Trop d’Etat, oui mais où ça? (2)

Publié le 24 février 2007 et mis à jour le 29 mars 2008 - 7 commentaires -
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Avant de pour­suivre ma petite enquête, je vou­drais signa­ler que je me base uni­que­ment sur une recherche d’informations publiques sur Inter­net. Sans autre exper­tise que cela. La magie de l’Internet, c’est qu’il met à la dis­po­si­tion du citoyen un paquet d’informations pour lui per­mettre de jouer plei­ne­ment son rôle. Si je me sens mieux informé après cette démarche, je n’ai pas l’impression d’être devenu expert pour autant, donc si le cou­rage vous en dit, à vous de compléter…

Une masse d’information dis­po­nible pour le citoyen… qui a du temps!

Quand on se plonge dans la Loi de Finance 2007 ainsi que dans le rap­port sur la fonc­tion publique du Minis­tère qui en a la charge, on est pris de ver­tige par tant de com­plexité. L’interventionnisme de l’Etat saute aux yeux. La France n’est pas for­cé­ment pire que les autres pays, mais le nombre de domaines cou­verts est vraiment hallucinant.

L’information sur le sec­teur public ne manque pas. Les prin­ci­pales sources que j’ai décou­vertes sont le Minis­tère des Finances avec notam­ment les bud­gets 2007 détaillés par minis­tère, celui de la Fonc­tion Publique, et aussi les innom­brables rap­ports et ouvrages publiés notam­ment sur le site du Pre­mier Ministre. On trouve égale­ment beau­coup de conte­nus dis­sé­mi­nés sur les sites de l’Assemblée Natio­nale et du Sénat ainsi que sur celui de la Cour des Comptes, cette der­nière créant cepen­dant des rap­ports dif­fi­ciles à appré­hen­der car par­fois dénués de syn­thèses chif­frées. Sans comp­ter l’OCDE et l’Union Euro­péenne, égale­ment pro­lixes en docu­men­ta­tions sur le fonc­tion­ne­ment des ser­vices publics. En par­ti­cu­lier, Euro­stat, dont le site four­nit des tonnes de don­nées sta­tis­tiques gra­tuites per­met­tant de com­pa­rer les pays européens.

Il y a ensuite de nom­breux think tanks qui réflé­chissent à la ques­tion, tel L’Institut Mon­taigne, qui aborde notam­ment la ques­tion de la ges­tion du chan­ge­ment par les hommes et le mana­ge­ment, le CEPS, foca­lisé notam­ment sur les ques­tions de défense, ou encore En Temps Réel, un think tank ras­sem­blant notam­ment d’anciens membres des cabi­nets minis­té­riels des gou­ver­ne­ments Jos­pin et Rocard (Sté­phane Bou­j­nah, Fran­çois Vil­le­roy de Gal­hau, Ber­nard Spitz), le der­nier étant un pro­lixe autour d’ouvrages sur la réforme de l’Etat, dont l’excellent ouvrage col­lec­tif co-coordonné avec Michel Pébe­reau “C’est pos­sible! voici com­ment” au sujet de la réforme de la France. Et égale­ment Pen­ser Public, un think tank de fonc­tion­naires qui réflé­chit notam­ment au péri­mètre et à la rai­son d’être des ser­vices publics.

Fran­çois Hol­lande a récem­ment annoncé qu’il sou­hai­ter faire réa­li­ser un audit des finances publiques après l’élection espé­rée de Ségo­lène Royal. Jeu de manche poli­tique clas­sique visant à dis­cré­di­ter l’action du pré­cé­dent gou­ver­ne­ment. Mais les comptes sont publics et en tant que Député, il y avait lar­ge­ment accès avant tout le monde et sur plu­sieurs légis­la­tures. On peut exa­mi­ner chaque acti­vité ou orga­ni­sa­tion une par une, mais c’est rare­ment l’objet d’un audit des finances publiques. Un audit devrait ana­ly­ser le bien fondé de chaque action de l’Etat et de son efficacité.

En repre­nant mon post pré­cé­dent, je vais com­men­cer par dérou­ler le bud­get de l’état en par­tant du plus gros au plus petit.

Ce pre­mier tableau (source: rap­port fonc­tion publique) four­nit déjà la grande masse des effec­tifs par Minis­tères. Sachant que le décompte est com­plexe avec titu­laires et non titu­laires (qui ne sont pas dans ce tableau).

L’approche sera plus ou moins détaillée selon ma connais­sance du sujet et de la dis­po­ni­bi­lité d’informations publiques correspondantes.

Edu­ca­tion Natio­nale, Recherche et Ensei­gne­ment Supé­rieur (97md€)

C’est le pre­mier bud­get de l’Etat aux­quels il faut ajou­ter la contri­bu­tion des col­lec­ti­vi­tés locales, notam­ment aux infra­struc­tures des écoles, col­lèges et lycées, pour un total 2007 d’environ 23md€. Donc, à la louche, le pays y inves­tit aux alen­tours de 120md€, soient 7% du PIB. Les coûts d’infrastructure hors ensei­gne­ment supé­rieur sont pris en charge par les col­locs. Le minis­tère sup­porte essen­tiel­le­ment les coûts sala­riaux du sec­teur public, et c’est moins connu, des écoles pri­vées : les familles qui envoient leur enfant dans une école pri­vée n’en sup­portent “que” 15% du coût, le reste est sup­porté par l’Etat et les Collocs.

La part du bud­get de l’Etat consa­crée à l’Education a d’ailleurs régu­liè­re­ment aug­menté, tant - en séries longues- avec des gou­ver­ne­ments de gauche que de droite. De moins de 18% à 23% du total en plus de 20 ans, et 30% si l’on intègre l’enseignement supé­rieur et la recherche!

Ce bud­get est rare­ment remis en cause car l’enseignement et la recherche sont des prio­ri­tés pour les can­di­dats. Cer­taines lignes de ce bud­get peuvent fluc­tuer d’une année sur l’autre, notam­ment du fait de l’évolution démo­gra­phique. Cela amène le Minis­tère à revoir régu­liè­re­ment le nombre de postes d’enseignants en fonc­tion de la démo­gra­phie, ce qui génère sys­té­ma­ti­que­ment l’ire des syn­di­cats car ces ajus­te­ments ne s’expliquent pas uni­que­ment par la démographie.

Voici la décom­po­si­tion du bud­get de l’Etat 2007 pour l’Education, l’Enseignement Supé­rieur et la Recherche:

Ainsi que le nombre de fonc­tion­naires dans les établis­se­ments publics dépen­dant du Minis­tère de l’Education:

On y constate un effet cou­rant: l’existence d’organismes natio­naux avec un effec­tif de moins de 10 per­sonnes. De biens curieux cham­pi­gnons témoi­gnant de la grande frag­men­ta­tion du sec­teur public.

Les établis­se­ments de recherche publique ont des effec­tifs titu­la­ri­sés signi­fi­ca­tifs détaillés ici (CNRS, INRA, INED, INRIA, INSERM, etc) sachant qu’ils sont tou­jours com­plé­tés par des cher­cheurs externes - sou­vent issues d’universités - rat­ta­chés à leurs laboratoires:

Avec plus de un mil­lion d’enseignants et autres per­sonnes, nous avons là le plus gros effec­tif du sec­teur public en France. Le domaine de néces­site cer­tai­ne­ment des réformes, mais les­quelles abou­ti­raient à une réduc­tion d’effectifs ou de moyens? Pas évident!

Le Rap­port de la Cour des Comptes de 2004 sur les dépenses d’éducation n’apporte pas de réponse à cette ques­tion. Mal­gré 408 pages bien documentées!

Il fait cepen­dant quelques constats:

  • La France dépense de plus en plus par élève, tous cur­sus confon­dus, et se situe plu­tôt dans la moyenne haute de l’OCDE, à l’exception connue de l’enseignement supé­rieur. Une part de cette haute est liée aux retraites des ensei­gnants, dont le volume aug­mente et va conti­nuer d’augmenter. Une autre, signi­fi­ca­tive est liée à la dimi­nu­tion du nombre d’élèves pas classes. Dimi­nu­tion qui n’aurait pas eu d’impact sur la per­for­mance de l’enseignement et qui pour­rait éven­tuel­le­ment être remise en cause d’après un rap­port du Haut Conseil de l’Evaluation de l’Ecole (devenu depuis 2005 le Haut Conseil de l’Education).

  • Il y a seule­ment 0,5% de “primo arri­vants” (enfants immi­grés ne par­lant pas le fran­çais) dans le pri­maire. Ce qui veut dire que le coût direct de l’immigration dans l’éducation est assez mar­gi­nal à ce niveau là.
  • Il y a 8% des emplois d’enseignants qui sont affec­tés aux rem­pla­ce­ments dans le pri­maire. Faut-il remettre en cause les congés payés des ensei­gnants, qui sont bien supé­rieurs à ceux des autres fonc­tion­naires et du privé et caler les for­ma­tions pen­dant les congés sco­laires? Au prix d’une petite grève?
  • Dans tous les cycles, le nombre d’enseignants rap­porté au nombre d’élèves aug­mente, comme dans le secon­daire. Est-ce juste pour com­pen­ser le sur­ef­fec­tif des classes, tant dénoncé dans les années 1990?

  • Mal­gré tout ce qui peut se dire sur le sujet, les enfants d’ouvriers ont plus accès à la for­ma­tion supé­rieur qu’il y a 20 ans, mais dans une pro­gres­sion paral­lèle aux autres classes sociales. L’université peut encore ser­vir d’ascenseur social, tout du moins dans cer­taines filières et pour cette classe sociale qui n’est plus for­cé­ment repré­sen­ta­tive de la “France d’en bas” comme avant:

  • Une trop grande frag­men­ta­tion du sys­tème uni­ver­si­taire avec 106 uni­ver­si­tés et 410 autres établis­se­ments d’enseignement supé­rieur. Une bonne défrag­men­ta­tion ne ferait pas mal pour sup­pri­mer des redon­dances et créer quelques écono­mies d’échelle. Ne serait-ce que pour faire remon­ter la France dans ce fameux clas­se­ment dit “de Shan­gai”. On sait de plus qu’il y a trop de branches sans débou­chés dans le supé­rieur et pas assez d’élèves qui s’orientent vers des for­ma­tions plus courtes et pro­fes­sio­na­li­santes, ali­gnées sur la demande du mar­ché (com­merce, bâti­ment, arti­sa­nat). Si une réorien­ta­tion coer­ci­tive avait lieu, si elle ajus­te­rait l’offre (d’élèves for­més) à la demande (du mar­ché), elle ne bais­se­rait pas néces­sai­re­ment le coût de la formation.

Côté recherche, même consen­sus: la France n’investit pas assez. Les bud­gets publics sont au mieux stables. En fait, l’actuel gou­ver­ne­ment sou­haite pri­vi­lé­gier les pro­jets plu­tôt que les orga­ni­sa­tions de recherche. Mais dans les faits, il pri­vi­lé­gie le sub­ven­tion­ne­ment de pro­jets de recherche menés par les grands groupes au lieu de se foca­li­ser sur les PME. La can­di­dat Bay­rou a récem­ment pro­posé de dou­bler le bud­get de la recherche, cor­res­pon­dant dans son pro­gramme à 2md€. Le bud­get de l’Etat de la recherche est de plus de 16md€ en 2007! Le seul bud­get de l’Etat qui se rap­proche de 2md€ sont les 1,7md€ de bud­gets “d’intervention”, qui sont des finan­ce­ments de pro­grammes de recherche. Alors que le reste couvre les salaires des cher­cheurs et l’infrastructure. Comme quoi en jouant sur les mots, on peut faire prendre des ves­sies pour des lanternes!

Bref, pour l’instant, on peut éven­tuel­le­ment grap­piller quelques mil­liards d’Euros dans l’efficacité du mam­mouth, et ré-augmenter un peu le nombre d’élèves par classes mais ce n’est pas évident. Et ces écono­mies seraient rapi­de­ment com­pen­sés par un accrois­se­ment du bud­get de l’enseignement supé­rieur et de la recherche qui en ont bien besoin, même si pour ce der­nier, la manière d’affecter ces res­sources mérite réflexion (plus par “pro­jet” que par “orga­ni­sa­tion” de recherche).

Donc, c’est un peu râpé pour faire des écono­mies sur 30% du bud­get de l’Etat! Avez-vous donc quelques idées de la manière de “dimi­nuer” le rôle du sec­teur public dans ce domaine?

Pro­chain épisode: défense natio­nale, sécu­rité et justice.

Article mis à jour le 25 février 2007.


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Publié le 24 février 2007 Post de Olivier Ezratty | Economie, Enseignement supérieur, France, Politique | 7 commentaires

Les 7 commentaires sur “Trop d’Etat, oui mais où ça? (2)” :

  • 2 pistes qui bien sûr risque de por­ter à contro­verse et déclan­cher les foudres syn­di­cales si elles sont ne serait-ce qu’évoquées:
    -aug­men­ter la pro­duc­ti­vité des profs. Comme le disait déja S.Royal dans sa video pirate, se serait déjà bien si les profs fai­saient les 35 heures! Le nbre d’heures de cours et abso­lue­ment incroya­ble­ment bas pour un prof du secon­daire ou uni­ver­si­taire. Il vous dira que oui mais il a les copies à cor­ri­ger et ses cours à pré­pa­rer, mais quand meme il y a un abus assez indé­cent pour les autres pro­fes­sions…
    -restruc­tu­rer le sys­tème du finan­ce­ment des écoles pri­maires pri­vés. Par exemple, Aujourd’hui dans tous les petits bleds dans mon finis­tère, il y a l’ecole pul­bique et l’école privé pri­maire qui se tire dans les pattes et se par­tage les maigres effec­tifs ruraux. Beau­coup de dédou­ble­ment de classe de 10 élèves. Pour­quoi ne pas limi­ter l’aide au privé à une école dans une zone bien défi­nie. J’ai compté par exemple 6 écoles pri­vés dans 6 vil­lages dis­tants de 5 km cha­cun. Que ceux qui sou­haitent mettre leurs enfants dans le privé puisse consen­tir à un petit effort de conduite( qui peut etre orga­nisé en des­serte de bus) ne me parait pas cri­mi­nel. Mais effec­ti­ve­ment il fau­drat comp­ter sur des blo­cages mas­sifs pour s’attaquer à un tel chan­tier car beau­coup d’idéologie encore bien pré­sente concer­nant le sys­teme edu­ca­tif privé.

  • [2] - Olivier Ezratty a écrit le 27 février 2007 :

    Sur la pre­mière piste, il y a sur­ement quelque chose à creu­ser, mais en fonc­tion des matières. Cer­taines néces­sitent plus de tra­vail hors classe que d’autres. Cer­taines moins, comme le sport.

    Pour la seconde, c’est clair, dans cer­taines régions, la capi­la­rité des écoles et des classes a un coût qui pèse, et pro­ba­ble­ment de manière indif­fé­ren­tiée entre privé et public. Le nombre de profs par élèves et la dépense par élèves dans le pri­maire et le secon­daire le montrent clai­re­ment, et sans que la qua­lité de l’enseignement se soit amé­lio­rée. Ceci se fait au prix d’un sous-investissement dans le supé­rieur. Gérer les prio­ri­tés néces­si­te­rait de reve­nir en arrière sur cer­taines lar­gesses dans le pri­maire et le secondaire.

  • Cela me rap­pelle un point de vue de Jacques Attali paru il y a quelques années ds le quo­ti­dien “Le Monde”. En sub­stance, ATtali y disait qu’on doit deman­der deux prio­rites de la part d’un etat demo­cra­tique: l’education et la santé. Je ne pense pas qu’on soit si mal lot­tis en France de ce point de vue la, néan­moins, une cer­taine dérive s’installe si on observe les depenses dans le detail. Par exemple, le sys­teme fran­cais pri­vi­le­gie des etudes longues, meme si elles n’aboutissent pas a un emploi, c’est a dire une poli­tique quan­ti­ta­tive, au detriment d’une poli­tique qua­li­ta­tive, ou la selec­tion et l’orientation per­met­traient a cha­cun de trou­ver “sa voie” plus tot, et sans attendre un - par­fois inutile - bac+5.

  • Bon­jour Hervé et Olivier>

    “deux prio­rites de la part d’un etat demo­cra­tique: l’education et la santé.” - même si évidem­ment santé et éduca­tion sont des fac­teurs lar­ge­ment expli­ca­tifs du déve­lop­pe­ment d’un Etat au sens large. Je suis de ceux, convaincu par la thèse de Robert Reich (ancien conseiller écono­mique de Bill Clin­ton) - voir son super bou­quin ‘L’Economie Mon­dia­li­sée’, qui pensent que le rôle d’un Etat, à l’heure de la glo­ba­li­sa­tion des flux et de l’exacerbation des iden­ti­tés régio­nales, doit se concen­trer sur la mise en valeur de son territoire.

    En d’autres termes, la com­pé­ti­ti­vité d’un ter­ri­toire est garante d’investissements (les firmes locales comme étran­gères s’y implantent, les talents affluent avec les capi­taux, etc.) pérennes (au contraire des inves­tis­se­ments pure­ment finan­ciers). C’est là que les argu­ments d’Attali sont inté­res­sants: s’il est évident que la pré­sence d’un réser­voir de talents rompu aux besoins du mar­ché du tra­vail est un fac­teur clé dans le choix des inves­tis­seurs, de même que le sys­tème de santé, on pourra aussi citer sans prendre trop de risques la fis­ca­lité, les infra­struc­tures dans les trans­ports et télé­coms, le pay­sage (!!), la gas­tro­no­mie, la loca­li­sa­tion géo­gra­phique, le cli­mat social, la sta­bi­lité poli­tique, le sys­tème juri­dique, la stra­té­gie géo­po­li­tique, la pro­duc­ti­vité moyenne des tra­vailleurs, l’image, la spé­cia­li­sa­tion indus­trielle, la langue, etc.

    C’est en cela que je pense que les ana­lyses des dépenses bud­gé­taires (ici l’Education) menées par Oli­vier sont un outil très pré­cieux de com­pré­hen­sion des postes de dépenses de nos impôts, pour ainsi mieux nour­rir le débat du finan­ce­ment de notre compétitivité.

  • [5] - Olivier Ezratty a écrit le 27 février 2007 :

    En fait, les prio­ri­tés doivent évoluer gra­duel­le­ment en fonc­tion de la richesse d’un pays. Un pays en voie de déve­lop­pe­ment, et en par­ti­cu­lier, ceux d’Afrique, qui n’ont pas pro­gressé comme le reste du monde (Asie, Amé­rique du Sud) doivent conti­nuer à inves­tir sur la santé et l’éducation (dans cet ordre là d’ailleurs).

    Quand on est un pays déve­loppé, les prio­ri­tés sont effec­ti­ve­ment plus dif­fuses. La prio­rité à l’éducation sub­siste, mais avec un objec­tif qui ne doit pas être juste de “pré­pa­rer des citoyens” comme cer­tains idéo­logues de l’enseignement le voient, mais de créer un poten­tiel de créa­tion de richesse écono­mique pour le pays. Et à tous les éche­lons et dans tous les métiers. Avec donc à la fois une régu­la­tion entre offre et poten­tiel d’emplois, qu’il faut anti­ci­per un peu, aspi­ra­tions des élèves, et leurs capa­ci­tés. Avec une règle de base bien répu­bli­caine: que les meilleurs aillent le plus loin (dans les études longues). Mais sans pour autant que les études soient encore si dis­cri­mi­nantes pour l’avenir. La France est encore un peu trop conser­va­trice de ce point de vue là.

    Avec l’espérance de vie que l’on a dans un pays comme la France, la santé a dépassé le stade de la prio­rité. Faire plus dans ce domaine est presque un “nice to have”. D’où le légi­time besoin de contrô­ler et régu­ler les dépenses de santé pour éviter les dérives qui peuvent être assi­mi­lables à “du luxe” com­paré à d’autres pays.

    Jeremy, il serait inté­res­sant d’étudier la rela­tion un de cau­sa­lité entre le dif­fé­rentes com­po­santes que tu cites.

  • Oui effec­ti­ve­ment. La double com­po­sante “prio­rité” et “cau­sa­lité” serait tout à fait éclai­rante pour com­prendre les besoins réels des dif­fé­rents Etats, en fonc­tion de leur stade de développement.

    On constate par exemple que les pays qui n’ont jamais achevé le réforme de leur sys­tème agraire par­cel­laire (p. ex. les Phi­lip­pines ou le Mexique) ont eu du mal à pas­ser à la démo­cra­tie et ‘la vitesse supé­rieure’ économiquement.

    Le cas de l’Education est à mon sens le plus com­plexe à trai­ter car il faut dis­so­cier les grandes étapes du par­cours estu­dian­tin: les pays dont l’éducation secon­daire est la plus per­for­mante ont en géné­ral une longue tra­di­tion d’apprentissage de la réflexion scien­ti­fique et de l’attention aux détails (PECO, Corée du Sud). Par contre, les pays dont les uni­ver­si­tés rayonnent sont sys­té­ma­ti­que­ment ceux dont ces der­nières relèvent d’initiatives pri­vées (USA, UK, Sin­ga­pour, Canada, etc.).

    Ou encore, que les pays qui ont fait les inves­tis­se­ments néces­saires en infra­struc­tures trans­ports et télé­coms (comme la France, les pays scan­di­naves, l’Allemagne, le Japon, etc.) ont une écart-type de PIB/habitant glo­ba­le­ment moins grand que les pays ayant misé plus tôt sur l’initiative pri­vée (USA, Royaume Uni, Bré­sil). Inver­se­ment, ce sont aussi les pays où la fis­ca­lité est la plus lourde - pour finan­cer jus­te­ment ces inves­tis­se­ments. D’où le para­doxe: à l’heure des pri­va­ti­sa­tions des socié­tés d’infrastructure auto­rou­tières (APRR, SANEF, etc.) et des ‘uti­lity com­pa­nies’ (EDF, GDF, Suez), pour­quoi la fis­ca­lité des pays scan­di­naves, de l’Allemagne et de la France ne s’allège-t-elle pas?

    Main­te­nant, relier ces modestes remarques à leur poids réel dans la mise en valeur d’un ter­ri­toire, valo­ri­ser le mon­tant de ces inves­tis­se­ments dans la quête d’une plus grande com­pé­ti­ti­vité pays ou région serait comme vous le sou­li­gnez extrê­me­ment inté­res­sant.
    Mais: 1) cela méri­te­rait lar­ge­ment une thèse de doc­to­rat, le pro­blème étant que j’ai déjà des enga­ge­ments ;-) ; 2) l’illustre Michael Por­ter a lar­ge­ment tra­vaillé des­sus, et je vois mal qui pour­rait arri­ver à des conclu­sions aussi édifiantes. Je tire d’ailleurs cer­tai­ne­ment les exemples cités ci-dessus de ‘The Com­pe­ti­tive Advan­tage of Nations’, un très bon bou­quin. Sinon, voici son site à Har­vard: http://www.isc.hbs.edu/

  • […] Trop d’Etat, oui mais où ça? (1) Trop d’Etat, oui mais où ça? (2) Trop d’Etat, oui mais où ça? (3) Trop d’Etat, oui mais où ça? (4) Trop d’Etat, oui mais où ça? (5) Trop d’Etat, oui mais où ça? (6) […]




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