Technologies et Rolling Stones

Publié le 30 août 2006 et mis à jour le 20 septembre 2006 - 2 commentaires -
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I’m back! Avant de redé­mar­rer avec des sujets sérieux, je fais pos­ter quelques articles liés à mes quatre semaines de congés. Articles liés à la tech­no­lo­gie et à l’innovation bien sûr, mais reliés à la vraie vie! Je com­mence ici avec les Stones, conti­nue­rai avec la photo et ter­mi­ne­rai avec la conver­gence numé­rique et la mobi­lité pen­dant les vacances.

Etant en vil­lé­gia­ture sur la côté d’Azur pen­dant tout le mois d’août, j’en ai donc pro­fité pour assis­ter au concert “A big­ger band” des Rol­ling Stones à Nice le 8 août der­nier. C’était un concert impres­sion­nant par sa mise en scène, mais exté­nuant pour les spec­ta­teurs que nous étions, entas­sés sur la pelouse du stade Erh­man. Côté musique, essen­tiel­le­ment les tubes clas­siques des Stones : Jum­ping Jack Flash, Brown Sugar, Start Me Up (qui me rap­pe­lait quelques sou­ve­nirs datant de 1995) et l’inévitable I Can’t Get No. Le jeu de scène des Stones se résu­mait aux ges­ti­cu­la­tions de Mick Jag­ger (le nombre de degrés de liberté de ses arti­cu­la­tions m’étonnera tou­jours…). Ses com­men­taires en fran­çais met­taient un peu de cou­leur locale. Dom­mage que la foule fai­sait preuve de chau­vi­nisme à l’encontre des mar­seillais et des ita­liens: elle sif­fla leur men­tion par Mick.

Le spec­tacle était sur­tout visuel avec des jeux de lumière de très bon niveau. Le « groupe » des Stones n’usurpe pas son nom de “Big­ger Band” com­porte une bonne quin­zaine de musi­ciens (cuivres, cla­viers) et chan­teurs (cœurs), seuls quatre étant les « vrais Stones ». Leur bas­siste depuis 1991, Dar­ryl Jones, est un musi­cien de stu­dio que l’on voit régu­liè­re­ment dans leurs concerts. Il y avait 50000 spec­ta­teurs dans un stade, la plu­part sur la pelouse où j’étais. Les gra­dins de ce stade ne com­por­taient qu’une dizaine de ran­gées, dont la zône VIP où étaient parait-il assis Elton Jones et Jean-Jacques Goldman.

Geek­nes­si­tude oblige, j’avais un bout de la tête qui pro­fi­tait du concert, et l’autre qui évaluait et obser­vait les tech­no­lo­gies mises en œuvre pour le spec­tacle. Sur­tout pen­dant les longues heures d’attente. D’où l’idée de ce post…

La scène de ce concert était iden­tique à tous les concerts de cette tour­née « Big­ger Band » des Stones. Elle avait été démé­na­gée du Stade de France où avait eu lieu la repré­sen­ta­tion pré­cé­dente fin juillet.

Côté son, il y avait essen­tiel­le­ment 12 « line arrays » de 16 cais­sons soient 192 HP qui irri­guaient le stade. Donc, pro­ba­ble­ment entre 100KW et 200KW de puis­sance. C’est la tech­nique la plus cou­rante pour dif­fu­ser du son dans les stades. Elle s’assemble faci­le­ment et dif­fuse de façon vague­ment direc­tion­nelle le son dans les dif­fé­rentes par­ties du stade grâce à l’orientation variable du haut en bas des cais­sons de hauts par­leurs (voir un peu de théo­rie ici). Les cais­sons assemblent à la fois des HP de gros dia­mètre pour les graves et des HP pour les aigus (voir un exemple de D&B ici). Il y avait pro­ba­ble­ment égale­ment des cais­sons de basse au sol près de la scène mais je ne pou­vais les voir à mon niveau. Il n’y avait visi­ble­ment pas de lignes à retard car toute la source son pro­ve­nait de la scène.

Line Array

A mon niveau dans le stade, le son n’était pas très fort et de mau­vaise qua­lité avec une forte dis­tor­sion dans les aigus. Les basses étaient meilleures pen­dant la pre­mière par­tie (Kasa­bian) que pen­dant les Stones. C’était lié au type de gui­tare basse uti­li­sée par le groupe, don­nant plus bas dans le spectre sonore, et au mixage du son.

J’avais l’impression que les Stones n’utilisaient pas d’oreillettes et jouaient donc « à l’ancienne ». Y com­pris lorsque le bout de scène sur lequel ils jouaient se déplaça sur la pelouse aux ¾ du stade. Tant pour Mick Jag­ger que pour les gui­ta­ristes, il devait y avoir au moins un tiers de seconde de déca­lage entre leur jeu et le son irri­gant le stade à leur niveau, com­pensé pro­ba­ble­ment que par­tiel­le­ment par les hauts par­leurs de retour scène sur leur scène mobile. Pas facile de jour dans ces condi­tions ! Mais la musique des Stones est ainsi faite qu’elle tolère les imper­fec­tions har­mo­niques. Notam­ment, du fait qu’ils ont deux gui­ta­ristes (Keith Richards et Ron Wood) en plus du bas­siste et du batteur.

Les jeux de lumières repré­sen­taient fina­le­ment le clou du spec­tacle. Com­bi­nant de nom­breuses tech­no­lo­gies : vidéo pro­je­tée sur un écran géant d’environ 12m de haut (à diodes, clas­sique), gobos en tout genre, pro­jec­teurs, néons, feux au pro­pane et feu d’artifice à la fin du spec­tacle après le rap­pel. Le pilo­tage infor­ma­tique de l’ensemble est pro­ba­ble­ment ce qu’il y a de plus com­plexe à créer pour ce genre de spec­tacle. Même si tout est nor­ma­le­ment rôdé une fois pour toutes et déroulé comme sur du papier à musique dans chaque ville où passe le « Big­ger Band ». Tout est réglé comme sur du papier à musique ! Y com­pris les mou­ve­ments de caméras.

Mur d'image

Côté vidéo, il y avait au moins six camé­ras. Deux au fond du stade pour les plans géné­raux et des camé­ras devant la scène, visi­ble­ment sur l’épaule des camé­ra­men, plus une louma (caméra sur perche). La vidéo était pré­sen­tée sur l’écran géant. Géant certes, mais les spec­ta­teurs sur la pelouse mesu­rant moins de 1,75m ne voyaient rien ! Il n’y avait pas d’écrans de rap­pel au milieu du stade. Il parait que Mick Jag­ger sur­veille les comptes des concerts et donne dans la radi­ne­rie. Cela se voyait de ce côté-là ! Ces tour­nées consti­tuent un gros busi­ness de plu­sieurs cen­taines de mil­lions de dol­lars avec un contrôle sérieux des coûts fixes et variables pour pré­ser­ver une bonne marge opé­ra­tion­nelle ! Les tour­nées des Stones repré­sentent envi­ron 100 concerts sur deux ans. De quoi faire de belles écono­mies d’échelle pour amor­tir concep­tion et décors !

Jeu de lumière
Il y avait envi­ron 200 spec­ta­teurs “dans le décor”, ayant payé 300€ cha­cun. Cela per­met­tait ainsi de géné­rer 60K€ de reve­nus sup­plé­men­taires (sur des recettes glo­bales qui se chiffrent au nez à envi­ron 4 mil­lions d’Euros), au prix d’une adap­ta­tion du décor ne devant pas être trop cou­teuse par rap­port à un décor clas­sique, même si des contraintes de sécu­rité sup­plé­men­taires devaient évidem­ment être mises en œuvre pour les abri­ter debout sur un écha­fau­dage entouré de néons.

Scène

Côté mar­ke­ting, on rece­vait à l’entrée un cou­pon per­met­tant de rece­voir un album des pho­tos offi­cielles du concert. Moyen clas­sique de créer une base de don­nées de fans. Le for­mu­laire de qua­li­fi­ca­tion posait des ques­tions sur l’intérêt pour la pho­to­gra­phie. Cet album était donc peut-être indi­rec­te­ment financé par un fabri­cant d’appareils pho­tos numé­riques. Curieux quand on sait que les appa­reils pho­tos sont inter­dits dans ce genre de concert. Ce qui n’empêche pas d’observer une myriade de « camé­ra­phones » et d’appareils com­pacts. Et les inévi­tables pho­tos prises avec un flash (qui rap­pe­lons le ne porte qu’à cinq mètres).

Il y avait aussi un tirage au sort via SMS. Méthode clas­sique pour géné­rer un peu de revenu sup­plé­men­taire. Mais qui n’avait pas l’air de bien fonctionner.

La pre­mière par­tie du concert était jouée par le groupe anglais Kasa­bian. Per­sonne ne connais­sait ce groupe autour de moi. Petite consul­ta­tion Inter­net sur mon nou­veau Qtek 9100 sous Win­dows Mobile 5.0 et j’ai vu de quoi il s’agissait : un groupe dans la mou­vance d’Oasis. Bonnes basses, mais pas de mélo­dies. Et son bizar­re­ment mixé avec une voix du chan­teur qui était peu audible. Est-ce un moyen de mieux valo­ri­ser la dif­fé­rence de qua­lité avec un groupe « pro » comme les Stones ? Bof.

Dans l’ensemble, ce concert ras­sem­blait donc un mélange de tech­no­lo­gies clas­siques (affi­chage vidéo, dif­fu­sion du son) et de tech­no­lo­gie de pointe quoiqu’invisible du public (le pilo­tage des jeux de lumières). Avec un résul­tat cor­res­pon­dant : ce que l’on enten­dait était du clas­sique et pou­vait avoir été joué il y a 30 ans ou plus, et ce que l’on voyait était plus au goût du jour.

Là où la tech­no­lo­gie pèche, c’est dans la ges­tion de l’humain. Sur la pelouse, les spec­ta­teurs de ce genre de concerts sont entas­sés comme du bétail, que dis-je, du pou­let Classe A. Nous avions la chance d’avoir une météo clé­mente (ni trop chaud, ni plu­vieux). Mais le moindre mou­ve­ment de foule intem­pes­tif pour­rait créer des catas­trophes « à la Hey­sel » car la foule n’est pas assez com­par­ti­men­tée et il est très dif­fi­cile de l’ évacuer rapi­de­ment. Aller cher­cher une bois­son à l’entracte d’une heure entre la pre­mière par­tie et le concert des Stones était un véri­table défi.

Autre limite, l’heure et quelque qu’il nous a fal­lut pour sor­tir du par­king de 3000 places où nous étions garés. On n’a pas encore trouvé de solu­tion astu­cieuse pour éche­lon­ner intel­li­gem­ment le départ de voi­tures qui partent en même temps… 

Bref, une belle expé­rience. Même si le spec­tacle est fina­le­ment de meilleure qua­lité, sonore comme au niveau confort, dans mon propre home theater!

Il reste des pro­grès à faire dans la qua­lité du son. Quelles sont les limites tech­no­lo­giques qui empêchent ces évolu­tions ? Avez-vous une idée ? J’ai l’impression que l’équipement des Stones était défi­cient ou mal cali­bré. Car j’ai eu l’occasion d’assister à des concerts ou spec­tacles d’un bien meilleur niveau sonore. Mais certes, avec moins de spec­ta­teurs. Les meilleurs en date res­tent les shows internes Micro­soft aux USA qui ont lieu en juillet devant plus de 10000 spec­ta­teurs dans des stades. Le Prin­temps de Bourges a aussi bonne répu­ta­tion côté son. Le for­mat de la salle compte beau­coup. Ainsi, le son du concert de Madonna à Bercy qui est une salle fer­mée, était peut être meilleur que dans un stade ouvert à Nice!

Pour ter­mi­ner, ceux qui sont inté­res­sés par les tech­no­lo­gies uti­li­sées dans les concerts pour­ront consul­ter l’excellente revue “Sono Mag” et son site Web.


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Publié le 30 août 2006 Post de Olivier Ezratty | Actualités, Médias, Son | 2 commentaires

Les 2 commentaires sur “Technologies et Rolling Stones” :

  • C’est “A Big­ger Bang” et non pas “A Big­ger Band”. C’est mar­rant de lire ce billet mani­fes­te­ment pas écrit par un Stones fan pur et dur…
    Blog sympa que je découvre aujourd’hui; je reviendrai.

  • [2] - Olivier Ezratty a écrit le 7 septembre 2006 :

    Merci pour la cor­rec­tion! Effec­ti­ve­ment, je ne suis pas fan “pur et dur” des Stones. Cela n’empêche pas d’apprécier le spec­tacle! J’ai été par contre très impres­sionné par l’enthousiasme des blogs de fans des Stones pour qui ce concert avait l’air d’être l’événement de leur vie!




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