De Candidat 2.0 à Président 2.0

Publié le 2 novembre 2008 et mis à jour le 8 novembre 2008 - 11 commentaires -
PDF Afficher une version imprimable de cet article

Une chose est à peu près cer­taine, vous allez “bouf­fer” du Obama dans les jours, semaines, mois et années qui viennent ! Son élec­tion fort pro­bable mardi pro­chain va secouer, fort posi­ti­ve­ment, l’ensemble de la pla­nète et pas seule­ment les USA. Obama est en train de deve­nir une icone et un mythe vivant. Nous n’avons jamais eu d’élection pré­si­den­tielle amé­ri­caine si por­teuse de sym­boles, notam­ment sur le fameux “rêve amé­ri­cain”. Mar­tin Luther King croi­rait effec­ti­ve­ment rêver s’il vivait ces événe­ments ! Les médias vont donc nous satu­rer d’émissions, docu­men­taires, débats et autres news sur l’élection et la prise de fonc­tion de Barack Obama. Et des débats induits comme cette recherche d’un “Obama fran­çais” qui divise déjà les politologues.

Obama Logo

L’élection de Barack Obama, si elle est bien confir­mée, aura été celle d’une par­faite exé­cu­tion de cam­pagne élec­to­rale, démar­rée début 2007. Une cam­pagne qui s’inspire de méthodes “à la web 2.0” que j’aimerai avec vous pas­ser un peu en revue, tant elle m’a passionné.

D’autres comme Ségo­lène Royal avaient appli­qué cer­tains de ces prin­cipes, mais avec moins de bon­heur. Bien entendu, la méthode de la cam­pagne n’est pas le seul fac­teur per­met­tant d’aller à la vic­toire. Le per­son­nage à élire compte tout autant ! Tout autant que les cir­cons­tances qui ont aidé Obama : un assez mau­vais can­di­dat répu­bli­cain, une bien piètre colis­tière, le bilan désas­treux des huit années de W et l’explosion oppor­tune de la crise finan­cière en sep­tembre per­met­tant de pla­cer l’économie au centre des débats.

Pour­quoi un can­di­dat 2.0 ?

Parce qu’il y a au moins deux grosses dif­fé­rences opé­ra­tion­nelles entre la cam­pagne d’Obama et celle de McCain : l’approche “bot­tom up” et l’usage de l’Internet.

L’approche “bottom-up”, c’est à la fois la mobi­li­sa­tion des classes moyennes et le finan­ce­ment de la cam­pagne par leur tru­che­ment. Obama a réussi “à lever” près du double du finan­ce­ment grâce notam­ment à des dons de par­ti­cu­liers de moins de $200. Un petit côté “long tail” ! De son côté, la cam­pagne de McCain a été plus finan­cée par les entre­prises et lob­bies. Même si cer­taines indus­tries comme les médias, Hol­ly­wood et Wall Street (!), ont bien financé Obama. La mobi­li­sa­tion sur le ter­rain était extra­or­di­naire avec des cam­pagnes pour faire s’inscrire sur les listes élec­to­rales et voter les classes défa­vo­ri­sées et moyennes, en par­ti­cu­lier dans les “swing states”.

La par­ti­ci­pa­tion aux dis­cours de cam­pagne a aussi mon­tré un net avan­tage chez Obama avec par exemple ce dis­cours le 26 octobre à Den­ver devant plus de 100000 par­ti­ci­pants – ci-dessous (après les 85000 du stade du dis­cours d’acceptation en août dans la même ville de ce “swing state”), quand l’équipe McCain en ras­semble dif­fi­ci­le­ment 10000 à 20000, et en géné­ral, quand Sarah Palin est présente.

Autre exemple : l’usage du télé­phone dans le pro­ces­sus de recru­te­ment qui relève du “porte à porte télé­pho­nique” chez Obama alors que le camp de McCain s’est spé­cia­lisé dans l’usage de “Robo­calls”, ces appels télé­pho­niques publi­ci­taires avec des mes­sages débi­tés automatiquement.

Democratic Presidential Candidate, Senator Barack Obama in xxx on xxx

Sur Inter­net, la mobi­li­sa­tion a été toute aussi forte. A la fois dans le foi­son­ne­ment de sites, blogs et l’emploi d’outils au goût du jour comme Twit­ter uti­lisé pour annon­cer la sélec­tion de Joe Biden comme “run­ning mate”, et dans tout le tra­vail de mobi­li­sa­tion per­ma­nente des mili­tants et des sites pour contrer les rumeurs et la pro­pa­gande du camp adverse - connu pour les coups tor­dus - comme Fight The Smear (face à des sites comme “The Real Barack Obama”).

L’usage de la vidéo sur Inter­net a été une grande nou­veauté de cette cam­pagne. Lors de la der­nière élec­tion (2004), on pou­vait certes dis­po­ser de vidéos sur Inter­net, mais les débits étaient encore faibles et You­Tube n’existait pas encore ! Les démo­crates ont innové avec l’usage de la vidéo HD sur Inter­net pen­dant la conven­tion démo­crate à Den­ver fin août 2008. Vous pou­vez encore y vision­ner avec une remar­quable qua­lité le dis­cours d’acceptation d’Obama. Même si c’est un peu anec­do­tique, cet usage contras­tait avec la pau­vreté du contenu vidéo du site de la conven­tion répu­bli­caine (vidéos 320x240 sur You­Tube, son dégueu­lasse notam­ment au début du dis­cours d’acceptation de McCain – incroyable !). Et puis pen­dant toute la cam­pagne, le site d’Obama fai­sait le relai en direct et en dif­féré de tous les dis­cours des can­di­dats. Sans comp­ter tous les télé­char­ge­ments pos­sibles, notam­ment cette vidéo “Signs of Hope and Change” (caté­go­rie vidéos, grass­roots orga­ni­zing; met­tez le cais­son de basse à fond), très bien faite et avec son poids d’émotionnel (ci-dessous, sur You­Tube, vue 501000 fois). Une force que McCain n’a pas réussi à por­ter dans sa com­mu­ni­ca­tion pous­sive et à conno­ta­tion trop négative !

 

Le site Inter­net d’Obama a aussi ceci de par­ti­cu­lier qu’il traite plus lar­ge­ment les sujets de la cam­pagne et s’adresse à un élec­to­ral en moyenne plus éduqué. Ainsi, l’obsession sur la guerre en Irak a fait oublier le reste du monde à McCain (qui ne sait même pas que l’Espagne est une alliée des USA), ce qui n’est pas le cas d’Obama qui a une vision plus exten­sive du monde (cf la com­pa­rai­son de la table des matières des sites des can­di­dats ci-dessous). C’est un relai Inter­net puis­sant, mais loin d’être suf­fi­sant. La cam­pagne Sarkozy/Royal est un bon contre-exemple car le futur Pré­sident avait plus uti­lisé la vidéo que le texte pour pous­ser ses mes­sages de cam­pagne alors que la per­dante a plus uti­lisé le texte et les blogs comme relais.

ForeignPolicy 

L’usage de l’Internet par les can­di­dats a été bien cou­vert par les médias US. Voir par exemple Our first Inter­net Pre­sident, Obama’s Web Sites Gene­rate Six Times More Traf­fic than McCain’s et Obama’s Secret Wea­pons: Inter­net, Data­bases and Psy­cho­logy dans Wired. Le camp répu­bli­cain n’a pas été en reste, mais visi­ble­ment, pas assez orga­nisé pour exploi­ter l’Internet.

Mais le web 2.0 appli­qué à une cam­pagne a un effet per­vers : il a généré une addic­tion mala­dive chez cer­tains inter­nautes, com­plè­te­ment dro­gués d’informations sur la cam­pagne. A suivre tous les dis­cours, les blogs, les réac­tions et les son­dages. J’en fais par­tie depuis fin août et pour­tant, je suis loin de tout cela ! Pour cou­ron­ner le tout, signa­lons que le créa­teur du concept du web 2.0, Tim O’Reilly, sou­tient lui aussi Obama, au demeu­rant de manière très bien docu­men­tée. Mais c’est le cas de nom­breuses per­son­na­li­tés en Cali­for­nie et dans la Sili­con Val­ley, avec notam­ment Eric Schmidt, l’actuel CEO de Google. En tout cas, l’application du web 2.0 à la poli­tique ne pré­sente pas les lacunes de modèle écono­mique que nombre de star­tups ren­contrent actuel­le­ment. Il n’est pas néces­saire d’en avoir !

Cette double mobi­li­sa­tion, sur le ter­rain et sur Inter­net, rap­pelle le besoin de syner­gie entre le réel et le vir­tuel. L’un ne va pas sans l’autre. L’un ren­force l’autre. Et puis, elle est liée à une atti­tude : plus cen­trée sur l’écoute et l’expertise pour Obama, tout en sachant faire vibrer l’émotionnel, alors que les répu­bli­cains tra­vaillent beau­coup plus sur l’émotionnel, les peurs et moins sur l’écoute et l’intellect.

Le rôle des médias

Au delà de tac­tiques “web 2.0”, la cam­pagne d’Obama a été aussi aidée par les grands médias US dont la force de frappe com­pense celle des médias locaux, sou­vent très conser­va­teurs (radios et TV locales).

Les trois quarts des jour­naux locaux et natio­naux sou­tiennent ainsi Obama, ce qui est unique dans l’histoire récente. Quelques exemples : le comité de rédac­tion du très conser­va­teur (et cana­dien…) The Record sou­tient Obama après avoir sys­té­ma­ti­que­ment pré­féré les can­di­dats répu­bli­cains depuis 1940, y com­pris Dewey qui s’était opposé à Frank­lin Roo­se­velt en pleine guerre mon­diale ! Et sur­tout, le Chi­cago Tri­bune qui fait de même alors qu’il sou­te­nait sys­té­ma­ti­que­ment les can­di­dats répu­bli­cains depuis 1847 ! On redé­couvre aussi un trait par­ti­cu­lier de la presse US : cette capa­cité à pondre des enquêtes fouillées comme il est rare d’en trou­ver en France. C’est notam­ment le cas dans Vanity Fair et dans Rol­ling Stone qui a publié une bio de McCain édifiante mon­trant qu’il est plus tire au flanc que franc tireur. Il y a aussi le très démo­crate The Huf­fing­ton Post, cap­ti­vant par la pro­fu­sion de com­men­taires de lec­teurs qui ali­mentent chaque article.

Côté télé­vi­sion, la plu­part des chaines de TV natio­nales penchent en faveur d’Obama, tout en essayant de res­pec­ter une cer­taine neu­tra­lité (contra­dic­toire ?). Seule MSNBC est clai­re­ment mar­quée démo­crate, avec notam­ment les édito­ria­listes Keith Olber­mann et Rachel Mad­dow qui a récem­ment inter­viewé Obama. Et Fox News sou­tient expli­ci­te­ment McCain, et quoi qu’il arrive y com­pris pour des futi­li­tés comme cri­ti­quer l’absence de retouche d’une photo de Sarah Palin dans Time. Le buzz TV/vidéo a connu sinon une véri­table explo­sion grâce au show Satur­day Night Live de NBC, avec Tina Fey imi­tant Sarah Palin. Si vous n’avez pas vu ces sketches, jet­tez vous des­sus. Notam­ment sur ce duo entre Tina Fey (Palin) et McCain lui-même fai­sant du télé-achat avec un petit par­fum de loser, l’excellente paro­die de l’interview de Sarah Palin par Katie Cou­ric sur CBS (qui reprend une part de ver­ba­tim de la can­di­date) et ce croi­se­ment éton­nant entre la vraie et la fausse Palin il y a deux semaines à l’issue d’une paro­die de confé­rence de presse !

Falin Fey

On est là en face d’une capa­cité d’autodérision des poli­tiques amé­ri­cains qui acceptent de jouer le jeu avec les chaînes de TV. C’est très sur­pre­nant par cette désa­cra­li­sa­tion du poli­tique. Un peu comme on l’a aussi vu en France avec la “pipo­li­sa­tion”, mais pas à ce point là.

Signa­lons aussi le rôle d’Hollywood qui a habi­tué les amé­ri­cains à l’idée d’avoir un pré­sident noir. Notam­ment dans le film Deep Impact et dans la série 24 heures chrono (David Pal­mer). Les scé­na­ristes d’Hollywood sont en majo­rité démo­crates et usent ainsi de leur influence pour faire pas­ser quelques idées nou­velles en avance de phase ! Ce phé­no­mène est bien décrit dans l’excellent docu­men­taire “Mis­ter Pre­sident” dif­fusé récem­ment sur ARTE.

L’originalité de cette élec­tion tient aussi aux sou­tiens des deux camps. Avec de nom­breux sou­tiens issus de milieux répu­bli­cains ou pas typi­que­ment démo­crates pour Obama : 200 anciens diplo­mates, l’ancien secré­taire d’Etat de Bush Colin Powell, Bill Weld, ancien gou­ver­neur répu­bli­cain du Mas­sa­chus­setts, Scott McClel­lan, ancien porte parole de la Mai­son Blanche de Georges W. Bush (pre­mier man­dat), Chris­to­pher Hit­chens, un répu­bli­cain de Vanity Fair, Charles Fried, un ancien haut fonc­tion­naire de l’époque Rea­gan qui fai­sait il y a un mois par­tie du staff de la cam­pagne de McCain. Et Ron Rea­gan, le fils de Ronald Rea­gan, tout comme la fille du Pré­sident Eisen­ho­wer. Ca fait un beau paquet même si l’on prend en compte que les revi­re­ments sont légion aux USA, tel celui de Joe Lie­ber­man en faveur de McCain, ou celui d’une speech­wri­ter d’Obama en faveur de McCain, un bien maigre butin ! Et le sou­tien récent de Dick Che­ney à McCain n’était pas for­cé­ment le plus attendu par ce der­nier. En gros, l’annonce inces­sante de sou­tiens à Obama a régu­liè­re­ment ali­menté les médias et le spin posi­tif en sa faveur. Un bon “sus­tain mar­ke­ting” comme on dit.

Mais les médias US sont aussi cas­tra­teurs de la cam­pagne paral­lèle qui a lieu avec les petits can­di­dats qui ont encore moins de chances de gagner que leurs homo­logues en France. C’est le cas de l’altermondialiste Ralph Nader, sorte de Arlette Laguillier amé­ri­cain, qui se pré­sente pour la cin­quième fois. Et de Ron Paul, un répu­bli­cain dis­si­dent, consti­tu­tion­na­liste et non inter­ven­tio­niste. Inter­net est le lieu où l’on peut en savoir plus sur eux. Comme ce débat paral­lèle entre Ralph Nader et Chuck Bald­win, du Consti­tu­tio­nal Party dif­fusé sur CSPAN. Les petits can­di­dats n’ont impacté la cam­pagne qu’en 1992, quand Ross Perot avait sérieu­se­ment écorné le capi­tal de voix de Georges Bush père alors face à Clin­ton, avec 18,9% des voix (et 8% en 1996 repro­dui­sant le même scé­na­rio avec Clin­ton / Dole). Sans Ross Perot, Clin­ton n’aurait donc peut-être pas été élu !

Inter­net et les sondages

Dans ce foi­son­ne­ment d’informations, les son­dages ont une place un peu à part. Ils sont innom­brables et mis à jour quo­ti­dien­ne­ment. Ils sont natio­naux (USA) ou par états, pour suivre l’évolution de l’opinion au niveau du poten­tiel de grands élec­teurs que chaque can­di­dat peut obte­nir. Et contrai­re­ment à ce que l’on peut lire un peu par­tout, il est utile d’y jet­ter un oeil et de tirer des leçons des élec­tions passées.

Nous avons quatre sources d’information pour ces sondages :

  • Les son­dages tra­di­tion­nels des ins­ti­tuts de sondage,
  • Les son­dages en direct pen­dant les débats entre les can­di­dats (sur CNN), qui ont mon­tré qu’Obama et Biden avaient la faveur des indécis.
  • Les paris en ligne, très favo­rables à Obama depuis le début,
  • Le suivi de l’audience sur Inter­net avec notam­ment Google Trends.

Cette diver­sité des sources d’information pré­sente un avan­tage : on peut moyen­ner les résul­tats obte­nus, notam­ment des son­dages, et obte­nir des ten­dances plus solides que sur un son­dage par­ti­cu­lier, les échan­tillon­nages et méthodes de cor­rec­tion variant d’un ins­ti­tut à l’autre. C’est ce que font de nom­breux sites tels que Real­Clear­Po­li­tics et Poll­ster. Et aussi Vote­Fo­rA­me­rica et ses graphes com­pli­qués ou bien Five­Thir­tyEight qui pré­voit 96,2% de chances pour une vic­toire d’Obama. Tout est mis à jour en temps réel.

Obama est devant McCain dans ces moyennes de son­dages depuis début 2008 sauf pen­dant de très courtes périodes, notam­ment la dizaine de jours après la conven­tion répu­bli­caine. Dans l’histoire des élec­tions amé­ri­caines, le gagnant de la pré­si­den­tielle était tou­jours numéro un dans les son­dages pen­dant le mois pré­cé­dent l’élection. L’avance d’Obama est nette depuis la mi sep­tembre. Une date qui cor­res­pond à l’explosion de la crise finan­cière mais aussi à la décou­verte pro­gres­sive des dan­gers que consti­tue­rait Sarah Palin, une VP bien mal pré­pa­rée avec un can­di­dat âgé atteint d’un can­cer avec une espé­rance de vie moyenne.

Polls Obama McCain

On retrou­vait ce scé­na­rio dans les cas récents de Bush vs Gore et Bush vs Kerry où Bush per­sis­tait devant ses adver­saires démo­crates sur sep­tembre et octobre, les can­di­dats démo­crates remon­tant la pente au der­nier moment, mais pas assez. Kerry a perdu à un Etat près (on dit que c’est l’Ohio). Tout comme Gore, même si ce der­nier avait 0,5% de voix en plus que Bush.

Polls Bush Kerry

Dans le cas pré­sent, McCain a perdu du ter­rain après chaque débat et régu­liè­re­ment depuis la mi sep­tembre et le come-back de fin de cam­pagne n’est pas arrivé ! Il ne peut plus espé­rer remon­ter la pente comme Gore en fin de cam­pagne 2000.

Après, ce pose la fameuse ques­tion de l’effet Brad­ley (le can­di­dat démo­crate noir et mal­heu­reux au poste de gou­ver­neur en Cali­for­nie en 1982). Il serait pris en compte par les son­deurs et se serait atté­nué 26 ans après. La mobi­li­sa­tion de l’électorat répu­bli­cain est aussi une incer­ti­tude. Mais sa démo­ti­va­tion contraste avec l’optimisme des par­ti­sans d’Obama car McCain a déçu une grande par­tie des répu­bli­cains et que la défaite est pré­vi­si­vible alors qu’Obama fait plu­tôt l’unanimité chez les démo­crates et a généré un véri­table enthou­siasme comme les amé­ri­cains n’en ont jamais connu depuis longtemps.

En tout cas, en pre­nant en compte les états où Obama est lar­ge­ment devant McCain dans les son­dages, Obama est sûr d’obtenir au moins 300 grands élec­teurs (ci-dessous). Donc, sans prendre trop de risques, l’incertitude à deux jours de l’élection est de savoir si Obama béné­fi­ciera d’une avance confor­table ou bien gagnera de jus­tesse comme Bush en 2000 et 2004. Je penche plu­tôt pour une vic­toire nette qui don­nera à cette élec­tion un aspect encore plus historique.

Electoral Map

Pour ce qui est des paris en ligne sur Intrade, qui sont aussi en phase avec les gagnants, Obama est lar­ge­ment en tête, et ils ne se sont jamais trom­pés récemment :

Intrade

Si on passe aux indi­ca­teurs web, la ten­dance est iden­tique : Obama inté­resse plus que McCain. Même si cela ne mesure évidem­ment pas les inten­tions de vote, loin s’en faut, ni n’est par­fai­te­ment repré­sen­ta­tif de la socio démo­gra­phie élec­to­rale aux USA.

 Google Trends Obama McCain

Et même en inté­grant la “curio­sité” Sarah Palin, Obama est devant et encore en hausse (tou­jours ici, en ne pre­nant que les don­nées sur les USA) :

Google Trends with Palin

On aura beau com­men­ter en long en large et en tra­vers les son­dages, ils ne se trompent pas tant que cela, sur­tout lorsque l’on prend des pré­cau­tions comme le moyen­nage de plu­sieurs son­dages. Ce qui fai­sait dire il y a un mois à Robert Schle­sin­ger que “Barack Obama will defeat John McCain – This one’s over”. Plus que deux jours pour véri­fier. Nom­breux seront les médias qui expli­que­ront alors en long et en large les rai­sons de l’échec de McCain, qu’il était inévi­table, et que son choix de Sarah Palin était pro­ba­ble­ment assez haut dans la liste. Et les scep­tiques seront éton­nés : “ils l’ont fait, ils ont osé” (les américains).

Pré­sident 2.0 ?

Une fois élu Pré­sident, Obama aura évidem­ment du pain sur la planche. On peut espé­rer qu’il sera aussi sérieux dans la consti­tu­tion de son équipe que pour sa cam­pagne et évitera l’amateurisme qui avait mar­qué les débuts de Bill Clin­ton à la Mai­son Blanche en 1993. Il a en tout cas créé son équipe de tran­si­tion en charge de pré­pa­rer la consti­tu­tion du gou­ver­ne­ment d’Obama alors que McCain n’a rien fait de sérieux dans ce sens.

Obama pren­dra cer­tai­ne­ment des déci­sions sym­bo­liques fortes comme la fer­me­ture de Guan­ta­namo, la fina­li­sa­tion d’un calen­drier de retrait d’Irak, sur l’économie, sur l’énergie et l’environnement, sur son plan de cou­ver­ture santé, il visi­tera un grand nombre de pays, etc. Il y aura aussi cet autre sym­bole avec la poi­gnée de mains entre Laura Bush et Michelle Obama en jan­vier pro­chain ! Obama uti­li­sera sûre­ment les médias, pro­non­cera des dis­cours ins­pi­rants, ce que l’on peut attendre de son “inau­gu­ra­tion” en jan­vier 2009. Il aura à créer un style, pro­ba­ble­ment dans la lignée de sa campagne.

Mais le syn­drome du “baby blue” affec­tera cer­tai­ne­ment l’opinion et tous ceux qui se sont inves­tis avec pas­sion dans cette élec­tion his­to­rique. Une fois sor­tie de la cam­pagne élec­to­rale, l’équipe d’Obama devra main­te­nir la capa­cité de res­ter en contact avec “sa base” et le souffle qui a ali­menté la cam­pagne. Pas évident ! On le verra déjà à la manière de conduire ses confé­rences de presse à la mai­son blanche, à la manière de faire pas­ser les lois et à tra­vailler avec le congrès – qui sera pro­ba­ble­ment encore plus à majo­rité démo­crate qu’aujourd’hui, à la manière de gérer l’économie (qui échappe pas mal à la Pré­si­dence…). Et les répu­bli­cains ne man­que­ront pas de conti­nuer à atta­quer Obama par quelque biais que ce soit. L’affaire Lewinski est là pour nous le rappeler !

L’histoire que nous vivons en ce moment – en grande par­tie grâce à Inter­net - ne fait  que com­men­cer et pour­rait durer jusqu’en 2016 ! Une période pen­dant laquelle un ser­vice fédé­ral sera par­ti­cu­lè­re­ment mis à contri­bu­tion et devra ne pas faillir : le Secret Ser­vice qui pro­tège notam­ment le pré­sident ! Dans l’immédiat, je vais savou­rer le temps pré­sent comme beau­coup de citoyens de ce bas monde inté­res­sés par cette cam­pagne : scot­ché sur Inter­net et la télé­vi­sion US pen­dant la longue soi­rée du 4 novembre.


Social book­mar­king:
  • Wikio FR
  • Technorati
  • Digg
  • StumbleUpon
  • del.icio.us
  • Facebook
  • FriendFeed
  • Suggest to Techmeme via Twitter
  • Twitter

Publié le 2 novembre 2008 Post de Olivier Ezratty | Obama et la Présidentielle 2008, Politique, Sociologie, TV et vidéo, Technologie, USA | 11 commentaires

Les 11 commentaires sur “De Candidat 2.0 à Président 2.0” :

  • Article pas­sion­nant, syn­thèse impressionnante.

  • [2] - John a écrit le 3 novembre 2008 :

    Obama est le nou­veau mes­sies. Mais je vais rigo­ler quand Obama fera du pro­tec­tion­nisme et fer­mera le mar­ché US, impo­sant par consé­quent une aug­men­ta­tion des taxes d’importation (faut bien que l’argent pour hono­rer ses pro­messes élec­to­rales vienne de quelque part) et que l’économie euro­péenne et sur­tout asia­tique en pren­dront un sacré coup… Il va déce­voir pas mal de monde le mes­sies (d’ici qq mois, ce sera un pré­sident amé­ri­cain comme un autre, le diable qui sent le souffre comme dirait Chavez)

  • [3] - Olivier Ezratty a écrit le 3 novembre 2008 :

    Mes­sie… ! Evi­dem­ment non.

    Pour ce qui est de ses posi­tions sur le “fair trade”, il semble effec­ti­ve­ment qu’il soit pour une rené­go­cia­tion des accords de libre échange comme le NAFTA (amé­riques) et les échanges avec la Corée du Sud. Notam­ment au niveau de l’harmonisation des condi­tions de tra­vail. La ques­tion n’est pas d’imposer des taxes, mais de nive­ler par le haut ces condi­tions pour limi­ter le manque de com­pé­ti­ti­vité des entre­prises US. Cela sera l’objet de négo­cia­tions dif­fi­ciles car les bar­rières doua­nières ne sont pas une solu­tion et l’histoire a mon­tré qu’elles ralen­tis­saient l’économie du pays qui les créé. Mais cela relève de « wish­full thin­king » visiblement.

    En même temps, il a conscience qu’il faut inves­tir loca­le­ment dans l’innovation, dans la pro­duc­tion d’énergies nou­velles et de voi­tures moins pol­luantes. Il vit aussi dans l’illusion qu’il est pos­sible de « dé-Wallmartiser » l’économie US, dro­guée comme la notre aux pro­duits à bas coûts fabri­qués en Chine.

    McCain comme Obama pensent sinon qu’ils peuvent signi­fi­ca­ti­ve­ment réduire dépen­dance éner­gé­tique vis-à-vis de l’étranger, qui est de $700B. Cela sera très dif­fi­cile car les éner­gies nou­velles ne peuvent ni faci­le­ment ni rapi­de­ment rem­pla­cer le pétrole et le gaz. Ses $15B d’investissements pro­mis dans ce domaine semblent assez faibles au regard de l’enjeu. Par com­pa­rai­son, le bud­get de la NASA est de $17,6B en 2009. Mais c’est aussi un mois et demi de pré­sence mili­taire en Irak. Mais la mobi­li­sa­tion amé­ri­caine réserve sou­vent des sur­prises, et au vu de ce qui se passe dans la Sili­con Val­ley sur les green­techs, l’enjeu éner­gé­tique pour­rait être de la partie.

  • Tres bon article qui syn­the­tise bien la situa­tion.
    Je vis aux Etats-Unis, et je confirme bien l’importance d’Internet ici. Beau­coup res­tent scotches devant leur ecran a lire les der­nieres nou­velles et suivre les nom­breux son­dages (sur tout et n’importe quoi d’ailleurs).
    Quant a MSNBC, il me semble que seuls les 2 talk-shows de soi­ree sont clai­re­ment demo­crates. Les emis­sions poli­tiques un peu plus tot sont plus ou moins neutres.
    Comedy Cen­tral est ega­le­ment clai­re­ment demo­crate, avec le Daily Show et le Col­bert Report qui reviennent avec cynisme sur l’actualite poli­tique! A voir !

  • [5] - LVM a écrit le 4 novembre 2008 :

    À pro­pos d’internet, dans le clan Obama en plus du clas­sique site web, on a mitonné une appli­ca­tion iPhone:
    http://my.barackobama.com/page/content/iphone

    Celle-ci contient des infor­ma­tions, pho­tos et vidéos, ainsi que des outils per­met­tant de géo­lo­ca­li­ser par exemple les lieux de mee­ting, d’appeler ses contacts dans cer­tains états où c’est néces­saire pour les inci­ter à voter Obama, et de contri­buer finan­ciè­re­ment à la campagne.

    Un petit outil qui ne paye pas de mine, mais en seule­ment quelques jours il a per­mis de pas­ser 22000 appels, et pro­ba­ble­ment bien plus depuis un mois…

  • [6] - Olivier Ezratty a écrit le 4 novembre 2008 :

    Inté­res­sant et l’inventaire des solu­tions numé­riques employés dans la cam­pagne n’est pas évident. En plus de Twit­ter, il y a évidem­ment au mini­mum Face­book, Flick et les SMS.

    Sinon, pour ma gou­verne et les lec­teurs de ce blog, c’est qui “on” ?

  • [7] - Olivier Ezratty a écrit le 4 novembre 2008 :

    Par contre, pour ce qui est du vote élec­tro­nique, les tech­niques de cali­brage semblent sor­ties du 20eme siècle !

    Cf http://www.videothevote.org/video/384/.

    On n’ose ima­gi­ner ce qui se pas­se­rait si il fal­lait faire cela pour chaque iPhone !

    Il est vrai que cette fonc­tion­na­lité de cali­brage est par­fois utile pour les Tablet PC sous Win­dows. Mais pas pour des erreurs telles que celle que l’on peut voir dans la vidéo !

  • [8] - LVM a écrit le 5 novembre 2008 :

    Sinon, pour ma gou­verne et les lec­teurs de ce blog, c’est qui “on” ?

    “on” est un pro­nom indé­fini, ce qui a trop ten­dance à l’oublier de nos jours… ;)

    Je ne m’inclus donc bien sûr pas dedans, je par­lais des équipes d’Obama.

    Il est vrai que cette fonc­tion­na­lité de cali­brage est par­fois utile pour les Tablet PC sous Win­dows. Mais pas pour des erreurs telles que celle que l’on peut voir dans la vidéo !

    Mais y’a pas d’erreur, c’est pour com­pen­ser avec l’alcoolémie de ceux qui cliquent de travers.

  • [9] - Olivier Ezratty a écrit le 5 novembre 2008 :

    Bon, moi qui me disait qu’il y avait peut-être une techno de star­tup fran­çaise der­rière ces machines…

    Il ne faut pas trop rêver tout de même !!!

  • Ce n’est pas moi­tié des 600 mil­lions qui pro­vien­drait de petites dona­tions de moins de 200$ mais tout au plus un quart selon le Washing­ton Post
    http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/10/21/AR2008102102996_pf.html

    Ca n’enlève rien au suc­cès mais ça tem­père les conclusions.

  • [11] - Olivier Ezratty a écrit le 6 novembre 2008 :

    OK. Donc je cor­rige l’article en pré­ci­sant “grâce notam­ment à des dons de par­ti­cu­liers…”. Soyons pré­cis effectivement !




Ajouter un commentaire

Vous pouvez utiliser ces tags dans vos commentaires :<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong> , sachant qu'une prévisualisation de votre commentaire est disponible en bas de page après le captcha.

Captcha

Pour valider votre commentaire, veuillez saisir les lettres ci-dessus et cliquer sur le bouton Soumettre votre commentaire.

Derniers posts

Derniers commentaires

“Egalement basée à Rennes, CinéAct (www.cineact.fr), créée en 2005 permet à l’ensemble des professionnels du monde du cinéma (exploitants, distributeurs, producteurs, r...”
“En effet, je vais corriger cela dans une silent release....”
“Merci beaucoup pour cet excellent guide. Pour information, le programme français IDEES de Microsoft n'existe plus et à laisser place au programme "BizSpark One" au niveau mondial. Julien Codorniou est toujours le bon c...”
“Bravo pour cette nouvelle version. A regretter que tu ne puisses faire un guide des start-up high-tech européennes, tant tes conseils seraient adaptés pour une grande part hors de l'hexagone. Mais j'imagine le défi! J...”
“Bonjour, J'ai un doute l'offre est tellement éclatée qu'il est possible que Steve réusisse en fédérant les énergies des autres acteurs... A mon avis l'enjeu c'est encore une fois de trouver le businees model de...”


Téléchargements gratuits

Diffusés gratuitement (sous Creative Commons) et en PDF :

image

CouvertureRapportCES

Voir aussi la liste complète des publications de ce blog.


Catégories