Back from China – Ecosystème de l’innovation

Publié le 15 juillet 2010 et mis à jour le 22 juillet 2010 - 4 commentaires -
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Lors de ce voyage d’étude en Chine, nous avons pu obte­nir diverses infor­ma­tions sur la manière dont fonc­tionne l’écosystème l’innovation en Chine. Je vais creu­ser cela en plu­sieurs par­ties, comme d’habitude :

  • L’écono­mie chi­noise, ses forces, ses fai­blesses et le rôle de l’Etat.
  • Le rôle des “retur­nees” dans la créa­tion de star­tups, c’est une recette un peu mécon­nue en France de la manière dont se déve­loppent les entre­prises qui concur­rencent le plus sérieu­se­ment les socié­tés occidentales.
  • Les parcs tech­no­lo­giques, nous en avons visité un à Shan­ghai et un autre à Beijing.
  • Le finan­ce­ment de l’innovation qui com­bine de manière voi­sine à la France des dis­po­si­tifs publics de finan­ce­ment de l’innovation et du finan­ce­ment privé traditionnel.

Les notes sui­vantes retrans­crivent dif­fé­rents mee­tings orga­ni­sés pen­dant le voyage, et notam­ment avec le VC Donald Ruan, un VP du parc tech­no­lo­gique de Shan­ghai et un autre du parc tech­no­lo­gique de Bei­jing, Zhen­gyang Wang, un avo­cat de JeZe­Jun Law Office, un par­te­naire de Daniel Kahn qui co-organisait ce voyage, des entre­pre­neurs locaux fran­çais, et Aline Renard-Wang de Natixis Pra­mex Inter­na­tio­nal qui nous a brossé un bon pano­rama du mar­ché chinois.

Et ce n’est qu’un début de culture géné­rale sur le sujet, qui mérite beau­coup d’approfondissements !

L’économie chi­noise

La taille de mar­ché chi­nois fait rêver ! Le déve­lop­pe­ment rapide du pays a créé en deux décen­nies l’émergence d’une classe moyenne et aisée de plus de 300 mil­lions d’habitants (sur 1,5 mil­liards). Son pou­voir d’achat aug­mente régu­liè­re­ment et elle sou­haite consom­mer. Cette classe moyenne est concen­trée sur le bord de mer, du sud avec Hong Kong jusqu’à Bei­jing au nord. C’est elle qui arpen­tait la Shan­ghai Expo ou qui visite la Cité Inter­dite de Bei­jing. Le PIB par habi­tant du pays a dou­blé en dix ans et 20% des ménages chi­nois peuvent main­te­nant acqué­rir une voi­ture, ce qui se voit aux embou­teillages dans les grandes villes et notam­ment à Bei­jing. Les reve­nus sont de plus de $10K par an à Shan­ghai et Shenzhen.

Aline Renard-Wang de Natixis Pramex International

Mais la géo­gra­phie comme l’histoire ont créé de grandes inéga­li­tés : l’ouest est pauvre et sou­tenu par les deniers publics pour limi­ter les ten­ta­tions sépa­ra­tistes, tan­dis que l’est et le sud sont de plus en plus riches. Les régions à domi­nante pay­sannes consti­tuent tou­jours un réser­voir de main d’œuvre bon mar­ché cor­véable à merci. Cela tire les salaires vers le bas pour les métiers fai­ble­ment qua­li­fiés alors qu’ils aug­mentent pour les métiers qua­li­fiés mal­gré l’abondance des for­ma­tions supérieures.

Au delà des grandes villes de plus de 15 mil­lions d’habitants, les villes secon­daires de plus d’un mil­lion d’habitants se déve­loppent et accèdent à la grande consom­ma­tion. Tout ceci créé créé un besoin de mul­ti­plier les implan­ta­tions com­mer­ciales pour réus­sir en Chine, un peu comme aux USA. Il ne faut d’ailleurs pas sous-estimer les besoins d’investissements mar­ke­ting et en com­mu­ni­ca­tion pour déve­lop­per sa pré­sence en Chine. C’est certes un grand mar­ché mais il est très encombré.

L’économie est tou­jours pla­ni­fiée avec des plans quin­quen­naux qui donnent les lignes direc­trices de l’économie. On en est au 11ème plan. Il vise à déve­lop­per les zones rurales, les PME et l’environnement. Envi­ron la moi­tié des grandes entre­prises appar­tien­draient tou­jours à l’Etat. Leur nom com­mence par “China”, comme “China Tele­com”. Quand “China” est à la fin du nom ou que le nom de l’entreprise com­prend celui d’une ville, l’entreprise est privée.

La Chine a aussi lancé un plan de relance tita­nesque repré­sen­tant 17% du PIB. Avec sur­tout de nom­breux inves­tis­se­ments d’infrastructure comme des trains à grande vitesse, des métros mais aussi la recons­truc­tion très rapide de la pro­vince du Sechuan secouée par un trem­ble­ment de terre en 2008. Le plan public com­prend du finan­ce­ment de la R&D publique, des aides fis­cales aux entre­prises, du finan­ce­ment pour les PMEs et une baisse des taux d’intérêt.

Les “capi­ta­listes chi­nois” que nous avons ren­con­trés appré­cient l’efficacité écono­mique du régime du pays. En effet, le sys­tème cen­tra­lisé et consen­suel est très effi­cace. Les déci­sions sont prises très rapi­de­ment et elles sont appli­quées tout aussi rapi­de­ment, à très grande échelle et pour toutes sortes d’infrastructures clés comme dans les trans­ports, les éner­gies, les uni­ver­si­tés ou les parcs tech­no­lo­giques (que nous ver­rons plus loin). Le tout est fait avec “pas­sion et entrain”, le col­lec­tif l’emportant très net­te­ment sur l’individuel comme la construc­tion du bar­rage des trois gorges l’a bien mon­tré. L’exemple a été donné avec les Jeux Olym­piques de 2008 à Bei­jing ainsi qu’avec la Shan­ghai Expo. On nous a ainsi raconté com­ment l’armée a rapi­de­ment net­toyé les algues qui pol­luaient les eaux au moment des Jeux Olym­piques, pour éviter la pro­pa­ga­tion d’une allergie.

Le sys­tème chi­nois est donc très effi­cace à grande échelle. Mais il ne fonc­tionne pas tou­jours de manière opti­male. En voici quelques exemples…

  • A ce jour, le plan de déve­lop­pe­ment des éner­gies durables serait un échec selon les fran­çais que nous avons croi­sés. Il y aurait beau­coup à faire dans l’éolien et dans le solaire pho­to­vol­taïque, et pro­ba­ble­ment encore plus dans l’ingénierie de leur déploie­ment que dans la fabri­ca­tion où les usines chi­noises nous battent déjà à plates coutures.
  • Le sys­tème chi­nois man­quait de “sophis­ti­ca­tion”, ce jusqu’en 2005, et c’est en train de chan­ger. Dans le numé­rique comme ailleurs, on est en train de pas­ser subrep­ti­ce­ment de la copie à bas coût à de l’innovation incré­men­tale. L’écart reste cepen­dant impor­tant avec les écono­mies occi­den­tales. A nous de le pré­ser­ver. On retrouve cet écart dans le mar­ke­ting. Les chi­nois  rat­trapent leur retard avec leur puis­sance finan­cière. Ils pro­cèdent à des acqui­si­tions  de marques exis­tantes pour aller plus vite (Lenovo/IBM, May­tag, MCA, Westinghouse).
  • La cor­rup­tion ? Elle existe, c’est reconnu, et elle régres­se­rait pro­gres­si­ve­ment. Mais la classe moyenne chi­noise serait deve­nue très basique, avec un sys­tème de valeur cen­tré autour de l’argent, géné­rant des com­por­te­ments pas tou­jours bien louables. C’est un peu le far-west, comme en Russie.
  • Les droits de l’homme pas tou­jours res­pec­tés ? Nous n’avons pas eu l’occasion d’en dis­cu­ter, ce d’autant plus que dans les grandes villes, l’atmosphère n’a pas l’air d’être oppres­sante. Les chi­nois de la classe moyenne appré­cient le pro­grès réa­lisé par le pays en si peu de temps. Peut-être aussi est-ce le fait de la loupe gros­sis­sante de nos médias alors que les pro­blèmes rela­tifs aux dis­si­dents et à la liberté d’expression ne concernent qu’une poi­gnée de per­sonnes dans un pays de 1,5 mil­liards d’habitants. Et puis, il faut com­prendre que la culture du consen­sus n’est pas très tolé­rante pour toutes les formes de dis­si­dence. Bon, il y a aussi la peine de mort, appli­quée à grande échelle. Mais même les puis­sants n’y échappent pas après des affaires de cor­rup­tion ! En tout cas, la Chine semble plus bien­veillante qu’il n’y parait avec ses mino­ri­tés, ne limi­tant ainsi pas les nais­sances dans les régions concer­nées et appli­quant diverses mesures de dis­cri­mi­na­tion posi­tive, comme dans l’enseignement supé­rieur. Elle craint plus que tout un mor­cel­le­ment comme celui qui est inter­venu après l’éclatement de l’URSS. D’où le fait que le gou­ver­ne­ment chi­nois est très cha­touilleux pour tout ce qui concerne le Tibet.

Bon tout ceci n’est qu’un aperçu de ce que nous avons pu cap­ter sur place en quelques jours. Une lit­té­ra­ture abon­dante est dis­po­nible pour celui qui sou­haite creu­ser le sujet !

Le rôle des returnees

Les retur­nees consti­tuent une “botte secrète” des entre­prises chi­noises et notam­ment des star­tups et des investisseurs.

Il s’agit des chi­nois de l’étranger, par­fois de secondes voie troi­sième géné­ra­tion d’immigrés, qui décident de retour­ner en Chine pour y entre­prendre. C’est un phé­no­mène assez unique dans l’histoire récente de voir un tel Eldo­rado à l’envers. Ils apportent à la Chine une culture inter­na­tio­nale, une sophis­ti­ca­tion, un sens du mar­ke­ting et de la com­mu­ni­ca­tion qui font par­tie des grandes lacunes des entre­prises chi­noises. Et il y en aurait des dizaines de mil­liers par an.

L’exemple de Donald Ruan (ci-dessous) que nous avons ren­con­tré était éloquent. Ori­gi­naire de Chine, il a d’abord lon­gue­ment tra­vaillé à Taï­wan, et a ensuite émigré aux USA, dont il est tou­jours citoyen. Il est revenu en Chine et à Shan­ghai in 2000. Sa phi­lo­so­phie : être là où se situe l’action ! C’est main­te­nant un inves­tis­seur (VC). Le plus curieux est qu’il inves­tit notam­ment en… Israël ! Trois semaines avant notre visite à Shan­ghai, il avait orga­nisé un voyage d’étude de 20 repré­sen­tants d’une pro­vince du nord de la Chine en Israël. Et de citer des éléments cultu­rels rap­pro­chant les cultures juive, israé­lienne et chi­noise : la valeur de la famille, des cultures matriar­cales, la conduite des affaires (un peu dure, rapide) et une dia­spora impor­tante. Son par­cours de chi­nois errant n’est d’ailleurs pas sans rap­pe­ler celui du mythique juif errant.

Donald Ruan (1)

On trouve ainsi de nom­breux retur­nees à la tête de star­tups chi­noises. C’est le cas d’une entre­prise de midd­le­ware de Shan­ghai que j’avais ren­con­trée à Amster­dam en 2008, de Avai­link, une boite de semi-conducteurs dans la TV numé­rique, tout comme de Tianji, le Via­deo local, ren­con­trée par la mis­sion IT Express à Bei­jing. 10000 retur­nees sont ins­tal­lés dans le parc tech­no­lo­gique de Shan­ghai que nous avons visité et ont créé on inté­gré 900 entre­prises ! Le gou­ver­ne­ment se fixe même des objec­tifs pré­cis d’attraction des returnees.

Un mot au pas­sage au sujet de Taï­wan. La réuni­fi­ca­tion n’est plus un sujet tabou. Elle devien­dra évidente lorsque le niveau de vie en Chine s’approchera de celui de Taï­wan. D’autant plus que Taï­wan ne consti­tue plus une menace pour la Chine. Taï­wan est d’ailleurs un gros contri­bu­teur à l’économie chi­noise. Nombre d’usines en Chine appar­tiennent à des entre­pre­neurs Taï­wa­nais (Flex­tro­nics, Asus, Fox­conn, etc). Et l’économie Taï­wa­naise dépend for­te­ment de celle de la Chine.

La France aussi aime­rait avoir ses propres “retur­nees” mais c’est une autre paire de manche car le pays est loin de repré­sen­ter pour ses com­pa­triotes de l’étranger une terre d’opportunités autant que la Chine pour les retur­nees. C’est plu­tôt devenu un enfer et pas sim­ple­ment ima­gi­naire. Crois­sance en berne même à l’échelle euro­péenne, petit mar­ché inté­rieur, com­plexité des affaires, etc. Nombre de fran­çais de l’étranger ne regrettent pas leur départ et trouvent que la France ne va pas du tout dans le bon sens : dif­fi­culté d’y entre­prendre, réforme des retraites, atmo­sphère poli­tique, dénon­cia­tion per­ma­nente des riches qui s’associe impli­ci­te­ment à celle de la réus­site écono­mique, etc.

Les parcs technologiques

Nous avons visité deux parcs tech­no­lo­giques, l’un à Shan­ghai et l’autre à Bei­jing. Il y aurait 57 parcs tech­no­lo­giques de ce genre en Chine. Le pre­mier est ras­sem­blé sur une zone de la taille d’une grande ville avec beau­coup d’entreprises chi­noises (comme Hua­wei), dont des usines de pro­duc­tion de semi-conducteurs et quelques japo­naises (comme Kyo­cera ou Sony). Le second est éclaté au nord ouest de Bei­jing, avec beau­coup de sites d’entreprises étran­gères et notam­ment amé­ri­caines, et qui sont plus orien­tées Inter­net et logi­ciels (comme Baidu). Nombre d’entreprises qui font leur R&D dans ces parcs tech­no­lo­giques ont des usines de pro­duc­tion ailleurs, notam­ment à Shenz­hen pour ce qui est de la high­tech. Dans les deux cas, les parcs com­prennent de nom­breuses uni­ver­si­tés scien­ti­fiques et des labo­ra­toires de recherche publics qui sont regrou­pés dans une “cité des sciences” au sein des parcs.

Créé en 1992, le parc tech­no­lo­gique ZJ Inno­parc (Zhang­Jiang High-tech Park) de Shan­ghai com­prend 5900 entre­prises et 142000 diplô­més y tra­vaillent (en crois­sance de 22% par an depuis cinq ans). Le parc a les dimen­sions d’un grand aéro­port : envi­ron 5,5 km par 4,5 km (25 km2). A titre de com­pa­rai­son, c’est envi­ron 6 fois la taille de la zone d’activité indus­trielle de Vélizy Vil­la­cou­blay ou 3 à 4 fois celle des Ulis-Courtaboeuf. Le parc com­prend dif­fé­rentes zones, dont une zone d’habitation. Il est tra­versé par la ligne de métro qui va de Shan­ghai à l’aéroport inter­na­tio­nal de Pudong, un moyen de trans­port qui manque cruel­le­ment au cam­pus de Saclay/Orsay ! Mais il reste du ter­rain à bâtir dans ce parc qui pour­rait à terme ras­sem­bler plu­sieurs mil­lions d’emplois dans la high-tech !

Business Meetings - salle de réunion du bâtiment administratif du ZJ Innoparc

Les grandes entre­prises y côtoient les start-ups en nombre, le tout accom­pa­gné d’une ving­taine d’universités ainsi que des labo­ra­toires de recherche dans les indus­tries mili­taires, un centre de super­cal­cu­la­teurs, de la phy­sique des par­ti­cules (avec un syn­chro­tron de 432 m de dia­mètre en cours de construc­tion) et des semi-conducteurs. Il faut dire que le parc à lui seul repré­sente la plus grande capa­cité de pro­duc­tion de semi-conducteurs (sur wafers de 30 cm) du monde avec toute la chaine de valeur inté­grée : une cen­taine de socié­tés fabless de concep­tion, deux fabri­cants de masques pour la pro­duc­tion, trois construc­teurs, 12 socié­tés de condi­tion­ne­ment et tests et 39 équi­pe­men­tiers du sec­teur ! On y conçoit et fabrique de tout : des micro­pro­ces­seurs, des com­po­sants de récep­tion de la télé­vi­sion numé­rique, des pro­ces­seurs de son, des cap­teurs d’images ou encore des com­po­sants pour les mobiles.

On y trouve de nom­breuses socié­tés de ser­vices comme l’indien Info­sys, tout comme des éditeurs de logi­ciels tels que le spé­cia­liste de l’information finan­cière Wind Info qui ferait 350m€ de CA. C’est aussi là que le lea­der des télé­coms Hua­wei y a ins­tallé en un an un centre de R&D en com­mu­ni­ca­tion sans fil. Un lab de 8000 per­sonnes ! Enfin, plus récem­ment s’y sont déve­lop­pées des acti­vi­tés autour des éner­gies “propres”. Le parc est un aussi vivier de 300 entre­prises phar­ma­ceu­tiques à l’origine de cen­taines de nou­veaux trai­te­ments (dont Novartis).

ZJ Innoparc

Le parc pro­pose divers ser­vices aux entre­prises : des loge­ments, l’accompagnement sur le recru­te­ment, la recherche de capi­tal, et aussi la recherche de sup­port gou­ver­ne­men­tal. Il assure aussi la pro­mo­tion de la pro­tec­tion de la pro­priété intel­lec­tuelle, avec l’aide d’une branche locale de l’équivalent chi­nois de l’INPI. Plus les entre­prises chi­noises innovent et déposent de bre­vet, plus le pays pro­tège la pro­priété intel­lec­tuelle. C’est méca­nique. Le parc s’enorgueilli ainsi de bons résul­tats en matière de dépôts de bre­vets : 66 par 10000 emplois et par an. Le parc a sinon noué des rela­tions avec d’autres parcs tech­no­lo­giques à l’étranger: dans la Sili­con Val­ley, à Cam­bridge (UK) et aussi en Corée du Sud. Les bre­vets sont l’un des éléments du fameux clas­se­ment de Shan­ghai des uni­ver­si­tés. Pen­dant notre séjour en Chine, Valé­rie Pécresse avait d’ailleurs ren­con­tré les équipes à l’origine de ce clas­se­ment, de la Shan­ghai Jiao Tong Uni­ver­sity, pour ten­ter de faire évoluer les cri­tères qui sont actuel­le­ment défa­vo­rables aux uni­ver­si­tés et grandes écoles françaises !

Business Meetings (98)

Créé en 1988, le parc tech­no­lo­gique Zhong­guan­cun Hai­dian de Bei­jing est quant à lui plus orienté vers le logi­ciel (3246 socié­tés, soit le nombre d’éditeurs en France), l’Internet (avec le siège et la R&D de Baidu), et les ser­vices infor­ma­tiques, ces der­niers repré­sen­tant 70% des socié­tés du parc. Il y a aussi de la R&D dans les semi-conducteurs, mais la fabri­ca­tion a lieu à Shenz­hen ou Quan­dong. C’est le pre­mier parc tech­no­lo­gique créé en Chine. On y trouve 78 uni­ver­si­tés et 230 labo­ra­toires de recherche, une cin­quan­taine d’incubateurs, 20000 entre­prises repré­sen­tant plus de 400000 emplois qua­li­fiés, sans comp­ter les ser­vices annexes et le busi­ness généré dans le sec­teur de la construction !

La zone génè­re­rait $60B de chiffre d’affaire, ce qui repré­sente donc envi­ron $150K par emploi, ce qui est un excellent niveau en Chine et même dans le monde. Le parc s’étale sur 430 km2, dans une zone de 2,36 mil­lion d’habitants, dont 764000 diplô­més, au nord ouest de Bei­jing. A don­ner le tour­nis ! Le tout est imbri­qué dans une zone urbaine clas­sique mélan­geant habi­ta­tions et com­merces clas­siques. Le parc se carac­té­rise par la pré­sence de nom­breux centres de R&D de socié­tés amé­ri­caines telles que Google, Oracle, IBM, Micro­soft, Intel. On y trouve aussi Nokia et Sie­mens. Ces indus­triels sont pré­sents à la fois pour des rai­sons busi­ness (loca­li­ser les pro­duits) et poli­tiques (faire des ronds de jambe vis à vis du gou­ver­ne­ment chinois).

Que rete­nir de la visite rapide de ces parcs ? Que la poli­tique gou­ver­ne­men­tale et des col­lec­ti­vi­tés locales de concen­tra­tion des res­sources high-tech a bien fonc­tionné. Le gou­ver­ne­ment et la muni­ci­pa­lité de Bei­jing comme de Shan­ghai ont délé­gué une grande auto­rité à l’administration de ces parcs pour accé­lé­rer les pro­ces­sus bureau­cra­tiques (per­mis de construire, etc). Ceci a per­mis de créer des zones à très fort niveau intel­lec­tuel, de géné­ra­tion de bre­vets et autres inno­va­tions, le tout s’appuyant sur des infra­struc­tures solides, notam­ment dans les trans­ports. Dans les sec­teurs des semi-conducteurs comme de la phar­mar­cie ou des éner­gies nou­velles, on sent aussi une claire volonté d’aligner les maillons de leur chaine de valeur. Cela assure à ces indus­tries une cer­taine auto­no­mie et une opti­mi­sa­tion écono­mique allant du pro­ces­sus de concep­tion à celui de la fabrication.

Finan­ce­ment de l’innovation

L’intervention publique semble assez proche du sys­tème fran­çais. Les parcs tech­no­lo­giques et leurs incu­ba­teurs aident les star­tups à trou­ver des fonds pri­vés, une affaire de réseau comme par­tout dans le monde. Les incu­ba­teurs publics ou privé-publics sont asso­ciés aux uni­ver­si­tés et pro­posent des allo­ca­tions de 50K€ pour ini­tia­li­ser les pro­jets inno­vants des étudiants.

On trouve ensuite à la fois des “tech­no­logy loans” du gou­ver­ne­ment (équi­va­lent des prêts garan­tis par Oséo ou de ses avances rem­bour­sables), des inves­tis­se­ments sous forme de prise de par­ti­ci­pa­tion (le Inno­va­tion Funds for Small and Medium S&T Enterprises/Firms), dans la lignée de ce que fait le Fonds Stra­té­gique d’Investissement en France (mais pas en amor­çage) et de ce qui est prévu dans le cadre du grand emprunt, et enfin, des aides fis­cales aux PME.

Les star­tups se financent aussi de manière tra­di­tion­nelle via le sec­teur privé : avec du love money de “la famille”, avec des busi­ness angels de leur sec­teur d’activité – cer­tains étant des chi­nois de l’étranger - et puis avec des fonds d’investissement de pri­vate equity (VCs). La rapide créa­tion d’une élite de mil­lion­naires et mil­liar­daires chi­nois a per­mis l’éclosion d’un écosys­tème de busi­ness angels. Les busi­ness angels ont leur asso­cia­tion, la China Busi­ness Angels Asso­cia­tion, équi­va­lent de France Angels et de l’EBAN (Euro­pean Busi­ness Angels Asso­cia­tion). Les clubs de busi­ness angels per­mettent des inves­tis­se­ments directs indi­vi­duels ou mutua­lisent les inves­tis­se­ments dans des fonds de busi­ness angels équi­va­lents à nos SIBA (Société d’Investissement de Busi­ness Angels). Les tickets moyens des busi­ness angels seraient com­pris entre $30K et $300K. Le finan­ce­ment privé des star­tups reste cepen­dant assez imma­ture du fait d’un faible envi­ron­ne­ment légis­la­tif pour pro­té­ger tant les inves­tis­seurs que les entre­pre­neurs et des dif­fi­cul­tés à trou­ver des sor­ties indus­trielles ou en bourse. Et puis, il y a peu d’incitations fis­cales, d’autant plus que l’ISF n’existe pas en Chine. Donc pas de loi TEPA !

Les inves­tis­se­ments pri­vés dans l’industrie et l’innovation sont concen­trés à 45% sur Shan­ghai (finance, ser­vices, tex­tile, pro­duc­tion), 20% à Bei­jing et 15% à Can­ton / Shenz­hen / Hong Kong (manu­fac­tu­ring). C’est un peu comme aux USA où la Sili­con Val­ley concentre envi­ron 40% des inves­tis­se­ments en capi­tal risque et la côte Est une bonne par­tie du reste.

Un peu comme en France et en Europe, on trouve une cer­taine pro­pen­sion des inves­tis­seurs locaux à finan­cer des “copy­cats” de pro­jets qui fonc­tionnent déjà ailleurs. Ce d’autant plus que la bar­rière de la langue et de la culture locale empêche sou­vent les équi­va­lents occi­den­taux de péné­trer le mar­ché chi­nois. La Chine n’est pas le ter­reau natu­rel des star­tups comme semble l’indiquer Kai Fu lee, un ancien de Google, Apple et Micro­soft qui a monté son propre incu­ba­teur, Inno­va­tion Works. Par ailleurs, tou­jours comme en France, les étudiants des filières scien­ti­fiques et tech­niques manquent de savoir faire dans les dis­ci­plines “molles” liées au busi­ness : le mar­ke­ting, la com­mu­ni­ca­tion, etc. Cer­taines filières d’enseignement ainsi que les incu­ba­teurs comblent ces lacunes, tout comme les com­pé­tences appor­tées par les retur­nees qui décident de créer ou implan­ter leur star­tup en Chine.

La pro­chaine étape de ce par­cours en Chine est consa­crée aux médias numé­riques, avec une foca­li­sa­tion sur Hua­wei (télé­com), Baidu (web) et la TV numérique.

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La série com­plète des articles de ce compte rendu de voyage en Chine :

Back from China – Intro­duc­tion
Back from China – Shan­ghai Expo
Back from China – Eco­sys­tème de l’innovation
Back from China – Inter­net
Back from China – Vendre en Chine

Publié le 15 juillet 2010 et mis à jour le 22 juillet 2010 Post de | Chine, Entrepreneuriat, France, Google, Innovation, Internet, Logiciels, Marketing, Microsoft, Startups | 6257 lectures

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Les 4 commentaires et tweets sur “Back from China – Ecosystème de l’innovation” :

  • [1] - macha a écrit le 15 juillet 2010 :

    Autre­ment dit, par­tez tous entre­prendre en Chine ? Les entre­pre­neurs là-bas ne peuvent faire for­tune que parce qu’ils exploitent de nom­breux chi­nois des contrées agri­coles.
    Et la cor­rup­tion?
    http://www.aujourdhuilachine.com/article.asp?IdArticle=14441

    Quelqu’un a dit ici que cer­tains entre­pre­neurs ne se plai­saient plus en France en rai­son de son admi­nis­tra­tion ou du fait que l’on reproche trop de chose à cer­tains riches. Ne pen­sez vous pas que s’il fait bon “entre­prendre” en Chine actuel­le­ment, c’est parce que exploi­ta­tion il y a for­cé­ment là-bas ? Alors qu’ici c’est plus dur d’appliquer ce type de chose ???? Et ne trou­vez vous pas que l’on patit de se déve­lop­pe­ment asia­tique plus que “dopé” bizarrement ???

    • [1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 15 juillet 2010 :

      Je ne porte pas de juge­ments de valeur, je décris, c’est tout.

      Oui, il y a des “tra­vailleurs exploi­tés” en Chine, mais ce fai­sant, ils voient leur niveau de vie aug­men­ter par rap­port à leur vie de pay­sans. C’est un pro­grès de leur point de vue, même si du notre, c’est cer­tai­ne­ment une forme d’exploitation.

      Nuance cepen­dant : il y a des boites high-tech en Chine qui n’exploitent pas des ouvriers dans l’industrie manu­fac­tu­rière. Comme je l’indique, la Chine com­mence à se déve­lop­per dans les indus­tries de l’immatériel, là où les niveaux de salaire sont bien plus élevés que dans les lignes de montage.

  • [2] - Richard T a écrit le 16 juillet 2010 :

    Oli­vier bon­jour,
    Excel­lente et pro­met­teuse syn­thèse de notre mis­sion!!
    J’ajoute que la rela­tion à la presse est dif­fé­rente: en Chine, c’est contrôlé. Les Chi­nois m’ont expli­qué qu’ils pen­saient que la presse était contrô­lée aussi en Occi­dent. D’où des incompréhensions…

    Exemple cité: Quand Nico­las Sar­kozy est venu en Chine, il a amené sa mère ce qui a été très, très appré­cié sur place et a été consi­déré comme une marque d’honneur vis à vis de la Chine (res­pect aux anciens…). Quand la presse a parlé des Droits de l’Homme en Chine, les mêmes ont pensé que Nico­las Sar­kozy n’aimait pas la Chine: ils n’ont pas com­pris. Et donc peu de business…

  • [3] - Patrick HANNEDOUCHE a écrit le 19 juillet 2010 :

    Bon­jour Oli­vier,
    Me ren­dant à l’expo de Shan­gai en sep­tembre, je suis pre­neur de quelques adresses à visi­ter : start-ups, maga­sins…
    Cor­dia­le­ment.
    Patrick




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