et qui sem­ble­rait s’opposer au pari­sia­nisme de la FNILL.

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  • Le mar­ke­ting de base dit “du pauvre” des expo­sants est clas­sique : des mugs et des tee-shirts. L’offre logi­cielle est peu mise en valeur. C’est plu­tôt l’aspect com­mu­nau­taire qui pré­do­mine, le salon étant une occa­sion de faire des ren­contres, mais fina­le­ment, pas beau­coup de pro­sé­ly­tisme. Cela peut adop­ter un côté plus déjanté comme ce stand ci-dessous dont la fina­lité n’était pas claire (des mili­tants anti-Hadopi ?).

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  • Des pro­jets de logi­ciels open source d’entreprise comme Glpi, un ges­tion­naire de parc infor­ma­tique en mode web uti­lisé par au moins 1600 enti­tés iden­ti­fiées à ce jour.

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  • Le maté­riel open source… ca existe aussi, et promu notam­ment par Open­Pat­tern ! Cette petite société fran­çaise vise à créer un SoC (sys­tem on chip) avec des com­po­sants tous en open source, le tout devant être uti­lisé pour la créa­tion d’une “home gate­way”, sorte de cen­trale domo­tique. Bon courage… !

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  • Le wifi gra­tuit était promu par wireless-fr.org. Sauf que, sur le salon, point de Wifi gra­tuit à l’horizon !

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  • Il y avait aussi un vil­lage tuni­sien. Et pour cause, la Tuni­sie est une des­ti­na­tion inté­res­sante de “near­shore” francophone.

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  • Les grands acteurs : Bull, Ubuntu, Micro­soft et Oracle. Mais plus d’IBM, qui se fait main­te­nant rela­ti­ve­ment dis­cret sur l’open source d’un point de vue mar­ke­ting. Finies les grandes décla­ra­tions d’il y a dix ans ? L’open source est deve­nue une rou­tine pour l’activité de ser­vices d’IBM, mais un modèle soi­gneu­se­ment évité par les deux branches logi­cielles d’IBM, qui reposent sur un modèle com­mer­cial des plus tra­di­tion­nel, et qui est la pre­mière source de marge opé­ra­tion­nelle du groupe.

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Il manque à ce petit tour d’horizon de l’open source entrevu lors de Solu­tions Linux un grand suc­cès, un échec rela­tif, et une décep­tion pour l’open source :

Les suc­cès de l’open source dans l’embarqué

Le grand suc­cès de l’open source, c’est clai­re­ment sa pré­do­mi­nance dans le mar­ché des sys­tèmes embar­qués. Rares sont les set-top-boxes de la télé­vi­sion numé­rique qui ne tournent pas sous Linux. Que ce soit la Free­box, le Cube de Canal+ ou autres Live­Box, toutes sont sous Linux et exploitent un grand nombre de “stacks” (briques) open source. Le tout étant cepen­dant inté­gré dans des pro­duits boite noire fermés.

Freebox V5

L’open source a égale­ment investi le mar­ché des mobiles. Que ce soit avec Android dont la mon­tée en puis­sance en fait l’un des prin­ci­paux concur­rents émer­gents de l’iPhone dans les smart­phones, ou bien même avec Sym­bian, qui a mué de logi­ciel pro­prié­taire en open source. L’open source est par­fai­te­ment adapté à un mar­ché indus­triel où de grands acteurs construisent leur solu­tion sur des briques open source en les mai­tri­sant de bout en bout.

Cela reste mal­gré tout un mar­ché hybride ou se mêlent des briques open source et pro­prié­taires pour consti­tuer des offres plu­tôt “boite noire”.

L’échec rela­tif sur le poste de travail

Tout du moins dans les pays occi­den­taux ! Après un départ toni­truant (de Linux) en 2007, les net­books sont main­te­nant à forte domi­nante Win­dows, sur­tout depuis que Win­dows 7 fonc­tionne par­fai­te­ment avec les pro­ces­seurs Atom. Par contre, à l’échelle mon­diale, près de 30% des net­books seraient sous Linux.

La part de mar­ché de Linux sur les postes de tra­vail n’a pas l’air d’augmenter signi­fi­ca­ti­ve­ment (située entre 1% et 2% en uni­tés de la base ins­tal­lée, à l’échelle mon­diale), et com­pa­ra­ti­ve­ment, le Macin­tosh fait plus de pro­grès (entre 3% et 5% en uni­tés en ship­ments à l’échelle mondiale).

On a tou­jours beau jeu d’accuser les ventes liées de Win­dows dans les PC, un obs­tacle busi­ness non négli­geable. Mais les spé­ci­fi­ci­tés de Linux res­tent un frein à son déve­lop­pe­ment dans le grand public sous la forme d’OS pour PC, ce mal­gré les efforts et la prise de part de mar­ché d’Ubuntu au sein des dis­tri­bu­tions Linux. Ope­nOf­fice de son côté conti­nue son petit bon­homme de che­min, mais le noyau dur de ses déve­lop­peurs a ten­dance à s’effriter, notam­ment chez Sun et l’inconnue sub­siste après le rachat de ce der­nier par Oracle (tout comme pour MySQL qui tombe égale­ment dans l’escarcelle du lea­der des bases de don­nées… com­mer­ciales). Si on en trouve deci delà dans cer­tains comptes publics voire pri­vés, ce n’est pas la gloire.

Illus­tra­tion du phé­no­mène : la presse écrite autour des logi­ciels libres qui reste domi­née par des men­suels des­ti­nés aux “geeks”. Et une rare excep­tion des­ti­née aux uti­li­sa­teurs lambda : Linux Pra­tique.

Linux Pratique

Le plus grand suc­cès de l’open source sur le poste de tra­vail reste cer­tai­ne­ment Fire­fox qui a gri­gnoté les parts de mar­ché d’Internet Explo­rer au delà de toute espé­rance et même bien plus que ce per­mettent les nou­velles mesures impo­sées à Micro­soft par la Com­mis­sion Euro­péenne. On peut aussi citer VLC, le logi­ciel de l’association Video­lan, un stan­dard pour toute forme de visua­li­sa­tion de vidéo. Fina­le­ment, à l’inverse de l’entreprise, les logi­ciels open source rentrent dans le grand public par les “couches hautes” plus que par l’infrastructure.

L’impact sur l’industrie fran­çaise du logiciel

Le modèle col­la­bo­ra­tif et écono­mique de l’open source a sou­vent été mis en avant comme une oppor­tu­nité de rendre l’Europe et la France plus indé­pen­dante des amé­ri­cains, et sur­tout une oppor­tu­nité de dif­fé­ren­tia­tion écono­mique. Résul­tat après plus de 10 ans d’efforts : les lea­ders du mar­ché sont en majo­rité amé­ri­cains ou étran­gers, et bien peu sont fran­çais, à for­tiori, avec un busi­ness model viable.

Malé­dic­tion de l’open source ? Inva­li­da­tion de ce modèle de déve­lop­pe­ment ? Pas vrai­ment car à l’échelle mon­diale, il fonc­tionne plu­tôt bien pour un nombre crois­sant de caté­go­ries de logi­ciels comme nous l’avons vu dans les couches appli­ca­tives des logi­ciels d’entreprises.

C’est plu­tôt un phé­no­mène qui affecte déjà les éditeurs de logi­ciels com­mer­ciaux fran­çais et euro­péens et aussi dans l’Internet : la dif­fi­culté à béné­fi­cier d’un “first mover advan­tage”  et d’exporter, et sur­tout de s’implanter sur le mar­ché amé­ri­cain qui struc­ture tous les autres, en par­ti­cu­lier dans le “btob”. Les éditeurs open source ne sont pas aidés car sou­vent créés par des entre­pre­neurs plus “geeks” que la moyenne, et donc avec un pro­fil moins “busi­ness” (com­mer­cial, marketing).

On a quelques bons exemples de logi­ciels open source fran­çais qui ont bien réussi à l’échelle mon­diale grâce à une implan­ta­tion aux USA : JBOSS (racheté par Red Hat) et plus récem­ment, Talend qui semble bien décol­ler. En Europe, il y a notam­ment MySQL (digéré à bon compte par Sun puis Oracle) ainsi que Alfresco (UK).

A l’instar du reste de son écono­mie du logi­ciel, l’open source en France est donc sur­tout un métier de ser­vices, dans la lignée d’un exis­tant mar­qué par le poids de ce sec­teur de l’industrie infor­ma­tique locale.

Il y-a-t-il eu créa­tion de valeur d’un point de vue macro-économique ? L’équilibre est déli­cat à mesu­rer mais semble tout de même positif.

  • D’un côté, il y a eu trans­fert de valeur dans le péri­mètre des ser­vices entre cer­taines pla­te­formes com­mer­ciales et les pla­te­formes open source. De 30% à 50% de crois­sance annuelle depuis des années dans un mar­ché qui croit au mieux à un gros chiffre selon le Syn­tec Infor­ma­tique. Les éditeurs open source repré­sentent par contre une très faible part du CA de l’industrie de l’édition. Ce qui est nor­mal puisque la valeur se maté­ria­lise par du ser­vice et pas par des licences payantes.
  • De l’autre, la fac­ture logi­cielle des clients a pu s’alléger lorsque les logi­ciels open source ont rem­placé des logi­ciels pro­prié­taires. La fac­ture totale logi­cielle + ser­vices est don­née par les ana­lystes et les clients comme plus faible dans les solu­tions open source que com­mer­ciales. Mais cela a autant péna­lisé des éditeurs étran­gers que des éditeurs fran­çais. D’un point de vue macro-économique, l’open source a donc per­mis de réduire un peu les impor­ta­tions, mais il n’a pas aug­menté la pro­duc­tion inté­rieure ni à for­tiori les impor­ta­tions. Ce qui me fait dire depuis long­temps que pour un pays comme la France, la stra­té­gie open source est plu­tôt une stra­té­gie d’acheteur qu’une stra­té­gie indus­trielle (sous-entendu : créa­trice nette d’emploi et d’exportations). Elle a cepen­dant cer­tai­ne­ment per­mis col­lec­ti­ve­ment à diverses indus­tries d’être plus effi­caces, comme dans l’embarqué que nous avons déjà cité. D’autant plus que du point de vue de l’activité humaine et des com­pé­tences, les briques open source sont très pré­sentes si ce n’est domi­nantes dans l’enseignement supé­rieur, la recherche, l’informatique indus­trielle et les déve­lop­pe­ments sur Internet.

Main­te­nant, pour les entre­prises, open source ou pas, la bataille cri­tique s’est dépla­cée vers le Saas et le cloud com­pu­ting. Elle repro­duit des sché­mas anciens avec des infra­struc­tures bâties soit sur des briques open sources (LAMP et autres) ou bien pro­prié­taires (soit au niveau des APIs comme chez Ama­zon, soit au niveau pla­te­forme comme avec Micro­soft Azure).

Il n’est ainsi pas éton­nant de retrou­ver une ini­tia­tive d’infrastructure de cloud com­pu­ting dans les pro­jets numé­riques qui seront sou­te­nus dans le cadre du grand emprunt. Mais là encore, si l’approche est trop locale et trop tech­nique, il advien­dra ce qu’il est advenu aux éditeurs de logi­ciels fran­çais du libre : une mar­gi­na­li­sa­tion. Le défi des por­teurs de ce grand pro­jet est de bien s’armer pour éviter cette fatalité.

Publié le 23 mars 2010 Post de | Google, Internet, Logiciels, Logiciels libres, Marketing, Microsoft | 8600 lectures

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Les 3 commentaires et tweets sur “Impressions du Salon Solutions Linux 2010” :

  • [1] - sxpert a écrit le 25 mars 2010 :

    le wifi etait dis­po­nible sur les trois jours à par­tir d’une liai­son adsl four­nie par Mozilla Europe.
    il y a peut etre eu des ralen­tis­se­ment, et nous avons été un moment à court d’adresses IP à dis­tri­buer (for­gées dans notre garage ??), preuve du succes du dit réseau wifi gratuit !

    Raphaël Jac­quot
    Secré­taire Fédé­ra­tion France Wireless

  • [2] - Olivier Ezratty a écrit le 25 mars 2010 :

    Merci Raphaël pour la pré­ci­sion et aussi pour l’initiative !

    Le nombre de réseaux Wifi fer­més était en tout cas impres­sion­nant lorsque j’ai cher­ché à me connec­ter pen­dant les plé­nières le mardi matin. Ce qui fait désordre en un pareil lieu !

  • [3] - antibug a écrit le 26 mars 2010 :

    Oui les réseaux fer­més sur place était nom­breux, chaque borne d’électricité de paris expo et un rou­teur wifi a par entière.
    Ce qui fait que sur un salon comme solu­tion linux, on arrive a avoir plus de 100 bornes wifi…
    Un petit peu dur pour trou­ver la bonne :)




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