Pas de mariage du tout …

Publié le 5 mai 2008 - 6 commentaires -
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Fina­le­ment, à force de trou­ver que ce mariage entre Micro­soft et Yahoo n’avait aucun sens, je me retrouve en plan et plu­tôt satis­fait puisqu’il n’aura fina­le­ment pas lieu.

Après plus de trois mois de dis­cus­sions et de rap­ports de forces, Micro­soft a en effet renoncé à acqué­rir Yahoo. C’est plu­tôt une bonne nouvelle :

  • Pour les consom­ma­teurs et le mar­ché qui ne ver­ront pas deux gros acteurs se conso­li­der. Ce qui les pous­sera à encore plus inves­tir pour se battre contre l’ogre Google et à innover.
  • Pour les employés de Yahoo comme de Micro­soft qui ne subi­ront pas les affres d’une restruc­tu­ra­tion post-acquisition, tou­jours trau­ma­ti­sante. Chez Micro­soft, on semble saluer cette déci­sion comme étant cou­ra­geuse de la part de Steve Ballmer.
  • Pour les action­naires de Micro­soft qui ne ver­ront pas l’action de Micro­soft perdre de sa valeur du fait de la dillu­tion de Micro­soft avec un Yahoo moins pro­fi­table et dont la crois­sance était en panne. Bon, elle perd de sa valeur ou n’en gagne pas tout de même, mais pas for­cé­ment pour cette rai­son là…

Les gros per­dants sont les action­naires de Yahoo qui ont raté une occa­sion de sor­tie d’un inves­tis­se­ment que l’on peut main­te­nant qua­li­fier de “dou­teux” dans sa via­bi­lité à moyen terme. Car si Yahoo se fait rache­ter plus tard, ce sera pro­ba­ble­ment moins cher, et pas for­cé­ment par un acteur aux poches aussi pleines que celles de Micro­soft. Ce sont les action­naires qui vont faire “miaou”…

J’avais évoqué dans deux posts de février 2008 (“Un mariage ris­qué” et “Un mariage ris­qué, suite”) les nom­breux risques asso­ciés à cette fusion poten­tielle et les fac­teurs notam­ment humains qui pou­vaient la conduire droit à l’échec. Les épisodes sui­vants à rebon­dis­se­ment n’ont fait que confir­mer cela. Les employés et le mana­ge­ment de Yahoo étaient visi­ble­ment oppo­sés à cette fusion. Pour eux Micro­soft est posi­tionné entre la posi­tion de concur­rent et de diable. Chez Micro­soft, les dis­son­nances sur la fusion étaient nom­breuses. L’incrédulité domi­nait sur la fai­sa­bi­lité humaine et opé­ra­tion­nelle d’une telle fusion.

Je ne sais pas si Steve Ball­mer a fait marche arrière sim­ple­ment pour des rai­sons finan­cières et de négo­cia­tions non abou­ties car il aurait pu faire comme Oracle avec Peo­ple­soft en 2004 et déclen­cher une acqui­si­tion hos­tile. J’ose espé­rer qu’il a pris en compte cette com­po­sante humaine qui aurait rendu le mariage très dif­fi­cile après des mois de galère épui­sants et écou­ter les avis contraires à l’acquisition qui ont du flo­rir en interne. Le connais­sant un peu, je pense que cela a pu l’influencer. Steve Ball­mer est malin mais assez influen­çable. Il reste aussi ration­nel et sait mettre son égo de côté s’il le faut.

Main­te­nant, Micro­soft ferait mieux d’utiliser son cash pour acqué­rir des boites du web en forte crois­sance sur de nou­veaux mar­chés, genre MyS­pace, Face­book, Twit­ter, Dai­ly­mo­tion, Net­vibes ou autres. Ou tout du moins, de lan­cer des par­te­na­riats stra­té­giques avec eux, comme ce qui a été fait à moindre frais avec Face­Book en 2007. Et aussi d’améliorer l’exécution et l’innovation sur leurs propres ser­vices en ligne.

Pour ce qui est de Yahoo, ils ont refusé l’offre de Micro­soft car ils la trou­vaient trop faible, à envi­ron $47B. Dans ce genre d’histoire, ce qui arrive le plus sou­vent, c’est que la boite est rache­tée quelques années plus tard pour beau­coup moins. Espé­rons pour eux que ce n’est pas le scé­na­rio qui les attend. Mais on ne peut pas dire que le sta­tut de proie poten­tielle, même chère, est très enviable. Reste à savoir si Micro­soft pour­rait reve­nir à la charge alors que Yahoo vau­dra encore moins. Est-ce que cela vau­dra tou­jours la peine de les acqué­rir s’ils sont clai­re­ment en très mau­vaise passe ?

Et de toutes manières, le mar­ché des inter­nautes ne res­semble pas à celui des matières pre­mières et des pro­duits manu­fac­tu­rés. Il est très élas­tique. Il ne “s’achète” pas à coups d’acquisitions comme cela, mais en sédui­sant véri­ta­ble­ment les inter­nautes avec des ser­vices per­ti­nents. Et là, Micro­soft a du pain sur la planche. Dans leurs pro­pos au moment de l’acquisition de Yahoo, ils n’avaient de mots que pour “les mer­veilleuses pers­pec­tives du mar­ché de la publi­cité en ligne” (ce n’est pas une cita­tion mais une para­phrase)  et étaient peu dis­serts sur la valeur qu’ils pou­vaient créer pour les uti­li­sa­teurs. C’est une véri­table faute de stra­té­gie et de com­mu­ni­ca­tion dans le monde de l’Internet.


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Publié le 5 mai 2008 Post de Olivier Ezratty | Actualités, Internet, Microsoft | 6 commentaires

Les 6 commentaires sur “Pas de mariage du tout …” :

  • Le grand per­dant est Yahoo. Est ce bien sur ?
    Tout dépend bien sûr com­ment l’on compte.
    Même si la proie était un peu dure à ava­ler pour une société qui a peu d’experiences de fusions réus­sies, au final, avec son aller-retour sur Yahoo, Steve Ball­mer aura réussi 2 choses en 3 mois:

    - faire réa­li­ser au mar­ché, qu’en dépit de la baisse consti­nue de son action, Yahoo reste encore une valeur inter­net de pre­mier plan, et que Micro­soft, plus menacé qu’on ne le croit doit abso­lu­ment bouger:

    Et donc, consé­quence de ce petit jeu, la capi­ta­li­sa­tion bour­sière de Yahoo s’est accru de 25% (l’action est pas­sée de 19$ à 24$), et celle de Micro­soft a chuté de 22%

    Alors per­dant Yahoo ? Les tri­mestres sui­vants le diront.…

  • [2] - Olivier Ezratty a écrit le 6 mai 2008 :

    Bon­jour Jean-Christophe,

    Je n’ai pas vrai­ment écrit que Yahoo était le grand per­dant de l’opération. Mais que si ils ne rebon­dissent pas après cet épisode, la pente sera très savon­neuse. Et les action­naires se mor­dront les doigts que le board de YHOO n’ait accepté l’offre de MS.

    La fra­gi­lité de l’action de MS n’est pas due uni­que­ment à l’affaire Yahoo. Il y a eu aussi un quar­ter déçe­vant et les dis­cours récents du Gart­ner sur “la fin de l’écosystème de Win­dows” qui soufflent sur les braises de déboires de Vista.

    La capi­ta­li­sa­tion de Yahoo ne peut pas être jugée sur le court terme. Une par­tie du mar­ché pense encore que le deal avec MS peut se faire. Donc, il y a encore un peu de spéculation.

    Mais que se passera-t-il si Yahoo annonce encore un ou deux quar­ters avec une crois­sance d’un chiffre comme les deux der­niers quar­ters, voire pas de crois­sance du tout ? Alors que Google conti­nue de croitre avec une ten­dance de +50%…

    Pour moi, ni Micro­soft ni Yahoo ne sont gagnants dans cette his­toire. Ni leurs actionnaires.

    Les seuls qui auraient pu gagner quelque chose dans la fusion étaient les action­naires de Yahoo. Il serait très éton­nant qu’une telle occa­sion se repro­duise pour eux, avec une telle valo­ri­sa­tion d’acquisition.

  • [3] - Filmail a écrit le 6 mai 2008 :

    Bon­jour,

    Est-ce que Micro­soft ne serait pas très malin cette affaire. Voici mon scé­na­rio.
    Ball­mer plante sciem­ment la négo avec Yang pour une pré­ten­due his­toire de prix. A 5 mil­liards de dol­lars prêt c’était fait. 5 mil­liards de dol­lars c’est beaucoup…et pas grand-chose quand on s’appelle Micro­soft. C’est envi­ron 5 mois de béné­fices et c’est moins de 2% de sa capi­ta­li­sa­tion. Une paille par rap­port au temps que lui ferait gagner une bonne inté­gra­tion de Yahoo. Donc Ball­mer claque la porte et se fait 2 plai­sirs :
    1/ Mettre la fes­sée à ce gamin de Jerry Yang et le lais­ser pas­ser quelques nuits blanches. Quoiqu’il en dise, les action­naires sont furieux et pas mal d’employés aussi.
    2/ Voir et ana­ly­ser les réac­tions notam­ment des ana­lystes. C’est vrai qu’on lit par­tout (main­te­nant) que c’est dom­mage, que la fusion aurait vrai­ment créé de la valeur, que c’est le seul moyen de contrer un google de plus en plus envahissant…bref que le prix demandé par yahoo n’était fina­le­ment pas un pro­blème, dixit les gou­rous finan­ciers. Dif­fi­cile pour eux après de des­cendre Micro­soft si d’aventure Ball­mer finis­sait par conclure le deal à 35$ !

    En résumé, depuis que Ball­mer a retiré l’offre, Yahoo a perdu 15%, Yang explique par­tout que la porte est encore ouverte à la négo et les ana­lystes dans un bel ensemble sont posi­tifs sur le rachat…à 35$ et apportent leurs cau­tions sur la valeur qu’apporterait une fusion.

    Belle posi­tion de force pour relan­cer les négos non ?

  • Salut Oli­vier,
    Bien en phase avec ton ana­lyse.
    Les grands gagnants de cette fusion aureient été les action­naires de Yahoo qui sont aussi pour une bonne par­tie d’entre eux ceux de Micro­soft.
    Donc peut-être que le mar­ché n’a pas tout à fait tort de spé­cu­ler…
    En tout cas la pro­chaine AG de Yahoo va être musclée

  • [5] - Olivier Ezratty a écrit le 6 mai 2008 :

    Fimail,

    On ne doit effec­ti­ve­ment écar­ter aucun scé­na­rio. Mais s’il est une chose qui est sûre, c’est que Ball­mer ne va pas déci­der en fonc­tion des dési­dé­rata des ana­lystes, contre les­quels il est d’ailleurs sou­vent assez remonté.

    Si on penche dans les théo­ries du com­plot, on pour­rait aussi spé­cu­ler sur le fait que cer­tains ana­lystes favo­risent l’acquisition par “self pro­phecy” car ils ont recom­mandé à leur client d’acheter du YHOO au moment de l’offre MS, et en ont peut-être acheté eux-mêmes…

    Sans être dans le secret des dieux, je penche aussi pour la réa­li­sa­tion interne chez MS des énormes dif­fi­cul­tés de l’intégration de Yahoo. Si l’acquisition avait été faite immé­dia­te­ment, alors ils se seraient lan­cés tête bais­sée (en atten­dant tou­te­fois l’autorisation des auto­ri­tés de la concur­rence US, la FTC). Alors que là, tout MS a eu le temps de cogi­ter sur les pour et les contre de la fusion. Comme chez MS, il y a tout de même une forte tra­di­tion de “grande gueule” dans le mana­ge­ment, les pro­blèmes ont du remon­ter dans la hié­rar­chie. Plein de ques­tions ont été levées. Et le top mana­ge­ment a du ren­con­trer des dif­fi­cul­tés pour y répondre.

    En gros, le risque perçu de l’acquisition a néces­sai­re­ment aug­menté dans le temps, tan­dis que le prix ris­quait d’augmenter. Comme dans toute vente, c’est mau­vais signe. En géné­ral, l’acheteur cherche à réduire et les risques et le prix, pas à les aug­men­ter. Là, il y a peut-être une stra­té­gie maline de réduc­tion du prix, mais cela ne dimi­nuera pas le risque pour autant. D’autant plus que plus le temps passe, plus il conti­nue d’augmenter. A l’ère de l’Internet, le temps est une valeur bien précieuse !

  • [6] - rthomas a écrit le 7 mai 2008 :

    Cela existe des boites avec du mana­ge­ment qui n’est pas “grande gueule” ?

    Micro­soft pos­sède déjà un moteur de recherche, un mes­sen­ger, un web­mail. Achetaient-ils Yahoo! uni­que­ment pour la pub?

    Rémi




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