IDC et les DSI passent au Web 2.0 - 1/2

Publié le 27 septembre 2006 - Commenter -
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J’ai assisté à une par­tie de l’European IT Forum d’IDC qui avait lieu à Paris les 25 et 26 sep­tembre 2006. Cette année, le thème de la confé­rence était “Inno­va­tion : a stra­tegy for growth in a shrin­king world”. Thème bien à la mode.

J’ai sur­tout appré­cié l’irruption du Web 2.0 dans cette confé­rence avec les inter­ven­tions remar­quées de Chris Ander­son, rédac­teur en chef de Wired, et auteur de “The Long Tail”, fourni gra­cieu­se­ment aux par­ti­ci­pants, et de Jimmy Whales, le fon­da­teur de Wiki­pe­dia. J’imagine encore l’air éber­lué de nom­breux DSI assis­tant à ces pré­sen­ta­tions et se deman­dant ce qu’ils pou­vaient en rete­nir pour la conduite de leurs affaires! Voir IDC intro­duire ces nou­veaux concepts de l’entreprise ouverte, du par­tage de l’information, des Wikis, du rôle des consom­ma­teurs était plus que rafrai­chis­sant. C’est l’acceptation expli­cite du rôle de la conver­gence numé­rique, du grand public et des phé­no­mènes asso­ciés dans les stra­té­gies infor­ma­tiques des entre­prises. Et cela nous éloigne des sem­pi­ter­nels busi­ness pro­cess reen­gi­nee­ring, CRM/ERP/SCM, pro­blé­ma­tiques de déploie­ment et de sécu­rité, de réduc­tion des coûts et de rela­tions four­nis­seurs. Qui res­tent mal­gré tout au coeur des pré­oc­cu­pa­tions des DSI!

On trou­vait dans les inter­ve­nants de cette mani­fes­ta­tion une bro­chette VPs de four­nis­seurs de tech­no­lo­gies “spon­sors” : Intel, HP, SAP, AMD, Sie­mens, Hita­chi et Xerox. Pas de per­son­na­lité connue mais des inter­ve­nants de bon niveau. Il n’y avait per­sonne de chez Micro­soft car l’éditeur n’était pas spon­sor cette année et le pré­cé­dent inter­ve­nant n’y avait pas fait des mer­veilles en 2004. Et ni IBM, ni Syman­tec, ni Oracle, ni Sun, comme on a pu les voir d’autres années. Pres­sion sur les bud­gets mar­ke­ting oblige!

Cet événe­ment euro­péen avait généré 750 ins­crits dont 250 fran­çais donc pro­ba­ble­ment envi­ron 600 par­ti­ci­pants. Il avait lieu au Méri­dien Mont­par­nasse, comme d’habitude. Chose main­te­nant cou­rante, la vidéo dans la salle des plé­nières était un sys­tème d’affichage pano­ra­mique. Il uti­li­sait deux pro­jec­teurs Barco géné­rant une image unique par rac­cor­de­ment numé­rique, et un sys­tème de mixage Encore de la même marque per­met­tant d’intégrer des images vidéos et de 6 PC (photo ci-dessous de la table de mixage vidéo ver­sion haut de gamme).

Je vais ici faire un récap dans l’ordre chro­no­lo­gique de ce qui m’a le plus mar­qué dans les inter­ven­tions. Comme dans d’autres comptes ren­dus, je met­trais mes com­men­taires per­son­nels en italiques.

Patrick McGo­vern - Chair­man d’IDG, la mai­son mère d’IDC

Ce fut une intro­duc­tion de cir­cons­tance  avec un rap­pel des plus clas­siques de l’histoire de l’informatique (du main­frame à la micro à l’Internet à la mobilité). Les “top execs” n’échappent pas à ces pon­cifs. Mais on le par­don­nera car c’était bref.

Son intro­duc­tion pré­sen­tait cepen­dant quelques don­nées inté­res­santes: la consom­ma­tion infor­ma­tique se réparti en valeur à 34% en Europe et 38% aux USA, mais côté télé­coms, c’est à l’envers avec 31% en Europe pour 28% aux USA, avec des totaux res­pec­tifs de $940B et $970B. Inté­res­sant! Est-ce à dire que les prix des télé­coms sont trop élevés en Europe du fait d’acteurs domi­nants dans chaque pays? Ou qu’il y a réel­le­ment plus de consommation?

Jeff Sam­pler, pro­fes­seur de stra­té­gie et tech­no­lo­gie à Oxford

Cet anglais brillant était le mon­sieur loyal des deux jour­nées. J’ai sur­tout noté au début son anec­dote sur la rela­ti­vité de la per­cep­tion du temps en fonc­tion des cultures. Quand on est à Londres et que l’on demande l’heure à quelqu’un à Hea­throw, un Suisse répon­dra “8h47”, un anglais “envi­ron 9h”, et un indien, “mon­day”… :) . So true!

John Ganz, patron de la recherche d’IDC

Avec une pré­sen­ta­tion au titre toni­truant “The coming IT shockwave”. Tonitruant car cette “vague de changement” est une constante dans l’industrie infor­ma­tique depuis plus de 40 ans.

Il évoque les grandes prio­ri­tés du moment pour les DSIs: com­plexité, sécu­rité, dépen­dance des busi­ness units, ges­tion des res­sources humaines, appro­pria­tion des nou­velles méthodes de déve­lop­pe­ment d’application. Et puis côté tech­no­lo­gies : soft­ware as a ser­vice, l’open source, ser­vice orien­ted archi­tec­tures et appli­ca­tions composites.

Il défi­nit ensuite la conver­gence comme le mariage de l’informatique et des télé­coms. Défi­ni­tion que je trouve un peu étri­quée, sachant que per­sonne n’a une ver­sion bien claire de cette défi­ni­tion comme ici dans Wiki­pe­dia. La conver­gence n’est-elle pas sim­ple­ment liée à la déma­té­ria­li­sa­tion sous forme numé­rique de tous les conte­nus? Et les consé­quences sur leur trans­port (via télé­coms), leur sto­ckage, et la diver­si­fi­ca­tion des usages et des appa­reils pour les exploiter?

Et sur­tout, l’explosion à venir du nombre de tran­sac­tions du fait de la mobi­lité et de la crois­sance expo­nen­tielle du nombre d’objets connec­tés (RFID ou pas). Elles pas­se­ront de 24 mil­liards en 2005 à 800 mil­liards en 2015. Le tout influencé par le poids de la conver­gence numé­rique et des inno­va­tions pro­ve­nant de ses usages dans le grand public.

Chris Ander­son, rédac­teur en chef de Wired

C’est le pape de la “long tail” (terme qui n’est pas tra­dui­sible de façon convenable…).

Avant les mass media, et depuis les débuts de l’humanité, la culture était frag­men­tée géo­gra­phi­que­ment. Les moyens de dif­fu­sion “broad­cast” (radios, télé, cinéma, Inter­net des débuts) ont généré des mar­chés de masse défrag­men­tant la culture. Les nou­veaux moyens de dif­fu­sion (Web 2.0, hyper­choix dans les médias) génèrent une refrag­men­ta­tion des médias et des conte­nus et l’émergence de cette “long tail” qui repré­sente la moi­tié du poten­tiel com­mer­cial des conte­nus. L’espace “étagère” devient infini sur le Web, per­met­tant de valo­ri­ser les conte­nus aupa­ra­vant masqués.

Il donne comme exemple la fin des “hit albums” dans le domaine musi­cal. Les ventes des “hits” sont en décrois­sance depuis 2000. Tout du moins en termes de ventes offi­cielles! Est-ce que l’analyse est orien­tée “sor­tie de caisse” ou “écoute”… ?

D’où l’importance pour les entre­prises de bien valo­ri­ser l’intégralité de leurs cata­logues, y com­pris des pro­duits anciens, et de per­mettre un choix de plus en plus large pour les consommateurs.

Cinq leçons à retenir:

  • Faire la dif­fé­rence entre dis­tri­bu­tion limi­tée et goûts partagés
  • Chaque indi­vidu dévie de la masse d’une manière ou d’une autre
  • “One size doesn’t fits all” (que je ne sais pas tra­duire correctement)
  • Le meilleur n’est pas néces­sai­re­ment ce qui génère la meilleure audience (n’est-ce pas TF1?)
  • On passe du mar­ché de masse à une masse de mar­chés niches.

Et pour résu­mer: “Small is new big, many is new few”.

Puis s’en suit une dis­cus­sion en for­mat “table ronde”:

Chris Ander­son donne l’exemple de la bière dont le choix a dou­blé dans les super­mar­chés aux USA. Et d’ailleurs égale­ment en France. Et pour­tant, c’est du brick & mor­tar. Cet hyper­choix a été décrit il y a bien long­temps, notam­ment par le spé­cia­liste de pros­pec­tive André-Yves Port­noff en 1986 dont je lisais les publi­ca­tions aux débuts de ma vie pro­fes­sion­nelle et que j’ai ren­con­tré bien plus tard!

Les grandes entre­prises deviennent de plus en plus des aggré­ga­teurs. C’est effec­ti­ve­ment le cas dans cer­taines industries, comme dans la phar­ma­cie ou les médi­ca­ments sont créées par des labo­ra­toires indé­pen­dants et com­mer­cia­li­sés par les grandes marques. Cela explique aussi indi­rec­te­ment la recru­des­cence d’acquisitons comme chez Micro­soft et Google. Mais ceci n’entre-t-il pas en contra­dic­tion avec la réduc­tion du nombre de four­nis­seurs de tech­no­lo­gies pilo­tée par les DSI? Est-ce que cette réduc­tion n’est pas une forme de bar­rière à l’introduction d’innovations tech­no­lo­giques dans les grandes entreprises?

La Long Tail et le Web 2.0 créent une oppor­tu­nité de renais­sance des PME. On passe d’un busi­ness local de com­mo­di­tés à des busi­ness spé­ci­fiques et globaux.

Vous en sau­rez plus en lisant le livre et le blog qui va avec.

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L’analyse sur la “Long Tail” mérite une ency­clo­pé­die à elle toute seule. Elle est inté­res­sante mais pré­sente quelques limites sur cer­tains mar­chés. Notam­ment celui des conte­nus dont les couts de pro­duc­tion peuvent gran­dir avec les exi­gences du métier et des audiences. C’est le cas de l’industrie du cinéma dont les “block­bus­ters” coûtent de plus en plus cher, ce qui favo­rise les grosses pro­duc­tions elles-mêmes asso­ciées à des bud­gets mar­ke­ting consé­quents néces­saires pour ren­ta­bi­li­ser ces inves­tis­se­ments. Certes, on a par­fois des sur­prises comme les suc­cès à faibles bud­gets comme “Blair Witch” ou les films de Robert Rodri­guez. Mais la dis­po­ni­bi­lité de cata­logues de films éten­dus sur le cable, le satel­lite ou sur Inter­net (Bit­Tor­rent) ralentit-elle vrai­ment ce phé­no­mène de concen­tra­tion de l’audience sur les block­bus­ters? A-t-on des don­nées là- dessus? L’autre fac­teur limi­tant dans cette indus­trie est le temps néces­saire pour vision­ner un film. Ce temps n’est pas infini. Autre phé­no­mène de concen­tra­tion, celui que l’on constate dans l’open source. Il y a beau y avoir des dizaines de pro­jets open source dans SourceForge, il y a peu d’élus lar­ge­ment uti­li­sés. Et dans cer­tains domaines, des acteurs indus­triels captent des por­tions signi­fi­ca­tives de leur mar­ché: Red­Hat avec plus de la moi­tié des parts de mar­ché dans les ser­veurs Linux, MySQL qui est lar­ge­ment domi­nant dans les bases de don­nées open source, l’omniprésent PHP. Donc, les envi­ron­ne­ments les plus ouverts n’échappent pas aux phé­no­mènes de mode, de concen­tra­tion et d’économies de réseaux. C’est une des limites au rai­son­ne­ment de la Long Tail.

Frank Gens, Senior VP Research IDC

Qui posi­tionne le Web 2.0 sur­tout par le biais des inno­va­tions tech­no­lo­giques : RSS, Ajax, XFN - les méta­tags de défi­ni­tion de rela­tions avec un URL, le fra­me­work RAILS, LAMP. Sans d’ailleurs expli­quer de quoi il s’agit. Com­bien de DSI savent ce qu’est RAILS?

Dans une table donde qui sui­vait, un avis sur les pôles de com­pé­ti­ti­vité fran­çais était donné par un inter­ve­nant anglais. Il les voit sur­tout au tra­vers de Gre­noble, placé par lui au niveau de Cam­bridge. Il pense qu’il faut ren­for­cer le suc­cès là où il inter­vient. C’est inté­res­sant car la France a au contraire cher­ché à répli­quer le suc­cès de Gre­noble qui fonc­tionne bien avec le pôle de micro­élec­tro­nique et le CEA-LETI, STM et SOITEC. Et a donc créé 67 pôles avec une dis­per­sion éton­nante! Le contraire d’une focalisation.

C’était pour moi la fin de cette pre­mière jour­née. J’ai loupé des ses­sions plus tra­di­tion­nelles dédiées notam­ment aux télé­coms et à la conver­gence voix-données. Suite au pro­chain post.


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Publié le 27 septembre 2006 Post de Olivier Ezratty | Actualités, Internet, Management, Marketing, Microsoft, Technologie | Pas de commentaires


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