Google a fait grand bruit fin octobre 2009 en annon­cant la ver­sion 2.0 de son sys­tème d’exploitation mobile Android. Cette annonce était sur­tout accom­pa­gnée de celle de la nou­velle bêta de Google Maps pour Android qui intè­grera une fonc­tion de navi­ga­tion très évoluée, connec­tée, et de sur­croît gratuite.

Au menu : vue satel­lite, Street View en 3D, recon­nais­sance de la parole pour indi­quer sa des­ti­na­tion, même “floue” (en anglais pour com­men­cer), recherche avan­cée de tout (adresse, type de lieu, tirant parti du moteur de recherche de Google), ges­tion du tra­fic, etc. On se dit alors que cette solu­tion va cou­per l’herbe sous le pieds à pas mal de four­nis­seurs de sys­tèmes de navi­va­tion dédiés comme Gar­min ou Tom Tom, dont les actions on dévissé en bourse après l’annonce de Google.

Google Android 2.0 Maps Navigation Street View

Cette annonce est un exemple de plus de trois phé­no­mènes qui affectent l’industrie du numé­rique depuis pas mal de temps et semblent jouer en faveur d’Android sur le long terme :

  • L’innovation par l’intégration de fonc­tions disparates.
  • Les effets de pla­te­forme et d’écosystème.
  • La gra­tuité des ser­vices en ligne et leurs sources de financement.

Décryp­tons cela. En se posant la ques­tion : jusqu’où peuvent aller ces phénomènes ?

L’innovation par l’intégration

Si l’on y regarde de plus près, la grande majo­rité des inno­va­tions sont le fait de l’intégration de plu­sieurs fonc­tion­na­li­tés aupa­ra­vant sépa­rées et dis­pa­rates. Et cette inté­gra­tion est de plus en plus simple dans l’univers de l’immatériel et des ser­vices en ligne. Quand les appa­reils élec­tro­niques peuvent être géné­ra­listes, ils coupent sou­vent l’herbe sous le pieds des appa­reils spé­cia­li­sés dont le for­mat phy­sique est équi­va­lent. L’annonce de Google est ainsi un exemple de plus d’une évolu­tion iné­luc­table vers le mobile géné­ra­liste au détri­ment des outils spé­cia­li­sés comme les GPS embar­qués, ou les bala­deurs musicaux.

Dans le cas pré­sent, c’est la com­bi­nai­son d’un com­po­sant GPS pas cher (<$1) déjà inté­gré dans des mobiles géné­ra­listes, la capa­cité à faire tour­ner du logi­ciel et la démo­cra­ti­sa­tion de la bande pas­sante mobile. Cela ouvre la porte à l’intégration de nou­veaux ser­vices dans les mobiles, voire dans le sys­tème d’exploitation lui-même.

Certes, les mobiles - avec Android ou pas - ne sont pas encore la pana­cée pour la navi­ga­tion : la petite taille des écrans, l’usage inten­sif de la 3G pour accé­der au ser­vice, alors que pour la géo­lo­ca­li­sa­tion, on se sert encore lar­ge­ment de cartes “locales” sto­ckées en sup­port mémoire (CD, carte SD, etc) qui sont géné­ra­le­ment plus fiables, notam­ment en zones non urbaines. Mais Google a plus d’un tour dans son sac et dis­pose de la tech­no­lo­gie (notam­ment Gears) per­met­tant de faire tour­ner ses ser­vices en ligne de manière décon­nec­tée. La carte et le par­cours d’un tra­jet sont sto­ckés loca­le­ment et donc dis­po­nibles dans les zones non cou­vertes par la 3G. Mais il faut par­tir d’une zone cou­verte par la 3G tout de même. Ce qui est certes limi­ta­tif, mais pas pour les concep­teurs qui habitent dans la dense Sili­con Val­ley et rai­sonnent sou­vent de manière un peu “socio­cen­tric” en créant des inno­va­tions adap­tées à leur cadre de vie spé­ci­fique et en ne se met­tant pas assez à la place de ceux qui vivent “ailleurs”. Par contre, le propre des inno­va­tions est sou­vent d’élargir des mar­chés exis­tant. Si ce Google Maps pour Android était aussi posi­tionné pour les pié­tons, il pour­rait jouer ce rôle.

Cette inno­va­tion par l’intégration a valu et vaut tou­jours des déboires juri­diques anti­trust à Micro­soft. L’incorporation d’un navi­ga­teur Inter­net et d’un player média dans Win­dows a valu à l’éditeur près d’une ving­taine d’année de pro­cès et plus de 10 mil­liards de dol­lars d’amendes et règle­ments à l’amiable divers. Ce qui pou­vait sem­bler nor­mal pour n’importe quel éditeur de sys­tème d’exploitation (avec Linux ou MacOS) ne l’était plus du fait de l’écrasante domi­nance de Win­dows dans le mar­ché des PCs. Ce n’est donc pas par hasard si Google Maps est pré­senté comme une appli­ca­tion pour Android, et non pas comme une fonc­tion­na­lité d’Android. L’histoire nous dira si elle est pré­ins­tal­lée dans les mobiles ou pas et à l’initiative de qui : les construc­teurs, les opé­ra­teurs télé­coms, les utilisateurs.

Le ren­for­ce­ment de l’atout pla­te­forme de Google Android

Dans l’immatériel et dans les ser­vices Inter­net, l’innovation par l’intégration a un autre impact : le ren­for­ce­ment de l’effet de pla­te­forme et l’horizontalisation du mar­ché sépa­rant les ser­vices en ligne des four­nis­seurs de maté­riel. Un four­nis­seur de GPS comme Gar­min four­nit et le maté­riel et le logi­ciel asso­cié, si ce n’est les conte­nus. Nokia essaye de faire de même en tirant parti de son acqui­si­tion de Nav­teq. Avec Google, on a un acteur qui se concentre sur le logi­ciel et les conte­nus, et qui laisse les autres se dépa­touiller avec le maté­riel : les construc­teurs de mobiles. Les opé­ra­teurs télé­coms sont un peu lais­sés sur le car­reau au pas­sage, eux qui certes vendent de la “data” mais aime­raient bien aussi cap­ter leur dime de ces nou­veaux ser­vices qui ali­mentent les mobiles.

Avec l’annonce de cette fonc­tion de navi­ga­tion, l’effet de pla­te­forme est mul­ti­plié car contrai­re­ment à la plu­part des sys­tèmes GPS dédiés, Google Maps est une pla­te­forme sur laquelle les déve­lop­peurs peuvent bâtir des appli­ca­tions. Autour d’Android et de Google Maps, on verra donc fleu­rir des mil­liers d’applications qui exploi­te­ront ses fonc­tions de navi­ga­tion avan­cées. L’écosystème généré pourra être un clou de plus dans le cer­cueil en cours de fabri­ca­tion des construc­teurs de GPS spé­cia­li­sés. Les ten­ta­tives de Gar­min de se lan­cer (sans suc­cès) dans les mobiles en sont un symptôme.

Après seule­ment un an d’existence, l’écosystème d’Android gran­dit à rai­son de 2600 appli­ca­tions par mois avec un total d’environ 15000 appli­ca­tions. Sachant que le nombre de nou­velles appli­ca­tions men­suelles est lui aussi en crois­sance. Et que la part de mar­ché d’Android est pour­tant assez faible (moins de 5% des smart­phones). Cela signi­fie que l’effet pla­te­forme fonc­tionne à plein en faveur d’Android.

On peut se deman­der si cette hori­zon­ta­li­sa­tion géné­rée par Google fera de l’ogre de Moun­tain View l’alter-égo de Micro­soft face Apple (Android vs iPhone, par ana­lo­gie à Win­dows vs MacOS). Android semble bien placé pour créer un écosys­tème très dense de solu­tions tierces par­ties et même s’il n’en est qu’à ses débuts, il pro­gresse très vite alors que Win­dows Mobile régresse inexo­ra­ble­ment, ayant raté la vague des OS mobiles “mul­ti­touch” pour le grand public.

Alors, bataille d’écosystème ouvert contre écosys­tème fermé ? L’iPhone a tout de même plus d’avance et d’implantation sur le mar­ché que n’en avait l’Apple II/III au moment de l’avènement des IBM PC au début des années 1980. Il a bien généré un écosys­tème de plus de 100000 appli­ca­tions autour de son iPhone. Et Google Maps et sa fonc­tion de navi­ga­tion pourra sans doutes un jour fonc­tion­ner sur l’iPhone.

Mais à part iTunes, il ne four­nit pas une pla­te­forme de ser­vices aussi dense que celle de Google pour bâtir des ser­vices mobiles. A ce jeu, Google pro­pose une pla­te­forme incom­men­su­ra­ble­ment plus étof­fée qu’Apple, à l’exception près des conte­nus médias (sur­tout, dans la musique).

Cela nous fait une belle bataille d’écosystèmes en pers­pec­tive dans la mobilité.

L’évolution vers la gratuité

L’annonce de Google pose une fois de plus la ques­tion clé du péri­mètre de la gra­tuité des ser­vices en ligne. Cette gra­tuité semble sans limite. Jusqu’où ira-t-elle ? On a ici un ser­vice gra­tuit qui se sub­sti­tue poten­tiel­le­ment à celui d’entreprises fai­sant des mil­liards de $ de chiffre d’affaire (avec certes… du maté­riel, et pas seule­ment des ser­vices). Est-ce de la des­truc­tion de valeur ? En fait, il s’agit d’un pro­ces­sus de migra­tion de valeur assez complexe.

Les ser­vices gra­tuits sont finan­cés selon cinq prin­ci­paux cas de figure :

  • Par la publi­cité, sachant que seuls une mino­rité de ser­vices arrivent à s’en sor­tie de ce point de vue là, une fois qu’ils ont atteint une audience de taille cri­tique et que la publi­cité couvre bien les coûts. Les médias en ligne savent à quel point un modèle publi­ci­taire ne couvre pas les coûts habi­tuels d’une rédac­tion. Cette gra­tuité là trans­forme com­plè­te­ment le modèle des conte­nus. Elle peut finan­cer des ser­vices comme la navi­ga­tion dans Android 2.0 car tout ce qui relève du com­merce de proxi­mité peut en pro­fi­ter, même si le bon modèle (asso­ciant les seg­ments clients, les besoins et la contex­tua­lité) reste à trou­ver. Au total, c’est envi­ron $50B.
  • Par les inves­tis­seurs, ce qui est le cas des sites de par­tage de vidéo comme Dai­ly­Mo­tion qui sont de véri­tables pompes à cash. C’est un effet indi­rect du mode de finan­ce­ment de l’innovation. Les busi­ness angels et autres capi­taux ris­queurs financent régu­liè­re­ment des pro­jets dont seuls quelques uns émer­ge­ront avec suc­cès et de manière pro­fi­table. Le reste, ce sont des boites qui vont soit se trans­for­mer pour sur­vivre, soit dis­pa­raitre, soit tom­ber dans la case sui­vante, après l’acquisition par un grand groupe par ailleurs béné­fi­ciaire. Cela fait un lot impor­tant de ser­vices en lignes gra­tuits pour les Inter­nautes que nous sommes. Leur péren­nité n’est cepen­dant jamais garan­tie. Dai­ly­Mo­tion vient tout juste de pas­ser de cette case à la pré­cé­dente, non sans avoir mené une nou­velle levée de fonds de 15 mil­lions d’Euros pour finan­cer la “crois­sance”, après 25 mil­lions levés en 207 qui devaient le mener à la ren­ta­bi­lité, récem­ment acquise. Quand on addi­tionne les mil­liards de dol­lars et d’Euros injec­tés dans les star­tups, cette source de finan­ce­ment est véri­ta­ble­ment signi­fi­ca­tive. Même en période de vaches maigres comme en ce moment. La France a ceci de spé­ci­fique que, par effet domino, ce sont les contri­buables financent aussi ces ser­vices en ligne gra­tuits. Par les dépenses fis­cales que consti­tuent les dégrè­ve­ments d’ISF et d’impôt sur le revenu pour les inves­tis­se­ments dans les PME inno­vantes et autres FCPI et fonds ISF. Et par les innom­brables aides publiques à l’innovation tout comme par le Cré­dit Impôt Recherche.
  • Par une entre­prise béné­fi­ciaire grâce à une “vache à lait” assu­rant un mate­las finan­cier confor­table – vache à lait pou­vant elle-même pro­ve­nir de la publi­cité comme chez Google. C’est le cas de nom­breux ser­vices en ligne de Google et aussi de Micro­soft. You­Tube en est un qui parait-il coute encore deux à trois fois plus cher qu’il ne rap­port à Google en reve­nus publi­ci­taires. Il y a aussi Picasa, autant le logi­ciel qui s’installe sur votre micro-ordinateur que le ser­vice de par­tage de pho­tos en ligne, qui s’appuie sur un modèle de fre­mium - payant à par­tir de 1 Go de sto­ckage. Et plus récem­ment, Android qui génè­rera pour Google une source de reve­nus, publi­ci­taires, indi­recte, car le sys­tème d’exploitation ser­vira de “socket” (socle) pour faire tour­ner son moteur de recherche et les dif­fé­rents ser­vices de Google, notam­ment géo­lo­ca­li­sés. Avec rien que Google et Micro­soft, nous avons encore quelques mil­liards de $ de finan­ce­ment de ser­vices gra­tuits dans la balance.
  • Par les dona­tions, pour les ser­vices qui sortent d’une manière ou d’une autre de la sphère mar­chande. C’est le cas de logi­ciels open source comme Fire­fox, créé par la fon­da­tion Mozilla (certes, lar­ge­ment finan­cée par Google), mais aussi de ser­vices comme Wiki­pe­dia, financé par des dons pour la par­tie infra­struc­ture, et par des contri­bu­tions gra­tuites pour ce qui est des conte­nus. Cette source de finan­ce­ment est encore marginale.
  • Par le temps des uti­li­sa­teurs, consa­cré à l’enrichissement des ser­vices en ligne. C’est l’une des recettes des ser­vices du web 2.0, qui consiste à faire “bos­ser” les clients pour créer de la valeur. Cette forme de finan­ce­ment est à ne pas négli­ger, quoique dif­fi­cile à déclen­cher à grande échelle et à esti­mer en $. Elle inter­vient comme com­plé­ment des autres sources de finan­ce­ment qui couvrent ce qui n’est pas créé par les uti­li­sa­teurs dans les ser­vices en ligne (l’infrastructure, les logi­ciels serveur).

En com­pi­lant ces dif­fé­rentes sources, juste au niveau des ordres de gran­deur, j’aboutis à cette répar­ti­tion du finan­ce­ment des ser­vices en ligne gra­tuits à l’échelle mon­diale. Ce sont juste des ordres de grandeur.

Financement des Services en Ligne par la Publicité 2009

Les hypo­thèses sont les sui­vantes, sur la cin­quan­taine de mil­liards de $ de la publi­cité en ligne mon­diale, la moi­tié arrive dans les ser­vices en ligne, le reste aux inter­mé­diaires publi­ci­taires (dont… Google). Je table sur $8B de finan­ce­ment à fonds per­dus par les majors du web (Google et Micro­soft repré­sentent un bon trois quart de l’ensemble). Les ser­vices gra­tuits finan­cés par la publi­cité comme le Search de Google sont dans la par­tie bleue. Et enfin, j’intègre envi­ron 10% du capi­tal risque et des inves­tis­se­ments de busi­ness angels mon­diaux dans les ser­vices en ligne. Ce qui fait une part aussi significative.

Mon schéma est très approxi­ma­tif car c’est la manne publi­ci­taire du search et d’AdSense sur le web qui ali­mente la machine à cash de Google (en bleu au des­sus des poin­tillés) qui en retour finance les ser­vices gra­tuits “à perte” (en vert) alors que dans le cas de Micro­soft la par­tie verte est finan­cée par les reve­nus des vaches à lait tra­di­tion­nelles de l’éditeur (les logiciels).

Cette masse de finan­ce­ment publi­ci­taire est ame­née à pour­suivre sa crois­sance, essen­tiel­le­ment au gré de la cap­ta­tion du mar­ché publi­ci­taire par la publi­cité en ligne, qui en repré­sente envi­ron 10% aujourd’hui, et pour­rait atteindre les 20% d’ici quelques années. Cela se fera au détri­ment de médias clas­siques qui déclinent plus ou moins vite devant les coups de bou­toir des nou­veaux usages numé­riques, notam­ment dans les jeunes géné­ra­tions : la télé­vi­sion, la radio, la presse écrite, la musique.

En sim­pli­fiant un peu la migra­tion de valeur, au lieu de finan­cer la presse écrite – prin­ci­pale vic­time du jour de la webi­sa­tion des conte­nus, la publi­cité finance Google qui finance à son tour Google Maps qui fra­gi­li­sera par effet domino les Gar­min et Tom Tom. Soit beau­coup de per­dants et deux gagnants : Google et les utilisateurs.

On voit que la part du finan­ce­ment pro­ve­nant des grands acteurs du numé­rique est signi­fi­ca­tive. Google le pre­mier pourra donc conti­nuer à inno­ver par l’intégration et cap­ter une part de plus en plus grande à la fois du temps uti­li­sa­teur et de la valeur publi­ci­taire géné­rée après coup.

On n’a donc pas fini de voir arri­ver des ser­vices gra­tuits de la trempe de Google Maps pour Android. Mais au prix de quelques lais­sés pour compte sur la route…


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Publié le 3 novembre 2009 Post de Olivier Ezratty | Google, Innovation, Internet, Logiciels, Logiciels libres, Marketing, Microsoft, Médias, Startups | 4 commentaires

Les 4 commentaires sur “Google Maps et les migrations de valeur” :

  • Le plus inté­res­sant reste sur­ement un mix entre grand de l’internet ou finan­cier et publi­cité car les reve­nus sont ame­nés à croitre et à matu­rer dans les années à venir. Mais c’est tou­jours dif­fi­cile d’investir dans des star­tups en mode moyen terme (il faut ou bais­ser les tickets ou avoir une vraie stra­té­gie long terme).
    En tout cas une bonne synthèse !

    • [1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 3 novembre 2009 :

      Tu parles du point de vue de l’entrepreneur ? De l’efficacité pour le marché ?

      Si gra­tuit il y a, le finan­ce­ment à terme est une forme ou une autre de publi­cité ou de fre­mium. Après, il y a celui qui inves­tit, à perte (car il n’arrive jamais à atteindre le point d’équilibre) ou pas. Celui qui le fait avec le plus d’aisance est le géant qui a une source de cash quasi illi­mi­tée sous la main. Si il pré­serve une capa­cité d’innovation dans sa culture et s’y prend au bon moment, dif­fi­cile de lut­ter contre lui sur les mêmes créneaux.

      Google a ceci d’intéressant qui le dif­fé­ren­cie de Micro­soft dans ce jeu d’investissements à fonds per­dus dans les ser­vices en ligne qu’il sait moné­ti­ser ses ser­vices par la publi­cité et à très grande échelle. Et la syner­gie entre ses ser­vices est plu­tôt bonne.

      Cela pose cepen­dant un énorme pro­blème géo-économico-politique : Google capte ne serait-ce qu’en France envi­ron la moi­tié du revenu publi­ci­taire en ligne. Il est envoyé via l’Irlande aux USA. Dans les médias tra­di­tion­nels “offline”, le revenu publi­ci­taire local res­tait peu ou prou en France, et ali­men­tait les médias locaux. Avec Google (et aussi MS et Yahoo, plus petits), le revenu publi­ci­taire s’évade du pays et ne finance plus les médias locaux, qui s’en plaignent d’ailleurs. La pub online ne repré­sente que 10% du total du mar­ché publi­ci­taire, et on com­mence à s’en rendre compte. Mais quand cela dépas­sera 20%, cela fera très mal !

      C’est la “déter­ri­to­ria­li­sa­tion du mar­ché publi­ci­taire” qui est en marche avec les ser­vices en ligne.

  • Pour mesu­rer le suc­cès des pla­te­formes android ou apple, il faut prendre aussi en consi­dé­ra­tion, en plus du nombre d’applications dis­po­nibles, l’accessibilité à ces appli­ca­tions et grâce à son sys­tème pro­prié­taire, Apple a une très grande lon­gueur d’avance qui sera très dif­fi­cile à Android d’égaler de part la nature même de son sys­tème ouvert.

  • [3] - Olivier Ezratty a écrit le 5 novembre 2009 :

    Per­sonne ne peut dénier l’avance consi­dé­rable prise par Apple.

    Je ne fais que sou­li­gner que dans le camp “adverse”, Google avance très vite et que sa pla­te­forme de ser­vices web uti­li­sables sur mobiles est très étoffée.

    Par ailleurs, ne négli­geons pas un phé­no­mène qui échappe un peu aux consom­ma­teurs : ce qui se trame au niveau des opé­ra­teurs télé­coms. Ils ont mis la main dans la boite de Pan­dore en s’alliant à Apple. Et la créa­tion et le suc­cès de l’AppStore d’Apple, qui est un sys­tème plus que fermé, les énerve au plus haut point. Ils ont l’impression de se retrou­ver à la place d’IBM dans les années 80 face à Micro­soft et Intel.

    Tous se demandent main­te­nant com­ment sor­tir de cette nasse, com­ment avoir leur propre appli­ca­tion store et recap­ter une part de la rela­tion “client mobile”. Android semble les séduire pas mal de ce point de vue là. Et ils ne vont pas se gêner pour faire jouer la concur­rence entre construc­teurs de mobiles et déve­lop­peurs d’OS mobiles.




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