Surtaxer les stock options ?

Publié le 17 septembre 2007 - 3 commentaires -
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Jeudi der­nier, pen­dant un flash d’information de France Info, j’entend dire que les stock options devraient être taxées car elles ne le seraient pas. Ahhhh bon !?? (avec la voix de Rose­lyne Bache­lot des Gui­gnols).

Qui pré­co­ni­se­rait cela? Le Pré­sident de la Cour des Comptes, Phi­lippe Seguin! Sans plus d’explications, on passe à la défense, avec une petite inter­view de Charles Beig­be­der qui indique le rôle posi­tif des stock-options pour les PME inno­vantes pour recru­ter des talents que l’on ne peut pas for­cé­ment bien payer au départ. Et à charge, le PDG de Total, Chris­tian Mar­ge­rie, qui évoque les abus d’attribution de stock-options aux diri­geants du CAC40. S’en suit un CGTiste ou com­mu­niste (don’t remem­ber) qui s’étonne que les stock-options ne soient pas déjà taxées.

Et là, je me dis, ils exa­gèrent! Le débat a l’air bien binaire: taxer ou pas taxer? Sur­tout dans la mesure où les stock-options sont déjà bel et bien taxées. C’est même le revenu finan­cier le plus taxé en France. Il faut dire que les affaires For­geard et Zacha­rias ont mis à jour cer­tains tra­vers du sys­tème des stock-options limi­tés à quelques diri­geants. Qui font oublier que des cen­taines de mil­liers de sala­riés en béné­fi­cient en France.

Ren­sei­gne­ments pris, le sujet mis sur la table par la Cour des Comptes ne relève pas séman­ti­que­ment des taxes, mais “juste” des charges sociales. Les Stock-Options sont déjà sou­mises aux charges sociales des reve­nus finan­ciers, la CSG/RDS, à hau­teur de 11%. La plus value d’acquisition des stock-options est taxée à 41% lorsque déte­nues pen­dant au moins 4 ou 5 ans (selon l’année de démar­rage du plan), dont ces 11% de CSG/RDS. Et elles sont taxées sur l’impôt sur le revenu avec charges sociales patro­nales et sala­riales com­plètes lorsqu’elles sont levées avant cette limite. C’est d’ailleurs le cas des moins for­tu­nés qui ne peuvent pas for­cé­ment attendre toutes ces années pour pro­fi­ter de leurs stock-options (au cas où l’action de leur société a bien pro­gressé bien sûr). Par exemple, pour limi­ter leur endet­te­ment en cas d’achat d’un bien immobilier.

Les attri­bu­tions d’actions gra­tuites sont de leur côté déjà entiè­re­ment taxées comme des salaires avec charges patro­nales et sala­riales, et impôt sur le revenu. C’est le cas chez Micro­soft depuis 2003. Et contrai­re­ment à ce que j’ai pu lire dans Libé­ra­tion, ce n’est pas à cause des “abus des stock-options”, mais sim­ple­ment parce que l’action de la société étant qua­si­ment immo­bile depuis 2000, il fal­lait trou­ver un autre moyen pour l’éditeur de com­plé­ter les salaires par un élément de com­pen­sa­tion proche de l’actionnariat. Ce chan­ge­ment de sys­tème a d’ailleurs eu un impact non négli­geable sur la société, mais ce n’est pas l’objet de ce post.

Les pages 7 à 11 du Cha­pitre 6 concer­nant l’assiette des pré­lè­ve­ments sociaux du Rap­port 2007 sur la Sécu­rité Sociale (464 pages…) évoquent le cas des stock-options de manière bien docu­men­tée. Ce sont les jour­na­listes qui ont sim­pli­fié son propos!

La Cour des Comptes est par­tie à la chasse aux exo­né­ra­tions de charges sociales qui grèvent le bud­get  de la sécu­rité sociale. Exo­né­ra­tions qui, si sup­pri­mées, pour­raient lar­ge­ment résor­ber le fameux trou de la sécu qui est d’environ 8 Md€ chaque année. Selon la Cour, l’exonération de charges sociales des Stock-Options déte­nues au moins 5 ans repré­sen­te­rait 3 Md€ de manque à gagner.

La Cour n’a pas de don­nées pré­cises. Elle fonde son esti­ma­tion sur un cal­cul alam­bi­qué basé sur le nombre de béné­fi­ciaires de stock options dans les entre­prises cotées en France et l’évolution lis­sée des cours de la bourse. Leur cal­cul semble réa­liste, à ceci près qu’ils ne prennent pas en compte les stock-options attri­buées dans des filiales fran­çaises de groupes étran­gers. Curieu­se­ment, il n’existe pas de don­nées publiques sur le sujet. Quand on sait que 40% des grands groupes pré­sents en France sont étran­gers et que c’est encore plus pro­noncé dans la high-tech, il y a fort à parier que les mon­tants impli­qués sont du même niveau que les stock-options attri­buées par des entre­prises fran­çaises. Bercy devrait dis­po­ser de ces informations!

Les exo­né­ra­tions de charges sociales inven­to­riées par la Cour des Comptes sont nom­breuses. Elles repré­sentent plu­sieurs dizaines de mil­liards d’Euros que France Info et les autres n’ont curieu­se­ment pas men­tion­nées. On y trouve par exemple les exo­né­ra­tions sur les avan­tages en nature dis­tri­bués par les Comi­tés d’Entreprise, les indem­ni­tés de licen­cie­ment et de pré-retraite ainsi que les chèques vacances :

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On voit là que la Cour des Comptes n’y va pas par le dos de la cuiller et sou­lève des lièvres aussi chauds que les régimes spé­ciaux de retraites. Lièvres que les médias n’ont pas relayé, pré­fé­rant se foca­li­ser sur les stock-options, très “dans l’air du temps”.

Mais ce n’est pas la Cour des Comptes qui fait la poli­tique fis­cale et sociale du pays. Elle s’en garde bien d’ailleurs puisque dans son rap­port, elle constate que des pré­lè­ve­ments pour­raient être créés, mais elle ne se pro­nonce pas du tout sur leur nature, leur niveau et les arbi­trages néces­saires à faire. La patate chaude est trans­mise au gou­ver­ne­ment. Le pédi­grée “social libé­ral” de Phi­lippe Seguin explique peut-être le geste, des­tiné à tes­ter (trop facile!) le gou­ver­ne­ment actuel.

Cette poli­tique doit en par­ti­cu­lier inté­grer la dimen­sion inter­na­tio­nale pour ce qui est des Stock Options. La France pour­rait cer­tai­ne­ment alour­dir les charges sur les stock-options. Mais elle le ferait en plom­bant encore plus l’environnement de l’entreprenariat fran­çais déjà bien mis à mal par la com­plexité d’y entre­prendre et l’atonie du mar­ché local (dans la high-tech en entre­prise notamment).

Pour obte­nir une com­pa­rai­son inter­na­tio­nale, j’ai mis la main sur le rap­port “The taxa­tion of employee stock options” de l’OCDE datant de 2005 (payant, mais gra­tuit pour la presse). 174 pages bien denses qui expliquent le méca­nisme des stock-options et com­pare les dis­po­si­tifs entre ses pays membres.

image

L’étude se précc­cupe de la taxa­tion rela­tive entre stock-options et salaires en tenant compte des exo­né­ra­tions pour les entre­prises. Elle recom­mande que la fis­ca­lité des stock-options soit du même niveau au glo­bal que celle des salaires. Sinon, elles cou­te­raient plus cher que les salaires aux entre­prises et limi­te­raient donc leur capa­cité à y faire appel, notam­ment pour l’ensemble de leurs sala­riés (la pra­tique jugée la meilleure, la plus moti­vante, même si elle reste empreinte de fortes inéga­li­tés de trai­te­ment entre les difé­rents niveaux de hié­rar­chie)!

Les pays de l’OCDE ont tous des dis­po­si­tifs dif­fé­rents de taxa­tion et de charges sociales sur les stock options. Les varia­tions portent en par­ti­cu­lier sur :

  • Le moment où a lieu la taxa­tion: le jour de leur attri­bu­tion à 15% ou 7,5% de la valeur des actions attri­buées pour la Bel­gique (c’est un peu la rou­lette Russe), la plu­part lors de leur exer­cice, et lors de la revente des actions levées uni­que­ment pour la France (ce qui est bien tard et pour­rait pro­ba­ble­ment être réformé).
  • Le taux de cette taxa­tion, qui dépend de plein de para­mètres et d’un nombre d’années de déten­tion et/ou d’emploi dans l’entreprise. Il est situé entre 0% et 50% de la plus value d’acquisition.
  • Les charges sociales qui varient énor­mé­ment: il y en a au Canada, en Alle­magne, mais pas en Irlande, en Bel­gique, en Ita­lie, au Japon, au Por­tu­gal. Et cela dépend au Royaume Uni, et il y a des charges patro­nales aux USA dans un seul cas. La France se dis­tingue avec la CSG/RDS au taux fixe iden­tique à celui qui frappe les reve­nus finan­ciers et loca­tifs. Bref, c’est un véri­table maquis et on constate que les poli­tiques de taxa­tion des stock-options relèvent d’une approche très locale et d’un équi­libre déli­cat entre jus­tice sociale et com­pé­ti­tion écono­mique pour atti­rer les entre­pre­neurs (ou ne pas les perdre, au choix). Au total, il resort en tout cas que la taxa­tion des stock-options en France est plu­tôt déjà dans la moyenne haute des pays de l’OCDE.
  • La déduc­tion du coût des stock-options dans les charges des entre­prises, très géné­ra­le­ment accor­dée dans les pays de l’OCDE.

L’examen de ce rap­port de l’OCDE montre en tout cas la grande com­plexité des dif­fé­rents dis­po­si­tifs fis­caux et la dif­fulté de les com­pa­rer. Il en res­sort que le sys­tème fran­çais actuel des stock-options est dans la moyenne de l’OCDE, ni trop libé­ral (pas taxé) ni sur­taxé (sous condi­tions). L’ISF joue plus le rôle de bou­let et de repous­soir pour les entre­pre­neurs en France car il n’a pas d’équivalent dans la plu­part des pays.

Nous avons heu­reu­se­ment les dis­po­si­tifs de BCE (bons de créa­teurs d’entreprise) et les BSA (bons de sous­crip­tions d’action) qui sont finan­ciè­re­ment voi­sins des stock-options, avec des condi­tions plus res­tric­tives dans leur attri­bu­tion et can­ton­nés aux PME inno­vantes. Leur fis­ca­lité est bien moindre que celle des stock-options puisqu’elle se situe au niveau de la plus value des valeurs mobi­lières (26%, CSG/RDS com­prise) sans comp­ter les exo­né­ra­tions dans le cas où ils sont inté­grés dans un PEA. C’est le sys­tème auquel les star­tups font géné­ra­le­ment appel, les stock-options étant main­te­nant le fait des grands groupes cotés et des filiales d’entreprises étrangères.

Une poli­tique fis­cale et sociale juste devrait certes faire en sorte que l’ensemble des reve­nus soient sou­mis à coti­sa­tion sociale, mais en même temps, elle doit être effi­cace écono­mi­que­ment. Et donc éviter de faire fuir les entre­pre­neurs fran­çais à l’étranger quand ce n’est pas les socié­tés ou leurs sièges. Elle devrait égale­ment inci­ter les talents à créer et aussi rejoindre les PME inno­vantes, très créa­trices de valeur et d’emplois. C’est un peu à quoi servent les BCE et BSA.

Donc, si l’avis de la Cour des Comptes était suivi d’effets au niveau du gou­ver­ne­ment, il fau­drait qu’il le soit cer­tai­ne­ment de manière dif­fé­ren­tiée. Il ne devrait s’appliquer qu’aux stock-options et pas aux BCE et BSA. Même si ces trois méca­nismes fonc­tionnent en gros sur le même prin­cipe d’attribution d’options d’achats d’actions. Mais dans ce cas, il y aurait un risque de voir par­tir cer­tains sièges d’entreprises inter­na­tio­nales. Est-ce que le jeu en vaut la chan­delle? Il fau­drait dis­po­ser des don­nées et faire le cal­cul, ration­na­lité sou­vent inexis­tante en appa­rence dans ce genre de décision!

Je ne pousse pas pour autant à la roue pour que la sug­ges­tion de la Cour des Comptes soit sui­vie d’effets, mais si elle l’était, l’arbitrage en faveur des BCE/BSA aurait du sens.

En tout cas, une telle réforme ne peut pas se faire à la légère. Et on sou­haite du plai­sir à ceux qui vont la pondre et les autres qui vont devoir l’expliquer en lan­gage naturel!

Pour rebou­cler sur le point de départ avec France Info, nou­velle impré­ci­sion de leur part ce soir vers 19h30 où ils évoquent la perte de l’appel de Micro­soft devant le tri­bu­nal de pre­mière ins­tance de la Cour Euro­péenne de Jus­tice. Et de conclure: “…avant, les clients étaient obli­gés d’acheter le sys­tème d’exploitation Win­dows Media Player”. Heum heum… Les gens qui ont pondu le texte ont juste sup­primé 9 mots des 10 néces­saires pour que cela soit exact et com­pré­hen­sible! Dur dur d’avoir l’esprit de syn­thèse à la radio!


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Publié le 17 septembre 2007 Post de Olivier Ezratty | Economie, Entrepreneuriat, France, Politique, Startups | 3 commentaires

Les 3 commentaires sur “Surtaxer les stock options ?” :

  • Merci pour ce post, j’avais effec­ti­ve­ment entendu cette nou­velle et pas com­pris le débat. C’est beau­coup plus clair à présent.

    Pour aller dans le sens de la pru­dence (même si il est légi­time de cher­cher des sources de finan­ce­ment pour la pro­tec­tion sociale): il est pro­bable que si les SO sont “char­gés” de manière simi­laire au salaire , l’intérêt de ce mode de réumé­ra­tion alter­na­tif va for­te­ment dimi­nuer et fuire vers un autre mécanisme(sans pour autant être bas­culé en salaire) et donc les 3mds atten­dus risquent de se réduire comme neige au soleil …

    Fina­le­ment si tous les méca­nismes de rému­né­ra­tion sont taxés de manière simi­laire au salaire, alors à quoi servent-ils ?

    Est-ce que les 3mds esti­més prennent en compte tout type de SO y com­pris BCE/BSA ou uni­que­ment les SO?

  • [2] - Olivier Ezratty a écrit le 18 septembre 2007 :

    En effet, dans un cal­cul macro-économique, les effets induits laté­raux sont à prendre en compte pour de tels dispositifs.

    Ce que dit l’OCDE, c’est qu’il ne faut pas plus taxer les SO que les salaires pour éviter cette fuite, rien de plus. Les charges patro­nales sur les SO posent un véri­table pro­blème aux entre­prises concer­nées car cela charge leur compte d’exploitation de manière plu­tôt impré­vi­sible. En même temps, ces charges seront plus lourdes si la plus-value de ces­sion est élevée, plus value qui tra­dui­rait une aug­men­ta­tion du cours en bourse, donc en géné­ral de la pro­fi­ta­bi­lité de l’entreprise. Sauf évide­me­ment dans les cas de mani­pu­la­tion de cours qui existent parfois.

    Même taxé comme les salaires, les SO ont tou­jours un inté­rêt pour les entre­prises concer­nées (on l’a vu : côtées mais pas PME, et filiales de groupes étran­gers):
    - Fidé­li­sa­tion des col­la­bo­ra­teurs sur la durée. Tout du moins si il sub­siste une taxa­tion glo­bale infé­rieure au bout d’un cer­tain nombre d’années comme aujourd’hui.
    - Créa­tion du sen­ti­ment d’appartenance à l’entreprise.
    - Aug­men­ta­tion indi­recte de la culture écono­mique des col­la­bo­ra­teurs (sur la “bot­tom line”).

    Les 3md€ esti­més semblent ne cor­res­pondre qu’aux SO des entre­prises cotées en France. Et ne pas inté­grer les BSA et BCE, ni les SO de filiales d’entreprises étran­gères. Ni les plans d’attribution d’action, eux-mêmes déjà taxés comme les salaires.

  • Expli­ca­tion géniale as usual.




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