Checkpoint sur le grand emprunt et le numérique

Publié le 20 novembre 2009 et mis à jour le 23 novembre 2009 - 25 commentaires -
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Michel Rocard et Alain Juppé ont remis leur rap­port à Nico­las Sar­kozy au sujet du grand emprunt ce jeudi 19 novembre 2009. Il est dis­po­nible sur le site web de la Pré­si­dence de la République.

Je vais ici en faire le point fai­sant écho au sémi­naire Grand Emprunt et Numé­rique orga­nisé par NKM en sep­tembre der­nier. J’avais fait part de quelques réserves à l’époque (par­tie 1, 2 et 3). Voyons ce qu’il en est.

Le numé­rique est concerné à des degrés divers dans ces pro­po­si­tions. Des sept axes,  un est dédié au numé­rique (le 7), et deux vont béné­fi­cier à ce sec­teur d’activité (le 1 et le 2).

Priorités du grand emprunt

On sait que la com­mis­sion pro­pose un grand emprunt de 35 Md€. Si l’on prend 10% de l’axe 1 sur l’enseignement supé­rieur et la recherche et 20% de l’axe 2 sur les PME inno­vantes, cela donne avec l’axe 7 un total de 6,1 Md€, soient 17,4% des inves­tis­se­ments pro­po­sés dans le plan. C’est assez sub­stan­tiel quand on com­pare celà aux sources de finan­ce­ment exis­tantes (voir des don­nées ici et ). Donc, ceux qui criaient au loup au début de l’année en dénon­çant un plan de relance qui avait ini­tia­le­ment ignoré le numé­rique ne vont pas être déçus ! D’autant plus que les pro­po­si­tions sont “vues de haut” plu­tôt bien sen­ties. Mais c’est sou­vent dans les détails que se nichent les dif­fi­cul­tés ou les erreurs d’analyse.

Je vais donc faire un petit point sur ces pro­po­si­tions à la méthode clas­sique bons points / mau­vais points.

Plu­tôt bien… mais à creuser

  • Le rap­port place bien la France dans la com­pé­ti­tion mon­diale (dans l’introduction). 
  • Il démontre une volonté de bien faire dans la ges­tion des fonds qui seront alloués. Il pro­pose la créa­tion de Comi­tés de sur­veillance. Comme ces bonnes volon­tés sont sou­vent contour­nées dans la pra­tique, espé­rons que cela sera fait avec sérieux. La com­po­si­tion des dits comi­tés en dira long sur le sujet.
  • Axe 1 (universités/recherche) : la foca­li­sa­tion des inves­tis­se­ments sur quelques pôles uni­ver­si­taires d’excellence (5 à 10). Cette approche va-t-elle tenir face aux coups de bou­toir des régions, élus et autres lob­bies qui vont pous­ser leur filière ou leur établis­se­ment, abou­tis­sant à un résul­tat simi­laire à nos 71 pôles de com­pé­ti­ti­vité ? Je mets ma main à cou­per que le résul­tat ne sera pas “5 à 10”, mais “10 à plus…”. Et si je me trompe, alors, tout sera parfait !
  • Axe 1 : la com­pré­hen­sion du besoin de valo­ri­sa­tion des résul­tats de la recherche. Avec l’écueil habi­tuel d’une vision trop tra­di­tion­nelle des pro­ces­sus d’innovation (de la R&D aux pro­duits puis aux mar­chés). Les inno­va­tions de rup­ture viennent rare­ment de ce genre de cir­cuit, tout du moins dans l’immatériel et le numérique.
  • Axe 2 : la volonté d’améliorer le finan­ce­ment en fonds propres des PME inno­vantes, par le biais notam­ment du finan­ce­ment direct ou indi­rect de fonds d’investissement. Cela pour­rait com­pen­ser la baisse des levées de fonds des VC et des FCPI qui a démarré en 2009 et impac­tera leur capa­cité d’investissement dès 2010. Mais est-ce que cela va com­pen­ser une défi­cience du mar­ché, là où la puis­sance publique doit inter­ve­nir en théo­rie ? En pre­mière approche oui. Mais à y regar­der de près, non. Le mar­ché est logique : il n’investit pas là où les ren­de­ments ne sont pas bons. Et celui des fonds d’investissement dans l’innovation en France n’est pas bon car les socié­tés ne gran­dissent pas assez, les sor­ties ne se font pas ou se font trop vite, les grandes entre­prises fran­çaises font peu d’acquisition (même lorsqu’elles se portent bien). Ce n’est donc pas seule­ment un pro­blème de finan­ce­ment. C’est aussi un pro­blème de com­pé­tences notam­ment ventes/marketing/communication, de volonté, de style de mana­ge­ment, d’exportations, de ges­tion même du cir­cuit de l’innovation, de mar­ché inté­rieur timoré, etc. Là, on ne traite que de la par­tie finan­cière de l’équation. Comme tou­jours et c’est bien dom­mage. On entend par­ler aussi de fonds sec­to­riels mais les sec­teurs ne sont pas défi­nis. Le logi­ciel était dans les rangs, mais là, suspens…
  • Axe 2 : la créa­tion de bud­gets sup­plé­men­taires pour Oséo à fin de finan­cer l’amorçage des entre­prises inno­vantes. 1,5 Md€ est très signi­fi­ca­tif par rap­port au bud­get d’Oséo Inno­va­tion qui est de 271md€ en 2009 et s’inscrit dans un total d’aides à l’innovation d’environ 700m€ quand on intègre l’ancienne AII, les pôles de com­pé­ti­ti­vité et le Concours Natio­nal des Entre­prises de Tech­no­lo­gie Inno­vantes. Donc, cela fait “fois trois” d’un coup. Le rap­port ne pré­cise pas sur com­bien d’années ce finan­ce­ment doit être étalé. Il serait sage de l’indiquer. La com­mis­sion se contre­dit un peu car d’un côté (page 43), elle indique que les bud­gets doivent être gérés de manière étanches par rap­port à l’existant. Dans ce cas pré­cis sur Oséo, le bud­get n’est qu’une aug­men­ta­tion des moyens d’une orga­ni­sa­tion dont la dota­tion de l’Etat a baissé dans la caté­go­rie en ques­tion (le finan­ce­ment de l’innovation). Le risque est grand de voir l’enveloppe tra­di­tion­nelle d’Oséo Inno­va­tion bais­ser encore l’année pro­chaine mal­gré les pré­cau­tions de lan­gage de la com­mis­sion. A sur­veiller de près…
  • Axe 7 : le finan­ce­ment des infra­struc­tures de très haut débit, pour 2md€. L’intention est bonne. Bravo si cela impulse le déploie­ment du très haut débit en France et en phase avec la créa­tion de star­tups dans les usages asso­ciés. Mais j’écri­vais après le sémi­naire grand emprunt numé­rique en sep­tembre 2009 que cela amé­lio­re­rait sur­tout la cou­ver­ture géo­gra­phique mais sans géné­rer d’impact écono­mique majeur. Le rap­port fait réfé­rence à un effet de levier sur les 20 à 40 Md€ néces­saires dans le privé pour déployer la fibre en France, en s’appuyant sur l’exemple coréen. Mais l’exemple coréen n’est pas répli­cable car ce pays est essen­tiel­le­ment concen­tré sur trois zones urbaines (Séoul = plus de 40% de la popu­la­tion du pays !). La frac­ture géo­gra­phique ne les concerne pas vrai­ment. Donc le fonc­tion­ne­ment de cet effet de levier méri­te­rait d’être pré­cisé pour la France. Ces 2 Md€ ser­vi­ront seule­ment à finan­cer les zones fai­ble­ment habi­tées (dites zones 3 pour l’ARCEP) où l’investissement privé ne peut pas être rentable.

Plu­tôt moins bien, mais pas for­cé­ment déses­péré

  • Le rap­port est assez suc­cinct. Les ana­lyses et les jus­ti­fi­ca­tions sont très super­fi­cielles. Par exemple, la ver­sion détaillée de l’axe 7 sur le numé­rique prend 5 pages en tout et pour tout. Pour être pré­cis : 124 à 128. Pour 4 Md€ d’investissement, cela ne fait pas lourd le busi­ness plan com­paré aux pape­ras­se­ries deman­dées aux star­tups qui demandent 150 K€ ! C’est le propre de l’action poli­tique que d’effleurer la sur­face des choses, sur­tout quand cela sort de son domaine de com­pé­tence. Mais là, c’est le pompon.
  • La vision pro­po­sée est natu­rel­le­ment foca­li­sée sur le finan­ce­ment et sur ses moda­li­tés géné­rales (sinon, pour­quoi un emprunt…). Cela limite la por­tée de l’analyse sur les fac­teurs de suc­cès non finan­ciers de l’innovation, même si le rap­port pré­co­nise une gou­ver­nance pré­cau­tion­neuse pour gérer et évaluer des inves­tis­se­ments. Donc, il n’y a pas d’analyse de l’existant ni de pro­po­si­tions de réal­lo­ca­tions. A noter ce très inté­res­sant rap­port du conseil des pré­lè­ve­ments obli­ga­toires remis en octobre 2009 qui met un peu les pieds dans le plat sur cer­taines absur­di­tés des aides aux entre­prises. En est-il tenu compte ?
  • Le côté obs­cur habi­tuel du pro­ces­sus de déci­sion qui n’en est pour l’instant qu’au stade des pro­po­si­tions, qui passe ensuite par l’Elysée et nos repré­sen­tants natio­naux. Inter­vien­dra alors le décou­page géo­gra­phique des aides, le clien­té­lisme, etc. Com­ment s’en pré­mu­nir véri­ta­ble­ment et le plus en amont pos­sible et pas seule­ment dans l’évaluation à pos­té­riori ? En amont, le rap­port n’indique pas qui a été consulté (des cen­taines de per­sonnes, oui, mais où et qui ?).
  • Axe 1 (uni­ver­si­tés) : le modèle pro­posé tourné “vers la connais­sance” et donc de l’immatériel est sédui­sant mais c’est un fourre tout pra­tique qui n’est pas for­cé­ment bien défini. Construire des Air­bus fait-il par­tie de la connais­sance, ou d’une logique indus­trielle avec des usines (et l’on se bat pour les conser­ver en France) ? Ou les deux ?
  • Axe 1 : pas un mot sur le besoin de mieux mélan­ger les dis­ci­plines dans les pôles uni­ver­si­taires d’excellence. On parle de “plu­ri­dis­ci­pli­na­rité”, mais sans le défi­nir. Quid de l’association des sciences dites molles et dures ? C’est une bonne pra­tique dans les uni­ver­si­tés amé­ri­caines qui ne semble pas repro­duite en France. Ainsi, le pôle uni­ver­si­taire en deve­nir de la Val­lée de Che­vreuse (Orsay, Gif, Saclay, Joy, Palai­seau) concentre sur­tout des grandes écoles et uni­ver­si­tés scien­ti­fiques. Il y a juste HEC, un peu décen­tré, à Jouy-en-Josas. Quid de la santé, du droit, de la socio­lo­gie ? Les approches trans­ver­sales sont pour­tant les mieux à même de faire ger­mer des inno­va­tions. Pas la culture en bouillon d’ingénieurs ! Même chose dans les aides à l’innovation (axe 2) où rien de spé­ci­fique n’est dit sur la par­tie “busi­ness” de l’innovation. Pour­tant, l’un des défi­cits, un peu tabou, en France dans le domaine, et sur­tout dans le numé­rique, ce sont les com­pé­tences business.
  • Axe 2 (finan­ce­ment des PME inno­vantes) : on ajoute 2 Md€ pour finan­cer les ETI/PME, mais sans évoquer les dif­fé­rents fac­teurs qui expliquent le trou démo­gra­phique d’entreprises de cette taille en France. Donc, on rebas­cule dans la logique du finan­ce­ment. Qui s’ajoute aux 6 Md€ déjà injec­tés en début d’année dans le Fonds Stra­té­gique d’Investissement dont le pipe n’est pas suf­fi­sant pour avan­cer. Un FSI qui vient d’investir dans DailyMotion…
  • Axe 2 : la créa­tion de nou­veaux fonds d’investissement. Il y a d’ailleurs un “Fonds d’innovation sociale” dont le péri­mètre sec­to­riel qui n’est pas défini ne va for­cé­ment amé­lio­rer notre com­pé­ti­ti­vité. Dans la mesure où il s’agit sou­vent de ser­vices locaux, et pas de créa­tion de valeur don­nant lieu à des expor­ta­tions. Les ser­vices à la per­sonne, cela ne s’exporte pas !
  • Axe 2 : au sujet du finan­ce­ment PME inno­vantes pour Oséo, cette per­ma­nence de l’inflexibilité sur la pro­por­tion des fonds propres qui doivent être appor­tée par le privé (au moins 50%). Avec un contre-sens mon­trant une incom­pré­hen­sion des modes de finan­ce­ment des entre­prises inno­vantes. Je cite “La part d’Oséo dans le finan­ce­ment ban­caire total ne devant jamais excé­der 50%. Cette exi­gence per­met­trait de s’assurer d’un réel effet d’entrainement du sec­teur ban­caire et d’un par­tage des risques”. A moins de consi­dé­rer que les busi­ness angels et les fonds de capi­tal risque font par­tie du finan­ce­ment “ban­caire” ! Est-ce que l’apport de fonds publics va auto­ma­ti­que­ment aug­men­ter les fonds pri­vés asso­ciés ! C’est loin d’être évident. Les banques res­te­ront fri­leuses sur les PME inno­vantes dont elles ne com­prennent pas le busi­ness, sur­tout dans l’économie de l’immatériel. Les FCPI auront tou­jours du mal à lever des fonds. Quand aux busi­ness angels, on a atteint un palier – certes signi­fi­ca­tif – avec les exo­né­ra­tions d’ISF. Il aurait été inté­res­sant d’associer ce dis­po­si­tif avec des pro­po­si­tions visant spé­ci­fi­que­ment à aug­men­ter les inves­tis­se­ments pri­vés. Ou bien alors, pro­po­ser une révi­sion du dogme du ratio de fonds propres !
  • Axe 6 (trans­ports de demain) : cir­cons­pec­tion devant les 2md€ pro­po­sés pour finan­cer l’industrie aéro­nau­tique et spa­tiale de demain. Com­ment cela se com­pare aux bud­gets de R&D d’EADS, de l’Onéra et de l’ESA ou Arianespace ?
  • Axe 7 (numé­rique) : la créa­tion d’une “agence du numé­rique”, parait-il sug­gé­rée par NKM, qui aurait ainsi “son admi­nis­tra­tion” (modulo le mode de gou­ver­nance et l’indépendance éven­tuelle d’une telle agence). Quelle gou­ver­nance ? Une agence avec un bud­get “one shot” ? Quel bud­get de fonc­tion­ne­ment, qui sera récur­rent tout de même ? Mal­gré les pré­cau­tions prises dans la méthode pro­po­sée, il y a un risque énorme de gas­pillages et de clien­té­lisme. Car il pro­pose de créer un “fonds de numé­ri­sa­tion de la société” doté de 2 Md€ pour le finan­ce­ment amont de pro­jets soit l’équivalent de 40 appels à pro­jets à la sauce serious gaming / web 2.0 ! Mazette ! A titre de com­pa­rai­son, le bud­get de l’INRIA est de 186 m€. En pre­nant un coût total de 60K€ pour un ingé par an (opti­miste, basé sur un salaire de débu­tant de 30K€ en moyenne, qu’on trouve rare­ment dans les star­tups), cela repré­sen­te­rait 33000 années/hommes. Si l’on sup­pose que le plan est étalé sur 5 ans, cela fait donc un finan­ce­ment de près de 7000 ingé­nieurs par an dans les star­tups du numé­rique. Or, il s’en crée envi­ron 2000 par an maxi­mum, sachant que dans le tas, il y en a quelques cen­taines qui ont de l’avenir. L’Etat n’a pas sous la main les res­sources pour tier et sélec­tion­ner autant de pro­jets ! Autant dire que la sélec­ti­vité tom­be­rait à l’eau en pareil cas. Ou bien ce dis­po­si­tif va encore ser­vir à finan­cer par effet d’aubaine les (quelques) grandes entre­prises du sec­teur et déjà habi­tuées des pôles de com­pé­ti­ti­vité et autres sources de finan­ce­ment public. C’est sûr que si on balance 150 m€ chez Bull pour finan­cer une infra­struc­ture de cloud com­pu­ting, cela par­ti­rait vite. On apprend sinon page 125 que cette agence du numé­rique sera inté­grée à la “future délé­ga­tion natio­nale du numé­rique”. Il s’agit de l’entité dont la créa­tion était recom­man­dée dans le plan Bes­son… datant d’il y un an déjà. Par ailleurs, ces fonds sont des avances rem­bour­sables et des prêts. Pour­quoi les sépa­rer d’Oséo Inno­va­tion et créer un gui­chet de plus ? N’est-il pas trop foca­lisé sur la recherche et l’expérimentation alors que, c’est un para­doxe, l’essentiel des inno­va­tions d’usage dans le numé­rique ne sont pas pure­ment tech­no­lo­giques au sens R&D du terme ?

Donc … ?

Bref, modulo la par­tie qui concerne les uni­ver­si­tés qui n’est pas trop mal, il y a plus d’argent dans ce plan que d’intelligence mise à le rendre opé­ra­tion­nel et bien inté­gré à l’existant. Par­fois, les pro­por­tions frisent la gabe­gie compte-tenu du dimen­sion­ne­ment du mar­ché. Et je ne me suis pas pen­ché sur les autres prio­ri­tés (santé, envi­ron­ne­ment durable, ville)…

Il serait temps que la puis­sance publique ait une vision sys­té­mique glo­bale des méca­nismes de l’innovation au lieu de trai­ter presque tout par le biais du finan­ce­ment. Est-il tota­le­ment illu­soire d’avoir une telle attente ? Pour ma part, je ne suis pas dans la “pro­tes­ta­tion per­ma­nente”. Cf le guide pour les entre­pre­neurs et les 29 pro­po­si­tions qui sont tou­jours d’actualité !

Sur le sujet du grand emprunt, vous pour­rez aussi lire cet article tout aussi cir­con­san­cié sur 01Net.

Publié le 20 novembre 2009 et mis à jour le 23 novembre 2009 Post de | Enseignement supérieur, Entrepreneuriat, France, Innovation, Politique, Startups, Technologie | 15292 lectures

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Les 25 commentaires et tweets sur “Checkpoint sur le grand emprunt et le numérique” :

  • [1] - Michel Nizon a écrit le 21 novembre 2009 :

    “il y a plus d’argent dans ce plan que d’intelligence mise à le rendre opé­ra­tion­nel et bien inté­gré à l’existant.”

    Pour­riez vous pro­po­ser des actions concrètes et détaillées pour ren­ver­ser le sens de cette phrase sans doute mal­heu­reu­se­ment pro­phé­tique, qui serait pour­tant le garant du suc­cès de l’opération emprunt ?

    • [1.1] - Olivier Ezratty a répondu le 21 novembre 2009 :

      Il y en a plein ce blog.

      Exemples: http://www.oezratty.net/wordpress/2009/sminaire-numrique-grand-emprunt-part-2/ et http://www.oezratty.net/wordpress/2008/soutien-des-29-propositions-pour-les-assise-du-numrique/

      Quelques pistes en vrac (pour déve­lop­per l’industrie du numé­rique en France) :

      - Déve­lop­per les com­pé­tences mar­ke­ting, ventes, com­mu­ni­ca­tion dans les filières scien­ti­fiques (ingé­nieurs, uni­ver­si­taires). Avant le finan­ce­ment, c’est la prin­ci­pale lacune dans notre pays.

      - Finan­cer des incu­ba­teurs dans un maxi­mum d’établissement, quitte à pro­vo­quer des regrou­pe­ments pour atteindre la masse cri­tique. Finan­cer les pro­jets des élèves en amont pour les encou­ra­ger à se lan­cer. Le finan­ce­ment peut cou­vrir l’appel à des pro­fes­sion­nels externes pour des for­ma­tions “busi­ness” ciblées.

      - Rap­pro­cher phy­si­que­ment les filières sciences “molles” et “dures” dans les pôles uni­ver­si­taires pour aug­men­ter les chances de créa­tion d’équipes plu­ri­dis­ci­pli­naires dans les startups.

      - Ne pas se conten­ter de finan­cer à qui mieux mieux les pro­jets en amont dans la R&D, et inter­ve­nir plus sur l’aval du “go to mar­ket” et notam­ment de l’international. Pour­quoi pas un “Cré­dit Impôt Inno­va­tion” foca­lisé sur les TPE ?

      Je note au pas­sage que la par­tie “uni­ver­si­tés” du plan pour­rait amé­lio­rer l’internationalisation des com­pé­tences dans les établis­se­ments fran­çais, avec un effet posi­tif indi­rect sur l’entrepreneuriat.

      - Revoir la pro­gres­si­vité de la fis­ca­lité entre inves­tis­se­ment direct, via des fonds ISF, et les FCPI/FCPR.

      - Déve­lop­per le réflexe “client” en aug­men­tant la com­mande publique dans le numé­rique en lieu et place des sub­ven­tions et aides diverses. Cela peut néces­si­ter de revoir le mode de ges­tion des pro­jets dans les Minis­tères et admi­nis­tra­tions centrales.

      - Beau­coup de tra­vail dans le sym­bo­lique sur la culture du risque, la mise en valeur des jeunes qui entre­prennent et réussissent.

      - Il y aurait beau­coup à dire aussi sur le fonc­tion­ne­ment du capi­tal risque en France. D’où viennent les équipes et com­ment elles fonc­tionnent. Cela relève du privé.

      - Trou­ver des moyens, pour­quoi pas fis­caux, pour encou­ra­ger les grands groupes à faire des acqui­si­tions de star­tups et lut­ter contre le NIH (“not inven­ted here”) qui est très puis­sant en France.

      Les lec­teurs de ce blog ont déjà eu l’occasion de faire des pro­po­si­tions et com­men­taires. Il y en a quelques unes sur :
      http://www.oezratty.net/wordpress/2009/la-performance-relle-du-capital-risque/ et http://www.oezratty.net/wordpress/2009/rsultats-de-lappel-projets-serious-gaming-et-web-2-0/.

      • [1.1.1] - macha a répondu le 24 novembre 2009 :

        Je suis d’accord avec vous Oli­vier sur la néces­sité de rap­pro­cher les équipes “sciences molles” (mar­ke­ting, social…) et “sciences dures” (recherche indus­trielle, etc). Les deux vont de pair.

        Pour le finan­ce­ment des phases aval des pro­jets, il peut y avoir autre chose que ce foutu cré­dit d’impôt quand même. On voit qui l’utilise comme d’habitude. Ce ne sont cer­tai­ne­ment pas les star­tups qui ont besoin d’être conseillées et qui ont besoin d’avance de tré­so­re­rie immé­diate et d’un suivi de leurs besoins de finan­ce­ment dans le temps. Je ne sais pas, peut être que ce cré­dit d’impôt Inno­va­tion serait effi­cace aussi. En tout cas, le cré­dit d’impôt recherche n’est pas très bien évaluable en ce moment selon Valé­rie Pécresse.

        Pour­quoi Oséo ou une autre banque, n’inventerait il pas un prêt à taux de 2% pour finan­cer cette phase aval de mise sur le mar­ché, en asso­cia­tion (pool) avec d’autres banques ou inves­tis­seurs ? C’est com­pli­qué à mon­ter ?
        N’est ce pas ce qu’a l’air de dire cette dame de l’Oséo, Annie Geay ?
        http://www.strimoo.com/video/17549224/Grand-emprunt-itw-d-Annie-Geay-Dailymotion.html

  • [2] - Michel Nizon a écrit le 21 novembre 2009 :

    vous écri­vez:

    “Déve­lop­per les com­pé­tences mar­ke­ting, ventes, com­mu­ni­ca­tion dans les filières scien­ti­fiques (ingé­nieurs, uni­ver­si­taires). Avant le finan­ce­ment, c’est la prin­ci­pale lacune dans notre pays.”

    et ci-dessous un extrait du règle­ment de l’APP “serious games” qui finance volon­tai­re­ment en excluant ces compétences…:

    “Les résul­tats du pro­jet de R&D ne devront pas être com­mer­cia­li­sables en l’état mais devront deman­der des adap­ta­tions et
    déve­lop­pe­ments sup­plé­men­taires avant une éven­tuelle mise sur le marché.”

  • [3] - macha a écrit le 22 novembre 2009 :

    Je n’ai pas bien com­pris. L’agence numé­rique est créé pour faire de la sélec­tion de pro­jets (avec qui ? la DGCIS ?) ou pour finan­cer aussi direc­te­ment les nom­breux pro­jets qui en auront besoin ? Parce que dans ce cas, ils vont devoir embau­cher beau­coup de monde (c’est très chro­no­phage). Et je ne vois pas où se trouve l’économie. Pour­quoi la Caisse des dépôts n’a pas été choi­sie pour finan­cer les infra­struc­tures du numé­rique ? Pour­quoi l’ADEME (Agence de l’environnement) est éludée dans les éner­gies renou­ve­lables ? Et pour­quoi on n’a pas mutua­lisé le bud­get “inno­va­tion” dans l’enveloppe géné­rale “FUI / Pôle, Aide à l’innovation ” qui est gérée par l’Oséo ?

    Si j’ai bien com­pris le rap­port, du côté de l’Oséo, cela va per­mettre de faire du prêt par­ti­ci­pa­tif (ban­caire), ce qui n’est pas mal pour finan­cer les phases aval (com­mer­cial, marketing…)et pour finan­cer l’amorçage (avec le PPA, prêt par­ti­ci­pa­tif aussi, mais d’amorçage). Mais côté “Aide” pure (sub­ven­tion, avance rem­bour­sable taux 0), je ne pense pas que le bud­get soit concerné par le grand emprunt, bien au contraire. Comme vous le signa­lez Oli­vier, il est fort pos­sible que le bud­get de l’aide à l’innovation de l’Oséo sera mas­sa­cré à l’avenir. Ce qui est fort dom­ma­geable, car c’est tout de même plus trans­pa­rent et plus pra­tique pour l’entrepreneur que les appels à pro­jets et les grosses machi­ne­ries qui ont été choi­sies dernièrement.

    Je croyais que Nico­las Sar­kozy était le pro­mo­teur des fusions en tout genre pour éviter les gas­pillages dans les ser­vices publics et pour faci­li­ter les démarches des entre­prises. De même qu’il prône habi­tuel­le­ment le par­te­na­riat avec le privé. Et là, on voit fleu­rir des agences publiques nou­velles (numé­rique, éner­gies renou­ve­lables…) en veux tu en voilà.…

    Rien n’empêche NKM et la délé­ga­tion du numé­rique de tra­vailler en tant que pilote avec la Caisse des dépôts, Oséo et tous les autres par­te­naires. Ce serait plus cohé­rent. Et sur­tout, il ne fau­drait pas que l’agence numé­rique se rap­proche de l’Oséo et de la Caisse des dépôts pour leur balan­cer seule­ment (après) le bou­lot le plus ingrat (gérer les gros sou­cis de finan­ce­ment des pro­jets). Le mieux serait de les asso­cier en amont. C’est la moindre des choses. Pour­quoi cela n’a pas été fait ? C’est bizarre quand même tout ça. Ca sent le “copi­nage” et l’opportunisme pour per­mettre à cer­tains fonc­tion­naires de ce recy­cler sans perdre leur sta­tut (non ?).…

    • [3.1] - Olivier Ezratty a répondu le 22 novembre 2009 :

      J’ai l’impression qu’à force de vou­loir iso­ler les bud­gets et éviter les réal­lo­ca­tions sau­vages, la com­mis­sion recom­mande l’usage de struc­tures à part, ou d’organisations exis­tantes avec des bud­gets bien à part. Mais ils dérogent pour une part avec Oséo.

      D’un point de vue finan­cier, le plus inquié­tant est l’histoire des ratios de finan­ce­ment publics/privés. Ce n’est pas parce que l’Etat décide de mettre quelques mil­liards dans l’innovation que le finan­ce­ment privé va abon­der auto­ma­ti­que­ment. D’autant plus que les masses sont consi­dé­rables. Et que la com­mis­sion n’a pas fait de pro­po­si­tions spé­ci­fiques pour dyna­mi­ser l’investissement privé au delà des méca­nismes déjà en place dont on connait les effets (pas mau­vais, mais pas illimités).

      Les 2 mil­liards d’Euros de pro­jets numé­riques sont à mettre en regard du petit mil­liard investi chaque année par le capi­tal risque en France, avec une grosse moi­tié dans le numé­rique. Tant que les condi­tions de suc­cès des star­tups en France ne s’amélioreront pas, le ren­de­ment du capi­tal risque y sera mau­vais et cela han­di­ca­pera sa capa­cité à lever des fonds. Et la com­mis­sion est loin d’avoir mis le doigts sur ces condi­tions, à part peut-être sa vue sur l’enseignement supérieur.

      Les prêts des banques ? Elles abondent, certes, mais res­tent ultra-prudentes, sur­tout dans les TPE inno­vantes et dans le numérique.

      Il y a donc un truc sérieux qui cloche dans le dis­po­si­tif. Qui pour­rait abou­tir à des sommes non inves­ties. Elles seront peut-être pla­cées sur les mar­chés finan­ciers en atten­dant… :)

      C’est le tra­vers de ces pro­po­si­tions un peu théo­riques qui manquent de vision d’ensemble de l’écosystème de l’innovation. On s’en tient au sim­pliste “les ETI manquent de finan­ce­ment pour ali­men­ter leur croissance”…

      • [3.1.1] - Sylvain a répondu le 24 novembre 2009 :

        Le Pacte PME du Comité Riche­lieu n’est il pas le grand per­dant du Grand Emprunt ? L’Etat (mar­chés publics) pré­fé­rant pas­ser direc­te­ment com­mande auprès des grandes entre­prises (et quelques PME) via les appels à pro­jets pilo­tés par de nou­velles agences ? Fina­le­ment, c’est une nou­velle façon de faire finan­cer par les grands comptes publics une par­tie de la R&D (sec­teurs santé, tou­risme, etc)

  • [4] - boris D. a écrit le 23 novembre 2009 :

    Bravo Oli­vier pour cet article et son contenu.

    Que tu sois entendu!

    Un créa­teur de start-up.

    Boris

  • [5] - Vincent a écrit le 24 novembre 2009 :

    Je suis votre blog de temps en temps, en y trou­vant tou­jours des ana­lyses de qua­lité (je suis un grand fan du CR du CES, ou je trouve tjs des trucs que je n’ai pas vus, même en étant sur place…)

    Vous écri­vez, et je suis 100% d’accord avec vous, que le pro­blème prin­ci­pal pour les start-ups fran­çaises pro­vient du fait que l’écosystème ne per­met pas d’envisager une sor­tie par rachat pour ceux qui inves­tissent et prennent des risques.

    Ima­gi­nons un ins­tant que ce pro­blème soit résolu ; que Renault, Tha­lès, Air­bus, EDF, etc.. rachètent des petites socié­tés inno­vantes (et sachent les inté­grer…) au même rythme que Google & Co aux US. Cela crée­rait un appel d’air qui pous­se­rait pas mal d’entrepreneurs poten­tiels, et d’investisseurs, à fran­chir le pas.

    Une bonne uti­li­sa­tion de cet emprunt pour le domaine du numé­rique serait donc d’inciter les grosses boites à rache­ter les petites qui innovent. Une inci­ta­tion fis­cale par exemple…

    • [5.1] - Olivier Ezratty a répondu le 24 novembre 2009 :

      C’est en effet une piste à explorer.

      En ayant en tête:

      - Que si cela pour­rait avoir du sens dans les indus­tries non numé­riques où nous avons des lea­ders mon­diaux en rela­tive bonne forme, c’est moins évident dans les indus­tries numé­riques où nos lea­ders indus­triels locaux sont soit en déclin (Alca­tel, Sagem, Thom­son, …) soit n’ont pas de véri­tables visées inter­na­tio­nales dans le numé­rique (les tel­cos à part FT, les groupes médias, etc). Pour qu’il y ait rachat, il faut une dyna­mique de crois­sance et de conquête de mar­chés, et à l’échelle mondiale.

      - Que c’est autant une affaire cultu­relle et de struc­ture des élites, que de finance. La fis­ca­lité pour­rait effec­ti­ve­ment inci­ter à réa­li­ser des fusions/acquisitions, mais il fau­drait en évaluer les effets per­vers induits. On a déjà le Cré­dit Impôt Recherche dont la part affec­tée aux grandes entre­prise pèse lour­de­ment sur les dépenses fis­cales de l’Etat. Est-ce que par exemple les modes de mana­ge­ment à la fran­çaise sont adap­tées à un pro­ces­sus d’acquisition ? Est-ce qu’une grosse boite fran­çaise peut appli­quer les méthodes de Cisco et Google dans ce domaine ?

      En atten­dant, il y a aussi la pos­si­bi­lité, appli­quée dans la moi­tié des cas, de rachat par de grands indus­triels étran­gers, sou­vent amé­ri­cains. Mais avec des valo­ri­sa­tions sou­vent modestes car ces star­tups n’ont pas eu le temps, les moyens et les com­pé­tences pour gran­dir assez vite. Résul­tat : les acqui­si­tions portent plu­tôt sur des tech­no­lo­gies que sur des “marchés”.

      • [5.1.1] - Sylvain a répondu le 24 novembre 2009 :

        Sans blague. L’objectif est de don­ner à man­ger aux grosses boîtes ? Il y a d’autres tech­niques pour cela. Le grand emprunt ne doit pas ser­vir à cela. Se faire rache­ter et se faire jeter après ?

  • [6] - Olivier Ezratty a écrit le 24 novembre 2009 :

    Effec­ti­ve­ment, cela n’aurait pas de sens d’utiliser un emprunt pour finan­cer une dépense fis­cale. Quelle qu’elle soit.

    La ques­tion reste cepen­dant posée de l’équilibre de la “chaîne ali­men­taire” de l’innovation qui est rompu en France à dif­fé­rents niveaux dont celui des acqui­si­tions per­met­tant aux inves­tis­seurs de retrou­ver leur mise.

    L’investissement d’un busi­ness angel ou fond d’investissement dans une boite sup­pose une “sor­tie” à terme d’environ 5 à 10 ans pour être large. Quatre prin­ci­paux scé­na­rios sont pos­sibles :
    - La revente à un groupe indus­triel, le cas le plus fré­quent. En France, plus de 40% des sor­ties sont des reventes à des groupes amé­ri­cains dans la high­tech.
    - La revente à un autre fond d’investissement. Arrive en seconde posi­tion. Ce sont sou­vent des fonds anglo-américains (cf Gemalto, Sagem, Pages Jaunes, etc). D’où la créa­tion du FSI en France, sorte de fond sou­ve­rain.
    - L’introduction en bourse. Elles se font rares en ce moment. Les mar­chés sont pru­dents.
    - La non revente et le béné­fice de divi­dendes. Mais cela ne cor­res­pond pas au pro­fil des inves­tis­seurs dans l’innovation. C’est une variante du second cas, dans des fonds non spé­cu­la­tifs type obligataires.

    Si toutes les voies de sor­tie d’assèchent, y com­pris la pre­mière par ce que l’industrie locale est trop faible, et bien, pas de sor­tie, donc pas de bon retour d’investissement, et donc pas d’investissement dyna­mique. C’est un cercle ver­tueux complexe !

    Un rachat ne veut pas dire non plus “rejet” ensuite. Seules cer­taines acqui­si­tions abou­tissent à cela. Soit qu’elles sont ratées dans l’absolu, soit qu’il s’agit de rache­ter un concur­rent gênant. C’est tout de même assez rare.

  • [7] - Sylvain a écrit le 24 novembre 2009 :

    Dans ce cas, il serait pré­fé­rable de favo­ri­ser les col­la­bo­ra­tions entre entre­prises natio­nales ou euro­péennes de dif­fé­rentes taille du même domaine, en Europe prio­ri­tai­re­ment. D’où l’intérêt des pro­grammes col­la­bo­ra­tifs ou en par­te­na­riat. Afin de pré­pa­rer des regrou­pe­ments futurs, plu­tôt au béné­fi­cie d’entreprises de taille inter­mé­diaire -ETI (type 300/500 ou 5000 per­sonnes), pour les ame­ner à deve­nir lea­ders mon­diaux. Cela per­met­trait de frei­ner la vente de nos tech­nos à nos concur­rents amé­ri­cains ou asia­tiques. En outre, il fau­drait mettre à l’honneur le prin­cipe des obli­ga­tions conver­tibles ou BSA non spé­cu­la­tifs, avec les fonds d’Etat sou­ve­rains. Il est plus qu’urgent de pro­té­ger nos entre­prises et tout l’argent public (ou via l’emprunt peu importe) mis en elles.
    Autre­ment, tout ceci devient absurde. Car on sait qu’à terme les entre­prises sont tota­le­ment pro­priété des amé­ri­cains qui les dépècent, les vides et les détruisent sur notre ter­ri­toire. On connaît des exemples.
    Pour finan­cer les inves­tis­se­ments de crois­sance externe des ETI, il existe des solu­tions spé­ci­fiques, d’où sans doute l’intérêt d’Oséo pour cette cible. C’est dans ce sens qu’il faut aller et non pas livrer nos petites entre­prises inno­vantes aux fonds d’investissements amé­ri­cains qui n’ont aucun lien avec nos pré­oc­cu­pa­tions sociales et écono­miques ici. C’est cela aussi le “déve­lop­pe­ment durable”.

    • [7.1] - Olivier Ezratty a répondu le 25 novembre 2009 :

      Décrire le phé­no­mène les achats par les boites ou fonds US n’est pas une appro­ba­tion de ma part. Par contre, il ne faut pas à la fois reje­ter ces der­niers et d’éventuels rachats par des groupes fran­çais. L’innovation, ce sont des star­tups qui se font rache­ter ou croissent à une taille res­pec­table (ETI ET au delà). Mais si on n’a ni l’un ni l’autre en France, on est bien avancé…

      Par ailleurs, les efforts de coor­di­na­tion à l’échelle euro­péenne ou fran­çaise de manquent pas (fonds FP6/7 Euro­péen, pôles de com­pé­ti­ti­vité). Ils concernent le plus sou­vent des pro­jets “amont”, très R&D, et mal­heu­reu­se­ment pas très stra­té­giques pour les entre­prises par­ti­ci­pantes et la col­la­bo­ra­tion est rare­ment dans la com­mer­cia­li­sa­tion. Résul­tat : faible impact busi­ness dans l’ensemble. Les 2 Md€ des pro­jets numé­riques du grand emprunt risquent bien de prendre cette pente glissante.

      La col­la­bo­ra­tion n’est pas une mau­vaise approche d’Open Inno­va­tion très amont. Mais elle ne fonc­tionne pas bien dans l’immatériel (l’Internet, les logi­ciels) et elle n’aboutit pas struc­tu­rel­le­ment à des suc­cès com­mer­ciaux. Et l’on retombe à la case départ des lacunes de la chaine ali­men­taire des inno­va­tions pro­ve­nant des startups.

      Seule excep­tion notable : les efforts de stan­dar­di­sa­tion à l’échelle euro­péenne (le GSM, le DVB, les tra­vaux de l’ETSI, etc).

  • [8] - Guillaume a écrit le 24 novembre 2009 :

    L’ADEME, l’ANR et OSEO vont faire par­tie de comi­tés de pilo­tage pour suivre les fonds réser­vés à la mobi­lité et aux éner­gies renou­ve­lables. Suivre ? Cela veut dire quoi ?Rien n’est dit sur le numé­rique pour l’instant. Avez-vous des infos fraiches là-dessus? Sinon pour le finan­ce­ment des PME inno­vantes, ce n’est pas un fonds d’intervention type “sou­tien à l’innovation” (par de la sub­ven­tion par exemple) pour les PME qui serait voté, mais un refi­nan­ce­ment d’OSEO lui-même(partie banque), de 500 mil­lions en fonds propres et de 1 mil­liards pour faire des prêts avec les banques. Ce n’est pas pareil du tout là. En gros, on ren­floue les caisses de l’activité ban­caire d’Oséo. Mais pour­quoi ? Ya un sou­cis ?
    http://www.oseo.fr/a_la_une/actualites/l_emprunt_national

    Enfin, pour­quoi Mit­te­rand demande 700 mil­lions pour la numé­ri­sa­tion des biens cultu­rels ? Ca ne peut pas être pris en compte par la délé­ga­tion à l’économie numé­rique ?
    http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5inUTuEL0ZUClzlGrT7AyzDKIiYhw

    On n’y com­prend plus rien. A vous lire… Et merci pour toutes ces infor­ma­tions si pertinentes.

    • [8.1] - Olivier Ezratty a répondu le 25 novembre 2009 :

      A ce que j’ai com­pris Oséo aurait peut-être besoin d’un refi­nan­ce­ment du fait de défaillances de PME en 2009/2010 qui affec­te­ront ses comptes. Cela pour­rait tou­cher Oséo Garan­tie en pre­mier, qui est le réas­su­reur interne du groupe Oséo, et réas­sure aussi les banques qui prêtent aux PME. Mais ce n’est pas ce qui est pro­posé dans le cadre du grand emprunt.

      En tout état de cause, le bud­get qu’il fau­drait ali­men­ter est en prio­rité celui d’Oséo Inno­va­tion, pas le reste, qui couvre sur­tout les PME “clas­siques” (inno­vantes ou pas). Mais il y a une approche inté­res­sante consis­tant à per­mettre au FSI d’abonder des finan­ce­ments en fonds propres d’Oséo. Ce qui peut résoudre le pb de ratios de fonds propres évoqué dans mon article.

      La demande de Fré­dé­ric Mit­ter­rand ? Je demande à voir le détail, très cer­tai­ne­ment sur­éva­lué. Bouf­fer plus du tiers des 2 Md€ des pro­jets numé­riques (track 7) du grand emprunt pour numé­ri­ser la culture fran­çaise ne me sem­ble­rait pas du tout rai­son­nable. Son impact écono­mique me semble dou­teux. Cela aurait du sens si dans le même temps il y avait aussi un effort d’investissement pour déve­lop­per l’efficacité du tou­risme en France. En gros, pour uti­li­ser notam­ment des ser­vices inno­vantes TIC (mobi­lité, etc) et amé­lio­rer le ser­vice client par un peu de for­ma­tion, his­toire d’augmenter le panier moyen (ARPU) des nom­breux tou­ristes qui passent dans notre pays.

  • [9] - Guillaume a écrit le 30 novembre 2009 :

    Oli­vier. Vous avez vu dans la presse, un pré­sident de tri­bu­nal de com­merce dans le Rhône démis­sionne. Il est dégoutté par le com­por­te­ment des banques et affirme qu’Oséo fait tout son pos­sible. Pour de tous petits mon­tants de cré­dits, les banques demandent des garan­ties d’Oséo ou refusent tout sim­ple­ment, créant des ces­sa­tions de paie­ment et des faillites. Ce pro­fes­sion­nel n’en peut plus psy­cho­lo­gi­que­ment, c’est trop dur à assu­mer pour lui. C’est incroyable non ? Qu’est ce que ça doit être pour le per­son­nel d’Oséo qui vit cela tous les jours dans toutes les régions
    Lire l’article ici
    http://www.leprogres.fr/fr/region/l-ain/ain/article/2358266,179/Le-president-du-tribunal-de-commerce-demissionne.html

  • [10] - ane a écrit le 15 décembre 2009 :

    Le numé­rique est un axe clé du Grand Emprunt. Le Pré­sident de la Répu­blique vient d’annoncer un fonds natio­nal pour le numé­rique, avec un inves­tis­se­ment de 2 mil­liards d’euros pour l’équipement en très haut débit. Par ailleurs, les usages du numé­rique béné­fi­cie­raient de 2,5 mil­liards.
    Est-ce que cela signi­fie que tous, habi­tants des villes ou des zones rurales, allons être équi­pés en fibre optique dans les pro­chaines années ? Il y a une réelle attente des fran­çais, depuis les annonces de cer­tains opé­ra­teurs il y a 2 ans … mais aujourd’hui, on ne voit pas arri­ver la fibre. Les opé­ra­teurs jouent la ” course à l’escargot “.

  • [11] - ane a écrit le 15 décembre 2009 :

    La régle­men­ta­tion n’est pas encore défi­nie, mais n’est-ce pas un pré­texte ? En tant que pro­fes­sion­nels du sec­teur, nous pen­sons que la logique écono­mique ne per­met pas d’apporter la fibre optique à tous les fran­çais, ni par l’investissement privé, ni par l’argent public.
    http://www.deguisement.net

  • [12] - macha a écrit le 20 décembre 2009 :

    On sait désor­mais qu’il n’y aura pas créa­tion de nou­velles agences. Ceci dit le fonds natio­nal pour l’économie numé­rique placé direc­te­ment auprès de NKM elle-même reliée à Mati­gnon, res­semble à une nou­velle agence. Mais l’Ademe conserve son rôle dans les éner­gies renou­ve­lables (c’est bien).

    Chris­tine Lagarde a annoncé taxer les bonus 2010 des banques. Et dans son pro­jet 2010 de loi de régu­la­tion du sys­tème ban­caire, elle intègre aussi cela (je n’ai peut être pas très bien com­pris) :
    “le texte pro­pose de fusion­ner Oseo financement,garantie et inno­va­tion pour ren­for­cer la lisi­bi­lité de l’action d’Oséo”…

    Cela me semble quand même ras­su­rant, vous ne trou­vez pas ? Mais pour­quoi l’associer à la régu­la­tion ban­caire ? Vous avez des infos ?

    http://www.boursier.com/vals/ALL/france-eco-le-gouvernement-devoile-ses-projets-en-matiere-de-regulation-bancaire-et-financiere-news-363043.htm

    http://www.gouvernement.fr/gouvernement/regulation-bancaire-et-financiere

    Le texte com­plet pré­senté à l’assemblée natio­nale
    http://www.assemblee-nationale.fr/13/projets/pl2165.asp

  • [13] - Guy a écrit le 20 décembre 2009 :

    @macha. Ce n’est pas une fusion mais une absorp­tion. La branche ban­caire d’Oséo absorbe tout, y com­pris l’activité de sou­tien à l’innovation. Il suf­fit de lire le pro­jet de loi qui devrait être voté d’ici juin 2010, juste après les élec­tions régio­nales. Et plus inquié­tant, Oséo ne serait plus un établis­se­ment public, mais devien­drait une société ano­nyme, avec une par­ti­ci­pa­tion de l’Etat d’au moins 50% (au début). On assiste bien à un début de pri­va­ti­sa­tion de l’établissement. L’avenir de l’aide publique natio­nale à l’innovation est compté. Je ne trouve pas cela ras­su­rant, contrai­re­ment à vous. Enfin, le bud­get de fonc­tion­ne­ment de l’établissement qui autre­fois concer­nait la branche “inno­va­tion” s’applique à Oséo dans son ensemble, mais uni­que­ment sur les coûts engen­drés. De ce fait, les sala­riés de l’ancien oséo-innovation vont sans doute dis­pa­raître, ou du moins, devoir faire du prêt à taux d’intérêt pour se rému­né­rer eux-mêmes… Comme les sala­riés de la par­tie ban­caire et de la garan­tie. Je me demande si les star­tups (les plus ris­quées donc les moins ren­tables) seront tou­jours sou­te­nues par l’établissement, ou si elles devront se tour­ner exclu­si­ve­ment vers le FSI et son nou­veau fonds d’amorçage (élitiste) de 500 mil­lions d’euros. J’ai l’impression que cela va poser un petit pro­blème. Mais dans le contexte actuel des défi­cits publics, cela risque de pas­ser. Le texte doit être accepté par les assem­blées et il faut attendre que le décret soit voté pour que tout ceci soit appliqué.

    • [13.1] - Olivier Ezratty a répondu le 20 décembre 2009 :

      Cette fusion était écrite dans le marbre depuis long­temps. C’est sur­tout une affaire de gou­ver­nance et de sta­tuts juri­dique car la fusion est opé­ra­tion­nelle dans les faits sur le ter­rain depuis quelques années.

      Par contre Oséo ne peut pas être rem­placé par le FSI. Oséo gère des sub­ven­tions et des prêts tan­dis que le FSI inves­tit au capi­tal des entre­prises. Ce der­nier n’a pas du tout la capa­cité à trai­ter plus de quelques dizaines de socié­tés par an. Alors qu’Oséo en sert des milliers.

  • [14] - Guy a écrit le 20 décembre 2009 :

    Fusion déjà sur le ter­rain ? Je ne crois pas. C’était un rap­pro­che­ment des équipes dans les mêmes locaux, mais pas une véri­table fusion. Chaque équipe gar­dait son métier et son orga­ni­sa­tion : finan­ce­ment, garan­tie, inno­va­tion. Et pour cause, puisque l’aide à l’innovation est un finan­ce­ment public très spé­ci­fique tan­dis que le co-financement ban­caire est privé (jusqu’ici). Dans le cas d’une fusion-absorption les consé­quences sociales et les chan­ge­ments de mis­sions risquent d’être mar­qués. En l’occurrence, la société absor­bante (la banque) reprend tous les actifs, mais peu déci­der plus tard des licen­cie­ments au détri­ment des sala­riés absor­bés, consi­dé­rant que “un seul sala­rié” peut tout faire : tout type d’intervention (sou­tien inno­va­tion, garan­tie, finan­ce­ment ban­caire). Et donc si l’on consi­dère qu’il y a dou­blon dans les postes, on peut faire du licen­cie­ment écono­mique pour motif orga­ni­sa­tion­nel, au lieu de faire un plan social coû­teux. Ceci dit, pour 1 600 per­sonnes, ce serait absurde. L’effectif glo­bal de l’entreprise est très faible déjà. Cela ne per­met­trait pas aux sala­riés de tra­vailler conve­na­ble­ment, vu la dif­fé­rence des métiers. Mais tout est pos­sible, sur­tout si l’Etat se désen­gage petit à petit… Il est plus facile de dire que l’on fait des écono­mies sur un “petit truc” en réa­lité, mais mar­quant média­ti­que­ment, que de bou­ger de grosses struc­tures ou des effec­tifs plé­tho­riques dans les minis­tères (par exemple). Cela fait un “effet d’annonce” sup­plé­men­taire pour pas cher. Les consé­quences seront plus mar­quantes pour les entre­prises ; les plus ris­quées ne seront pas finan­cées par les prêts par­ti­ci­pa­tifs et les sub­ven­tions n’iront qu’aux gros pro­grammes col­la­bo­ra­tifs de R&D (pour l’instant) avec une mise en rela­tion plus forte avec les grandes entre­prises poten­tiel­le­ment “ache­teuses”. Le finan­ce­ment de l’innovation se fera au sein même des uni­ver­si­tés, tan­dis que l’on consi­dè­rera que les PME ne sont pas sources d’innovations et donc finan­çables exclu­si­ve­ment par le sys­tème ban­caire, si elles sont rapi­de­ment ren­tables. A moins que cela ne per­mette à de nou­velles agences publiques de naître avec d’autres effec­tifs (minis­té­riels) en mal de placement.

  • [15] - marie a écrit le 20 janvier 2011 :

    alors …A votre avis, le bilan ??
    cela serait inter­es­sant au moment des mil­liers de sites ecom­me­cerce naissent … avec l’espoir de faire super for­tune. Est ce que le point 7, a pris le des­sus sur le point 1 !!
    http://www.foiegrasavenue.fr/
    Ami­ties
    Marie.

  • [16] - Olivier Ezratty a écrit le 20 janvier 2011 :

    Ca ne va pas vrai­ment dans le bons sens.
    Cf http://www.oezratty.net/wordpress/2010/comment-tirer-parti-du-grand-emprunt/
    et http://www.oezratty.net/wordpress/2010/aleas-fiscalite-encouragement-innovation/.

    C’est parti dans le beans des appels à pro­jets divers. Les aides par pro­jets au détri­ment des aides géné­riques. L’Etat qui se veut expert sectoriel…




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Voici les compte-rendu de divers voyages d'études où j'ai notamment pu découvrir les écosystèmes d'innovation dans le numérique de ces différents pays : Chine (2010) à Shanghai et Beijing Corée du Sud (2009) à Séoul Israël (2010) à Tel Aviv Japon (2009) à Tokyo Japon (2011) au CEATEC de Tokyo Japon (2012) au CEATEC de Tokyo Silicon Valley (2007) Silicon Valley (2011)