Acquisition d’ILOG par IBM

Publié le 25 août 2008 et mis à jour le 26 août 2008 - Un commentaire -
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Il s’est évidem­ment passé pas mal de choses dans la high­tech pen­dant cet été. L’une d’entre elles m’a par­ti­cu­liè­re­ment mar­qué : l’annonce de l’acquisition par une OPA ami­cale d’ILOG par IBM. C’est un autre gros éditeur de logi­ciel fran­çais qui se voit ainsi gobé par un acteur étran­ger, après le rachat mar­quant de Busi­ness Objects par SAP en 2007. Un arrière goût de “mince, c’est dom­mage, mais c’est ainsi”.

Créé en 1987, ILOG fai­sait par­tie du “Top 10” des éditeurs fran­çais, et sou­vent mis en avant comme l’une des trop rares réus­sites, notam­ment à l’étranger. Edi­teur connu, mais sur un domaine pas évident à vul­ga­ri­ser : les moteurs de règles (BRMS: Busi­ness Rules Mana­ge­ment Sys­tems), les outils d’optimisation (ODMS: Opti­mi­za­tion Deci­sion Mana­ge­ment Sys­tem), les com­po­sants de visua­li­sa­tion de don­nées et des solu­tions de Sup­ply Chain.

ILOG logo

Un timing bien choisi 

Le mon­tant de l’acquisition est de $340m avec une prime de 37% par rap­port au cours de clô­ture le jour de l’annonce (fin juillet 2008). C’est à peu près deux fois le chiffre d’affaire, de $181m dans leur année fis­cale échue en juin der­nier. Cette année fis­cale avait vu le chiffre d’affaire croitre de 12% (pas mal avec la baisse du dol­lar) mais la pro­fi­ta­bi­lité déjà moyenne pour un éditeur de cette taille chu­tait de $4,9m à $0,5m. En fait, l’année était défi­ci­taire, mais le résul­tat net était resté posi­tif grâce aux inté­rêts finan­ciers géné­rés par le cash de la société ($73m).

La société avait même entamé une réduc­tion d’effectifs, suite à des dif­fi­cul­tés dans le sec­teur de la finance mis à mal par la crise actuelle. Sa crois­sance étant plus forte dans les ser­vices, cela avait aussi affecté la marge opé­ra­tion­nelle de la société. On voit qu’IBM est tombé sur sa proie, un par­te­naire de longue date, plu­tôt au bon moment pour les deux parties.

ILOG est un éditeur qui avait plu­tôt bien réussi son déve­lop­pe­ment à l’international. Avec une filiale en Cali­for­nie et des équipes de déve­lop­pe­ment en par­tie là bas et de gros clients comme SAP, qui repré­sen­tait 3% de son chiffre d’affaire (SAP avait investi 5% du capi­tal d’ILOG en 1998). L’international repré­sente près des deux tiers du CA d’ILOG (41% dans les “amériques”).

Mais leur mar­ché est dur : les com­po­sants logi­ciels et les outils de déve­lop­pe­ment sont dif­fi­ciles à mar­ke­ter, les cycles de vente peuvent être longs, les écono­mies d’échelle pas tou­jours aussi bonnes que dans les logi­ciels métiers.

En tout cas, cette acqui­si­tion est “late stage”. ILOG avait été intro­duit au Nas­daq en 1997 puis au Nou­veau Mar­ché en 1998 (main­te­nant Euro­next). Cela aura per­mis de finan­cer INRIA Trans­fert et de créer I-Source Ges­tion, et par là même d’aider plus de 90 star­tups issues d’INRIA.

Rôle d’IBM dans les plates-formes d’entreprise

Le midd­le­ware est main­te­nant le coeur de métier de la grosse acti­vité d’édition de logi­ciels d’IBM (envi­ron $19m ce qui les place en second der­rière Micro­soft mais devant eux si l’on n’intègre que l’activité ser­veur de ce dernier).

L’acquisition d’ILOG com­plète une pano­plie riche de logi­ciels ser­veurs et d’outils de déve­lop­pe­ment, notam­ment les familles WebS­phere, Ratio­nal et Tivoli (voir la richesse de l’offre logi­cielle d’IBM). Cela ren­force le rôle pivot d’IBM pour pro­po­ser des solu­tions d’orchestration de la chaine logi­cielle métiers de ses grands clients, dans le cadre plus géné­ral des logi­ciels de “Busi­ness Pro­cess Management”.

Cela conso­lide aussi rôle pilote d’IBM autour de Java (sur­tout J2EE), qu’ILOG mai­trise bien (tout autant que la pla­te­forme .NET de Micro­soft d’ailleurs). Et cela donne au pas­sage un atout de plus à IBM dans son rôle de four­nis­seur de plate-forme pour éditeurs de logi­ciels (ILOG four­nis­sant plus de 450 d’entre eux!).

La conso­li­da­tion se pour­suit dans les logi­ciels d’entreprise

La conso­li­da­tion de l’industrie du logi­ciel d’entreprise se pour­suit donc inexo­ra­ble­ment. Elle rap­pelle qu’il est dif­fi­cile de res­ter long­temps indé­pen­dant dans ce sec­teur d’activité et que la taille cri­tique compte énor­mé­ment. Même un éditeur qui fait un ou deux mil­liards de dol­lars de CA est sous-critique aujourd’hui, car il peut être absorbé par Oracle, IBM, voire Micro­soft. C’est ce qui est arrivé avec Busi­ness Objects, racheté par SAP.

Oracle a mon­tré la voie ces cinq der­nières années avec une vora­cité d’acquisitions en ali­gnant à son tableau de chasse: Peo­ple­soft, Sie­bel, Retek, Hyper­ion et BEA. IBM s’est contenté dans le même temps de Cognos et de plein de petites éditeurs de midd­le­ware. On manque cepen­dant de recul pour qua­li­fier les résul­tats de ces acqui­si­tions. La presse spé­cia­li­sée est rela­ti­ve­ment silen­cieuse sur ce qu’il est advenu des acti­vi­tés des grands éditeurs acquis par Oracle.

On se plai­gnait de ne pas avoir assez d’ILOG en France. On en a un de moins main­te­nant. Peut-on éviter de voir ainsi ses acteurs absor­bés ? C’est une ques­tion de masse cri­tique. Tout comme il faut des cen­taines voire des mil­liers de star­tups Inter­net pour espé­rer voir un grand acteur émer­ger dans son pays, il fau­drait plu­sieurs ILOG en France pour espé­rer en voir un ou deux atteindre une taille cri­tique et ne pas se faire absor­ber. Un peu comme un Check­Point en Israël qui, dans les logi­ciels de sécu­rité, est encore indé­pen­dant. Tout ceci ne fait que nous rap­pe­ler que dans la grande chaine ali­men­taire des entre­prises inno­vantes, il est stra­té­gique de les aider à croître et à atteindre la taille cri­tique, en par­ti­cu­lier en les encou­ra­geant à se déve­lop­per rapi­de­ment à l’international. Il faut donc juste per­sé­vé­rer, tout en choi­sis­sant les sec­teurs por­teurs, les logi­ciels d’entreprise n’étant pas néces­sai­re­ment dans le lot au milieu de toutes les oppor­tu­ni­tés qui existent aujourd’hui dans la hightech.

Quelle inté­gra­tion ?

Se pose main­te­nant donc la ques­tion des condi­tions d’intégration d’ILOG dans IBM. Vont-ils res­ter une filiale ? Etre inté­grés dans une divi­sion exis­tante ? Quid des équipes de R&D basées en France ?

D’un point de vue humain, c’est en tout cas une très belle aven­ture de plus de 20 qui pour­rait se ter­mi­ner pour Pierre Har­ren, l’actuel CEO d’ILOG et cofon­da­teur de la société. Va-t-il conti­nuer chez IBM ? Pro­ba­ble­ment s’il doit y res­ter un cer­tain temps du fait du deal de l’acquisition. Mais après, il pourra cer­tai­ne­ment mettre son expé­rience au pro­fit de l’écosystème fran­çais, coa­cher des star­tups, en créer même une, que sais-je ! Les portes lui seront en tout cas grandes ouvertes car il est appré­cié dans l’industrie.

Quid égale­ment de Jean-François Abra­ma­tic, ancien chair­man du W3C et Chief Pro­duct Offi­cer (en fait, CTO) de ILOG depuis 2000 ? Va-t-il se dis­soudre dans la culture IBM ou trou­ver lui aussi un autre che­val de bataille ? Son exper­tise et son passé franco-américains sont de grande valeur !

Et les Assises du Numérique ?

Les Assises du Numé­rique avaient donné lieu à moulte réflexions. Notam­ment sur l’industrie du logi­ciel, pro­mue par l’AFDEL. Celle-ci a remis des pro­po­si­tions à Eric Bes­son le 30 juillet 2008. Pro­po­si­tions qui ne seront publiées en détail qu’en septembre.

Bien entendu, elles visent à valo­ri­ser la filière du logi­ciel. Avec quatre pistes :

  • Faire de l’industrie du logi­ciel une prio­rité d’action publique.

C’est le genre de pro­po­si­tion qui ne veut mal­heu­reu­se­ment rien dire car tout est prio­ri­taire pour un gou­ver­ne­ment… Atten­dons donc le détail.

  • Sou­te­nir le déve­lop­pe­ment à l’international.

100% d’accord ! Reste à voir com­ment l’action publique peut y contri­buer. Il me semble que les pro­po­si­tions de l’AFDEL dans ce domaine ne devraient pas être spé­ci­fiques à l’industrie du logi­ciel (cf celles que j’avais conso­li­dées dans les 29 pro­po­si­tions pour les Assises).

  • Ren­for­cer les moyens de pro­tec­tion de la pro­priété intel­lec­tuelle du logiciel.

C’est un che­val de bataille connu de l’AFDEL alors que cette pro­priété intel­lec­tuelle est sous le coup d’incertitudes et de flou juri­dique, notam­ment autour des bre­vets logi­ciels. C’est un mic-mac à l’échelle euro­péenne. Bon courage !

  • Faci­li­ter l’accès des éditeurs de logi­ciels aux mar­chés publics.

Ce qui ne concerne pas que les éditeurs de logi­ciels mais les PME en géné­ral. Nous avons un mini-Small Busi­ness Act dans la Loi de Moder­ni­sa­tion de l’Economie. Mais il n’aboutira à pas grand chose car s’il per­met une dis­cri­mi­na­tion posi­tive de la com­mande publique à hau­teur de 15% en faveur des PME, il ne la rend pas obli­ga­toire. Ce qui ne chan­gera donc pas les habi­tudes. Il est pos­sible que l’AFDEL pro­pose des ammé­na­ge­ments à ce SBA.

Dans les nou­velles des vacances, la pré­sen­ta­tion du Plan Numé­rique par Eric Bes­son a été repous­sée à sep­tembre. Une bonne déci­sion pour prendre un peu de recul et éviter une annonce invi­sible en plein été. Eric Bes­son visite la Sili­con Val­ley la semaine pro­chaine. Cela chan­gera peut-être sa vue des choses. On peut espé­rer en tout cas que cela créera un choc chez lui, lui fai­sant prendre conscience de l’étendue des choses à faire évoluer en France pour réus­sir dans la high-tech, et de la dimen­sion écono­mique et socié­tale du sujet dont il a la responsabilité.


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Publié le 25 août 2008 Post de Olivier Ezratty | Actualités, Economie, Entrepreneuriat, Logiciels, Politique, Startups | Un commentaire

Un commentaire sur “Acquisition d’ILOG par IBM” :

  • [1] - herve a écrit le 26 août 2008 :

    C’était un choc rela­tif que cette acqui­si­tion. Après mysql (Sun), Navi­sion (Micro­soft) voire Skype (eBay) ou Kel­koo (Yahoo), la liste des M&A Eur->USA com­mence à s’allonger sérieu­se­ment et il n’est pas très clair que cela sera béné­fique aux futurs entre­pre­neurs européens.

    J’ai décou­vert Ilog vers 1997 et déjà son posi­tion­ne­ment était dif­fi­cile. Ilog n’a jamais été le chou­chou des inves­tis­seurs même si la valeur de l’action est mon­tée à $100 en 2000 (contre moins de $20 aujourd’hui). Mon impres­sion est que Ilog était une société très techno. Les algo­rithmes d’optimisation qu’elle ven­dait était à la pointe. Elle avait même acheté Cplex, une start-up amé­ri­caine pour envi­ron $30M vers 1997. Retour à la mai­son… Aurait-elle pu évoluer dans la chaîne de valeur pour déve­lop­per des appli­ca­tions. Ni facile, ni sans doute sa volonté. Son chiffre d’affaires aura quin­tuple en dix ans ($33M en 1997 et $160M en 2007) mais comme tu le dis, ses pro­fits n’ont pas suivi ce joli multiple.

    Pierre Haren est quelqu’un de pas­sion­nant, j’espère comme toi qu’il aura envie de contri­buer à l’innovation et au sou­tien aux entrepreneurs.




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