Trop d’Etat, oui mais où ça? (6)

Publié le 10 mars 2007 et mis à jour le 13 mars 2007 - 6 commentaires -
PDF Imprimer cet article

Après avoir balayé le bud­get de l’Etat et décou­vert ses grandes com­po­santes, force est de consta­ter qu’il est plus facile de dénon­cer le trop-plein de dépenses que d’identifier des coupes franches et claires.

Je vais ter­mi­ner cette longue (isn’t it?) série de posts par un point sur le chif­frage des pro­grammes, quelques rap­pels sur la dette du pays, un rapide point sur les col­lec­ti­vi­tés locales (qui méri­te­raient une ana­lyse plus fouillée) et lis­ter quelques approches pos­sibles pour réduire le péri­mètre de l’Etat sans affec­ter ses mis­sions clés.

Sur le chif­frage des programmes

On peut évide­ment com­men­cer par remettre en cause le bien fondé de ces coupes mais il fau­drait déjà com­men­cer par ne pas pré­voir de dépenses sup­plé­men­taires. Je fais donc mien ce com­men­taire d’économistes qui trouvent absurde que Ségo­lène Royal autant que Nico­las Sar­kozy mul­ti­plient les pro­messes qui repré­sentent plus de 35md€ de dépenses sup­plé­men­taires dans le meilleur des cas, rien que pour l’Etat. Pour l’une comme pour l’autre, avec peut-être des effets écono­miques posi­tifs induits, mais assez hasardeux.

Nico­las Sar­kozy pro­met de plus des baisses de pré­lè­ve­ments, cer­taines allant un peu trop loin comme la sup­pres­sion de cer­tains droits de suc­ces­sion. Mais ces baisses ne devraient effec­ti­ve­ment avoir lieu qu’après qu’un net­toyage du bud­get de l’Etat et une sta­bi­li­sa­tion de la dette qui lui per­mette d’absorber ces baisses de recettes.

Fran­çois Bay­rou ne fait pas mieux car s’il équi­libre bien ses pro­po­si­tions de dépense avec des écono­mies ou recettes sup­plé­men­taires, il ne s’attaque pas véri­ta­ble­ment à la “sur­face” de l’Etat. Et sa pro­po­si­tion de loi inter­di­sant d’utiliser le défi­cit bud­gé­taire pour finan­cer le fonc­tion­ne­ment de l’Etat, et pas les inves­tis­se­ments, est un non sens. En effet, le défi­cit sert aujourd’hui à payer les inté­rêts de la dette, même pas à inves­tir! Voici à nou­veau ce schéma de mon pre­mier post sur le “Trop d’Etat, mais où ça?” :

Je ne parle pas des autres can­di­dats car leurs notions d’économies ne vont en géné­ral pas bien loin et ils n’ont pas de pro­gramme assez com­plet pour être ana­lysé. On trouve en vrac des sup­pres­sions vio­lentes de charges sociales pour les PME, sans finan­ce­ment des dépenses asso­ciées de pro­tec­tion sociale, des sup­pres­sions d’impôts sur le revenu, des aug­men­ta­tions signi­fi­ca­tives du SMIC sans amé­lio­ra­tion de la com­pé­ti­ti­vité des entre­prises concer­nées, ou le dou­ble­ment du bud­get de la défense (chez Le Pen), soit à lui tout seul 39md€… Bref, ce n’est pas très sérieux!

C’est en par­tie liée au fait qu’ils ne sont pas affi­liés à des par­tis repré­sen­tés à l’Assemblée Natio­nale. La sub­stance des pro­grammes des grands can­di­dats de la Pré­si­den­tielle pro­vient beau­coup en effet du tra­vail de leurs dépu­tés au sein de leur groupe par­le­men­taire. Et pas juste des “débats par­ti­ci­pa­tifs” qui s’ils per­mettent d’identifier des besoins au niveau de la popu­la­tion, ne per­mettent pas pour autant de défi­nir des orien­ta­tions stra­té­giques sur la manière de les satis­faire et de les prioritiser.

Les can­di­dats, sou­vent de gauche, évoquent sou­vent des réformes de la fis­ca­lité. Sou­vent, plus taxer encore plus “les riches” alors qu’ils le sont plu­tôt plus que dans la moyenne euro­péenne. Et que les faire encore plus fuir de France (soit intuitu per­so­nae, soit les entre­prises et leurs sièges) ne ferait qu’appauvrir la France.

Si la ques­tion de la fis­ca­lité mérite d’être revue pour réduire le péri­mètre de l’Etat, c’est dans les écono­mies sur le coût de la col­lecte. Mais dans l’ensemble, la fis­ca­lité est un sujet à part au regard de celui de la réforme de l’Etat et de la dimi­nu­tion des dépenses publiques.

Sur la dette publique

Le défi­cit bud­gé­taire n’est pas véri­ta­ble­ment de 42md€ mais en fait, de 106md€ car en plus des inté­rêts, il faut la rem­bour­ser cette dette, pour 72md€ en 2007!

Autre manière de voir les choses: le rem­bour­se­ment de la dette dans son ensemble cor­res­pond au quart du finan­ce­ment de l’Etat (106,5md€ sur un total de 106,5+265+31, soit exac­te­ment 26,4%). Pour réduire la dette, il fau­drait ne plus emprun­ter pour la rem­bour­ser, et finan­cer son rem­bour­se­ment sur les recettes nor­males de l’Etat. Mais la part de l’emprunt qui sert à finan­cer son rem­bour­se­ment n’est qu’une manière de la sta­bi­li­ser au lieu de la dimi­ner. Contrai­re­ment au par­ti­cu­lier, L’Etat peut se per­mettre d’avoir une dette stable ou en aug­men­ta­tion au lieu de la rembourser.

Le cal­cul est donc plus com­plexe qu’il n’y parait. On peut sta­bi­li­ser la dette si en gros, le défi­cit bud­gé­taire n’est pas supé­rieur à la dif­fé­rence entre les taux d’intérêts moins l’inflation et la crois­sance du PIB. Cette lettre de l’OFCE publiée début 2006 “Faut-il réduire le défi­cit public” l’explique et rela­ti­vise les conclu­sions alar­mistes du rap­port Pebe­reau qui avaient servi de base à la com­mu­ni­ca­tion de Thierry Bre­ton sur la rigueur bud­gé­taire de l’Etat pen­dant toute l’année 2006. Ces écono­mistes indiquent ainsi que la réduc­tion de la dette n’est pas une fin en soi. C’est plu­tôt sa sta­bi­li­sa­tion qui est critique.

J’ai essayé de syn­thé­ti­ser l’aspect chif­fré de cette publi­ca­tion de l’OFCE ici:

Pigé? Pas évident… :) . Ce post du site Débat 2007 explique en tout cas cela mieux que moi.

En tout cas, ce qu’il faut com­prendre, c’est que la dette est sta­bi­li­sée si les taux d’intérêt équi­va­lent à la somme de l’inflation et de la crois­sance du PIB. C’est à peu près le cas aujourd’hui ce qui per­met au bud­get 2007 de sta­bi­li­ser la dette de l’Etat. Mais si la crois­sance du PIB n’est pas au rendez-vous ou que les taux d’intérêt aug­mentent, la dette augmentera!

Sur les col­lec­ti­vi­tés locales

C’est à ce niveau que les pré­lè­ve­ments ont le plus aug­menté tout comme le nombre de fonc­tion­naires ces der­nières années: +43% en 20 ans contre 12% pour l’Etat. 

Et cela ne s’explique pas uni­que­ment par la prise en charge par les col­locs de dépenses jusqu’alors assu­mées par l’Etat: RMI/RMA, frais de fonc­tion­ne­ment des établis­se­ments d’enseignement pri­maires et secon­daires, etc. Sur 20 ans, les bud­gets des col­locs ont aug­menté chaque année de 5,5%, bien au delà de l’inflation, hors dépenses liées aux com­pé­tences trans­fé­rées par l’Etat!

Pour en savoir plus sur le sujet, j’ai trouvé deux sources d’informations très riches d’enseignement:

  • Un rap­port sur la fis­ca­lité locale de l’Assemblée Natio­nale qui met les choses au point sur l’origine de son augmentation.
  • Le récent Rap­port Richard sur le finan­ce­ment des col­lec­ti­vi­tés locales. Qui nuance le pro­pos en indi­quant que: “Expri­mées dans les concepts de la comp­ta­bi­lité natio­nale, les dépenses des admi­nis­tra­tions publiques locales repré­sentent en France 11 % du pro­duit inté­rieur brut (PIB) en 2005. C’est sen­si­ble­ment moins que dans d’autres pays d’organisation plus décen­tra­li­sée voire fédé­rale puisque cette pro­por­tion de dépenses locales et régio­nales est de 13 % du PIB au Royaume-Uni, de 15 % en Ita­lie pour mon­ter jusqu’à 20 % en Alle­magne et 21 % en Espagne. Ces der­nières années, un mou­ve­ment géné­ral de décen­tra­li­sa­tion dans les pays de l’Union euro­péenne a entraîné une crois­sance rapide du poids des dépenses des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales dans la dépense publique d’ensemble. La dépense locale est majo­ri­taire dans la dépense publique au Dane­mark (62 %) et en Espagne (54 %), elle dépasse 40 % en Alle­magne (43 %) et en Suède (44 %), reste encore autour de 30 % au Royaume-Uni, en Pologne ou en Ita­lie alors qu’elle n’est que de 20 % en France” (BIS du Minis­tère de l’Intérieur, Jan­vier 2007).”.

Ces dif­fé­rents rap­ports concluent notam­ment, comme la Cour des Comptes, à l’inefficacité des syn­di­cats inter­com­mu­naux qui devaient ser­vir à mutua­li­ser cer­taines acti­vi­tés, mais n’ont fait qu’ajouter une couche de plus.

Un petit bench­mark euro­péen montre cette frag­men­ta­tion des col­lec­ti­vi­tés locales en France (sources: don­nées 2003 pro­ve­nant d’Eurostat, sauf la popu­la­tion de la France ajus­tée en 2006). Notre pays repré­sente 30,5% du nombre de com­munes de l’Union Euro­péenne actuelle, pour 13,9% de la popu­la­tion! les seuls pays qui ont moins d’habitants par com­mune sont l’Estonie, l’Irlande, Chypre, la Tché­quie et la Grèce. Il n’y a pas for­cé­ment de cor­ré­la­tion entre ces don­nées et la per­for­mance écono­mique de ces pays (l’Italie va mal et est ici mieux pla­cée), mais c’est un han­di­cap qui s’ajoute à de nom­breux autres handicaps!

Conclu­sion? Oui à la décen­tra­li­sa­tion! Mais accom­pa­gnée d’une défrag­men­ta­tion des col­lec­ti­vi­tés locales. Et là, il y a du bou­lot. Le Sénat sera méca­ni­que­ment contre du fait de son mode d’élection par les élus locaux et les que­relles de cha­pelle - au propre comme au figuré - ralen­ti­ront toute réforme. Et pour­tant, elle est bien néces­saire et néces­si­tera un grand cou­rage poli­tique pour ceux qui les déclen­che­ront. Cou­rage dont on entend peu par­ler au demeu­rant! Cela peut rap­por­ter plus que la simple chasse aux dépenses inutiles telles que dénon­cés régu­liè­re­ment dans le gas­pillo­thon de l’émission “Com­bien ça coute” de Jean-Pierre Per­not sur TF1!

Approches de réduc­tion du bud­get de l’Etat

Alors, quelle approche envi­sa­ger pour réduire le péri­mètre du bud­get de l’Etat?

Tout d’abord, il fau­drait être cer­tain que le pro­blème est bien là, car il semble qu’une grosse part de la dif­fé­rence entre la France et les autres pays se situe dans la pro­tec­tion sociale et son coût plut que dans le coût de l’Etat. Un petit bench­mark de plus s’impose qui manque bien au débat poli­tique actuel!

Si on part du prin­cipe que l’Etat doit contrô­ler et réduire ses dépenses, il y a tout de même des solu­tions. De nom­breux rap­ports font des pro­po­si­tions dans ce sens, que l’on pour­rait clas­si­fier selon les cinq dimen­sions suivantes:

  • L’approche “top-bottom” lan­cée au Canada à par­tir de 1994 qui a consisté à dimi­nuer assez vio­lem­ment le péri­mètre de l’Etat en rédui­sant d’environ 23% le nombre de fonc­tion­naires, ce de manière assez homo­gène dans les dif­fé­rents Minis­tères. Cette approche “top-bottom” a per­mis de réduire les dépenses de l’Etat, de relan­cer l’économie et égale­ment de désen­det­ter le Canada. Mais elle allait au delà avec un véri­table réen­gi­nee­ring du rôle de l’Etat et de ses ser­vices, avec une approche orien­tée “clients” pour ses citoyens. Après cette réforme, les pré­lè­ve­ments publics de l’Etat (fédé­ral) sont pas­sés de 17% à 13% du PIB (la France est actuel­le­ment à envi­ron 16%). Dans le même temps, la dette publique de l’Etat qui était de 65% du PIB en 1993 a été réduite de moi­tié, à moins de 30% du PIB en 2006. Et sur­tout, l’économie cana­dienne va beau­coup mieux! C’est un peu l’approche pré­co­ni­sée par Nico­las Sar­kozy qui sou­haite ne pas rem­pla­cer un retraité sur deux qui part à la retraite - sans en don­ner la recette exacte pour ne frois­ser per­sonne. En tout cas, ce semi-gel des embauches de fonc­tion­naires aura un impact iné­luc­table: faire “vieillir” la pyra­mide des âges des fonc­tion­naires qui est, on l’a vu, déjà bien plus vieille que celle du privé. Qui dit vieillis­se­ment dit impact indi­rect sur la capa­cité à se trans­for­mer car il faut du sang neuf pour chan­ger les vieilles habi­tudes! Autre dis­ci­pline, déjà bien encou­ra­gée par la LOLF: gérer les bud­gets par grande poche. Et ne pas comme Ségo­lène Royal, mettre sur le même plan le second porte avion et l’enseignement supé­rieur. Il vaut mieux avant de mettre sur le même plan le porte avion, la dis­sua­sion nucléaire et les sous-marins lan­ceurs d’engins, avant de pas­ser du coq (gau­lois et guer­rier) à l’âne (… si pos­sible sans le bon­net)! Une approche com­plé­men­taire, pra­ti­quée au Canada, consiste à sépa­rer l’organisation poli­tique (Minis­tère) des admi­nis­tra­tions concer­nées par ses déci­sions. Cela évite le syn­drome clas­sique du Ministre qui sert les inté­rêts de son admi­nis­tra­tion pour avoir la paix sociale.
  • L’approche “bottom-up” consiste à évaluer chaque dépense et à la remettre en cause chaque année. La LOLF a ini­tia­lisé une méca­nique d’évaluation qui per­met cette remise en cause. C’est un peu ce que j’ai tenté de faire avec ce tour des dépenses de l’Etat et l’approche n’est pas évidente. Ceux qui disent que l’Etat doit assu­mer ses mis­sions prio­ri­taires et se délais­ser des autres se gardent bien de dire les­quelles il faut aban­don­ner! L’outre-mer? Le sport? La culture? L’aide au déve­lop­pe­ment? La poli­tique de la ville? Les trans­ports? Pas évident! Cette démarche est régu­liè­re­ment uti­li­sée mais mêne à une réduc­tion très modé­rée du nombre de fonc­tion­naires (schéma ci-dessous) sachant que par­fois, cette réduc­tion cache une aug­men­ta­tion du nombre de per­son­nels non-titularisés.

  • L’approche “struc­tu­relle” qui passe notam­ment par un véri­table chan­tier de défrag­men­ta­tion de l’Etat avec des fusions d’organisations aux mis­sions voi­sines ou connexes et la mutua­li­sa­tion des res­sources. Comme dans toute grande entre­prise qui se restruc­ture, de telles évolu­tions génèrent d’importantes écono­mies en “backof­fice” (ges­tion, RH, finance, infor­ma­tique qui repré­sente un bud­get total de 6md€, etc) et en effi­ca­cité, tout du moins tant que la struc­ture qui en résulte reste gérable. La liste des fusions à envi­sa­ger est longue: DGCP/DT, Gendarmerie/Police, DST/RG, ANPE/ASSEDIC/UNEDIC, CES/CAE, mais aussi les écoles d’ingénieurs et uni­ver­si­tés - trop nom­breuses et pas assez plu­ri­dis­ci­pli­naires - à regrou­per et les 67 pôles de com­pé­ti­ti­vité qui diluent trop l’effort autour de l’innovation. Sans comp­ter le chan­tier équi­va­lent au niveau des col­lec­ti­vi­tés locales car leur frag­men­ta­tion extrême génère un sur­coût pour l’Etat. L’approche struc­tu­relle peut faci­le­ment faire écono­mi­ser quelques % de bud­get de la plu­part des grands Minis­tères. L’approche struc­tu­relle peut aussi consis­ter à rem­pla­cer des sys­tèmes d’aides trop frag­men­tés et com­plexes à mettre en oeuvre et néces­si­tant de nom­breux fonc­tion­naires, par des aides plus géné­riques et simples à admi­nis­trer. Par exemple, de nom­breuses aides à l’innovation pour­raient être avan­ta­geu­se­ment rem­pla­cées par des réduc­tions d’impôts ou de charges pour les PME inno­vantes. Au final, les aides seraient peut-être les mêmes, mais on écono­mi­se­rait une grande part de leur coût de ges­tion. Il faut aussi sup­pri­mer ou réduire cer­taines aides trop orien­tées vers les grandes struc­tures (autant indus­trielles qu’agricoles).
  • Les écono­mies “trans­ver­sales” visant à bais­ser les coûts de ges­tion, notam­ment par la pour­suite des plans type ADELE pour Inter­ne­ti­ser les pro­cé­dures admi­nis­tra­tives, la sim­pli­fi­ca­tion des lois, l’informatisation, la mutua­li­sa­tion des achats, le nombre de mana­gers inutiles dans cer­tains orga­ni­grammes en res­pec­tant des ratios nor­maux de managés/collaborateurs. Là encore, on peut grat­ter 1% à 2%.
  • L’approche “res­sources humaines” qui a évidem­ment un impact sur la moti­va­tion et la per­for­mance des fonc­tion­naires. Cela néces­site une révi­sion des poli­tiques sala­riales, leur mise à niveau, d’attirer les bons, de mesu­rer la per­for­mance et de limi­ter l’overhead mana­gé­rial. Et aussi de trai­ter ce fameux pro­blème des retraites avec cette  inéga­lité bien connue du cal­cul des pen­sions pour les fonc­tion­naires, basé sur les 6 der­niers mois d’activité (qui déclenchent sou­vent une pro­mo­tion de bon aloi en fin de car­rière) et le cal­cul dans le privé, basé sur la moyenne des 25 der­nières années. Cer­tains disent que c’est nor­mal car les fonc­tion­naires sont moins bien payés que dans le privé. Mais ce n’est pas for­cé­ment vrai à la fois en bas de l’échelle (au SMIC et autour) et par­fois en haut (où salaires et pri­vi­lèges divers font bon compte). Comme les retraites des fonc­tion­naires sont payées à par­tir des frais de per­son­nel du bud­get de l’Etat et non pas véri­ta­ble­ment par répar­ti­tion, il est grand temps de regar­der cela de près. Cela repré­sente 47md€ de ver­se­ments de retraites en 2007! Et rem­pla­cés ou non, les départs à la retraite vont cou­ter cher!

Une com­bi­nai­son avi­sée de ces cinq approches per­met­trait assez rapi­de­ment de sta­bi­li­ser la dette publique et ensuite, de la réduire, tout en aug­men­tant la richesse pro­duite par le sec­teur privé.

Dans mon petit tour des dépenses de l’Etat, j’ai en gros identifié:

  • 15md€ de dépenses de l’Etat (5,5% du total et 0,9% du PIB) qui sont liés à cer­taines spé­ci­fi­ci­tés géo­po­li­tiques de la France: le sur­cout de sa défense lié à la dis­sua­sion nucléaire et à son rôle dans le monde (en Afrique, à l’ONU, etc), de sa sécu­rité inté­rieure, de ses DOM-TOM. Sur­cout qu’il n’est pas facile de dimi­nuer sauf à revoir entiè­re­ment la posi­tion de la France dans le monde.
  • 9md€ d’écono­mies poten­tielles liées à une amé­lio­ra­tion de l’efficacité de l’Etat, à sa défrag­men­ta­tion et à quelques révi­sions (dif­fi­ciles) dans l’éducation (reve­nir sur les baisses d’effectifs dans les classes). Mais on peut comp­ter l’équivalent au niveau des col­lec­ti­vi­tés locales.
  • 3 md€ de besoins criants: dans l’enseignement supé­rieur et la recherche et dans la jus­tice. Sans comp­ter le cou­pe­ret à venir du finan­ce­ment local de la PAC (plus de 10md€). Le résul­tat net de mon petit tour est donc de 6md€. C’est suf­fi­sant pour ame­ner à une réduc­tion pro­gres­sive de la dette, mais ne tient pas compte du coût de cer­taines réformes (la défrag­men­ta­tion coute cher au début!).

Ma conclu­sion est que l’Etat n’est qu’un petit bout du pro­blème et de la solu­tion. Une grosse par­tie de la dif­fé­rence de pré­lè­ve­ments en France par rap­port aux autres pays se situe dans le finan­ce­ment de la pro­tec­tion sociale. La seule manière de les réduire est d’arriver à aug­men­ter l’emploi privé et réduire les charges liées au trai­te­ment social du chô­mage. Il faut égale­ment remettre à plat les retraites, mais déjà pour les rendre plus équi­tables, avant même d’envisager des écono­mies, rela­ti­ve­ment illu­soires avec le vieillis­se­ment de la population.

La marge de manoeuvre des poli­tiques est en tout cas plus impor­tante qu’on ne le dit, sur­tout sur le long terme. Les salaires repré­sentent moins de la moi­tié des dépenses du bud­get de l’Etat. Le reste relève du fonc­tion­ne­ment - plus ou moins pro­por­tion­nel au nombre de fonc­tion­naires, et d’un gros volume d’investissements et sur­tout de sub­ven­tions diverses. La marge de manoeuvre se situe à tous les niveaux, même si la par­tie “fonc­tion­naires” ne peut pas évoluer par grands à coups.

Nos poli­tiques - sou­vent de droite - qui veulent réduire le défi­cit et ser­rer la cein­ture de l’Etat seraient donc bien avi­sés de nous indi­quer la démarche qu’ils envi­sagent de suivre! Ceux de gauche gagne­raient à démon­trer une res­pon­sa­bi­lité nou­velle en s’engageant dans la même voie, sans pour autant renier le rôle de l’Etat. Bay­rou, au centre, devrait creu­ser un peu plus ses notions d’économie, qui sont encore vagues.

Cette enquête s’arrête donc ici.

Je ras­sem­ble­rai pro­ba­ble­ment dans les semaines ou mois à venir ces six posts sur le bud­get de l’Etat dans un seul docu­ment PDF que je met­trai à jour au gré de mes décou­vertes sur le sujet.

J’espère que tout ceci vous a au mini­mum informé et au mieux intéressé!

 

Sources d’informations et références

Voici un petit com­pen­dium des prin­ci­pales sources d’information uti­li­sées dans cette série de posts sur le bud­get de l’Etat :


Social book­mar­king:
  • Wikio FR
  • Technorati
  • Digg
  • StumbleUpon
  • del.icio.us
  • Facebook
  • FriendFeed
  • Suggest to Techmeme via Twitter
  • Twitter

Publié le 10 mars 2007 Post de Olivier Ezratty | Economie, France, Politique | 6 commentaires

Les 6 commentaires sur “Trop d’Etat, oui mais où ça? (6)” :

  • [1] - Leafar a écrit le 10 mars 2007 :

    Je me sens plus intel­li­gent main­te­nant !
    Oli­vier il faut envoyer l’ensemble de tes post à tous les fran­çais ;-)

  • Votre blog semble inter­es­sant (vos articles ne sont pas tres consis, c’est un defaut, qui est mien aussi).
    sur les defi­cits bud­ge­taire, de mon avis vous ne faite pas rentre suf­fi­sa­ment 1/ le taux de crois­sance. 2/ la marge de pre­le­ve­ment, 3/ la Demographie

    les USA ont un accrois­se­ment de GDP de 3% et une pres­sion fis­cal de 35% (25% pour le fede­ral) quand la France en a un de 1.5% et 45% de pres­sion fis­cal la demo­gra­phie de la France est celle de la Flo­ride (vieillis­se­ment de la popu­la­tion…). Com­pre­nez qu’un defi­cit de 5% sur le bud­get fede­ral ame­ri­cain est moins inquie­tant qu’un de 3% sur celui de l’Etat fran­cais qui bene­fi­cie de beau­coup moins de marge de maneouvre (notam­ment struc­tu­relle) que les USA pour resor­ber sa dette.

    mais votre vision reste interessante.

    Sur les droits de suc­ces­sion:
    Mort aux droits de succession

  • [3] - Olivier Ezratty a écrit le 12 mars 2007 :

    Je suis ren­tré dans la crois­sance pour la relier à la marge de défi­cit bud­gé­taire dans le der­nier post. Sans ren­trer dans le détail des sources poten­tielles de cette crois­sance en effet, pour ne pas débor­der du sujet.

    Pour ce qui est de la démo­gra­phie, la France a une par­ti­cu­la­rité euro­péenne: c’est le pays qui a l’un des plus fort taux de nata­lité (13/1000 vs 12,5/1000 en Flo­ride - sources INSEE 2006 pour la France et http://www.infoplease.com/ipa/A0763849.html pour les USA). Ce qui de bon augure pour dans 20 ans par rap­port au reste de l’Europe. Mais aussi, comme tous les pays occi­den­taux, un pays qui vieilli du fait du baby boom d’après-guerre.

    La pres­sion fis­cale de la France est supé­rieure à 49% quand on intègre les charges sociales! Et la dépense publique est de 54% du PIB (le delta pro­vient des recettes non fis­cales et du finan­ce­ment du défi­cit public)! Au delà de 50%, cela a ten­dance à trop sérieu­se­ment alour­dir la per­for­mance écono­mique du pays.

  • [4] - Damien a écrit le 28 mars 2007 :

    Sin­cé­re­ment, Merci!! Grace à vous j’ai beau­coup appris

    Une étude aussi appro­fondi sur le sec­teur de la santé serai sûre­ment aussi trés inté­res­sante. Mais j’imagine le tra­vail que cela doit repre­sen­ter.
    Si vous avez connais­sances de quelque chose de sem­blable, je suis preneur

    Bonne conti­nua­tion, merci encore

  • [5] - Olivier Ezratty a écrit le 29 mars 2007 :

    Je vais regar­der cela car les masses en jeu sont consé­quentes (400md€). A l’occasion d’une conso­li­da­tion des 6 posts dans un seul docu­ment PDF, je pré­vois de trai­ter le sec­teur pro­tec­tion sociale et santé, tout comme un petit sur­vol des grandes masses de la fiscalité.

  • […] Trop d’Etat, oui mais où ça? (1) Trop d’Etat, oui mais où ça? (2) Trop d’Etat, oui mais où ça? (3) Trop d’Etat, oui mais où ça? (4) Trop d’Etat, oui mais où ça? (5) Trop d’Etat, oui mais où ça? (6) […]




Ajouter un commentaire

Vous pouvez utiliser ces tags dans vos commentaires :<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong> , sachant qu'une prévisualisation de votre commentaire est disponible en bas de page après le captcha.

Captcha

Pour valider votre commentaire, veuillez saisir les lettres ci-dessus et cliquer sur le bouton Soumettre votre commentaire.

Derniers posts

Derniers commentaires

“Pertinent, concis et intéressant: merci Olivier !...”
“Le passage de l'article qualifiant la tv comme une industrie campée sur ses positions ne peut faire penser qu'aux majors de la musique. Après tout ce sont des empires de la consommation qui s'écroulent, c'est un bien ...”
“POUR COMPLETER VOTRE INFORMATION SUR LES PROJETS CHINOIS (en anglais...) 1. Alcatel-Lucent lights up China Telecom's, China Mobile's FTTH networks By Sean Buckley Comment | Forward | Twitter | Facebook | LinkedIn...”
“Sur le sujet de la Chine qui étrangle l'occident, je vous invite à lire les inquiétudes (très crédibles) de Andy Grove (ex-patron d'Intel). Il pense que les USA ont un vrai problème car il ne suffit pas d'inventer,...”
“Bonjour Olivier, Me rendant à l'expo de Shangai en septembre, je suis preneur de quelques adresses à visiter : start-ups, magasins... Cordialement. Patrick...”


Téléchargements gratuits

Diffusés gratuitement (sous Creative Commons) et en PDF :

image

CouvertureRapportCES

Voir aussi la liste complète des publications de ce blog.


Catégories