Conférence Annuelle des Entrepreneurs

Publié le 17 novembre 2010 - 8 commentaires -
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Ce lundi 15 novembre 2010, j’assistai à la “Confé­rence Annuelle des Entre­pre­neurs” à Bercy, orga­ni­sée dans le cadre de la semaine de l’entreprenariat qui com­prend plus de 500 événe­ments dans toute la France. Avec pour thème : « Les entre­pre­neurs, moteurs de la com­pé­ti­ti­vité fran­çaise dans l’économie du 21e siècle ».

Les panels asso­ciaient des repré­sen­tants de l’Etat, de grandes entre­prises, des finan­ciers, des entre­pre­neurs et des jour­na­listes. Cela rap­pe­lait que la notion d’entrepreneur va au delà de celle d’entrepreneurs du web et de star­tups. La confé­rence d’une jour­née enfi­lait des tables rondes qui n’en étaient pas (faute de véri­table débat entre les inter­ve­nants) et il n’y avait pas d’interaction avec la salle. L’audience de 100 et 150 per­sonnes était très “cos­tard cra­vate” et avec peu d’entrepreneurs du numé­rique. Les spon­sors de cette confé­rence étaient Amundi, Oséo et – c’est moins habi­tuel - la Direc­tion du Tré­sor. Cer­tains inter­ve­nants fai­saient un peu pen­ser à l’alignement de VIPs des Uni­ver­si­tés d’Eté du MEDEF !

Salle de conférence Pierre Mendès France Bercy

Etait-ce nul pour autant ? Et bien non ! Le contenu valait tout de même le détour. Trois thé­ma­tiques étaient cou­vertes qui sont clés sur l’évolution de l’écosystème de l’innovation en France, je vais les détailler plus loin :

  • La mau­vaise image des entre­pre­neurs et la manière de l’améliorer.
  • L’encouragement de l’entrepreneuriat chez les jeunes, dans l’enseignement et la recherche.
  • La trans­for­ma­tion des PME en “Entre­prises de Taille Inter­mé­diaire”, ces ETI mythiques qui nous manquent tant en France. Ramon Fernandez (Directeur du Trésor)

La confé­rence a démarré par une inter­ven­tion de Ramon Fer­nan­dez (ci-contre), le Direc­teur du Tré­sor, qui lisait le dis­cours que Chris­tine Lagarde devait pro­non­cer ce matin. Elle était occu­pée par la pas­sa­tion de pou­voir des ministres et secré­taires d’Etat lui repor­tant, ceux-ci ayant tous changé après le rema­nie­ment gou­ver­ne­men­tal de la veille. Le dis­cours dérou­lait le cata­logue des mesures prises ces der­nières années pour aider les entre­prises dans les dif­fé­rentes étapes de leur vie, de l’amorçage à la matu­rité. Tout y passait :

  • Le sta­tut d’auto-entrepreneur,
  • Les inci­ta­tions fis­cales ISF/TEPA à l’investissement dans les PME, qui vont plus se foca­li­ser sur les inves­tis­se­ments à risque dans la loi de finance 2011,
  • Les fonds d’amorçage (liés notam­ment au Grand Emprunt),
  • La sup­pres­sion de la taxe professionnelle,
  • La prime à l’innovation qu’est le CIR (le plus géné­reux de la zone OCDE),
  • Les aides rela­tives à la pro­priété indus­trielle (prêt diag­nos­tique de l’IP, aug­men­ta­tion de 7% des dépôts de bre­vets en 2010),
  • L’encouragement au déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal avec la conven­tion UbiFrance/Etat pour accom­pa­gner 10000 nou­velles entre­prises fai­ble­ment expor­ta­trices, la réforme des pro­cé­dures de la Coface et la fin des frais de dos­siers, les garan­ties des inves­tis­se­ments à l’étranger sans plan­cher d’investissement, ou encore le pacte PME Inter­na­tio­nal. On peut noter au pas­sage l’infatigable tra­vail de globe trot­ter de Anne-Marie Idrac, éjec­tée du gou­ver­ne­ment sans expli­ca­tion par­ti­cu­lière ni que cela soit remarqué.

Ouf. Res­pi­ra­tion ! Enfin, était citée l’approche inté­grée des filières indus­trielles : les gros aident les petits, l’évolution du Pacte PME sous la forme d’association, sans comp­ter les pôles de com­pé­ti­ti­vité. Vu de haut, tout ce cata­logue est impres­sion­nant. Mais le diable est sou­vent dans les détails comme d’habitude !

Le sujet des coupes sombres sur les exo­né­ra­tions de charges des JEI n’a pas été évoqué par le Direc­teur du Tré­sor. Un autre inter­ve­nant des débats a certes réclamé une plus grande sta­bi­lité fis­cale en sou­li­gnant qu’il est déloyal pour les PME inno­vantes concer­nées de chan­ger les règles du jeu en cours de route (les futurs retrai­tés pour­raient dire la même chose…) ! Mais il n’y avait per­sonne de l’Etat pour répondre ! Et l’objet de ce compte rendu, une fois n’est pas cou­tume, n’est pas trop de com­men­ter la fis­ca­lité et les aides rela­tives aux entre­prises inno­vantes. Cette ques­tion est donc sus­pen­due au tra­vail de cou­ra­geux par­le­men­taires qui s’escriment à dépo­ser des amen­de­ments sys­té­ma­ti­que­ment reje­tés par leurs col­lègues qui suivent doci­le­ment le gouvernement.

Venons-en donc aux faits…

L’image des entrepreneurs

On est ici en plein dans le sub­jec­tif. Pour­quoi donc les entre­pre­neurs sont-ils mal vus en France ? A vrai dire, l’entrepreneur est une variante d’une espère plus large qui intègre les patrons du CAC 40, les patrons dits “voyous”, les héri­tiers sauce Bet­ten­court, sans comp­ter les glou­tons fonds de pen­sion et autres hedge-funds. Par amal­game entre ces caté­go­ries hété­ro­clites, l’entrepreneur n’est pas ou plus valorisé.

C’est Lau­rence Pari­sot du MEDEF qui lan­çait le sujet en posant le pro­blème en creux, regret­tant que les entre­pre­neurs soient plus recon­nus à titre post­hume que de leur vivant, pre­nant l’exemple de l’émotion géné­rée par le décès acci­den­tel d’Edouard Miche­lin en 2006. Le tout, expli­qué par la lec­ture mar­xiste de la société par les élites, de nom­breux ensei­gnants et par la classe poli­tique, les dérives popu­listes exis­tant à gauche comme à droite. Ces dif­fi­cul­tés sont anciennes et aggra­vées par la crise. Et on ne mesure pas assez ce qu’est la vie d’un patron de TPE/PME : c’est un che­min de croix, les week-ends avec l’URSAFF (ils bossent vrai­ment les week-ends les contrô­leurs de l’URSAFF?), les entraves admi­nis­tra­tives et le bizu­tage per­ma­nent par l’administration. Elle met cela en contraste avec la manière dont les entre­pre­neurs sont trai­tés par­tout ailleurs dans le monde. Et de récla­mer pour les entre­pre­neurs une “com­pé­ti­ti­vité équi­table”, une égalité des chances pour les entre­prises fran­çaises face à leur concur­rence mon­diale. Pas plus mais pas moins. C’est lourd de sens car elle ne pré­cise pas de quoi il s’agit. Les mau­vaises langue diront : la fin des charges sociales et du SMIC, la fin du modèle social fran­çais, etc. L’absence de pré­ci­sion est regrettable.

Laurent Jof­frin (Libé­ra­tion) exprime ensuite son désac­cord com­plet avec Lau­rence Pari­sot, en four­nis­sant une Laurent Joffrin (Libération)expli­ca­tion his­to­rique à ce désa­mour. Et de rap­pe­ler ce que l’on sait tous : la France est un pays à domi­nante catho­lique (révo­ca­tion de l’Edit de Nantes, bla­bla­bla), qui se méfie de la richesse et du com­merce (les mar­chands du temple chas­sés par Jésus…), les pré­ju­gés contre l’argent, le rôle de l’égalité dans la culture poli­tique depuis la révo­lu­tion fran­çaise et l’existence durable de par­tis révo­lu­tion­naires en France (PCF, PS, moins main­te­nant). La gauche s’est certes ral­liée au capi­ta­lisme dans les années 1980 mais l’image de l’entrepreneuriat s’est dégra­dée à nou­veau avec la finan­cia­ri­sa­tion de l’économie. L’entreprise est deve­nue ins­tru­ment de pro­fit et plus en plus abs­traite. Et l’on ne peut pas être popu­laire en gagnant de l’argent et en licen­ciant ! Les dif­fé­rences de reve­nus de gens qui ne risquent pas leur patri­moine n’est pas com­prise non plus. Contrai­re­ment aux patrons de PME, le patron sala­rié ne risque pas son patri­moine. Il y a une trop grande cou­pure entre le patro­nat et les sala­riés. L’analyse rapide est bien vue. On pour­rait l’étendre aux véri­tables lacunes dans les pra­tiques mana­gé­riales “à la fran­çaise”, encore trop hié­rar­chiques et trop basées sur la peur. Ins­piré par les biais cultu­rels de notre éduca­tion, le mana­ge­ment à la fran­çaise s’appuie peu sur la mise en confiance et sur le ren­for­ce­ment posi­tif. L’amélioration de l’image de l’entrepreneur et des mana­gers pas­sera aussi par de véri­tables évolu­tions des pra­tiques mana­gé­riales et par une valo­ri­sa­tion des meilleures d’entre elles.

Pour Nico­las Bey­tout (Les Echos), la ques­tion de la rému­né­ra­tion des patrons pose aussi pro­blème Nicolas Beytout (Les Echos) (2)aux USA. Le trai­te­ment de ce sujet dans la presse fran­çais n’est pas très dif­fé­rent. Aux USA, c’est un sujet pour les médias mais moins dans l’action poli­tique tan­dis qu’en France, le sujet est très poli­tisé. C’est le pays des conflits sociaux et la culture écono­mique y est médiocre. Il faut cepen­dant dis­tin­guer les entre­prises et les marques : les Fran­çais aiment les marques. Et ils appré­cient les patrons lorsqu’ils sont proches et les médias en manquent. Les entre­prises redoutent les médias et les jour­na­listes ne connaissent pas bien les entre­prises. Les jour­na­listes fran­çais consi­dèrent même que les entre­prises de presse ne doivent pas se com­por­ter comme des entre­prises et n’ont donc pas besoin d’être pro­fi­tables ! Bref, il y a du bou­lot pour chan­ger la donne. Une piste : les entre­prises pour­raient aller de l’avant en s’exposant avec plus de trans­pa­rence dans les médias. Que ce soit en temps nor­mal ou en temps de ges­tion de crise.

Se pose aussi la ques­tion de la pré­sence des entre­prises à la télé­vi­sion. Aux USA, CNBCAlain Weil (NextRadioTV) emploie 250 jour­na­listes, plus qu’à TF1 ! L’économie ne pas­sionne pas les fran­çais. Il y a bien quelques émis­sions mais elles ne sont pas en prime time. D’où l’intérêt du lan­ce­ment de BFM Busi­ness qu’évoque Alain Weil de Nex­tRa­dioTV. C’est une nou­velle chaine TV qui prend la place aban­don­née par Bloom­berg. On évacue tou­jours un peu vite la pro­gram­ma­tion de M6 avec son émis­sion Capi­tal qui traite aussi bien en plein qu’en creux la vie des entreprises.

Alain Weil trouve que l’on a du mal à accep­ter les nou­veaux entrants en France. Il cite les bâtons mis dans les roues de  Free (il est admi­nis­tra­teur d’Iliad), alors que c’est un modèle d’entreprenariat et d’innovations. Il faut faire évoluer les lois sociales mais pas pour don­ner des avan­tages aux entre­prises au détri­ment des sala­riés. Pour lui, la crois­sance peut redon­ner du contrôle aux sala­riés comme on le constate dans les pays où la flexi­bi­lité du tra­vail est plus grande. La fameuse flexi­cu­rité, qui ne fonc­tionne bien pour le sala­rié qu’en phase de crois­sance…   

On poOlivier Laouchez (Trace TV) (1)uvait enfin appré­cier l’enthousiasme de Oli­vier Laou­chez, le fon­da­teur et diri­geant de TRACE TV. Il y a un réser­voir d’énergie à revendre dans les ban­lieues, mais il faut don­ner des moyens et de la confiance. Son exemple est édifiant : son entre­prise est pré­sente dans 150 pays et notam­ment en Afrique et dans les Caraïbes, avec 40 col­la­bo­ra­teurs en France et 10 à l’étranger. Elle fait 14m€ de CA, 2,5 d’EBITDA et 1,5m€ de résul­tat net. Petit hic, tan­dis qu’il a obtenu un refus des VC fran­çais pour son finan­ce­ment, c’est Gold­man Sachs à New York qui avait un fond dédié aux mino­ri­tés qui a financé sa crois­sance ! La dis­cri­mi­na­tion posi­tive peut avoir du bon !

En conclu­sion, il y a une forte inter­dé­pen­dance entre l’image des entre­pre­neurs et celle des grandes entre­prises et de leurs patrons. La com­mu­ni­ca­tion ins­ti­tu­tion­nelle des grandes boites gagne­rait à s’ouvrir et à être plus trans­pa­rente. Le “pas de com­men­taire” pen­dant des crises ne devrait plus exis­ter ! Les patrons doivent prendre le risque de s’exposer, d’accepter leurs erreurs, s’engager socia­le­ment, etc. On peut rêver un peu ?

L’entreprenariat dans l’enseignement et la recherche

Ce thème est com­plé­men­taire du pré­cé­dent : com­ment encou­ra­ger les jeunes à entre­prendre dans un pays où l’on est plus pré­paré à être sala­rié que créa­teur d’entreprise ?

A tout sei­gneur tout hon­neur, c’est Valé­rie Pécresse qui inau­gu­rait ce thème. Toute guilleValérie Pécresse (Ministre de la Recherche) (2)rette d’avoir été recon­duite après le rema­nie­ment, elle a déli­vré une bonne inter­ven­tion sans trop lire ses notes, une per­for­mance pour un Ministre ! Il faut dire qu’elle com­mence à mai­tri­ser son sujet avec plus de trois ans d’ancienneté à son poste !

Son objec­tif est double : rap­pro­cher les uni­ver­si­tés des entre­prises et y déve­lop­per l’entreprenariat, qui est trop l’apanage des grandes écoles, et abattre les murs entre cher­cheurs et entreprises.

Pour le pre­mier point, elle a encou­ragé la créa­tion de Junior Entre­prises dans les uni­ver­si­tés et il y en a même dans les uni­ver­si­tés de sciences humaines et sociales. Elle a aussi lancé le plan Etu­diant Entre­pre­neur, et remer­cie au pas­sage Hervé Novelli (qui a quitté le gouvernement).

Côté cher­cheurs, elle rap­pelle que la France n’est pas en tête des pays en termes d’innovation. Les grands pays savent mieux valo­ri­ser leur recherche, à deux grandes excep­tions : la France et la Rus­sie. Elle sou­haite déve­lop­per la figure du “cher­cheur entre­pre­neur”. Alors qu’elle était accueillie par des slo­gans “Etu­diants, pas chair à patrons” lors des mani­fes­ta­tions contre la réforme des uni­ver­si­tés en 2007, elle pense être en passe de gagner ce com­bat avec un tableau de bord éloquent : 38% de hausse des dépôts de bre­vets issus des labo­ra­toires publics dont 40% issus de par­te­na­riats indus­triels préa­lables au dépôt (au CNRS), 214 labo­ra­toires publics/privés, dont 104 ont été créés il y a moins de 5 ans, et le CIR qui fait de la France le lieu d’investissement en R&D le plus favo­rable, avec 51 pro­jets issus de l’étranger cette année. Elle cite aussi la sim­pli­fi­ca­tion du pay­sage admi­nis­tra­tif avec la créa­tion d’un vade mecum sur site du minis­tère de la recherche. Et évidem­ment, le plan d’investissement d’avenir de 35Md€ dont 22Md€ sont consa­crés à la recherche et à l’enseignement supé­rieur. Elle cite l’exemple d’Alain Car­pen­tier, pré­sident de l’Académie des Sciences, qui a lancé un cœur arti­fi­ciel. Alors que FSI n’a pas investi dans son pro­jet, il a réussi une intro­duc­tion en bourse. Et puis le cas de Mathias Finck, de Super­so­nic Ima­gin, qui contri­bue à relan­cer la filière de l’imagerie médi­cale, lais­sée un peu en friche en France. On peut évide­ment regret­ter l’adoption d’une vision un peu trop linéaire de l’innovation au sein de l’Etat : du cher­cheur à l’entreprise. La réa­lité est plus sinueuse !

Mais l’incitation à l’entreprenariat com­mence avant l’enseignement supé­rieur et une table ronde met­tait en valeur quelques ini­tia­tives connues dans ce domaine :

  • Entre­prendre pour apprendre”, un regrou­pe­ment d’associations béné­fi­ciant d’un par­te­na­riat du MEDEF et de la CGPME, et pré­senté par Phi­lippe Davy, le Pré­sident d’Adecco France. Il s’agit de per­mettre la créa­tion expé­ri­men­tale de mini-entreprises dans les col­lèges, lycées et aussi dans les établis­se­ments d’insertion. 1400 mini-entreprises ont été ainsi créées en 6 ansPhilippe Hayat (100000 Entrepreneurs), avec 20000 jeunes.
  • L’initiative “100000 entre­pre­neurs” pilo­tée par Phi­lippe Hayat (ci-contre) qui vise aussi à don­ner envie d’entreprendre aux jeunes. Entre­prendre au sens large du terme, gérer le pro­jet de sa vie en main, faire le choix de vie de ne pas subir et chan­ger la per­cep­tion de l’erreur. L’activité repose sur l’organisation de nom­breuses ren­contres entre entre­pre­neurs et élèves dans les établis­se­ments d’enseignement.

Pour d’autres inter­ve­nants, il s’agit essen­tiel­le­ment d’augmenter la confiance en soi des jeunes, de les orien­ter vers l’action, qui rend opti­miste. Il faut croi­ser la réflexion à l’action. L’enjeu est de trans­for­mer la société fran­çaise en société entre­pre­neu­riale. C’est un anti­dote à la déprime et à la lamen­ta­tion. Il faut aussi déve­lop­per le sens de l’intérêt géné­ral tout comme culti­ver l’ouverture et le partage.

Les Entre­prises de Taille Intermédiaires

C’est un sujet tarte à la crème mais rare­ment appro­fondi dans les confé­rences sur l’entrepreneuriat. Une table ronde por­tant sur le finan­ce­ment des PME évoquait les rai­sons de ce manque d’ETI en France. Il y avait aussi des témoi­gnages inté­res­sants de chefs d’entreprise de type ETI.

  • Grand mani­tou super­vi­sant le grand emprunt, René Ricol (ci-contre) a com­mencé par four­nir une lec­ture d’expert-comptable sur le manque d’ETRené Ricol (Commissaire à l'investissement)I : cela touche sou­vent à la struc­ture patri­mo­niale des PME et notam­ment à la “vache­rie de la SCI” (société civil immo­bi­lière) dans laquelle les patrons de PME intègrent les locaux de leur entre­prise et la lèguent à leurs enfants, ren­dant dif­fi­cile les fusions/acquisitions. Il prône un sys­tème fis­cal neutre qui faci­lite les fusacq. Il recom­mande même à Oséo de ne pas finan­cer trop de pro­jets concur­rents d’un même sec­teur. La ques­tion des fusacq est en effet cri­tique pour clus­te­ri­ser les efforts dans l’innovation ! 
  • Jean-Pierre Letartre de Ernst & Young lui fai­sait écho en citant le besoin d’une plus grande per­ma­nence de l’actionnariat fami­lial. L’Inde et la Chine se déve­loppent sur ce modèle. Il y aurait un trop petit nombre d’entreprise fami­liales en France. La liqui­dité de l’actionnariat n’y est pas assez grande. Pas évident.
  • Fran­çois Drouin, d’Oséo, évoque l’éternelle ques­tion de l’apport en fonds propres per­met­tant aux PME de se déve­lop­per. Et de citer les apports de “quasi-fonds propres” aux PME qui sont ampli­fiés depuis le plan de relance. Ce sont des obli­ga­tions conver­tibles ou des prêts par­ti­ci­pa­tifs qui évitent de diluer le capi­tal des PME. Il n’empêche qu’il est assez dif­fi­cile de trou­ver des finan­ce­ments pour la crois­sance dans des tickets supé­rieurs à 20m€, publics comme pri­vés.
  • Pour Yves Per­rier, d’Amundi, le fond qui gère les actifs du CRCA et de la Société Géné­rale, une solu­tion consiste à favo­ri­ser l’investissement local pour des ini­tia­tives locales et des emplois locaux. En pre­nant l’exemple de la créa­tion d’un FIP de 30m€ à 50m€ en Haute Savoie pour finan­cer le déve­lop­pe­ment d’entreprises de décol­le­tage et sau­ve­gar­der 12000 emplois indus­triels. Pas sûr que cela soit bien “sca­lable” !
  • Augus­tin de Roma­net de la CDC évoque d’autres limi­ta­tions au déve­lop­pe­ment des ETI : le fait qu’elles se vendent trop rapi­de­ment aux grands groupes (fran­çais ou étran­gers), l’absence de trans­mis­sion patri­mo­niale (10% seule­ment), l’excès de concen­tra­tion des pou­voirs écono­miques à Paris, et aussi la méfiance des entre­pre­neurs pour les capi­taux exté­rieurs, par­fois échau­dés par le com­por­te­ment pas tou­jours res­pec­tueux des investisseurs.
  • Fran­çois Pérol, de la BPCE et pré­sident de la Fédé­ra­tion Ban­caire Fran­çaise met en cause la règle­men­ta­tion qui n’incite plus les banques à inves­tir dans le “pri­vate equity” (dont le capi­tal risque). De plus, les liqui­di­tés de l’épargne sont natu­rel­le­ment orien­tées vers les pla­ce­ments moné­taires, moins ris­qués et à ren­de­ment garanti (même si faible). Der­rière se cache prin­ci­pa­le­ment la dette des Etats. On en déduit que la réduc­tion de la dette per­met­trait indi­rec­te­ment d’orienter l’épargne vers les entre­prises. Une exter­na­lité inté­res­sante.

S’ensuivaient (ou pré­cé­daient) des témoi­gnages d’entrepreneurs qui ont trans­formé leur PME en ETI, voire bien au delà (et je ne cite pas tous les inter­ve­nants de cette jour­née) en s’appuyant sur­tout sur le déve­lop­pe­ment international :

  • Jean-Pierre Char­pen­tier du construc­teur de pro­tec­tions de pis­cines Abri­sud, l’un des rares busi­ness qui appré­cie les règle­men­ta­tions… qui obligent les clients à ache­ter leurs pro­duits ! Ca aide au déve­lop­pe­ment du busi­ness sur le mar­ché inté­rieur. Mais le suc­cès demande plus que cela. Pour lui, il faut être dif­fé­rent, sur­prendre et com­mu­ni­quer. Les abris de pis­cine sont moches. L’entreprise s’est donc deman­dée com­ment rendre l’objet plus sym­pa­thique voire le faire dis­pa­raitre. Et sur 53m€ de CA, la société inves­tit 5,3m€ en com­mu­ni­ca­tion. Il a sur­tout poussé au déve­lop­pe­ment inter­na­tio­nal de son entre­prise et est pré­sent dans 10 pays, y com­pris aux USA. On peut y réus­sir rapi­de­ment si on a de bons pro­duits et de bons avo­cats ! Enfin, ques­tion atti­tude, il ne pas pen­ser au pla­fond de verre (qui limite la crois­sance des PME). Si on y pense, on est foutus !
  • Mau­rice Levy Maurice Levy (Publicis) (3)(Publi­cis, qui n’est plus une ETI…) a aussi insisté sur l’impératif de l’international pour la crois­sance. En par­ti­cu­lier dans son métier. Pour satis­faire les grandes entre­prises dans la publi­cité, il faut pou­voir cou­vrir un grand nombre de pays, USA com­pris. D’où des acqui­si­tions d’agences de pub menées à tour de bras face aux groupes amé­ri­cains qui sont les maitres dans ce domaine. Un client aux USA a plus de valeur car le mar­ché est près de 12 fois plus grand que le mar­ché fran­çais. Cela per­met ensuite un déve­lop­pe­ment mon­dial. Un rai­son­ne­ment qui s’applique très bien au numé­rique ! Les prin­ci­paux clients mon­diaux sont amé­ri­cains ou à centre de déci­sion amé­ri­caine (dans la publi­cité). Com­ment se dif­fé­ren­tier ? La mon­dia­li­sa­tion s’oppose à homo­gé­néi­sa­tion : il faut donc res­pec­ter les excep­tions cultu­relles. Les pays veulent être recon­nus dans leurs dif­fé­rences. Publi­cis aide à assu­mer cette dif­fé­rence face à l’hégémonie amé­ri­caine. Il a acquis des agences qui pou­vaient recon­naitre cela. Cette poli­tique d’acquisition a per­mis de mul­ti­plier par 15 le CA et par 10 l’effectif mon­dial (depuis quand, je n’ai pas noté…).
  • Jacques-Antoine Gran­jon (vente-privée, ci-dessous à gauche) gère une entre­prise qui a atteint le rang d’ETI, avec plus 1500 sala­riés sans comp­ter tout son écosys­tème de sous-traitants. Il rap­pelle que la mis­sion fon­da­men­tale de l’entrepreneur est de créer de la valeur et tout un écosys­tème. Titillé sur la valo­ri­sa­tion bour­sière poten­tielle de son entre­prise, il rétorque que ce n’est pas un vrai sujet d’entrepreneur. Bon, ce n’est pas le patron typique !

Jacques-Antoine Granjon (Vente Privée) Xavier Fontanet (Essilor) (3)

Xavier Fon­ta­net d’Essilor (ci-dessus à droite) est un autre as du déve­lopEt si on faisait confiance aux entrepreneurs - Xavier Fontanetpement inter­na­tio­nal qui concluait cette jour­née. Il est passé chez Béné­teau, une entre­prise passé de 4m€ à 1Md€ de chiffre d’affaire et dont la part des expor­ta­tions est pas­sée de 15% à 65%. De même, Essi­lor est passé en quelques décen­nies de 6000 à 40000 per­sonnes. Pour lui, la source de la réus­site, c’est la volonté. La mon­dia­li­sa­tion est une chance. Il ne faut pas en avoir peur et expor­ter. Nos limites sont plus psy­cho­lo­giques que finan­cières. On souffre cer­tai­ne­ment de la mau­vaise des images des patrons. Mais la réa­lité est que les clients sont bien plus puis­sants que les patrons. Bref, il faut déve­lop­per la confiance en soi, la confiance dans les autres, et aussi dans le sys­tème. Tout un pro­gramme, qu’il expose dans un livre qu’il vient de publier “Si on fai­sait confiance aux entrepreneurs” !

Ces belles his­toires montrent qu’il n’y a pas de fata­lité à res­ter “petits”. Que la réus­site est pos­sible dans plein de sec­teurs d’activité. Que l’ouverture inter­na­tio­nale est indis­pen­sable. Qu’il faut recréer un men­tal d’ambition chez tous les entre­pre­neurs et l’écosystème qui les accom­pagne. Beau pro­gramme qui concluait très bien cette journée !

PS : mes pho­tos de la confé­rence sont sur Dar­q­room.

Publié le 17 novembre 2010 Post de | Communication, Economie, Innovation, Management, Obama et la Présidentielle 2008, Politique, Startups | 8756 lectures

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Les 8 commentaires et tweets sur “Conférence Annuelle des Entrepreneurs” :

  • [1] - Fabien a écrit le 17 novembre 2010 :

    Coeur arti­fi­ciel (Car­pen­tier) cité par Pécresse. C’est le consor­tium CARMAT qui fait par­tie du pro­gramme col­la­bo­ra­tif ISI (inno­va­tion stra­té­gique) d’OSEO, avec un gros tra­vail de pré­pa­ra­tion pour la mise en place, de la part de cette ins­ti­tu­tion. Le pro­jet a reçu un gros finan­ce­ment d’Oséo et donc de l’Etat bien­sûr, sur fonds des minis­tères de la recherche et de l’industrie. Et ensuite il a réussi son intro­duc­tion en bourse… Même si le FSI n’a pas investi, Oséo l’a sou­tenu quand même. Pour l’instant l’apport du FSI n’est pas abso­lu­ment néces­saire, tant qu’il n’y a pas d’OPA hos­tile…
    http://www.caducee.net/breves/breve.asp?idb=8433&mots=all

  • [2] - Fabrice a écrit le 22 novembre 2010 :

    Chercheur-entrepreneur ? Pour­quoi Mme la Ministre insiste à ce point? Quel est ce nou­vel adage qui veut qu’un cher­cheur doive être un entre­pre­neur? Pour­quoi ne pas lais­ser les cher­cheurs faire ce qu’ils savent le mieux faire : de la recherche ! Et lais­ser les étudiants qui seront bien­tôt (c’est à sou­hai­ter!) for­més à la science mais égale­ment au mar­ke­ting, au com­mer­cial, à la finance…entreprendre? Un cher­cheur est gran­de­ment plus utile pour une start-up quand il est dans son labo, c’est encore et tou­jours une ques­tion de valeur ajou­tée…
    A ma connais­sance, Mat­thias Fink est tou­jours à la tête de son labo…

  • [3] - Daniel COHEN-ZARDI a écrit le 23 novembre 2010 :

    Encore un de ces mul­tiples évène­ments sur l’entrepreneuriat qui pour­rait lais­ser pen­ser qu’on veut le développer.

    Mais je pense que la France est sans doute l’un des pire pays pour l’entrepreneuriat, et la rai­son essen­tielle est avant tout l’image de l’entrepreneur et le pro­blème de rela­tion à l’argent qu’a l’ensemble du peuple français.

    En ce sens, c’est tota­le­ment cultu­rel et peu pro­bable que cela évolue de notre vivant.

    Après 5 ans de créa­tion d’entreprise, je suis effaré de la contra­dic­tion :
    - Entre un nombre incroyable d’organismes, d’évènements, d’aides et tout sim­ple­ment de fonc­tion­naires qui s’occupent de ce sujet
    - Et de toutes les lois qui vont à l’encontre du bon sens écono­mique et de la compétitivité.

    Sur ce der­nier point, on a encore un excellent exemple récent dans la loi de Finance 2011 avec la taxe sur la publi­cité en ligne, qui me semble le meilleur moyen d’ajouter un désa­van­tage com­pé­ti­tif aux star­tups fran­çaises qui vou­draient expor­ter en tirant parti d’Internet.

    Bref, d’un côté on crée des arti­fices qui donnent l’impression qu’on se sou­cie d’aider à la créa­tion d’entreprise, et par­fois aide de manière conjonc­tu­relle. De l’autre, on crée les fon­da­men­taux pour dis­sua­der les inves­tis­se­ments en France, et notam­ment avec des règles qui changent de manière tota­le­ment imprévisible.

    Au final, on se retrouve avec :
    - La flexi­bi­lité du tra­vail la moins grande
    - Le coût des charges le plus élevé
    - Une taxe au busi­ness du numé­rique
    - Un nombre d’impôts incroyables qui par leur nature et com­plexité induisent des coûts de ges­tion colos­saux (d’où une prime évident aux grosses struc­tures qui peuvent s’organiser et aussi se répar­tir intel­li­gem­ment géographiquement).

    Donc l’environnement est “hos­tile à l’entrepreneuriat”, ce qui veut dire qu’il y a moins de créa­tion de valeur qu’ailleurs, et que donc on est condamné à taxer de plus en plus, entre­te­nant ainsi ce cercle vicieux.

    Bref, la France est un beau pays pour le tou­risme et les gens y sont plu­tôt sym­pas, mais, à mon avis, il faut éviter d’y lan­cer des affaires si on a le choix.

    • [3.1] - Olivier Ezratty a répondu le 24 novembre 2010 :

      Bon point, quoique très pes­si­miste. Res­tons dans une démarche de chan­ge­ment. Com­ment faire évoluer le système ?

      Deux petites remarques :

      La taxe sur la publi­cité en ligne est certes déran­geante, mais elle ne me semble pas han­di­ca­per les star­tups dans leurs expor­ta­tions puisqu’elle ne concerne que les annon­ceurs fran­çais. Si cela pou­vait au contraire pous­ser les star­tups à dif­fu­ser leurs ser­vices hors de France, l’effet induit pour­rait être posi­tif ! Par contre, les frais de ges­tion vont être élevés car son taux étant très bas (1%), elle va pom­per l’air des entre­prises pour un ren­de­ment assez faible pour l’état (chif­fré je crois à 20m€).

      Sans modi­fier l’intouchable “modèle social fran­çais”, il y a des amé­na­ge­ments impor­tants qui pour­raient être réa­li­sés dans la la ges­tion des charges appli­cables aux entre­prises. Ils relèvent du simple bon sens. Pour­quoi par exemple dépor­ter sur la feuille de paye et les entre­prises la com­plexité des régimes sociaux ? Il serait si simple d’appliquer un seul taux glo­bal à chaque assiette de charges (salaire brut, ou salaire pla­fonné) et de ven­ti­ler ensuite à l’arrivée (URSSAF) le taux chaque année en fonc­tion de la loi de finance ? Chaque année, seul le taux serait modi­fié pour chaque assiette. Ces taux qui défi­nissent les res­sources des orga­nismes asso­ciés (mala­die, chô­mage, retraites, loge­ment, for­ma­tion) sont de toutes manières arti­fi­ciels car l’Etat pro­cède sans cesse à des réal­lo­ca­tions de bud­gets. Soit pour “bou­cher les trous”, soit pour pom­per le trop plein.

      On a aussi ten­dance à créer des impôts et charges divers alors qu’il est sou­vent suf­fi­sant de modi­fier les taux d’impôts exis­tants. Sous cou­vert de péda­go­gie (par exemple, pour les sala­riés), on com­plexi­fie à outrance le sys­tème. Et la feuille de paye. Autre exemple frap­pant du même genre : les diverses taxes qui frappent les opé­ra­teurs télé­coms et FAI. Alors qu’il suf­fi­rait de modi­fier la TVA selon les activités.

      Et puis nous avons N. Sar­kozy qui parle de créer “un nou­vel impôt sur les reve­nus du patri­moine” (en rem­pla­ce­ment de l’ISF et du bou­clier fis­cal). Alors que les reve­nus du patri­moine sont déjà impo­sés de diverses manières et qu’il suf­fit de modi­fier les taux (à la hausse). Ou alors, de sim­pli­fier l’ensemble, ou encore de créer de la pro­gres­si­vité là où n’y en a pas.

      Il y a une dizaine d’années (quand Fabius était à Bercy), une rare sim­pli­fi­ca­tion a consisté à inté­grer la rede­vance TV dans la taxe d’habitation. Et aussi à sup­pri­mer la vignette auto­mo­bile pour les par­ti­cu­liers. Toutes ces mesures ont per­mis de faire des écono­mies signi­fi­ca­tives de frais de ges­tion. La sup­pres­sion éven­tuelle de l’ISF per­met­tra aussi de faire de telles écono­mies, sans comp­ter les coûts cachés (le temps passé par les rede­vables à rem­plir leur décla­ra­tion et les frais de sous-traitance asso­ciés). L’Etat ferait bien d’évaluer le “TCO” (total cost of owner­ship) de toute sa fiscalité !

      Pour nous conso­ler, petit détour par les USA. La manière dont y est gérée la TVA est par­ti­cu­liè­re­ment dérou­tante car très variable d’un état à l’autre : http://en.wikipedia.org/wiki/Sales_taxes_in_the_United_States#New_York.

      • [3.1.1] - fab a répondu le 4 décembre 2010 :

        Belle ana­lyse. Mais la France n’est pas les Etats-Unis. On doit com­pa­rer les US à l’Europe. Et effec­ti­ve­ment, en Europe aussi les taux de TVA sont variables.

        Ensuite, concer­nant le Pré­sident de Soft­Flu. qui se plaint de la mul­ti­tudes d’aides à la créa­tion, il ne devrait pas leur taper des­sus. Ce sont les col­lec­ti­vi­tés locales qui les gèrent et les attri­buent. Pour le reste, il n’y a pas grand chose pour les créa­tions d’entreprises bien au contraire, puisque tout le monde se jette sur les ETI (plus rentables).

        Cer­taines entre­prises peinent à décol­ler, y com­pris au bout de 5 ans.… A qui la faute ? A l’Etat ? Au mar­ché ? A l’entreprise elle même et à son patron mau­vais ges­tion­naire ? Il faut bien dis­tin­guer les choses.
        Mêmes sor­tis de bonnes écoles d’ingénieurs ou de com­merce, nombre de nou­veaux patrons fran­çais sont en réa­lité mau­vais entre­pre­neurs, avec des idées qui ne génèrent pas de béné­fice durable.

        Le fameux patron aty­pique de venteprivee.com (Gran­geon), n’est pas par­ti­cu­liè­re­ment inno­vant (faire du desto­ckage en ligne de vête­ment). C’est du com­merce, un point c’est tout et plu­tot de l’opportunisme mar­ke­ting. Il a trouvé un filon, qui fonc­tionne pour l’instant pour aider les entre­prises à se débar­ras­ser du sur­plus de vête­ments de grandes marques. C’est le prin­cipe des soldes regrou­pées en ligne. Cela ne pou­vait que mar­cher. Un fonds amé­ri­cain est impli­qué dans 20% du capi­tal de cette entre­prise, pour assu­rer son déve­lop­pe­ment à l’international. Mais sur­tout c’est son intro­duc­tion en bourse qui fait toute la dif­fé­rence pour assu­mer… Il ne com­mu­nique pas sur sa ren­ta­bi­lité nette sans doute pour ne pas avoir à se jus­ti­fier vis à vis d’autres choses…
        http://www.lejdd.fr/Economie/Images/Dans-les-locaux-de-vente-privee.com/Photo-9173/
        L’entreprise vient tout de même d’investir pas moins de 17 mil­lions d’euros pour étendre ses ins­tal­la­tions en Seine-Saint-Denis, et y créer des emplois
        http://www.journaldunet.com/ebusiness/commerce/nouveaux-bureaux-de-vente-privee-com-1110.shtml

        Mais sur­tout, M. Gran­geon qui compte plus de 1000 sala­riés du 9.3. main­te­nant… a dû faire face à un début de grève de ses sala­riés “peu qua­li­fiés”, aux horaires variables et autres sou­plesses utiles dans ce sec­teur. Demain délo­ca­li­sera t-il sous la pres­sion de ses action­naires ? :
        http://www.lefigaro.fr/societes/2010/09/20/04015-20100920ARTFIG00641-les-salaries-de-vente-priveecom-levent-la-greve.php

        Ah l’entrepreneuriat… quand tu nous tiens.

  • [4] - sylvain a écrit le 4 décembre 2010 :

    VIRTUOZ, le soi-disant top Fast50 de Deloitte, s’est barré aux USA (San Fran­cisco), bien avant l’annonce du rabot JEI… A quoi ça sert d’aider de pareilles star­tups ? Une techno fran­çaise, finan­cée par l’argent du contri­buable fran­çais, qui pro­fite main­te­nant aux amé­ri­cains ? Car Vir­tuoz a bien pro­fité du sta­tut JEI depuis 2001 et 2004… Après, faut pas s’étonner. Le fon­da­teur Alexandre Lebrun a clai­re­ment dit que la France était idéale pour naître (aides Oséo, Tepa, JEI, etc), mais que pour gros­sir mieux valait aller aux USA (quel culot). Je le cite :
    “Il est beau­coup plus facile de lan­cer un busi­ness en France, grâce aux aides gou­ver­ne­men­tales. Entre Oséo, les lois Tepa sur la réduc­tion d’ISF, etc, c’est un super cli­mat. Mais quand il s’agit de faire gros­sir son entre­prise, les dif­fi­cul­tés arrivent. Tous les avan­tages des débuts dis­pa­raissent,“
    http://voilacestdit.blog4ever.com/blog/lire-article-166970-1809162-_le_reve_americain_est_un_moteur_de_l_enthousiasme.html

    http://fr.wikipedia.org/wiki/VirtuOz
    Le fon­da­teur de Vir­tuoz, Alexandre Lebrun, n’est plus le Pdg mais un cer­tain Steeve Adams. Un fonds amé­ri­cain a mis 8 mil­lions dans l’histoire.
    http://www.journaldunet.com/ebusiness/le-net/deloitte-technology-fast-50.shtml

    Souvenez-vous
    http://www.lexpansion.com/high-tech/virtuoz-peuple-le-web-avec-ses-avatars-intelligents_126225.html
    http://frenchweb.fr/skaaz-sarrete-virtuoz-se-recentre/

    C’est même Ubi­france qui a aidé Vir­tuoz à s’implanter à San Fran­cisco. Mais Ubi­france sert il l’exportation ou la délocalisation ????

    Pour­quoi aider des boîtes qui servent le mar­ché amé­ri­cain ? Pour­quoi aucun fonds fran­çais n’a remis au pot pour gar­der l’entreprise en France ??? Que fait la Caisse des dépôts ?

    • [4.1] - Olivier Ezratty a répondu le 4 décembre 2010 :

      Le modèle idéal consiste à s’installer com­mer­cia­le­ment aux USA mais à conser­ver tout ou par­tie de la R&D en France. Dans le numé­rique, si l’on veut deve­nir un acteur mon­dial, il n’y a pas trop de choix : il faut s’implanter aux USA. Et reve­nir en Europe ensuite.

      La délo­ca­li­sa­tion com­plète n’est évidem­ment pas sou­hai­table pour nos emplois. C’est le choix de l’entrepreneur.

      Pour ce qui est des aides qui ont ali­menté les boites qui ont délo­ca­lisé, elles sont sta­tis­ti­que­ment très faibles. Pour une boite aidée qui s’est délo­ca­li­sée aux USA, il y en a 50 qui sont res­tées en France. Ne fai­sons donc pas une his­toire de ces délo­ca­li­sa­tions. Les grandes entre­prises du sec­teur du numé­rique qui sont deve­nus des acteurs mon­diaux (Das­sault Sys­tèmes, BO, Ubi­soft, etc) ont tous des implan­ta­tions dans le monde, aux USA, ET ont créé beau­coup d’emplois en France. Cela doit res­ter l’objectif. Keep focused… !

  • [5] - sylvain a écrit le 5 décembre 2010 :

    Reve­nir en Europe ensuite ?
    Ubi­soft. Jus­te­ment. Ils ont filé au Canada attiré par les avan­tages en tout genre qu’on leur fai­sait miroi­ter. La majeure par­tie des effec­tifs d’Ubisoft se trouve là-bas (3000 employés contre 250 en France, à Mon­treuil sur­tout, même si le siège social fan­tôme se trouve à Rennes). Faut pas rêver. Et c’est un Amé­ri­cain qui a presque acquis Ubi­soft en 2004. Un autre fonds amé­ri­cain puis cana­dien est venu s’infiltrer. Les frères Guille­mont ont bien du mal à gar­der la majo­rité, ils sont sans cesse mena­cés, d’autant que la bourse ne les aide pas vrai­ment. Ces 5 frères sont quand même bien nés puisque leurs parents avaient fait for­tune dans les machines agri­coles en Bre­tagne
    Ubi­soft a été créée il y a 20 ans, avec l’ambition de se déve­lop­per tout de suite à l’international (d’où le nom d’Ubisoft pour ubi­quité dans l’informatique). D’abord, les 5 frères ont fait dans l’alimentaire en impor­tant et reven­dant des jeux vidéo créés par d’autres au début (du com­merce), avant de se déci­der à deve­nir éditeurs de jeux eux même.
    La plu­part des jeux ont béné­fi­cié des com­pé­tences de cana­diens direc­te­ment. Ubi­soft s’est ensuite contenté de faire de la crois­sance externe en rache­tant des stu­dios par­tout dans le monde.
    Le chiffre d’affaires a pro­gressé jusqu’en 2009 mais est en baisse en 2010
    http://www.boursorama.com/profil/resume_societe.phtml?symbole=1rPUBI
    http://www.youtube.com/watch?v=Y1zwOV3Aiu0
    http://www.lefigaro.fr/patrimoine/2008/03/20/05001-20080320ARTFIG00423-les-freres-guillemot-serials-entrepreneurs.php
    http://www.lefigaro.fr/patrimoine/2008/03/20/05001-20080320ARTFIG00423-les-freres-guillemot-serials-entrepreneurs.php
    http://www.actufinance.fr/ubisoft-fonds-investissement-americain-harbinger-6913133.html
    http://www.rfi.fr/actufr/articles/060/article_32574.asp
    http://www.gamekult.com/actu/ubisoft-est-pret-au-rachat-A0000041460.html
    http://www.gamepro.fr/2010/04/08/multi/le-canada-devient-3eme-employeur-mondial-dans-jeu-video/483881/

    Lire cet article du Monde datant de 2007, c’est ins­truc­tif
    http://alexandrie.region-bretagne.fr/GEIDEFile/rph40-16.pdf?Archive=102530292071&File=rph40-16_pdf




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