Industrie du logiciel libre ou artisanat ?

Publié le 21 juin 2007 et mis à jour le 17 février 2008 - 11 commentaires -
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La semaine der­nière, j’ai été contacté par Cédric Ingrand qui sou­hai­tait me voir inter­ve­nir dans son émis­sion « Plein Ecran » de LCI au sujet de l’actualité des logi­ciels libres, entre­te­nue par la mani­fes­ta­tion « Paris Capi­tal du Libre » qui avait lieu la même semaine. J’y suis allé. L’enregistrement avait lieu le ven­dredi après-midi pour une dif­fu­sion le samedi sui­vant avec 15 minutes pour dif­fu­sion TV et l’équivalent pour une dif­fu­sion Web. Le débat avait lieu avec Alexandre Zapolski, PDG de la SSLL Lina­gora et orga­ni­sa­teur de « Paris Capi­tale du Libre », Tris­tant Nitot, Pré­sident de Mozilla Europe, et Emma­nuel Paquette, jour­na­liste aux Echos. Chaque tranche de 15 minutes étant cou­pée par un repor­tage d’environ 5 minutes, autant dire qu’il res­tait peu de temps pour per­mettre à ce petit monde de s’exprimer. Et j’en suis res­sor­tit un peu frus­tré aux entour­nures, comme de nom­breux spé­cia­listes qui ont l’occasion de s’exprimer pour le petit écran. Heu­reu­se­ment, le blog est là et per­met de pour­suivre le débat sous une autre forme, plus dense et argumentée.

Pour­quoi pour­suivre le débat ? Parce que cette émis­sion était un peu trop béa­te­ment enthou­siaste sur l’impact écono­mique du logi­ciel libre. Tant dans les repor­tages, telle cette ins­tal­la­tion d’Ubuntu qui avait l’air aussi simple que celle de Picasa sous Win­dows et res­sem­blait à une vidéo de télé-achat à la Bel­le­marre, qu’avec les inter­ve­nants. Mais bon, que ce phé­no­mène sou­vent dénoncé lorsqu’il favo­rise les éditeurs com­mer­ciaux se retrouve dans les logi­ciels libres ne devrait pas être surprenant.

Vous pou­vez vision­ner cette émis­sion par télé­char­ge­ment en MPEG4 avec la pre­mière par­tie et la seconde par­tie, et égale­ment sous forme de strea­ming sur LCI.fr.

Alors, sur ces entre­faits, voici sur quoi je vou­lais donc revenir…

Les logi­ciels libres crée­raient des dizaines de mil­liers d’emploi

Le point de Cédric Ingrand était que le logi­ciel libre était devenu du « big busi­ness ». Alexandre Zapolski met­tait ainsi en avant les quelques dizaines de mil­liers d’emplois créés par les logi­ciels libres et un taux de crois­sance de ces emplois de plus de 70%. Le Syn­tec estime quant à lui le mar­ché des ser­vices autour du libre à 540m€ et à 1,4% du total et devrait croitre de 50% en 2007.

Ces don­nées me semblent en fait bien sous-estimées ! Le sec­teur infor­ma­tique repré­sente en France plus de 600000 emplois, dont une grosse moi­tié dans les socié­tés de ser­vices. Comme la part de mar­ché des logi­ciels libres dans les ser­veurs est d’environ 27% et que les acti­vi­tés de ser­vices autour des ser­veurs et appli­ca­tions asso­ciées, en par­ti­cu­lier dans les domaines Inter­net et Intra­net, sont en pleine effer­ves­cence, il n’est pas absurde d’évaluer le poids des logi­ciels libres à envi­ron le quart du mar­ché des ser­vices, soient près de 75000 emplois, sans comp­ter le côté des entre­prises et des four­nis­seurs de tech­no­lo­gies. Mais il s’agit essen­tiel­le­ment d’un mar­ché de ser­vices informatiques.

Mais le mar­ché des ser­vices infor­ma­tiques ne croit pas de 70% par an! Il a cru de 6,5% en 2006, tou­jours d’après le Syn­tec, et ces chiffres sont sou­vent légè­re­ment sur­es­ti­més. Les logi­ciels libres ne sont donc pas créa­teurs nets d’emploi à hau­teur de +50%. Une grande part des emplois autour des logi­ciels libres sont le résul­tat de trans­ferts entre tech­no­lo­gies. La pre­mière affec­tée : Unix dont l’essentiel des acti­vi­tés et com­pé­tences, cou­rantes dans les ser­veurs d’application, ont migré vers le libre et Java. Seconde tech­no­lo­gie affec­tée : Novell Net­ware, qui a pro­gres­si­ve­ment perdu du ter­rain ces 15 der­nières années au pro­fit des ser­veurs Micro­soft et de Linux. Et Novell est main­te­nant foca­lisé sur Linux. Troi­sième vic­time: Win­dows Ser­ver et ce qui va autour. Même si cela ne s’est pas tra­duit en pertes nettes pour Micro­soft, l’avancée du libre a au moins ralenti la crois­sance de Micro­soft dans les ser­veurs. En par­ti­cu­lier dans le sec­teur public qui lui est devenu par­ti­cu­liè­re­ment hos­tile. Et d’après le Syn­tec, la crois­sance des ser­vices infor­ma­tiques en France est liée à “la recru­des­cence des pro­jets de trans­for­ma­tions dans les entre­prises, […] d’une demande accrue pour des pro­jets liés au règle­men­taire et aux fusions & acqui­si­tions. Parmi les métiers les plus dyna­miques figurent le Conseil, l’Infogérance appli­ca­tive (en par­ti­cu­lier la TMA) et les logi­ciels embar­qués”. Et donc pas vrai­ment aux logi­ciels libres, même si on en trouve bien enfouis dans les sys­tèmes embarqués.

Si les logi­ciels libres créaient de façon nette plus d’emplois que la crois­sance du mar­ché infor­ma­tique, cela vou­drait dire que ces der­niers sont plus consom­ma­teurs de ser­vices que les logi­ciels com­mer­ciaux qu’ils rem­placent et qu’au final, la fac­ture pour les clients s’en res­sen­ti­rait (les bud­gets ser­vices sont envi­ron cinq à dix fois plus grands que les bud­gets licences). Cela ali­men­te­rait le dis­cours de Micro­soft selon lequel le « Total cost of owner­ship » des logi­ciels libres en entre­prise est supé­rieur à celui des logi­ciels com­mer­ciaux. Or ce n’est pas néces­sai­re­ment le cas…

La crois­sance d’emploi géné­rée par le libre est donc pour moi un argu­ment écono­mique aussi déplacé que ces études de Micro­soft com­man­dées à IDC dans le monde qui chif­fraient les mil­liers d’emplois créés par Win­dows Vista au moment de son lan­ce­ment en novembre dernier.

Ceci étant, si la part de mar­ché de Linux dans les ser­veurs s’est rela­ti­ve­ment sta­bi­li­sée en France, tout comme sur les postes de tra­vail où elle pla­fonne à envi­ron 3% en uni­tés (en nou­velles machines), les scé­na­rios d’utilisation des logi­ciels libres se diver­si­fient. Ils touchent de plus en plus les Intra­net de par­tage d’information (notam­ment avec l’émergence des Wikis en entre­prise) et les mes­sa­ge­ries, au-delà des scé­na­rios tra­di­tion­nels autour de la sécu­rité, du Web. Nombre de ser­veurs d’applications métier tournent égale­ment sur des plates-formes alliant Linux et les midd­le­wares Java.

Bref, s’il y a bien des emplois autour du libre, mais il ne s’en créé pas autant que les par­ti­sans du libre l’indiquent en valeur nette. D’autant plus que les emplois infor­ma­tiques ne sont pas sim­ple­ment clas­si­fiables en « logi­ciels libres » ou « logi­ciels com­mer­ciaux». Il y a des métiers : déve­lop­peurs, admi­nis­tra­teurs réseaux, archi­tectes, chefs de pro­jets et des sec­teurs d’activité (finance, indus­trie, etc) avec des com­pé­tences propres qui sont rela­ti­ve­ment indé­pen­dantes des tech­no­lo­gies employées.

Il fau­drait créer un pôle de com­pé­ti­ti­vité des logi­ciels libres

C’est un thème cher à Alexandre Zapolski qu’il pro­meut depuis long­temps et avait relayé auprès des can­di­dats à l’élection pré­si­den­tielle au tra­vers de son asso­cia­tion l’ASS2L (Asso­cia­tion des Socié­tés de Ser­vices en logi­ciel libre). J’ai sur ce point une réserve liée au fait que la majeure par­tie des acteurs du libre en France sont des socié­tés de ser­vice. Au mini­mum, ce sont des SSII dans le modèle écono­mique. En effet, la majeure par­tie des éditeurs de logi­ciels libres ne com­mer­cia­lisent pas des licences logi­cielles, mais plu­tôt des pres­ta­tions de ser­vices de déploie­ment et de main­te­nance de ces logi­ciels. Ce modèle écono­mique pré­sente la carac­té­ris­tique d’être peu « sca­lable ». A savoir que la marge déga­gée n’augmente qua­si­ment pas avec le volume d’activité. Contrai­re­ment à l’édition de logi­ciel pro­pre­ment dite et à de nom­breuses acti­vi­tés indus­trielles où les inves­tis­se­ments en R&D sont amor­tis par le volume de vente, et dans le cas de l’industrie, où les risques indus­triels au niveau fabri­ca­tion sont main­te­nant réduits du fait de sa sous-traitance et/ou de sa délocalisation.

Les SSLL et les éditeurs de logi­ciels libres fran­çais sont sou­vent des entre­prises de proxi­mité, elles n’exportent pas, ou presque pas. Leur mar­ke­ting est donc sou­vent limité, comme l’est celui des SSII. Les grandes SSII fran­çaises qui ont une acti­vité inter­na­tio­nale comme Cap­Ge­mini pré­sentent moins d’intérêt pour la balance com­mer­ciale de la France que les éditeurs logi­ciels, même moins nom­breux. En effet, l’essentiel de leur valeur ajouté se tra­dui­sant en salaires locaux, les sièges rapa­trient peut de marge alors que les éditeurs de logi­ciels décen­tra­lisent moins leur R&D en géné­ral et ont des coûts des ventes locaux bien plus faible que la déli­vrance de ser­vices des SSII. Résul­tat, les éditeurs de logi­ciels qui exportent rap­portent plus à leur pays d’origine que les SSII.

La pous­sée du libre en France relève par ailleurs plus d’une logique d’acheteurs, interne au pays, pous­sée notam­ment par le sec­teur public. Cette logique de mar­ché inté­rieur – qui n’est pas spé­ci­fique à la France – n’encourage pas non plus à la créa­tion de busi­ness à échelle mondiale.

On objec­tera que de grands acteurs du libre se sont créés dans le monde. Il y a effec­ti­ve­ment Red­Hat (US), MySQL (suède), et… bien, plus grand monde qui fasse plus de $100m de chiffre d‘affaire. Mal­gré la pous­sée du libre, il n’y a qu’une poi­gnée d’éditeurs de logi­ciels libres dans le Top 200 des éditeurs mon­diaux. Et il n’y a aucun fran­çais. Alors que nous avons tout de même Busi­ness Objects (certes main­te­nant plus nord-américain que fran­çais) et Das­sault Sys­tèmes, qui sont dans le Top 50 mon­dial. Pour­quoi donc ? Je pense que c’est jus­te­ment lié à cette culture du ser­vice fran­çaise et à la dif­fi­culté des socié­tés du libre à se déve­lop­per à l’échelle mon­diale. Nous avions Man­driva, mais après des déboires nom­breux et mal­gré sa reca­pi­ta­li­sa­tion récente et très ris­quée par Occam Capi­tal, il n’est pas évident qu’ils aillent bien loin face à Red­Hat, Novell et autres Ubuntu. Fina­le­ment, cette force fran­çaise avec ses « grandes SSII » a créé une culture qui est une fai­blesse de l’industrie infor­ma­tique fran­çaise. Dans les années 80, les SSII éditaient des logi­ciels : ate­liers de génie logi­ciels, logi­ciels d’entreprises, etc. Et elles ont aban­donné ces acti­vi­tés pour se recen­trer sur les ser­vices. Nos grands fleu­rons du ser­vice sont en fait notre talon d’Achille. Ils ont drainé les com­pé­tences, et cela s’est en par­tie fait au détri­ment d’une culture indus­trielle du logiciel.

Il n’y a cepen­dant rien d’inéluctable et rien n’empêche des entre­pre­neurs auda­cieux de conqué­rir le monde avec des logi­ciels libres. Cer­taines acqui­si­tions comme chez Idealx ou Lina­gora visent à élar­gir leur porte-feuille logi­ciel. Encore faut-il qu’ils ne décident pas, comme l’a fait Marc Fleury, le fon­da­teur de JBOSS racheté par Red­Hat, d’aller s’installer aux USA !

S’il fal­lait encou­ra­ger les pôles de com­pé­ti­ti­vité (dont la for­mule reste dou­teuse sur de nom­breux aspects), il fau­drait le faire sur le logi­ciel en géné­ral. Les logi­ciels sont incon­tour­nables dans les TIC. On les trouve par­tout : dans le maté­riel comme les set-top-boxes ou les voi­tures, dans les com­po­sants, dans les ser­vices Inter­net qui pré­sentent lorsqu’ils tournent bien d’énormes écono­mies d’échelle, dans les conte­nus comme les jeux, et ven­dus comme tels. Les logi­ciels libres inté­grés ou pas dans ces dif­fé­rente incar­na­tions ne sont qu’une forme, qu’un modèle écono­mique. Mais il n’est pas exclu­sif. D’autant plus que contrai­re­ment aux idées reçues, la dif­fé­rence entre un logi­ciel libre de niche (les plus nom­breux) et les logi­ciels com­mer­ciaux est minime. Sou­vent, leur com­mu­nauté de déve­lop­peurs est qua­si­ment réduite aux créa­teurs du logi­ciel. Et les béné­fices d’ouverture du code source et le déve­lop­pe­ment com­mu­nau­taire sont plus des argu­ments mar­ke­ting qu’une réa­lité ter­rain. Et qui dit com­pé­ti­ti­vité dit expor­ta­tions, pas ser­vice de proximité.

Mais il existe déjà des pôles de com­pé­ti­ti­vité autour des logi­ciels, notam­ment autour du jeu à Lyon, des sys­tèmes com­plexes et du mul­ti­mé­dia dans la région pari­sienne. Les logi­ciels libres peuvent faci­le­ment s’y gref­fer si cela fait sens. Encore une fois, je me demande com­ment les socié­tés du libre pour­raient réel­le­ment amé­lio­rer la posi­tion de la France en matière de balance com­mer­ciale dans l’informatique au regard de ce que font les éditeurs tra­di­tion­nels. S’il y avait un choix à faire, je pri­vi­lé­gie­rais plu­tôt la créa­tion d’un pôle autour de l’Internet plu­tôt qu’autour du libre. Sachant que le libre en béné­fi­cie­rait indi­rec­te­ment puisque de nom­breux ser­vices Inter­net pro­fitent du libre. Mais comme outil, pas comme busi­ness model.

Bref, pre­nons gare de ne pas faire de la poli­tique indus­trielle à la va-vite !

Impact de la concur­rence sur les prix

La ques­tion posée concer­nait l’impact de la concur­rence des logi­ciels libres sur le prix des logi­ciels com­mer­ciaux. Et les pra­tiques de Micro­soft dans cer­tains pays dits « en voie de déve­lop­pe­ment » étaient bran­dies en exemple avec ces ver­sions de Win­dows à $5.

A vrai dire, dans ces pays, il est des concur­rents encore plus dan­ge­reux que les logi­ciels libres : le pira­tage et la contre­fa­çon. Avec un taux d’équipement « légal » infé­rieur à 10% en Chine. Taux qui s’explique entre autres fac­teurs par un pou­voir d’achat assez faible. Face à ce phé­no­mène tout comme à la concur­rence de Linux comme « Red­Flag » en Chine, Micro­soft pro­pose des ver­sions à très bas coût de Win­dows et Office. Et à l’instar des pro­duits « pre­mier prix » de la grande dis­tri­bu­tion en France, ce sont des ver­sions dégra­dées fonc­tion­nel­le­ment. Le recul est insuf­fi­sant pour vali­der ce modèle qui s’est appli­qué ini­tia­le­ment en Thai­lande, en Malai­sie et Indo­né­sie puis en Inde. Et pour les ventes de Win­dows en OEM via des construc­teurs locaux.

En France, la mon­tée du libre a créé une pres­sion com­mer­ciale sur Micro­soft et d’autres acteurs, comme Oracle qui ne doit pas for­cé­ment appré­cier la mon­tée en puis­sance inexo­rable de MySQL. Mais jusqu’à pré­sent, ces éditeurs ont plu­tôt tenu bon. D’autant plus que les marges com­mer­ciales des filiales ne sont pas très grandes par rap­port à des poli­tiques tari­faires défi­nies à l’échelle mon­diale. Sur­tout chez Microsoft.

Même dans le sec­teur public, les ris­tournes de Micro­soft n’ont rien à voir avec les chiffres miro­bo­lants annon­cés il y a trois ans pour la Mai­rie de Paris. Les jour­na­listes qui avaient relayé cette infor­ma­tion com­pa­raient sim­ple­ment les prix publics à l’unité avec les prix pour ce client. Ces remises en volume sont déjà signi­fi­ca­tives, s’y est peut-être ajouté un geste com­mer­cial, mais pas de 60%! La pra­tique, de bon aloi, consiste plu­tôt à aug­men­ter l’accompagnement autour des logi­ciels, comme avec du ser­vice, plu­tôt que de bais­ser les prix. En cela, cette stra­té­gie est rela­ti­ve­ment clas­sique : un acteur indus­triel a inté­rêt à pro­té­ger les prix de ses sec­teurs d’activité cri­tiques et à éven­tuel­le­ment bra­der ce qui est moins critique.

Le pire, c’est que dans les six der­nières années, les prix de Micro­soft ont même eu plu­tôt ten­dance à aug­men­ter. Notam­ment à l’occasion du lan­ce­ment de leurs nou­velles for­mules de licen­sing en2001, qui ont bien remué le Cigref, cette puis­sante asso­cia­tion de DSI de grands comptes fran­çais. Au bout du compte, ce nou­veau pro­gramme qui avait pour but d’annualiser les prix des logi­ciels a poussé de nom­breux clients à étudier plus sérieu­se­ment l’alternative des logi­ciels libres. Mais force est de consta­ter qu’à part quelques gros pois­sons du sec­teur public (Finances, Gen­dar­me­rie, Marie de Paris), il n’y a pas eu de réelle vague de fond ni de tsu­nami. Ce qui n’empêche pas les grands clients fran­çais d’exercer des pres­sions sur Micro­soft pour négo­cier les prix en agi­tant le chif­fon rouge du libre, tout en espé­rant ne pas avoir à mettre en pra­tique la menace d’une migra­tion, sur­tout sur les postes de tra­vail, car cela bous­cu­le­rait trop les habi­tudes des utilisateurs.

Il en va cer­tai­ne­ment dif­fé­rem­ment du grand public. Mais là, ce n’est pas l’open source qui fait fureur. Ce sont les logi­ciels gra­tuits, open source ou pas. Il n’y a pas un jour­nal infor­ma­tique qui ne fasse pas régu­liè­re­ment sa cou­ver­ture sur les meilleurs logi­ciels gra­tuits du moment. J’en suis moi-même assez friand, sur­tout au niveau des uti­li­taires, car on a l’embarras du choix.

Vendre du logi­ciel grand public est devenu très dif­fi­cile. Ce mar­ché s’est trans­formé tout d’abord en direc­tion de l’Internet, et ensuite, vers un finan­ce­ment par la publi­cité. A part les jeux, une grande par­tie du revenu grand public dans le logi­ciel pro­vient de ventes via les construc­teurs. Micro­soft étant celui qui en pro­fite le plus avec Windows.

Micro­soft amou­reux du libre?

A la fin du débat LCI, Emma­nuel Paquette des Echos for­cait le trait jour­na­lis­tique en pré­sen­tant cer­taines actions récentes de Micro­soft comme un revi­re­ment et un amour sou­dain pour les logi­ciels libres après les avoir trai­tés de cancer.

Il ne faut évidem­ment pas pous­ser. Les actions de Micro­soft sont de la real poli­tik qui n’a rien à voir avec l’adoption du libre. Il s’agit plu­tôt d’une ges­tion opti­male de la coopé­ti­tion avec le libre : par l’intégration ou par des accords sur la pro­priété intel­lec­tuelle. Même si par­fois, cela atteint un seuil assez ori­gi­nal, tel la four­ni­ture par Micro­soft à ses clients de la dis­tri­bu­tion SuSE de Novell. Mais c’est pour mieux vendre des ser­veurs de conso­li­da­tion tour­nant sous Win­dows, pas pour une sou­daine adop­tion du libre. Même topo pour les licences Sha­red Source qui ne sont appli­quées qu’à des logi­ciels rela­ti­ve­ment secon­daires qui n’affectent pas le coeur du revenu de Microsoft.

Il en va de même avec les décla­ra­tions enflam­mées de grands acteurs comme IBM pour le libre. Vous vous sou­ve­nez de leur annonce il y a quelques années du mil­liard de $ d’investissements dans Linux en 2000. En atten­dant, ils sont tou­jours le second éditeur de logi­ciels pro­prié­taires au monde der­rière Micro­soft avec près de $17B de revenu qui repré­sentent presque à égalité avec les ser­vices, leur pre­mière source de pro­fits. Et tout ça, c’est du bon vieux logi­ciel pro­prié­taire… mais qui peut effec­ti­ve­ment tour­ner sous Linux. Ils n’ont pas inves­tit dans Linux, mais sur Linux. Nuance! Même topo pour Oracle et les autres. Ils sup­portent le libre. Oui, comme plate-forme sys­tème. Mais ils n’en ont pas pour autant adopté le modèle écono­mique pour leurs pro­duits stratégiques!

Par contre, Micro­soft reste plus que coincé aux entour­nures par la nature virale de la licence GPL (c’était cela le can­cer évoqué par Steve Ball­mer en 2001, même si par sim­pli­cité, il évoquait le cas de Linux, qui est effec­ti­ve­ment en GPL). Nature qui ne s’améliore par avec la nou­velle GPL3 par la FSF qui est encore plus virale. On n’en parle pas beau­coup, mais cela explique pour­quoi cer­taines dis­cus­sions d’acquisitions de star­tups par Micro­soft n’ont pas été concrétisées.

Conclu­sion

Mon pro­pos n’est pas ici de déni­grer le libre, mais plu­tôt de remettre les choses à leur place en terme d’impact économique.

Oui, il faut aider l’industrie du logi­ciel en France, mais dans son ensemble et sans à priori sur les modèles écono­miques et sans favo­ri­tisme par­ti­cu­lier pour les logi­ciels libres. De toutes manières, ils prennent natu­rel­le­ment leur place là où ils sont les mieux pla­cés, comme sur Internet.

C’est un peu pro­voc, cer­tai­ne­ment, alors voyons les réactions…

[...]

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