Cartoreso deuxième

Publié le 29 mars 2008 - 8 commentaires -
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Pen­dant l’année sco­laire 2006/2007, le pro­jet Car­to­Reso avait été lancé par Jean-Sébastien Hächler, Pierre Pat­tard et Jérémy Fain - sur l’idée de ce dernier.

Ces trois élèves de l’option Tech­no­lo­gies de l’Information de l’Ecole Cen­trale Paris avaient ainsi créé un logi­ciel de car­to­gra­phie de réseau iden­ti­fiant les ordi­na­teurs et autres machines sous TCP/IP, en par­ti­cu­lier celles qui ne sont pas entiè­re­ment sécu­ri­sées. L’outil per­met­tant notam­ment de réa­li­ser des audits de sécu­rité d’un réseau local d’entreprise. J’avais à l’époque recom­mandé à l’équipe de mettre le logi­ciel en open source et sur Sour­ce­Forge. His­toire de per­mettre son évolu­tion au delà du pro­jet de l’année sco­laire et sa prise en main par d’autres.

Pen­dant cette année sco­laire, une équipe d’étudiants du même sérail a pris le relai du pro­jet ini­tial : Julien Elie et Nico­las Nord­mann (ci-dessous à gauche et à droite). C’est une expé­rience inté­res­sante qui n’est pas si fré­quente que cela pour des logi­ciels réa­li­sés dans des pro­jets d’élèves. On la retrouve plus sou­vent avec les étudiants qui tra­vaillent sur de l’expérimentation ou de l’algorithmie, comme dans la robotique.

 Julien Elie 2008 2 Nicolas Nordmann 2008 2

Je vais ici faire le point sur le pro­jet et en pro­fi­ter pour faire quelques digres­sions sur la pra­ti­cité du modèle open source employé sur ce projet.

Un pro­jet plu­ri­an­nuel 

L’intérêt d’avoir un pro­jet plu­ri­an­nuel pour les étudiants est multiple :

  • On dis­pose de plus de res­sources. En effet, l’emploi du temps alloué au pro­jet est d’environ une ving­taine de jour­nées. C’est court pour livrer du logi­ciel bien fignolé, même à plusieurs !
  • Il per­met l’apprentissage des étapes d’indus­tria­li­sa­tion du logi­ciel. En effet, le che­min est long entre le code qui semble fonc­tion­ner sur une machine et le véri­table pro­duit logi­ciel. Il faut une pro­cé­dure d’installation, sup­por­ter plu­sieurs sys­tèmes d’exploitation, débug­ger le code et pré­voir l’extensibilité du logiciel.
  • Il faci­lite l’apprentissage du tra­vail en équipe dans le temps et dans l’espace. Il pousse notam­ment les élèves à bien pen­ser l’architecture de leur logiciel.
  • Il garan­tit une cer­taine péren­nité aux tra­vaux réa­li­sés, ce qui est rare­ment le cas pour un pro­jet logi­ciel réa­lisé “one shot” et sans suite. D’autant plus que ce genre de logi­ciel n’a pas for­cé­ment de busi­ness model qui tienne la route pour une star­tup, par­ti­cu­liè­re­ment pour des uti­li­taires. Comme il est dif­fi­cile de créer une entre­prise avec, la struc­ture pérén­ni­sant le pro­jet est le pro­jet plu­ri­an­nuel. C’est aussi la rai­son du choix d’un modèle open source, très cou­rant dans l’enseignement supé­rieur. Pour des rai­sons pra­tiques plus qu’idéologiques.
  • Il per­met au pro­jet d’avoir un réel impact. Ne constate-t-on pas régu­liè­re­ment ce gâchis avec tous ces pro­jets d’étudiants qui n’aboutissent à rien, à aucun pro­duit, à aucun usage, à aucune créa­tion de valeur pour les autres !

Dans le cas de Car­to­Reso, le code source - déve­loppé sous Linux - avait été publié sur Sour­ce­Forge en 2007. Il fai­sait lui-même appel à une grosse demi-douzaine de biblio­thèques open-source.

L’équipe pro­jet 2007/2008 a réa­lisé un gros tra­vail de docu­men­ta­tion du code, qui n’avait pas été réa­lisé par la pre­mière équipe (à éviter…). Elle a de plus enri­chi le site web du pro­jet qui docu­mente à la fois le code, l’installation et l’usage du logiciel.

Cartoreso 

Ensuite, l’équipe s’est consa­crée à la créa­tion d’une archi­tec­ture d’extensibilité de Car­to­Reso, basée sur l’accès aux don­nées géné­rées dans un pre­mier temps, et puis sur des exten­sions Java dans un second temps.

Au final, elle a adapté le logi­ciel à Win­dows, ce qui ne fut pas sans peine (et n’est pas véri­ta­ble­ment achevé) car les biblio­thèques tierces-parties ne s’y com­portent pas de la même manière que sous Linux. L’ancienne équipe - tou­jours joi­gnable, a même contri­bué à l’adaptation du code et à la compilation.

Enfin, l’équipe a rédigé un rap­port de pro­jet en anglais. Autre manière de déclen­cher à terme, au même titre que le site du pro­jet, de géné­rer un effet com­mu­nau­taire à l’échelle de l’Internet.

Car­to­reso n’est évidem­ment pas seul dans son domaine. Les élèves de l’Ecole Cen­trale sont à l’origine du pro­jet plu­ri­an­nuel open source ayant pro­ba­ble­ment eu l’un des impacts uti­li­sa­teurs les plus forts : le player mul­ti­mé­dia Video­lan (VLC media player), télé­chargé plus de 70 mil­lions de fois depuis sa créa­tion. Il était géré par des élèves de seconde année au départ. Il conti­nue de vivre sa vie depuis main­te­nant et attire envi­ron une cen­taine de contri­bu­teurs, au delà de Cen­trale. Cela donne envie de repro­duire ce suc­cès sur d’autres caté­go­ries de logiciels !

Impact de l’open source

Voyons un peu l’impact de la mise en open source du pro­jet. A ce stade de la vie du pro­jet, l’open source n’a servi à rien. C’est plu­tôt un free­ware, télé­chargé grâce à Sour­ce­Forge où il a été placé.

Il y a eu 1614 télé­char­ge­ments depuis le pla­ce­ment du pro­jet dans Sour­ce­Forge. Cela s’est accé­léré récem­ment, comme pour  de nom­breux pro­jets open source, avec l’arrivée récente de la ver­sion Win­dows (ci-dessous).

Cartoreso downloads

Le pro­jet est au rang 1884 en termes d’activité sachant qu’il y a 173000 pro­jets open source sur Sour­ce­Forge. Cinq per­sonnes sont enre­gis­trées dans le pro­jet : ce sont les deux équipes pro­jets qui se sont suc­cédé l’une à l’autre. Cela montre, comme pour les pro­jets com­mer­ciaux, qu’il y a une grande frag­men­ta­tion des logi­ciels, avec une acti­vité - com­mer­ciale ou non - concen­trée sur le 1% des pro­jets les plus populaires.

SourceForge Cartoreso Rank

L’expérience de Car­to­reso montre que le déclen­che­ment du fameux phé­no­mène com­mu­nau­taire de l’open source ne se décrète pas. La grande majo­rité des pro­jets open source (sur Sour­ce­Forge) n’ont ainsi pas du tout de com­mu­nauté. Juste des uti­li­sa­teurs qui testent de temps en temps. Le modèle “com­mu­nau­taire open source” (pour les contri­bu­tions et les cor­rec­tions appor­tées au code) est sou­vent uti­lisé comme argu­ment mar­ke­ting d’éditeurs de logi­ciels libre, mais sans réa­lité der­rière. Pour ce faire, il faut d’abord que le logi­ciel inté­resse un grand nombre d’utilisateurs. Cela passe par un peu de com­mu­ni­ca­tion, sou­vent virale (sites spé­cia­li­sés, blogs). Ensuite, il faut que parmi ces uti­li­sa­teurs, il y ait une masse cri­tique de déve­lop­peurs qui pour­raient être moti­vés à contri­buer, et en auraient le temps et dis­po­se­raient des com­pé­tences. Cela fait un sacré fil­trage au bout du compte. Ce fil­trage est encore plus fin si le pro­jet est com­plexe. Il ne faut ainsi pas s’étonner que lar­ge­ment plus de la moi­tié des contri­bu­teurs à la suite bureau­tique Ope­nOf­fice soient tou­jours des déve­lop­peurs de Sun.

Dans Car­to­reso, le défi pro­vient aussi du carac­tère mou­vant du lea­der­ship du pro­jet. Dans l’open source comme ailleurs, la sta­bi­lité du lea­der­ship est fort utile. Linus Tor­valds n’est-il tou­jours pas en charge des évolu­tions du ker­nel de Linux ? Nous avons donc ici un han­di­cap à rele­ver. Les pro­jets open source fonc­tionnent rare­ment en auto­ges­tion. Il y a tou­jours une équipe au coeur du pro­jet qui le fait vivre, et des contri­bu­teurs qui gra­vitent autour.

La suite de Cartoreso

L’aventure de ce pro­jet doit conti­nuer. De nom­breuses exten­sions au logi­ciels sont pré­vues, et atten­dues par les uti­li­sa­teurs, notam­ment la société Ercom qui a suivi de près le projet.

A la ren­trée 2008, si tout va bien, une troi­sième équipe de Cen­tra­liens devrait prendre le relai. Les étudiants sont en effet libres de choi­sir leur pro­jet. La nou­velle équipe aura au moins trois mis­sions clés :

  • Peau­fi­ner l’architecture de plug-ins
  • Créer quelques exten­sions clés (comme l’analyse des évolu­tions tem­po­relles et spa­tiales des machines détectées)
  • Faire naitre une com­mu­nauté autour du logi­ciel. Un exer­cice de style qui mélange déve­lop­pe­ment logi­ciel, mar­ke­ting, com­mu­ni­ca­tion et ges­tion de projet.

En paral­lèle, j’ai lancé le même schéma avec un autre pro­jet ini­tia­lisé cette année sco­laire par une équipe de quatre élèves : un lec­teur RSS nou­velle géné­ra­tion, syn­thèse de ce qui se fait de mieux aujourd’hui, avec quelques plus “inédits”. J’aurai l’occasion d’en repar­ler à la ren­trée scolaire.

Et vous, avez-vous eu vent de pro­jets plu­ri­an­nuels comme Car­to­reso dans des uni­ver­si­tés ou grandes écoles en France ? Quelle en a été l’expérience retirée ?


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Publié le 29 mars 2008 Post de Olivier Ezratty | Enseignement supérieur, Logiciels, Logiciels libres | 8 commentaires

Les 8 commentaires sur “Cartoreso deuxième” :

  • Bravo à Nico­las et Julien pour le tra­vail de longue haleine réa­lisé sur Car­to­Reso cette année! Ce qu’ils ont fait est fan­tas­tique. Docu­men­ter un code exis­tant est notam­ment un tra­vail on ne peut plus ingrat, mais qui est néces­saire dans l’optique de dépas­ser le simple stade artisanal.

    A regar­der les courbes de télé­char­ge­ment, on constate à quel point le por­tage et le packa­ging de l’installation sous Win­dows a per­mis au logi­ciel de béné­fi­cier d’un “effet de base ins­tal­lée”. Si Ubuntu avait été choisi comme pla­te­forme de réfé­rence pour des rai­sons de com­pa­ti­bi­lité, pas­ser sur un OS qui repré­sente 85% du parc a démul­ti­plié la zone de cha­lan­dise, ie les uti­li­sa­teurs poten­tiels, de l’application. Evi­dem­ment, la logique ne s’applique que sur des logi­ciels clients (sinon il s’agirait des browsers).

    Plu­sieurs admi­nis­tra­teurs réseaux-sécurité de grands groupes et minis­tères uti­lisent aujourd’hui Car­to­Reso, ce qui est une satis­fac­tion énorme: cela veut dire que loin d’être un pro­jet de labo, le logi­ciel ren­contre petit à petit son marché.

    Une remarque Oli­vier sur l’absence de busi­ness model qui tienne la route avec Car­to­Reso: en tout état de cause, il y aurait lar­ge­ment la place de mon­ter une société d’audit sécu­rité et réseaux s’appuyant sur Car­to­Reso (eg détec­tion d’ordinateurs dor­mants dans le réseau de l’entreprise qui seraient des failles; comp­tage des machines; inven­taire du parc d’OS; attri­bu­tions d’IP; etc.). Mais la ren­ta­bi­lité de ce modèle écono­mique de ser­vice outillé s’apparente à une société de conseil clas­sique. Or, les modèles indus­triels sont tel­le­ment plus dif­fi­ciles à réa­li­ser, mais tel­le­ment plus beaux également…

  • [2] - Olivier Ezratty a écrit le 30 mars 2008 :

    Pour ce qui est du busi­ness model, je fai­sais évidem­ment allu­sion à celui d’un éditeur de logi­ciel, pas à une SSII / SSLL.

  • [3] - Steph a écrit le 31 mars 2008 :

    Je suis d’accord avec vous pour dire que les petits pro­jets n’ont sou­vent pas de com­mu­nau­tés der­rière, mais par­ler de pure argu­ment mar­ke­ting de la part des edi­teurs de logi­ciels libres est a mon avis un peu éxagéré. Il ne faut pas par­tir du prin­cipe que la com­mu­nauté, c’est for­cé­ment des déve­lop­peurs béné­voles qui par­ti­cipent sur leur temps libres. Les socié­tés peuvent faire par­tie d’une com­mu­nauté : par exemple, Ope­nOf­fice est pas mal déve­loppé par Sun, mais Novell et IBM y par­ti­cipent gran­de­ment aussi. Pour d’autres pro­jets, comme KDE, Eclipse ou le noyau linux, ce n’est même presque qu’un grand ras­sem­ble­ment d’entreprises : les déve­lop­peurs sont dis­pat­chés un peu par­tout. Alors certes, ça ne pro­fites sou­vent qu’au gros pro­jets, mais c’est aussi les plus gros pro­jets qui demandent le plus de boulots.

    Concer­nant Car­to­Rezo, je ne le connais pas par­ti­cu­liè­re­ment, mais a mon avis si quelqu’un le main­tient sur le long terme c’est typi­que­ment le genre de pro­jets qui peut avoir sa petite com­mu­nauté : les admins l’utilisant sont plus que sus­cèp­tibles d’avoir les com­pé­tences pour l’améliorer, et peuvent avoir besoin de fonc­tion­na­li­tés suplémentaires.

    Une der­nière chose : c’est vrai qu’un lea­der stable et tout puis­sant c’est un gros avan­tage, et que Linus en est un belle example. Il convien­dra tou­te­fois de noter que Linus reste le lea­der uni­que­ment parce que la communauté(ie aussi bien d’entreprises que de déve­lop­peurs indé­pen­dants, et dans une moindre mesure d’utilisateur) y trouve son compte. Et le fait que celle-ci garde la pos­si­bi­lité de for­ker, et donc pour­quoi pas chan­ger de lea­der, est a mon avis l’un des ingré­dient du suc­cès de Linux. Sans cela, sans doute que beau­coup d’industrielles n’auraient pas inves­tit dedans : c’est un gage de péré­nité quelque part, si le lea­der com­mence à tour­ner au vinaigre les années d’investissements ne seront pas à jet­ter pour autant. Donc un lea­der tout puis­sant, pour­quoi pas, mais pas trop quand même :)

  • [4] - Olivier Ezratty a écrit le 31 mars 2008 :

    Steph, vous pre­nez comme exemples les logi­ciels libres les plus connus et sur les­quels la com­mu­nauté (d’entreprises, effec­ti­ve­ment) est très active.

    Mais il y a 173000 pro­jets open source dans Sour­ce­Forge et la grande majo­rité ne béné­fi­cient pas de cet effet. Cela com­prend certes des outils mineurs peu uti­li­sés, mais pro­ba­ble­ment des pro­jets issus de petites SSLL ou petits éditeurs de logi­ciels libres. L’indicateur per­ti­nent, c’est le % des déve­lop­pe­ments qui ne pro­viennent pas de l’équipe d’origine du logi­ciel. Avez-vous cet indi­ca­teur pour toutes les SSLL fran­çaises par exemple ?

    Argu­ment mar­ke­ting ? Ca l’est au moins pour des rai­sons pra­tiques quand les avan­tages de l’open source sont mis en avant mais pas for­cé­ment opé­ra­tion­nels si le logi­ciel ne béné­fi­cie pas d’une véri­table com­mu­nauté active.

    Les rai­sons de l’investissement d’industriels comme IBM dans Linux sont à mettre sur le compte de plein de rai­sons stra­té­giques qui pour cer­taines n’ont rien à voir avec les beau­tés de Linux :
    - Coût de main­te­nance des Unix pro­prié­taires
    - Ten­dances du mar­ché
    - Posi­tion­ne­ment mar­ché “com­mu­nau­taire“
    - Pos­si­bi­lité de vendre du ser­vice grâce à l’open source
    - Résis­tance à la part de mar­ché crois­sante de Micro­soft dans les logi­ciels serveurs

    Ce qui n’a pas empê­ché IBM de res­ter le second éditeur de logi­ciels pro­prié­taires du mar­ché pro­fes­sion­nel der­rière MS et proche d’Oracle. IBM est open source quand ça l’arrange (pour les OS, pour vendre du maté­riel et des ser­vices), mais pas au point de sabor­der son busi­ness logi­ciel clas­sique : les softs main­frames, les Lotus, Tivoli, Ratio­nal, DB2 et autres Webs­phere. Si ils croyaient tant à l’open source comme modèle uni­ver­sel, n’auraient-ils pas adopté le modèle pour leurs logi­ciels propriétaires ?…

    Pour Micro­soft, c’est pareil. Cer­tains ont vu les récentes annonces de l’éditeur comme une “adop­tion de l’open source” (leurs licences open source vali­dées par l’OSI, etc). Loin de là ! C’est sur­tout un moyen de se faire bien voir de la com­mu­nauté open source (et il y a encore du che­min!), et de l’enseignement supé­rieur et de la recherche. Mais pas ques­tion de mettre leurs logi­ciels pro­prié­taires clas­siques et rému­né­ra­teurs en open source ! Même quand leurs codes sources sont par ailleurs dis­po­nibles pour consul­ta­tion (comme c’est le cas de Win­dows depuis des années).

    Sinon, le fork que vous décri­vez est effec­ti­ve­ment une sorte d’assurance vie, mais en même temps, c’est un talon d’Achille. La grande diver­sité des dis­tri­bu­tions Linux est pro­ba­ble­ment l’un des fac­teurs qui ralen­tit l’adoption de Linux, au moins sur le poste de tra­vail. Ce qui explique la sélec­tion natu­relle du moment, qui voit Ubuntu sur­pas­ser les autres dis­tri­bu­tions. Pour deve­nir un mar­ché de masse, Linux a besoin d’être uni­fié et moins “divers”. C’est un para­doxe dif­fi­cile à admettre pour la com­mu­nauté Linux.

  • C’est un fait bien établi qu’une grande majo­rité des pro­jets sous Sour­ce­forge n’ont comme seuls contri­bu­teurs que leur petite équipe ini­tiale. Mais cela n’en fait pas de simples free­ware pour autant, car les sources sont effec­ti­ve­ment consul­tées régu­liè­re­ment. Il y a dans l’open source une dimen­sion impor­tante à mes yeux, celle de patri­moine, “patri­moine de l’humanité” si on veut y mettre un peu d’emphase. Or l’informatique pro­gresse bien plus par l’élargissement du patri­moine de code source que par de la connais­sance fondamentale.

    Tous ces pro­jets, le fruit de l’ingéniosité et du labeur de cette géné­ra­tion, sont à la dis­po­si­tion des géné­ra­tions futures. Peu importe que cer­tains soient de médiocre qua­lité, les lec­teurs feront leur mar­ché. A ce titre, sour­ce­forge est une biblio­thèque plus qu’un ges­tion­naire de sources, mais c’est déjà énorme.

    Cela dit, le but de tout pro­jet open source est effec­ti­ve­ment d’attirer quelques déve­lop­peurs tiers. Outre le ‘mar­ke­ting com­mu­nau­taire’, c’est sur­tout l’utilisation effec­tive du pro­duit qui finira par ame­ner des contributeurs.

  • [6] - Olivier Ezratty a écrit le 31 mars 2008 :

    Patri­moine… pour­quoi pas. Mais dans pas mal de cas, cela fait plus pen­ser aux oeuvres non expo­sées des sous-sols du Louvre qu’autre chose! En tout cas, comme dans la culture, il y a un pro­ces­sus de sélec­tion qui s’opère par l’audimat.

    Je sous­cris entiè­re­ment à ton der­nier point. En géné­ral, déve­lop­pe­ment logi­ciel ou pas, il y a envi­ron un contri­bu­teur pour 25 à 50 consom­ma­teurs d’un pro­duit ou ser­vice imma­té­riel. Donc, pour avoir des contri­bu­teurs, il faut d’abord atti­rer un grand nombre de consom­ma­teurs. Parmi eux, on aura alors quelques déve­lop­peurs ayant le pédi­grée sou­haité: inté­res­sés, com­pé­tents, ayant du temps, et quelque peu altruistes.

  • Pour reprendre cer­tains éléments de la dis­cus­sion, l’Open Source me semble pro­cu­rer deux avan­tages majeurs :
    - Le “Try & Buy” : la pos­si­bi­lité d’utiliser des logi­ciels ou des sources sans paie­ment ini­tial pour les pre­miers déve­lop­pe­ments. Un modèle très bien adapté aux star­tups à la dif­fé­rence des logi­ciels clas­siques, qui, mal­gré quelques amé­na­ge­ments, néces­sitent rapi­de­ment de payer des coûts fixes de licences en regard d’un busi­ness dont la ren­ta­bi­lité peut se faire attendre.
    - La capi­ta­li­sa­tion des déve­lop­pe­ments réa­li­sés : il est beau­coup plus facile de par­ta­ger des déve­lop­pe­ments réa­li­sés, notam­ment par des entre­prises clientes sur des fonc­tions péri­phé­riques et non coeur de busi­ness, avec un modèle open source. Et ces déve­lop­pe­ments peuvent repré­sen­ter des volumes impor­tants cou­plés à une impré­ci­sion de l’expression des besoins fonc­tion­nels. J’ai ainsi été frappé par la richesse des modules com­plé­men­taires offerts par les CMS Open Source. Il y en a des cen­taines pour les CMS les plus uti­li­sés qui couvrent la plus grande diver­sité des besoins et qui ont été capi­ta­li­sés au fur et à mesure des déve­lop­pe­ments clients.

    A contra­rio, les argu­ments habi­tuel­le­ment avan­cés sur l’Open Source me semblent beau­coup moins per­ti­nents :
    - Coût de licence infé­rieur (mais le coût total de pos­ses­sion est sou­vent supé­rieur du fait de la main­te­nance)
    - Déve­lop­pe­ment com­mu­nau­taire (mais l’essentiel des déve­lop­peurs sont four­nis par IBM, Sun et Novell)
    - Et je ne parle pas de l’indépendance par rap­port aux four­nis­seurs tra­di­tion­nels, sujet plus sou­vent abor­dés sous l’ange ideo­lo­gique plu­tôt que sous l’angle du “sourcing”.

    Et der­nière remarque les aspects “Try & Buy” et “Capi­ta­li­sa­tion des déve­lop­pe­ments réa­li­sés” pour­raient tout aussi bien être inté­grés par les éditeurs traditionnels.

  • Le débat tourne aux “pros & cons” de l’open source, mais ce qui est dit ici est inexact à mon sens, même si très clas­sique de a rétho­rique des éditeurs tra­di­tion­nels. Je me per­mets d’y répondre.

    Le coût total de pos­ses­sion est le plus sou­vent très infé­rieur, c’est un fait, et c’est ce qui explique la per­cée de ces pro­duits. Chez Smile nous déployons régu­liè­re­ment de l’open source chez des grands comptes, et nos inter­lo­cu­teurs nous le disent eux-mêmes, presque ingé­nue­ment: ça leur coûte énor­mé­ment moins. Lorsqu’ils déploient par exemple eZ publish, un CMS open source, au lieu de Vignette, il y a un fac­teur 10 dans le coût total de pos­ses­sion. Certes le fac­teur n’est pas tou­jours 10, mais tou­jours important.

    Le déve­lop­pe­ment des pro­jets open source n’est sûre­ment pas limité à IBM, Sun et Novell, c’est une étrange idée. Il faut bien sûr dis­tin­guer en la matière l’open source com­mu­nau­taire et l’open source d’éditeurs. Sur le second, qui est par­ti­cu­liè­re­ment dyna­mique ces der­nières années, c’est l’éditeur - et non pas Novell - qui réa­lise le coeur du pro­duit. Mais la ten­dance est à des pro­duits qui ont un sys­tème d’extensions, de sorte qu’il y a une vraie coha­bi­ta­tion entre un noyau d’éditeur, entre les mains d’une équipe réduite, et des exten­sions - par­fois par cen­taines - qui relèvent d’un déve­lop­pe­ment réel­le­ment com­mu­nau­taire, à grande échelle.

    Enfin, la moindre dépen­dance vis à vis d’un four­nis­seur, est égale­ment une évidence. Dans le cas du com­mu­nau­taire, ça va de soi. Dans le cas de l’open source d’éditeur, c’est vrai égale­ment car il est tou­jours sous la menace d’un fork. Pour un pro­jet open source, le fork est à la fois une cala­mité et un garde-fous, qui pro­tège le client: si l’éditeur ten­tait d’abuser de la cap­ti­vité sup­po­sée du client, il s’exposerait à un fork (cf. Com­piere ou Mambo). C’est très prag­ma­tique tout cela, il n’y a rien d’idéologique.

    Il y a un autre argu­ment, employé par­fois par les éditeurs, c’est le “buy vs. build”, qui vou­drait que l’open source repré­sente l’option “build”: on aurait du sur-mesure, mais à condi­tion d’allouer beau­coup de jours.hommes et d’expertise. C’est un peu ridi­cule: il n’y a pas un uti­li­sa­teur de MySql sur 10 000 qui a télé­chargé les sources, sans par­ler d’y faire des modi­fi­ca­tions. Rem­pla­cer Oracle par MySql n’implique aucune exper­tise sup­plé­men­taire, ni aucune charge supplémentaire.




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