L’Arrêt du Tri­bu­nal de Pre­mière Ins­tance de la Cour Euro­péenne de Jus­tice rendu il y a deux semaines étant un peu der­rière nous, pen­chons nous avec un peu de recul sur l’impact de ce docu­ment de 244 pages bien denses qui reprennent les argu­ments des deux par­ties et tranchent en faveur de la Com­mis­sion sauf sur un détail de forme.

La pre­mière cour de jus­tice pou­vant être sol­li­ci­tée par Micro­soft dans cette affaire a donc main­tenu les sanc­tions impo­sées par la Com­mis­sion Euro­péenne. Elles se résument à l’obligation de pro­po­ser aux clients (construc­teurs pour l’essentiel) une ver­sion de Win­dows sans Win­dows Media Player, et de four­nir aux concur­rents de Micro­soft toute la docu­men­ta­tion néces­saire rela­tive aux pro­to­coles liant Win­dows et Win­dows Ser­ver, per­met­tant en gros de clo­ner ce der­nier. Les ambigüi­tés sur le “toute” ayant déjà coûté à Micro­soft la baga­telle de 280m€ d’amendes!

Mais au juste, est-ce que cela a un réel impact sur la posi­tion de Micro­soft sur le mar­ché des sys­tèmes d’exploitation? Rien n’est moins sûr! Est-ce que cela a un impact sur Micro­soft tout court? Oui, mais pas là où on l’imagine for­cé­ment. Est-ce qu’il y aurait d’autres choses à faire pour limi­ter la part de mar­ché de Win­dows? Pas vraiment.

C’est ce que je vais explo­rer dans ce long post (vous avez l’habitude… hein?).

Les réac­tions à la déci­sion du tribunal

On en trou­vait de toutes sortes, qui allaient de l’optimisme béat et presque irréel à des doutes mar­qués. Mor­ceaux choi­sis et commentaires… 

«C’était un grand jour pour les entre­prises et les consom­ma­teurs euro­péens. A long terme, cette déci­sion ouvre la pos­si­bi­lité d’une com­pé­ti­tion dyna­mique dans l’industrie du logi­ciel. Il n’y aura plus d’utilisateurs cap­tifs, plus de mono­pole des prix », estime Tho­mas Vinje, le porte-parole du Comité euro­péen pour l’interopérabilité des sys­tèmes (ECIS). Une asso­cia­tion dans laquelle figurent, entre autres, Real­Net­works et Sun, deux des prin­ci­paux pro­ta­go­nistes à l’origine de cette saga judi­ciaire qui dure depuis neuf ans.” (dans 01Net qui résume bien l’affaire par ailleurs) 

L’Union pro­tège effi­ca­ce­ment contre les dan­gers de la mon­dia­li­sa­tion” en met­tant en oeuvre le “droit contre la force”. Rien que ça! Lu dans Le Monde du 28 sep­tembre, sous la plume de Syl­vie Gou­lard, pré­si­dente du Mou­ve­ment Euro­péen France dans son papier “Micro­soft ou l’Europe par la preuve”.

Mais les com­men­taires miti­gés étaient dans l’ensemble plus fournis:

L’éditeur com­mer­cia­lise depuis la mi-2005 une ver­sion allé­gée de Win­dows, sans son lec­teur mul­ti­mé­dia mai­son. Mal­gré tout, il y a fort à parier que la concur­rence n’en ait pas pro­fité. Les consom­ma­teurs pré­fèrent mas­si­ve­ment se pro­cu­rer la ver­sion cou­plée avec Win­dows Media Player, les deux packs étant com­mer­cia­li­sés au même tarif.” (dans 01Net). A ceci près que les construc­teurs ont sage­ment pris cette déci­sion pour les consom­ma­teurs, qui d’ailleurs, ne s’en sou­cient guère.

Mal­gré sa condam­na­tion par Bruxelles, Micro­soft entend main­te­nir son hégé­mo­nie” (Le Monde du 19 sep­tembre 2007) et d’ajouter: “Compte tenu de l’hégémonie com­mer­ciale de Micro­soft, les amendes à répé­ti­tion peuvent-elles avoir un rôle dis­sua­sif ? La firme de Red­mond use et abuse de recours et d’appels, puis dépose sans sour­ciller les mon­tants des amendes sur des comptes blo­qués. Les mesures impo­sées, comme la vente de Win­dows XP sans le Média Player, sont noyées dans la masse des ventes de sys­tèmes d’exploitation Win­dows. Micro­soft, par ses mul­tiples pro­cé­dures, gagne du temps et conforte pro­gres­si­ve­ment sa posi­tion sur des mar­chés stra­té­giques.”. Pas faux sur l’impact des mesures. Quand à la stra­té­gie juri­dique de Micro­soft ainsi dénon­cée, elle est extrê­me­ment clas­sique et res­pecte tout à fait le droit. Faire appel fait par­tie des droits de n’importe quel accusé, et Micro­soft aurait d’ailleurs cer­tai­ne­ment pré­féré que la pro­cé­dure aille plus vite! 6 ans d’instruction de la Com­mis­sion et 3 ans pour l’appel, cela tape sur les nerfs! 

L’AFUL qui dénonce des mesures au coup par coup de la Com­mis­sion Euro­péenne contre Micro­soft en titrant “Face à Micro­soft, la Com­mis­sion Euro­péenne orga­nise son impuis­sance en igno­rant les consom­ma­teurs”. Et remet sur la table la ques­tion lan­ci­nante des bundles de Win­dows dans les PC des construc­teurs. Tout en réécri­vant un peu l’histoire, met­tant ainsi l’échec de BeOS sur les pra­tiques anti­con­cur­ren­tielles de Microsoft!

C-NET avec “The mor­ning after” qui s’inquiète de la juris­pru­dence créée par la Com­mis­sion et le Tri­bu­nal Euro­péen. Car, on sait que cela a com­mencé avec la volonté de réduire la puis­sance de Micro­soft, mais jusqu’où cela pourrait-il aller? Car poten­tiel­le­ment: “It condemns domi­nant firms that bundle new fea­tures into their pro­ducts if those fea­tures could be sup­plied inde­pen­dently by other firms--even though bund­ling is a com­mon way for all firms, domi­nant or not, to improve their pro­ducts”. Sachant que l’article oublie tou­te­fois que les “prises” doivent être bien visibles et média­tiques pour avoir un poids politique!

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Enfin, le Dépar­te­ment de la Jus­tice Amé­ri­cain qui très offi­ciel­le­ment voit un dan­ger à des mesures qui favo­risent plus les concur­rents qu’elles n’aident les consom­ma­teurs. Les amé­ri­cains trouvent que l’Europe va trop loin dans ses ten­ta­tives de régu­la­tion de ce mar­ché du logi­ciel. Et en géné­ral d’ailleurs. Réac­tion qui a évidem­ment plus qu’agacé la Com­mis­sion Euro­péenne qui voit là une ingé­rence inac­cep­table dans des déci­sions de justice.

Et au pas­sage, Micro­soft n’a pas indi­qué s’il sou­hai­tait faire appel de la déci­sion. C’est tou­jours pos­sible mais le droit euro­péen limite curieu­se­ment la capa­cité à faire appel sur le fond du dos­sier. Micro­soft ne peut faire appel que sur la forme juri­dique de la déci­sion de la Com­mis­sion. Ce qui laisse peu de marge.

L’illusion de l’impact sur le marché

A mon sens, les déci­sions de la Com­mis­sion Euro­péenne donnent l’illusion d’une régu­la­tion du mono­pole de Micro­soft et d’avoir un impact réel sur le mar­ché. Or il est très mar­gi­nal, mal­gré toutes les sanc­tions ima­gi­nées par Bruxelles. C’est un peu du cinéma politique!

Leur pou­voir sur les grands mono­poles et de struc­tu­ra­tion du mar­ché est pour­tant bien réel sur les indus­tries tra­di­tion­nelles (comme la fusion avor­tée Legrand-Scheider). C’est d’ailleurs sur­tout un pou­voir d’obstruction. Mais il devient moins opé­rant dans les tech­no­lo­gies de l’information où jouent des écono­mies de réseau puis­santes et où l’immatériel et l’Internet cham­boulent la donne. Dans ce monde, les forces du mar­ché sont plus grandes et plus rapides que ces forces poli­tiques, qui ont trop sou­vent un voire plu­sieurs trains de retard.

L’exemple le plus fla­grant est Fire­fox qui a réussi à gagner des parts de mar­ché com­prises entre 25% et 30% - en par­ti­cu­lier en Europe - alors que les mesures impo­sées par Bruxelles n’avaient aucun lien avec IE!  Parce que Micro­soft s’était endormi sur ses lau­riers avec Inter­net Explo­rer, et aussi, un peu ralenti par les sou­cis concer­nant la sécu­rité de ses logi­ciels sys­tèmes, choses qui ont peu à voir avec les pro­cé­dures anti­trust. La baisse de part de mar­ché d’Internet Explo­rer (en fait, on devrait par­ler de part d’usage car les navi­ga­teurs sont presque tous gra­tuits) est la consé­quence directe de la domi­nance de Micro­soft sur son mar­ché et dans un mou­ve­ment de balan­cier assez iné­luc­table. Inter­net Explore 7.0 est bien sorti mais il n’a pas suf­fit pour chan­ger la donne et la pro­gres­sion de Fire­fox. Ce der­nier a notam­ment pour lui une meilleure archi­tec­ture d’extensibilité qu’IE avec des plug-ins qui s’installent et se mettent à jour plus faci­le­ment. Ils sont ras­sem­blés sur un site de Fire­fox. Ah, tou­jours l’écosystème! C’est pour­tant une force de Micro­soft mais La fon­da­tion Mozilla  a réussi à dou­bler Micro­soft à ce jeu. Ce sont donc les “forces du mar­ché” (sur­tout, celles de Fire­fox, cou­plées aux fai­blesses de Micro­soft) qui ont ouvert la voie de la concur­rence. Pas la régu­la­tion! Entre temps, il faut dire que les frayeurs d’un contrôle de l’Internet par Micro­soft se sont amenuisées!

Au contraire, dans le domaine où la Com­mis­sion vou­lait inflé­chir le mar­ché, rien n’a changé. Win­dows Media Player et ses for­mats sont tou­jours là et dominent le mar­ché, notam­ment là où il y a du DRM, et Apple couvre le reste avec ses for­mats et DRM, là où il y a des iPods, c’est-à-dire… dans presque toutes les poches. Mais la Com­mis­sion va-t-elle for­cer Apple à ouvrir son for­mat pour le rendre inter­opé­rable avec d’autres sys­tèmes que iTunes et l’iPod? Ce n’est pas encore à l’ordre du jour et si elle s’en pré­oc­cupe, elle pren­dra une déci­sion dans cinq à sept ans. Un bail dans cette indus­trie! La Com­mis­sion uti­lise des rai­son­ne­ments qui sont com­plè­te­ment dépas­sés à l’heure de l’Internet, du “soft­ware as a ser­vice” et des nou­velles chaines de valeur qui se créent.

On pourra arguer de ce qu’Internet Explo­rer n’est pas autant lié à l’offre ser­veur Micro­soft que ne l’est Win­dows Media. Certes, mais les for­mats spé­ci­fiques de Win­dows Media Player, notam­ment le VC-1 pour la vidéo, sont stan­dar­di­sés et lar­ge­ment géné­rés par des logi­ciels tiers. Donc, en met­tant de côté l’épineux sujet du DRM, l’interopérabilité est assurée.

Pour ce qui est des ser­veurs, l’impact est tout aussi maigre. La part de mar­ché de Win­dows Ser­ver est à peu près stable depuis cinq ans. L’alternative, c’est Linux et ses logi­ciels d’infrastructure com­plé­men­taires. Mais pas grâce à la com­mis­sion qui aurait freiné Micro­soft. Plus sim­ple­ment, parce que Linux est domi­nant sur le Web et que les appli­ca­tions sont de plus en plus archi­tec­tu­rées sur des modèles Web. De plus, si Linux perce, c’est grâce à ses qua­li­tés propres, et du fait d’erreurs tac­tiques de Micro­soft, comme le désas­treux lan­ce­ment de ses nou­veaux pro­grammes de licen­cing en 2001. Mais ce n’est pas lié aux procédures antitrust!

L’intégration de fonc­tion­na­li­tés dans Windows

L’approche cor­rec­tive de la Com­mis­sion Euro­péenne autour de Win­dows Media Player est curieu­se­ment dia­mé­tra­le­ment oppo­sée à celle qu’ils ont appli­qué dans les ser­veurs. Dans un cas, ils poussent au “débund­ling”. Dans l’autre, ils poussent à l’interopérabilité. Pour­quoi n’avoir pas poussé à l’un ou l’autre, de manière cohérente?

On sait bien que la demande de la Com­mis­sion Euro­péenne de reti­rer Win­dows Media Player de Win­dows dans une ver­sion pro­po­sée aux construc­teurs n’a eu aucun impact. Com­mer­cia­li­sée au même prix que la ver­sion com­plète, cette ver­sion réduite de Win­dows n’a pas trouvé son mar­ché. La Com­mis­sion impose à Micro­soft de pro­po­ser aux OEMs une ver­sion de Win­dows sans Media Player. Mais le choix des OEMs n’est pas celui des consom­ma­teurs! Et de toutes manières, l’outil est télé­char­geable sur Win­dows Update et ailleurs, comme tous les lec­teurs mul­ti­mé­dia de la pla­nète. Et à l’heure où la fron­tière entre logi­ciel et ser­vices Inter­net s’amenuise, la déci­sion de la Com­mis­sion Euro­péenne perd de sa rai­son d’être.

L’autre inco­hé­rence de la Com­mis­sion pro­vient de l’imprédictibilité qu’elle créé. Il n’y a pas vrai­ment de défi­ni­tion claire de là où cela com­mence et là où cela s’arrête. C’est à Micro­soft de les devi­ner en fonc­tion “du droit”.  Ce qui com­mence à inquié­ter l’industrie infor­ma­tique (Intel, Apple, Google entre autres).

Il y a au moins cinq cas concer­nant Win­dows qui pour­raient géné­rer les foudres de la Com­mis­sion mais ne l’ont pas encore fait :

  • La fonc­tion de défrag­men­ta­tion du disque dans Win­dows qui concur­rence pour­tant les outils de défrag­men­ta­tion indépendants. Ce qui sauve indi­rec­te­ment Micro­soft, c’est que cette fonc­tion inté­grée dans Win­dows est licen­ciée à une société externe, Disk­Kee­per, et qu’elle est rudimentaire. Autre rai­son­ne­ment: il n’y a pas de liens avec une offre ser­veur ni d’économie de réseau par­ti­cu­lière autour de ce genre d’outil. Mais si un éditeur d’outils de défrag­men­ta­tion atta­quait Micro­soft? Il aurait peu de chances d’être écouté car, petite entre­prise, il man­que­rait de moyens. La Com­mis­sion Euro­péenne écoute sur­tout des socié­tés concur­rentes de Micro­soft de taille res­pec­table: IBM, Sun, Novell, AOL et qui ont les moyens de se payer des avo­cats et des lobbyistes!
  • Le desk­top search est aussi inté­res­sant. Avec Google qui demande et demande la pro­lon­ga­tion de la sur­veillance de Micro­soft dans le suivi de l’accord à l’amiable conclu en 2002 avec le DOJ (Depart­ment of Jus­tice, US).  Pour­tant, le domi­nant dans ce mar­ché, c’est plu­tôt Google. Mais Micro­soft pour­rait “étendre son mono­pole de Win­dows à celui du search sur le web grâce à cette inté­gra­tion”. Encore faudrait-il prou­ver que l’intégration du desk­top search dans Win­dows a un impact réel sur l’usage de moteurs de recherche sur Inter­net et qu’il cor­res­pond à un mar­ché en soi, alors que la fonc­tion “search” a été pla­cée dans une foul­ti­tude d’endroits dans l’interface uti­li­sa­teur de Vista. En atten­dant, Micro­soft modi­fie Vista pour per­mettre l’usage de moteurs indé­pen­dants en lieu et place du sien. Et, comme pour Win­dows Media Player qui est dans Win­dows depuis 1992, la fonc­tion de recherche de fichiers est dans Win­dows depuis au moins aussi long­temps. C’est juste le modèle d’indexation et son inter­face qui a évolué dans le temps. Et Micro­soft a répli­qué à Google en cher­chant à empê­cher avec d’autres l’acquisition par ce der­nier de DoubleClick.
  • Les anti­vi­rus. Si la soli­dité de Win­dows était plus grande au point de per­mettre de se pas­ser d’antivirus, les éditeurs d’antivirus attaqueraient-ils Micro­soft? Ici, Micro­soft a été pru­dent: ses tech­no­lo­gies gra­tuites ou pas ne sont pas en stan­dard dans Win­dows Vista mais sont “juste” télé­char­geables. Et fac­tu­rées sépa­ré­ment (pour l’antivirus Live One Care, mais pas pour l’antispyware Defender).
  • Le trai­te­ment des pho­tos, qui s’est enri­chi avec Win­dows Photo Gal­lery dans Win­dows. Il per­met à la fois leur agen­ce­ment et leur cor­rec­tion. Bien entendu, sans atteindre le niveau de fonc­tion­na­li­tés d’un Pho­to­shop ou de The­GIMP. Cela per­met d’éviter les foudres de la concur­rence et de la Com­mis­sion Euro­péenne. Mais jusqu’à quand? Surtout avec la pro­chaine ver­sion de Win­dows Photo Gal­lery, liée aux ser­vices Win­dows Live sur Internet. 
  • L’intégration du nou­veau for­mat XPS dans Win­dows Vista et Office 2007, sorte de concur­rent du PDF d’Adobe. Cela fait 9 mois que c’est sur mon PC, “bundlé”. Mais je n’en ai jamais vu la cou­leur à part quelques cas de figure où le site Web de Micro­soft Corp pro­po­sait telle ou telle docu­men­ta­tion avant-vente uni­que­ment dans ce for­mat et celui de Word 2007. Sinon, j’utilise et génère tou­jours du PDF. Mais Adobe a menacé d’attaquer Micro­soft. Et depuis, on n’en parle plus.

Les règles à appli­quer pour inté­grer ou pas de fonc­tion­na­li­tés dans Win­dows sans ris­quer les foudres de l’antitrust sont donc impli­cites : faci­li­ter le rem­pla­ce­ment des ces fonc­tion­na­li­tés par des équi­va­lents non-Microsoft, ne pas être lié à une écono­mie de réseau signi­fi­ca­tive (comme autour des conte­nus), et ne pas gêner de gros concurrent.

Micro­soft aurait du aller jusqu’au bout d’une démarche sur l’interopérabilité pour éviter de se voir gêner dans l’intégration. En effet, “l’innovation par l’intégration” défen­due par l’éditeur est un incon­tour­nable de cette indus­trie. Regar­dez bien autour de vous: les prin­ci­pales nou­veau­tés de l’Internet, du logi­ciel et du maté­riel sont la jux­ta­po­si­tion plus ou moins élégante de fonc­tion­na­li­tés dis­pa­rates. Tel sys­tème de blog intègre une mes­sa­ge­rie, tel réseau social s’attaque aux mobiles, tel télé­phone devient bala­deur MP3, etc. Il est donc cri­tique, même pour un “mono­pole”, de pré­ser­ver cette capa­cité d’innovation car elle est l’un des moteurs de son indus­trie. Pour une société domi­nante, cela ne peut se faire qu’au prix d’une inter­opé­ra­bi­lité et d’une inter­chan­gea­bi­lité des com­po­sants. Win­dows a bien évolué ces der­nières années pour per­mettre cela. On peut rem­pla­cer et confi­gu­rer les dif­fé­rents com­po­sants de com­mu­ni­ca­tion (email, etc) dans Win­dows XP comme dans Vista (exemple de ce der­nier ci-dessous).

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Ces nou­velles pra­tiques de Micro­soft sont bien une consé­quence des pro­cé­dures anti­trust. Mais pour autant, elles n’ont pas réel­le­ment modi­fié la posi­tion de Micro­soft sur ses mar­chés. Elles l’ont par contre poussé à mieux docu­men­ter ses logi­ciels, à les rendre plus modu­laires et à uti­li­ser de plus de plus, si ce n’est de créer, des pro­to­coles et for­mats ouverts, sou­vent basés sur XML et les Web Ser­vices XML.

Au pas­sage, la posi­tion d’Office n’a jamais été mise en cause alors que le logi­ciel béné­fi­cie d’une part de mar­ché voi­sine de celle de Win­dows (>90%) et qu’il est le résul­tat d’une inté­gra­tion crois­sante de nou­velles fonc­tion­na­li­tés. Est-ce la pro­chaine bataille en vue? Oui, mais par d’autres biais, celui de la nor­ma­li­sa­tion des for­mats de don­nées avec l’ODF (d’OpenOffice) face à Open­XML (celui d’Office), tous deux bâtis sur XML.

L’interopérabilité client-serveur

Le sujet est plus dif­fi­cile d’abord que celui de Win­dows Media Player. En gros, la Com­mis­sion Euro­péenne a jugé que Micro­soft était égale­ment “trop” domi­nant sur le mar­ché des ser­veurs et que cette domi­nance était liée aux rela­tions tech­niques entre Win­dows sur le poste de tra­vail et Win­dows Ser­ver, notam­ment dans la ges­tion de domaines.

La Com­mis­sion a donc demandé à Micro­soft de four­nir les éléments de docu­men­ta­tion per­met­tant à des concur­rents d’émuler le fonc­tion­ne­ment de Win­dows Ser­ver. Chose atten­due par exemple par les équipes du logi­ciel open source Samba.

Micro­soft a fourni de la docu­men­ta­tion (des mil­liers de pages) et les codes sources de Win­dows Ser­ver. Mais cela n’a pas suf­fit. La Com­mis­sion a aussi exigé que les licences d’utilisation soient moins chères que ce que Micro­soft pro­po­sait. Le conflit court tou­jours à ce sujet. Micro­soft voit d’un mau­vais oeil sa R&D sur les ser­veurs poten­tiel­le­ment “don­née” aux concurrents.

Le pro­blème pour Micro­soft, c’est que ses logi­ciels ne sont pas for­cé­ment conçus pour per­mettre ce genre d’interopérabilité. Il y a carence d’ingéniering autant que de volonté. Et émuler par­fai­te­ment un logi­ciel ser­veur revien­drait à devoir imi­ter tout son fonc­tion­ne­ment, et qua­si­ment de copier ses codes sources.

Mais sup­po­sons que Win­dows Ser­ver soit inter­chan­geable avec Linux et d’autres piles open source dans ses rela­tions avec Win­dows. Quid d’Exchange, de SQL Ser­ver, de Sha­re­point et de la bonne ving­taine de logi­ciels ser­veurs de Micro­soft? Les clients choi­sissent sou­vent Win­dows Ser­ver pour pro­fi­ter du reste de l’offre ser­veur de l’éditeur. L’intégration et l’interdépendance entre ces dif­fé­rents com­po­sants est une fac­teur dif­fé­ren­tiant clé. Est-ce que la Com­mis­sion va s’y atta­quer et exi­ger d’autres docu­men­ta­tions, rela­tives à ces logi­ciels, ou exi­ger qu’ils puissent fonc­tion­ner sur des sys­tèmes concur­rents et com­pa­tibles avec Win­dows Ser­ver? C’est un peu la boite de Pandore.

Autres consé­quences des pro­cé­dures antitrust

Les mesures anti­trust vis à vis de Micro­soft de la Com­mis­sion Euro­péenne et dans une mesure voi­sine, de celles du Dépar­te­ment de la Jus­tice Amé­ri­cain ont tout de même eu un impact sur l’éditeur. Pas vrai­ment sur ses parts de mar­ché, mais cer­tai­ne­ment un peu sur ses pra­tiques, notam­ment d’ingéniering logi­ciel, mais sur­tout dans d’autres dimen­sions que voici :

  • Sur le porte-monnaie de Micro­soft et de ses actionnaires

L’impact est signi­fi­ca­tif. Au total depuis 2000, les pro­cé­dures anti­trust contre Micro­soft lui ont coûté plus de $8,3B. Plus que le pro­fit généré par Micro­soft pen­dant ses 22 pre­mières années d”existence (jusqu’en 1997)! Et le double de son résul­tat net de 1998, année du démar­rage des pro­cé­dures anti­trust amé­ri­caines et européenne.

La seule puis­sance publique qui en ait béné­fi­cié est la Com­mis­sion Euro­péenne, à hau­teur d’environ $900m. Micro­soft finance ainsi mal­gré lui - et modes­te­ment - la Poli­tique Agri­cole Com­mune (pre­mier bud­get de l’Union Euro­péenne) ou bien les pro­jets FP6/FP7 (sub­ven­tions à des pro­jets de recherche dans les TICs). Suivent les grands et petits concur­rents de Micro­soft (IBM, Sun, AOL, Real Net­works, Be Inc) qui ont béné­fi­cié d’accords à l’amiable avec espèces son­nantes et tré­bu­chantes. Suivent en der­nier des consom­ma­teurs et asso­cia­tions de cer­taines états des USA qui avaient déclen­ché des Class Action (sur un sujet assez fal­la­cieux concer­nant le prix de la mise à jour de Win­dows 98).

Ces coûts ont affecté signi­fi­ca­ti­ve­ment la marge nette de l’éditeur, jusqu’à presque 7% du revenu en 2004 (sources: quar­terly reports de Micro­soft com­pi­lés par l’auteur):

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Cela n’a pas empê­ché Micro­soft de pré­ser­ver de confor­tables marges nettes, sta­bi­li­sées main­te­nant autour de 27% du chiffre d’affaire. C’est l’effet du volume des ventes de leurs logi­ciels. Et encore, cette marge serait bien plus élevée si Micro­soft ne per­dait pas autant d’argent avec MSN et la XBOX!

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La fac­ture de l’antitrust pour Micro­soft a donc sur­tout à ren­flouer les caisses de cer­tains “concur­rents” mal en point et tous amé­ri­cains! Comme Novell qui doit ses déboires plus à ses erreurs stra­té­giques internes qu’à Micro­soft. Que dire en effet de ce “loser” par­fait de l’Internet qui n’a inté­gré nati­ve­ment le pro­to­cole du réseau des réseaux (TCP/IP) dans Net­ware qu’en 1999, quatre ans après l’explosion du Web? Idem pour AOL, engoncé à la fin des années 1990 dans une approche de por­tail fermé! Et Sun, le créa­teur de Java, qui n’en a jamais vrai­ment retiré une source de crois­sance signi­fi­ca­tive, et n’a senti venir le vent de Linux à temps pour adap­ter son offre serveur.

  • Sur les inves­tis­se­ments de Micro­soft dans son écosystème

Les aides aux star­tups, les pro­grammes de recherche avec les labo­ra­toires Euro­péens, les aides diverses aux écono­mies locales sont la com­bi­nai­son d’approches dites citoyennes et d’intégration avec le tis­sus écono­mique local. Les pro­cé­dures anti­trust ont généré indi­rec­te­ment ce phé­no­mène sur la base du rai­son­ne­ment sui­vant: l’éditeur est injus­te­ment atta­qué et c’est à cause d’une image néga­tive. Il faut donc inves­tir loca­le­ment pour amé­lio­rer l’image. Et cela a plu­tôt bien fonc­tionné. Même en Chine.

Micro­soft entre­te­nait l’illusion que tout cela allait les aider dans le cadre de la pro­cé­dure anti­trust euro­péenne, en se fai­sant de nou­veaux amis qui man­quaient tant. Mais cela n’a pas eu cet effet escompté sur la Com­mis­sion Euro­péenne et sa divi­sion de la concur­rence. Cela a amé­lioré cepen­dant leur image et mar­gi­na­lisé l’impact de ces affaires anti­trust, fina­le­ment plus pilo­tées par l’intérêt des concur­rents que par celui des consommateurs.

Ces actions ont même plu­tôt ren­forcé la posi­tion de Micro­soft dans ces régions! Leur inté­gra­tion avec le tissu local d’innovation s’est amé­lioré. Leur écosys­tème s’est renforcé.

Le cas des star­tups est éloquent. Dans les années 1990, les star­tups avaient peur de Micro­soft. La rumeur vou­lait que Micro­soft rache­tait tous ses concur­rents. C’était d’abord faux. A part quelques rares excep­tions comme Fox Soft­ware (concur­rent d’Access mais aussi de dBase et Para­dox), Micro­soft a tou­jours fait l’acquisition de socié­tés com­plé­tant son por­te­feuille et enri­chis­sant ses propres pro­duits. On peut tou­jours pen­ser que tel ou tel com­po­sant inté­gré à pos­té­riori dans Win­dows ou Office était concur­rent de ces logi­ciels. Mais c’est vrai­ment pré­somp­tueux. Et que l’on sache, Micro­soft n’a pas racheté Java, Linux, Notes, Net­ware, Word­per­fect, 1-2-3 ni Real­Net­works ni Apple. Et les temps ont changé. L’image de Micro­soft qui était désas­treuse dans la Sili­con Val­ley s’est amé­lio­rée après son ins­tal­la­tion d’un cam­pus de plus de 1000 col­la­bo­ra­teurs à Moun­tain View, pas loin de Sun (ci-contre, le long de la légen­daire 101). Et après avoir appris à côtoyer les acteurs du capi­tal risque et lancé le pro­gramme IDEES en France, l’idée a fait son che­min en France au point de deve­nir un exemple à imi­ter pour les autres, y com­pris, c’est un comble, par de grands groupes indus­triels français.

Microsoft Mountain View campus

De plus, l’ “exit stra­tegy” rêvée de nom­breux fon­da­teurs de star­tups, c’est d’être racheté par Google ou Micro­soft. A ceci près qu’elle pré­sente l’inconvénient pour Micro­soft de devoir dans la plu­part des cas plier bagage pour la région de Seat­tle. Et aussi, de voir ces acqui­si­tions inter­ve­nir trop tôt dans le cycle de crois­sance de la société, et donc de géné­rer une tran­sac­tion modé­rée (de l’ordre de 1 à 2 mil­lions de $ par déve­lop­peurs… ce qui est tout de même pas mal et paye lar­ge­ment les frais de déménagement).

En se rap­pro­chant des star­tups, comme en France, Micro­soft fait moins peur et devient au mini­mum une boite presque nor­male, et au mieux, une boite exem­plaire, qui aide les star­tups de son écosys­tème. Tout en le ren­for­çant. Tout en per­met­tant quelques acqui­si­tions. Rien qu’en France, deux star­tups ont été ainsi absor­bées entre 2006 et 2007 (Motion­Bridge et Screen­To­nic) alors qu’aucune ne l’avait été auparavant!

Comme en paral­lèle, Micro­soft gran­dit et s’alourdit, le risque de le voir concur­ren­cer les star­tups sur des pro­duits plus niches s’amenuise. Les capa­ci­tés mar­ke­ting de Micro­soft sont sou­vent bien sur­éva­luées dans les pro­duits autres que les quatre où cinq où ils ont plus de 50% de parts de mar­ché. Et en par­ti­cu­lier dans les solu­tions ver­ti­cales ou spé­cia­li­sées où ils sont soit non pré­sents, soient pré­sents avec des forces ter­rain très faibles quan­ti­ta­ti­ve­ment. La force de la marque aide, mais c’est loin d’être l’arme fatale face à de petits acteurs spé­cia­li­sés et bien focalisés!

Net net, Micro­soft s’est ren­forcé avec son écosys­tème qui ne le craint plus comme avant. Et il peut béné­fi­cier plus faci­le­ment d’innovations externes alors que l’interne risque de s’assécher.

  • Sur la pos­ture géné­rale de Microsoft

Les pro­cé­dures anti­trust ont eu les effets d’une guerre psy­cho­lo­gique vis à vis de Micro­soft. Les pro­cé­dures anti­trust et les pro­blèmes d’image asso­ciés, ont pu un temps ralen­tir la capa­cité à recru­ter des talents, mais il semble que cela ne soit plus le cas depuis long­temps. Cela fati­guait aussi les col­la­bo­ra­teurs, usés de se voir cri­ti­qués à tout bout de champs dans leur vie pri­vée (mais dans la majeure par­tie des cas, pour… du sup­port technique).

Micro­soft crai­gnait sur­tout d’être vic­time de l’immobilisation qui a mar­qué IBM à par­tir de 1982, après la conclu­sion d’un accord à l’amiable avec le Dépar­te­ment de la Jus­tice amé­ri­cain fai­sant suite à 14 années de pro­cé­dures anti­trust. L’IBMisation comme on l’appelle si bien est tou­jours à l’affut. C’est la com­bi­nai­son d’une culture de grande boite et ses pesan­teurs hié­rar­chiques, avec les craintes juri­diques asso­ciées à toute nou­velle ini­tia­tive. Chez Micro­soft, elle est plus le résul­tat de l’effet de taille et d’autres aspects comme le ralen­tis­se­ment de la crois­sance. L’IBMisation lan­ci­nante fera plus de mal que toute pro­cé­dure anti­trust sur la capa­cité d’innovation de la société.

La pos­ture de Micro­soft a aussi changé dans ses rela­tions clients. La société a com­pris la rela­tion qui exis­tait entre cer­tains pro­blèmes d’image néga­tive et ceux qui sont rela­tifs à la satis­fac­tion client. Des efforts ont été entre­pris pour amé­lio­rer les deux en paral­lèle et ils payent pro­gres­si­ve­ment, même si ceux-ci ont ten­dance à être plus tour­nés vers les entre­prises que vers le grand public. Cer­tains efforts à des­ti­na­tion des grandes entre­prises, des PME, des déve­lop­peurs, des étudiants, des infor­ma­ti­ciens en géné­ral, relèvent à la fois d’un optique orien­tée “satis­fac­tion client” et d’une optique busi­ness clas­sique. Ils ont encore du che­min à par­cou­rir, mais la prise de conscience est là.

  • Sur les rela­tions avec ses concur­rents

Comme l’origine de nom­breuses pro­cé­dures anti­trust pro­ve­naient de grands concur­rents et que, par ailleurs, l’exigence de l’interopérabilité est incon­tour­nable chez les grands clients, Micro­soft a fait l’effort de se rap­pro­cher de ses concur­rents sur ce thème.

Il en a résulté d’étonnants accords de par­te­na­riat avec Novell et Sun, parmi d’autres. Micro­soft a aussi promu les Web Ser­vices avec IBM au début des années 2000. Micro­soft a ainsi cher­ché à paci­fier ses rela­tions avec le peu de socié­tés avec qui ils n’avaient pas natu­rel­le­ment de rela­tions à un titre ou à un autre. Ils ont même créé aux USA une petite équipe en charge de “Tech­no­logy Diplo­macy” juste pour s’occuper de concur­rents exis­tants ou poten­tiels et nouer des partenariats.

  • Sur le lob­bying

Jusqu’aux affaires anti­trust, Micro­soft n’avait pas d’activité de lob­bying. Ils n’avaient qu’une per­sonne à Washing­ton DC lorsque le pro­cès anti­trust a démarré aux USA. Depuis, ils se sont rat­tra­pés. Ils ont investi en avo­cats et lob­byistes divers. Ils ont notam­ment bien enri­chi le cabi­net d’avocats Sul­li­van & Crom­well, dont le siège est basé à New York mais qui semble adop­ter un com­por­te­ment de texans. On trouve la réfé­rence Micro­soft ici et  sur leur site web. Le cabi­net com­prend 600 avo­cats et réa­lise dans les $900m de chiffre d’affaire, dont pro­ba­ble­ment plu­sieurs grosses dizaines avec Micro­soft Corp.

Au départ, l’approche de lob­bying était défen­sive. De 1998 à 2002, il s’agissait tout bon­ne­ment d’éviter un déman­tè­le­ment! Puis l’approche est deve­nue offen­sive, à savoir qu’elle a tou­ché l’implication de Micro­soft dans dif­fé­rents sujets de société incon­tour­nables pour un acteur de cette taille: la vie pri­vée, la pro­priété intel­lec­tuelle, l’économie du logi­ciel, les nou­veaux médias numé­riques, la pro­tec­tion de l’enfance sur Inter­net, etc. Micro­soft a com­pris qu’il n’était pas qu’un simple éditeur de logi­ciel et qu’il avait une res­pon­sa­bi­lité face à la société. Il s’est donc impli­qué dans les débats asso­ciés. Sou­vent, de manière publique (on appelle cela de la comm ou du mar­ke­ting), par­fois de manière plus dis­crète (on appelle cela du lobbying).

Les détrac­teurs de Micro­soft regret­te­ront que la société ait acquis ce savoir faire. Mais là encore, l’antitrust a ouvert une boite de Pan­dore insoup­çon­née. Sans oublier qu’au départ, les pro­cé­dures étaient le résul­tat du lob­bying des grands concur­rents de Micro­soft, bien plus avan­cés à l’époque que ce der­nier dans ce sport natio­nal américain!

Ce qui ralen­tit Microsoft

Les pro­cé­dures anti­trust ne ralen­tissent pas vrai­ment Microsoft.

Si et quand ralen­tis­se­ment il y a, il est lié à des causes internes plus clas­siques, pour l’essentiel liés à des effets de seuil pro­vo­qués par la taille de l’entreprise:

  • L’iner­tie liée à la taille gar­gan­tuesque de l’éditeur, qui occupe main­te­nant plus de 80000 per­sonnes et fait plus de la moi­tié du chiffre d’affaire d’IBM.
  • La richesse qui les pousse à inves­tir à fonds per­dus sans se poser for­cé­ment les bonnes ques­tions. Ainsi, ils perdent beau­coup de temps. Mais ils ont effec­ti­ve­ment le temps pour eux. C’est le cas pour la XBOX, pour MSN, pour Live mais aussi pour leur ini­tia­tive MSTV.
  • La com­plexité des logi­ciels comme Win­dows qui rend dif­fi­cile leur évolu­tion. Le poids de la base ins­tal­lée est à la fois un atout (qui freine l’irruption de concur­rents) et un far­deau (sa prise en compte com­plexi­fie les déve­lop­pe­ments, coûte cher et peut frei­ner le pro­ces­sus d’innovation).
  • Une orga­ni­sa­tion pas assez mon­diale et dis­tri­buée du déve­lop­pe­ment, encore très concen­trée sur la côte ouest des USA. Même si des labo­ra­toires de R&D ont pu être récem­ment ouverts en Chine, et sur­tout en Inde. Google a une stra­té­gie meilleure de ce point de vue là en recru­tant et employant les déve­lop­peurs là où ils sont. Ils ont ainsi un lab à New York, un à Londres et un à Zurich. Micro­soft n’a aucun déve­lop­peur sur la côte est des USA! Et atti­rer de bons déve­lop­peurs à Seat­tle n’est pas si simple que cela.
  • Une dif­fi­culté à moti­ver et recru­ter de bons col­la­bo­ra­teurs qui n’ont plus de “stock options” depuis 2003 mais des pro­grammes d’attribution d’actions qui sont bien moins moti­vants. Un petit tour dans le blog Mini-Microsoft per­met de sen­tir ce malaise.
  • Des dif­fi­cul­tés à mar­ke­ter les inno­va­tions. Soit le logi­ciel est domi­nant et chaque nou­veauté est noyée dans une masse de plu­sieurs cen­taines de chan­ge­ments dure à valo­ri­ser (citez “une” nou­veauté cri­tique de Vista…), soit le logi­ciel est nou­veau et les équipes ter­rain pour le relayer (dans les entre­prises) seront peu nom­breuses et seront mar­gi­na­li­sées. Et contrai­re­ment à ce qui se dit, le mar­ke­ting de Micro­soft est très inégal selon les pro­duits et les activités.
  • Le grand nombre de pré­oc­cu­pa­tions des clients, sur­tout en entre­prise, et leur dis­per­sion naturelle.

Sans comp­ter toutes les erreurs qu’une orga­ni­sa­tion de cette taille là peut géné­rer, lais­sant ainsi un espace libre à de nom­breux concur­rents plus rapides et oppor­tu­nistes. C’est par­ti­cu­liè­re­ment vrai dans le cadre de l’Internet et du social networking.

Les autres pro­po­si­tions pour frei­ner Microsoft

Le pro­blème pour les détrac­teurs de Micro­soft et les assoif­fés d’une plus grande concur­rence dans les caté­go­ries où l’éditeur domine le mar­ché, ces lour­deurs ne sont pas suf­fi­santes pour le déles­ter de parts de mar­ché avec Win­dows, Win­dows Ser­ver ou Office.

Nelly Kroes, la com­mis­saire euro­péenne en charge de la concur­rence, ne se satis­fe­rait même pas que Micro­soft res­pecte à la lettre ses condam­na­tions. Elle vou­drait que cela génère “une baisse sub­stan­tielle de la part de mar­ché de Micro­soft”! Sans indi­quer de chiffre pour autant, mais on sait qu’au des­sus de 50%, on est déjà consi­déré comme un acteur domi­nant par Bruxelles. Elle - et ses pré­dé­ces­seurs - ont du prendre le pro­blème par tous les bouts et n’ont visi­ble­ment pas trouvé grand chose à se mettre sous la dent. En effet, il n’y a pas des masses de solution:

  • Cer­tains ont pro­posé d’interdire l’intégration de Win­dows dans les PCs

Le para­doxe est le sui­vant : cela limi­te­rait l’accès au mar­ché des com­po­sants bund­lés par les construc­teurs dans Win­dows comme le lec­teur PDF d’Adobe! Cela ren­drait dif­fi­cile tout le tra­vail de per­son­na­li­sa­tion des confi­gu­ra­tions logi­cielles réa­lisé par les constructeurs.

De deux choses l’une, où bien les reven­deurs pro­po­se­raient un DVD avec un Win­dows géné­rique et il fau­drait le confi­gu­rer à la main, ou bien les construc­teurs pro­po­se­raient leur propre ver­sion, comme celle que l’on retrouve dans le DVD de répa­ra­tion du sys­tème, qu’il faut sou­vent gra­ver soi-même au moment du pre­mier démar­rage du PC. Le DVD n’est pas fourni en stan­dard par les construc­teurs pour réduire le coût et les marges déjà bien com­pres­sés des confi­gu­ra­tions. Et les PC expo­sés dans la dis­tri­bu­tion seraient bien tristes, avec un écran tout noir!

Cela nivè­le­rait les PC les uns par rap­port aux autres et rédui­rait la capa­cité des construc­teurs à se dif­fé­ren­tier par le logi­ciel. Et au pas­sage, cela aug­men­te­rait le coût uni­taire de Win­dows car vendu à l“unité et pas en volume. Et cela com­plexi­fie­rait le tra­vail pour la dis­tri­bu­tion qui aurait plus à faire, en ajou­tant le coût  du ser­vice d’installation, néces­saire pour de nom­breux néo­phytes, qui revien­drait aussi cher que le coût de Win­dows qui est dans le PC!  En effet, une heure de tech­ni­cien vaut plus de 75€! Et c’est le temps qu’il faut pour ins­tal­ler conve­na­ble­ment son sys­tème d’exploitation, avec, certes, des temps morts. Et puis, cela ne chan­ge­rait pas la donne dans les entre­prises car de toutes manières, ces der­nières “mas­te­risent” leurs PC une fois pour toutes et les ins­tallent automatiquement.

Les asso­cia­tions du libre estiment que la part de mar­ché de Linux mon­te­rait à 30% si Win­dows était “débundlé” des PC. Rien n’est moins sur! Linux a encore quelques pro­grès à faire pour pou­voir atteindre cette masse cri­tique d’utilisateurs. Sinon, cela ferait long­temps qu’il aurait réussi à le faire!

L’unbundling dimi­nue­rait mar­gi­na­le­ment la part de mar­ché de Win­dows, mais cela serait au détri­ment du confort et du porte-monnaie d’une majo­rité des uti­li­sa­teurs. Faut-il véri­ta­ble­ment péna­li­ser les clients qui suivent le pro­duit domi­nant pour aider les autres? Grande ques­tion d’équilibre entre liberté de choix, démo­cra­tie, et faci­lité d’achat et d’installation dans un monde où les uti­li­sa­teurs ne sont pas experts et sou­haitent juste ache­ter un PC qui fonc­tionne avec les prin­ci­paux logi­ciels et maté­riels du marché!

Mais bon, la puis­sance publique Euro­péenne est très capable d’inventer une usine à gaz.

  • D’autres bataillent autour des normes et standards

Le pro­ces­sus de stan­dar­di­sa­tion d’ODF, puis celui d’OpenXML, en fait par­tie. Avec en idée sous-jacente chez cer­tains, la pers­pec­tive de mettre hors jeu Micro­soft de mar­chés publics. Mais c’est bien illu­soire encore une fois car dos au mur, Micro­soft pourra très bien sup­por­ter les for­mats ODF dans sa suite Office (il le fait via des filtres déve­lop­pés par des tiers). Mais évidem­ment, pas jusqu’à en faire son for­mat natif, bien entendu.

  • Enfin, les adeptes du logi­ciel libre appré­cie­raient un encou­ra­ge­ment encore plus fort en faveur des logi­ciels libres et de Linux

Les encou­ra­ger au niveau de l’enseignement supé­rieur et de la recherche? C’est déjà le cas depuis long­temps, et sans impact sur le poids de Micro­soft. En effet, les jeunes infor­ma­ti­ciens qui arrivent sur le mar­ché du tra­vail s’adaptent à la donne. Là des­sus comme sur plein d’autres sujets d’ailleurs, où l’enseignement peut être décalé des réa­li­tés des entreprises.

Les pous­ser dans le sec­teur public? C’est aussi déjà lar­ge­ment en place, sur­tout sur les ser­veurs. Et l’on voit des ten­ta­tives de pla­cer Linux sur des postes de tra­vail. Avec pour l’instant, pas assez de recul pour en connaitre l’impact. Les grands pro­jets (Mai­rie de Paris, Mai­rie de Munich) qui avaient fait cou­ler beau­coup d’encre il y a quelques années ont l’air d’en être au point mort pour ce qui est du rem­pla­ce­ment de Win­dows par Linux sur les postes de travail.

Pro­mou­voir l’open source et créer un Linux Euro­péen? Cela aurait autant de chances d’aboutir que Quaero. Et que dire de Gali­leo qui prend des années de retard pour concur­ren­cer le GPS américain!

Mal­gré tout, Linux fera des pro­grès, notam­ment sur le poste de tra­vail. Parce qu’il pro­gresse bien et que des dis­tri­bu­tions comme Ubuntu se pré­oc­cupent vrai­ment des uti­li­sa­teurs lambda.

Que faire?

Alors, faut-il juste attendre que Micro­soft accu­mule les erreurs et que les concur­rents s’unissent et ren­forcent leurs offres? Faut-il attendre que le “mar­ché” fonc­tionne tout seul et se conten­ter de batailles d’escarmouches? Pour les diri­gistes et les tenants d’une forte régu­la­tion du libé­ra­lisme et de la mon­dia­li­sa­tion, c’est sûre­ment dur à accep­ter. Mais c’est un peu la loi de cette indus­trie, encore bien jeune.

L’Europe aurait cepen­dant tout à gagner à réflé­chir à la manière de créer des Micro­soft locaux, dans la veine des Nokia, SAP, Das­sault Sys­tèmes et Busi­ness Objects, plu­tôt que de s’acharner à essayer de déplu­mer Micro­soft avec une pince à épiler.

Mais je suis sûr que vous, amis lec­teurs, serez pro­lixes en idées pour revoir la concep­tion de la pince à épiler…


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Publié le 2 octobre 2007 Post de Olivier Ezratty | Economie, Microsoft, Politique, Startups | 7 commentaires

Les 7 commentaires sur “Illusions de la Commission Européenne sur Microsoft” :

  • [1] - Mike a écrit le 3 octobre 2007 :

    Très inté­res­sant comme tou­jours, merci pour ce long post :)

  • Je trouve vrai­ment dom­mage que la Com­mis­sion Euro­péenne dépense autant d’énergie sur ce thème, sur­tout si l’on voit l’absence de résul­tats pro­bants que vous décri­vez si bien dans ce billet. À ce qu’il paraît, ce serait même une des rai­sons pour les­quelles Win­dows Vista est vendu bien plus cher en Europe qu’aux États-Unis.

    Heu­reu­se­ment que Micro­soft n’a pas (encore) été condamné pour l’installation de son Fra­me­work .NET 3.0 par Win­dows Vista :)

    Au sujet de l’export en XPS, il n’est pas dis­po­nible nati­ve­ment lors de l’installation d’Office 2007. Il faut ins­tal­ler un plug-in pour cela (qui est par d’ailleurs le même que celui pour le sup­port de l’export en PDF…). C’est sûre­ment par anti­ci­pa­tion des foudres éven­tuelles d’Adobe !

  • [3] - Olivier Ezratty a écrit le 4 octobre 2007 :

    La dif­fé­rence de prix des logi­ciels entre les US et l’Europe est (mal­heu­reu­se­ment) clas­sique dans la plu­part des boites amé­ri­caines. Ce n’est pas vrai­ment une spé­ci­fi­cité de Micro­soft. Ni lié à quelque pro­cé­dure anti­trust que ce soit. Mais une petite étude com­pa­ra­tive des prix des logi­ciels des deux côté de l’Atlantique serait inté­res­sante pour les grands éditeurs (MS, Adobe, Syman­tec, Oracle, …).

    Pour ce qui est de Win­dows, le prix est le même quand on achète son PC chez un construc­teur inter­na­tio­nal. Celui-ci paye en $ et au même prix les Win­dows pré­ins­tal­lés, quels que soient les pays de vente des PCs. Par contre, pour la mise à jour ache­tée en boite à la FNAC, oui, il y a une belle différence.

  • [4] - jack a écrit le 8 octobre 2007 :

    Bien des choses fort inté­res­santes dans cette ana­lyse, l’essentiel sans doute !
    Mais puisqu’on en est à la pince à épiler, arme civi­li­sée s’il en fût, je ne résiste pas à l’envie de la retour­ner contre celui qui le pre­mier l’a bran­die. Disons qu’il s’agit plus d’une cri­tique méthodologique.

    Dénon­cer une inco­hé­rence ou une inef­fi­ca­cité des mesures prise par la com­mi­sion euro­péenne, me paraît rele­ver de cette même méthode de la pince à épiler. On peut tou­jours en tour­nant autour pas a pas, faire en sorte que l’arbre cache la forêt.
    La com­mis­sion est une ins­ti­tu­tion qui dis­pose de cer­tains moyens, à laquelle est confiée une cer­taine mis­sion. Ainsi que le gen­darme au bord d’une route, elle ne peut que ver­ba­li­ser si l’on enfreint cer­taines règles, le tout avec une cer­taine marge d’appréciation. Le but à atteindre se situant au delà des règles elles même, réduire le nombre d’accidents ou leur gra­vité par exemple, en impo­sant des limites de vitesse ou le port de la cein­ture.
    Ce n’est pas l’argent des PV qui amé­liore la sécu­rité rou­tière, c’est la peur de l’amende.
    L’amende à un but dis­sua­sif avant tout.
    “L’insécurité” créée par ce précédent(la condam­na­tion de Micro­soft) peut être assi­mi­lée à la peur du gen­darme. Peut être seront ils au pro­chain car­re­four, peut être non ! Aucune cohé­rence la dedans, sim­ple­ment une inci­ta­tion à lever le pied au cas ou…
    On com­met par­fois inpu­né­ment de grosses infrac­tions, on peut ensuite être sanc­tionné injus­te­ment ou pour une brou­tille !
    L’exigence de cohé­rence, de cau­sa­lité par­faite, est un leurre. Dif­fé­rents éléments ont influé récem­ment sur le busi­ness de Micro­soft, inflé­chis­sant sa poli­tique. La com­mis­sion en est un non négli­geable. Ce pro­cès par ses réper­cus­sions, par la publi­ca­tion d’information, par les inter­ro­ga­tions qu’il à sus­cité. A pro­vo­qué en cha­cun de nous une réflexion, des prise de posi­tion, des prises de conscience, éven­tuel­le­ment des choix, des actes.
    Ainsi plu­tôt que d’épiler quelques brins d’herbe dans cette pelouse, en pré­ten­dant la réduire à néant. Peut être vau­drait il mieux se deman­der “ou en serait on si ceci ne s’était pas pro­duit ?” ou encore “pour­quoi ceci est il arrivé, quels sont les autres éléments qui semblent par­ti­ci­per du même phé­no­méne, à la même ten­dance“
    En évitant les piéges d’un dis­cours trop linéaire, on peut décou­vrir un sens poli­tique, média­tique, juri­dique, et tech­nique à ce qui s’est passé. Bien malin celui qui peut en décrire toutes les consé­quences.
    Plu­tôt que d’épilation, par­lons de météo ! Micro­soft est sous l’orage, la com­mis­sion est un grê­lon. On ne meurt pas d’une averse !

  • [5] - Olivier Ezratty a écrit le 8 octobre 2007 :

    Jack, merci pour ce com­plé­ment d’analyse, fort à propos.

    Les rela­tions de cau­sa­lité entre événe­ments sont effec­ti­ve­ment com­plexes. Je sou­hai­tais en tout cas mon­trer que cer­tains événe­ments liés aux pro­cé­dures anti­trust ont per­mis à Micro­soft de s’adapter et de s’améliorer dans cer­taines dimen­sions et que cela lui a été pro­fi­table. C’est une consé­quence inat­ten­due pour ce qui aurait du juste géné­rer la “peur du gen­darme”. Puisque l’on est dans les ana­lo­gies, on peut faire le paral­lèle avec Pearl Har­bour, bataille per­due pour les USA, mais pré­lude à un ren­for­ce­ment de ce dernier.

    Micro­soft avait des capa­ci­tés d’adaptation qui ont peut-être été sous-estimées par ceux qui l’ont atta­qué, ou en tout cas par ceux qui sou­haitent comme Nelly Kroes voir Micro­soft perdre beau­coup de parts de mar­ché. Sou­hait qui fait d’ailleurs fi des méca­nismes d’écosystèmes et d’économie de réseau tou­jours favo­rables aux acteurs domi­nants. En par­ti­cu­lier pour le coeur des tech­no­lo­gies d’aujourd’hui (les micro­pro­ces­seurs, les sys­tèmes d’exploitation, les moteurs de recherche).

    Mon autre point reste décon­necté de l’analyse de l’antitrust: si et quand Micro­soft perd des parts de mar­ché (comme contre Fire­fox), c’est plus le fait de ses erreurs internes liées à sa taille et à son iner­tie que des attaques anti­trust, même si pour Fire­fox, on peut remon­ter la chaine de cau­sa­lité au pro­cès amé­ri­cain (DOJ vs Micro­soft, 1998-2002) ter­miné par un règle­ment “à l’amiable”.

  • [6] - titus a écrit le 8 octobre 2007 :

    C’est pas­sion­nant, oli­vier, très docu­menté avec une vue d’insider à la fois du sec­teur et des nou­velles tech­nos que tu es sans doute à des seuls à avoir. J’ai beau­coup appris, merci.

  • [7] - jack a écrit le 9 octobre 2007 :

    Effec­ti­ve­ment, je pense aussi que c’est sur­tout lorsque des erreurs stra­té­giques ou des fai­blesses internes existent que la concur­rence réus­sit à “faire son trou” en étant plus rapide ou plus per­ti­nente. Mais n’est ce pas la défi­ni­tion même de la concur­rence ?
    Micro­soft pése depuis un long moment sur l’évolution des tech­no­lo­gies, des voies peu ou pas explo­rées pour­raient se rou­vrir, cer­tains choix pour­raient à moyen ou long terme s’avérer inadap­tés. C’est là que l’inertie devient vite désas­treuse. La nor­ma­li­sa­tion et la gra­tuité de cer­tains éléments de base (O.S. For­mats bureau­tiques), par exemple, si elle se pour­suit, pour­rait être un vrai coup dur. C’est sans doute pour­quoi sur ces points pré­cis de réelles pra­tiques “mono­po­lis­tiques” (pour res­ter neutre) sont mises en oeuvre.
    On l’a vu pour IBM par exemple, une posi­tion outra­geu­se­ment domi­nante est impos­sible à conser­ver long­temps. C’est, me semble t’il, en l’admettant et en s’y pré­pa­rant que Micro­soft met­tra les meilleures chances de son coté. En diver­si­fiant les plates formes, en jouant de la coopé­ti­tion, en étant moins arro­gant… Les rap­pro­che­ments avec Apple et Novell, Enne­mis jurés d’hier, me paraissent exem­plaires et peut être symp­to­ma­tiques d’une nou­velle sta­té­gie plus souple et plus ouverte. Quand on à conquis un empire, le plus dur reste à faire, le gar­der et le faire pros­pé­rer. la récon­ci­lia­tion est un préa­lable.
    Pour en reve­nir à Pearl Har­bor, on peut dire aujourd­hui qu’aprés un conflit dra­ma­tique, les deux par­ties ont lar­ge­ment pro­fité de leur réconciliation.




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