Novell partenaire de Microsoft ?

Publié le 6 novembre 2006 - 2 commentaires -
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L’annonce de la semaine der­nière d’un par­te­na­riat entre Micro­soft et Novell a fait ger­mer pas mal de com­men­taires. D’un côté, on peut lire que Micro­soft adopte Linux, de l’autre que Micro­soft avance un pion avec Novell pour bous­cu­ler la domi­nance de Linux sur les ser­veurs, et toutes les com­bi­nai­sons pos­sibles. L’annonce offi­cielle de Micro­soft est ici et celle de Novell qui occu­pait la “home page” de leur site US est . Une confé­rence de presse réunis­sait Steve Ball­mer et les diri­geant de Novell pour annon­cer en grande pompe ce par­te­na­riat le 3 novembre 2006.

Concrè­te­ment, il y a à la fois beau­coup de bana­li­tés et quelques curio­si­tés dans cet accord.

Dans les bana­li­tés, nous avons :

  • L’annonce d’un accord qui “répond aux besoins des clients”. Tous les accords sont pré­sen­tés comme cela et ce n’est jamais faux même si ils répondent à d’autres impé­ra­tifs moins explicites.
  • Un Patent agree­ment qui faci­li­tera la vir­tua­li­sa­tion de ser­veurs Linux sous Win­dows et réci­pro­que­ment. Cela per­met de conso­li­der la posi­tion de Micro­soft sur le data cen­ter dans la mou­vance iné­luc­table de la conso­li­da­tion de ser­veurs. Et celle de Novell face à Red­Hat dans la conso­li­da­tion de ser­veurs Linux dans les­quels tournent des ins­tances de Win­dows Ser­ver. Micro­soft et Novell déclarent par ailleurs déve­lop­per une offre conjointe de vir­tua­li­sa­tion mais on n’en sait pas plus. On n’en connait pas trop les détails, mais il n’est pas impos­sible que cet accord d’échanges de licences soit la résul­tante d’une longue pro­cé­dure liti­gieuse sur les bre­vets (“patent liti­ga­tion”). Micro­soft annonce ne pas atta­quer Novell sur des bre­vets inté­grés dans ses pro­duits, mais on n’est pas sûr que cela concerne tout le code, y com­pris sous licence GPL, et pas seule­ment le code ori­gi­naire de Novell.
  • Une col­la­bo­ra­tion sur les Ser­vices Web, notam­ment pour faire inter­agir Active Direc­tory et Novell eDi­rec­tory. C’est un type d’annonce plus que clas­sique que l’on a déjà vu avec IBM, Sun et même Oracle. C’est de la “real poli­tik” qui tient compte de l’existant des clients. Ceci fait suite à de nom­breuses annonces de Micro­soft sur l’interopérabilité avec des tech­no­lo­gies concur­rentes (lire: en géné­ral, pour faire en sorte qu’elles fonc­tionnent bien sous Win­dows): avec Sun en 2004 (dont on peut se deman­der aujourd’hui quel aura été leur véri­table impact sur les clients), sur le sup­port de PHP dans Inter­net Infor­ma­tion Ser­ver avec ZEND et sur l’interopérabilité avec JBoss annon­cée en 2005.
  • La pré­sence de Hew­lett Packard dans l’annonce. Il faut bien un construc­teur puisque l’accord porte sur­tout sur les ser­veurs. Et HP étant numéro un mon­dial de ce mar­ché et leurs rela­tions avec Micro­soft étant bonnes, leur pré­sence était logique. Ils cherchent à se posi­tion­ner sur les data­cen­ters et sur la conso­li­da­tion de ser­veurs et à accom­pa­gner leurs déploie­ments dans des condi­tions tech­niques “under control”. Et sont agnos­tiques côté logiciels.
  • La pré­sence d’un grand client dans l’annonce qui valide la stra­té­gie pré­sen­tée: la banque d’investissement Gold­man Sachs. Banque qui avait géré l’introduction en bourse de Micro­soft en 1986!

Et dans les curiosités:

  • Micro­soft recom­man­dera SuSE Linux Enter­prise aux clients qui veulent faire coha­bi­ter Linux et Win­dows sur leurs ser­veurs. De là à ima­gi­ner un par­te­na­riat com­mer­cial et mar­ke­ting sur le ter­rain, il ne faut pas trop rêver. Micro­soft a acheté des dizaines de mil­liers de “cou­pons” (70K / an, soit une toute petite pro­por­tion du nombre de ser­veurs Win­dows ven­dus par an) qui seront inté­grés avec cer­taines licences ou boites Win­dows Ser­ver et don­ne­ront accès à un an de sup­port et main­te­nance de SuSE Linux Enter­prise Ser­ver. Cela m’étonnerait que celle col­la­bo­ra­tion com­mer­ciale et mar­ke­ting aille beau­coup plus loin que l’existance de ce “cou­pon”. Elle est en tout cas pour le moins ori­gi­nale. Micro­soft indique donc quelles est “la” ver­sion de Linux qu’il sup­porte, spé­ci­fi­que­ment dans le cadre de la vir­tua­li­sa­tion. Il était néces­saire pour Micro­soft d’établir un tel accord, ne serait-ce que pour mettre en place un sup­port tech­nique de qua­lité pour ses clients grands comptes mixant Win­dows et Linux sur les mêmes ser­veurs. Par contre, en ne sup­por­tant offi­ciel­le­ment qu’une ver­sion “payante” de Linux, Micro­soft gêne les uti­li­sa­teurs qui pré­fèrent l’autonomie et des dis­tri­bu­tions comme Debian. C’est par­ti­cu­liè­re­ment le cas dans le sec­teur public qui rechigne à payer des licences - qui sont en fait des contrats de sup­port tech­nique - à des éditeurs de dis­tri­bu­tion comme Novell ou Red­Hat. En effet, pas­ser d’un ser­veur Micro­soft à un ser­veur Linux sous cette forme annule une grande par­tie de l’éventuel gain écono­mique direct.
  • Une annonce étrange concer­nant l’interopérabilité entre Ope­nOf­fice et Office. Novell n’est pas vrai­ment l’un des acteurs clés de cette bataille. Cela fait pas mal d’années que Novell a aban­donné ses acti­vi­tés bureau­tiques (Word­Per­fect et Qua­tro­Pro ont été reven­dus à Corel en 1996, Novell ne conser­ver que Group­Wise comme logi­ciel bureau­tique “client”)! Les par­te­naires déclarent déve­lop­per des conver­tis­seurs dans les deux sens. C’est curieux car une annonce du même aca­bit avait déjà été faite en juillet 2006, ou Micro­soft décla­rait s’appuyer sur un déve­lop­pe­ment en cours de réa­li­sa­tion par Cle­ve­rAge, une SSII fran­çaise. L’ensemble étant piloté par Jean Paoli, le res­pon­sable XML et inter­opé­ra­bi­lité de Micro­soft Corp. Ceci s’inscrivant dans la grande bataille des for­mats bureau­tiques qui a vu Ope­nOf­fice via ODF mar­quer des points, avec une stan­dar­di­sa­tion en cours à l’ISO, alors que Micro­soft pousse Office Open­XML, sou­mis de son côté à l’ECMA fin 2005. Mais est-ce à dire que l’on aura donc plu­sieurs trans­la­teurs entre Ope­nOf­fice et Office? Cela veut-il dire que Novell va don­ner un petit coup de pouce sur la stan­dar­di­sa­tion d’Office OpenXML?
  • La créa­tion d’un labo­ra­toire de recherche com­mun sur l’interopérabilité et les tests. C’est une appel­la­tion trom­peuse car il ne s’agit pas du tout de recherche mais de déve­lop­pe­ments et sur­tout de tests et d’intégration. Les équipes de Micro­soft Research ont du s’étrangler en lisant le com­mu­ni­qué offi­ciel de l’annonce!

On n’apprend pas grand chose sur les termes finan­ciers de l’annonce. Qui a payé qui? En fait, Novell a payé Micro­soft pour l’utilisation de ses bre­vets dans Linux et Micro­soft a payé Novell pour pou­voir vir­tua­li­ser Linux dans ses ser­veurs Win­dows, et éven­tuel­le­ment uti­li­ser des tech­no­lo­gies pro­prié­taires de Novell de vir­tua­li­sa­tion. La balance nette est en faveur de Novell, avec un ver­se­ment cash immé­diat, reflé­tant selon Micro­soft le volume plus impor­tant de vente de ce der­nier. Cela peut cacher la réso­lu­tion d’un dif­fé­rent à l’amiable, mais rien n’est évident. Pas mal de “par­te­na­riats” entre Micro­soft et ses concur­rents inté­graient de telles réso­lu­tions de dif­fé­rents juri­diques. Ce fut par exemple le cas avec Apple en 1997. La pré­sence de Brad Smith, le Direc­teur Juri­dique de Micro­soft Corp, à cette annonce est un signe inté­res­sant (seul inter­ve­nant à part Ball­mer à cette annonce!). Mais c’est aussi lié au fait qu’il est le patron de toute la poli­tique de Micro­soft en matière de bre­vets. Et aussi que les grandes entre­prises de toutes les indus­tries doivent pro­cé­der à un moment où à un autre à un échange de bre­vet dans le cadre d’un contrat géné­rique. Et cette “patent pax” est fina­le­ment un signe posi­tif de la part de Micro­soft qui règle ainsi de façon non conflic­tuelle un dif­fé­rent poten­tiel impor­tant avec le monde du logi­ciel libre.

En tout cas, il n’y a pas de quoi en faire tout un plat. Ce n’est pas une révo­lu­tion. Dans quelques mois, on n’en par­lera plus. Et si cela se trouve, Micro­soft annon­cera un par­te­na­riat du même genre avec Red­Hat, à la grande sur­prise de tous. Main­te­nant qu’ils ont enterré la hâche de guerre avec Sun et que l’on a vu il y a deux ans Scott McNeally et Steve Ball­mer par­ler tous les deux sur scène, tout est pos­sible. Tout du moins entre “socié­tés” car je ne vois pas Steve Ball­mer annon­cer un par­te­na­riat avec la FSF et son gou­rou Richard Stallman.

On verra main­te­nant si dans le même temps, Micro­soft conti­nue de jouer sa cam­pagne de publi­cité “Get the facts” qui attaque fron­ta­le­ment Linux. Cam­pagne qui était et reste mal­adroite dans la forme même si elle pou­vait être fac­tuelle sur le fond! Les bud­gets publi­ci­taires seront peut-être alloués mas­si­ve­ment aux lan­ce­ment de Win­dows Vista et Office 2007…


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Publié le 6 novembre 2006 Post de Olivier Ezratty | Logiciels, Microsoft, Technologie | 2 commentaires

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