Conférence LeWeb3 - La connaissance

Publié le 13 décembre 2006 et mis à jour le 7 mai 2007 - 6 commentaires -
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Ce thème a été cou­vert de plu­sieurs manières et de façon fort intéressante :

Tout d’abord, par Hans Ros­ling, pro­fes­seur sur la santé inter­na­tio­nale à Stock­holm et créa­teur de Gap­Min­der.

Sa pré­sen­ta­tion magis­trale est des­ti­née d’abord à nous mon­trer que nos idées sur la dis­tri­bu­tion de la richesse ou de l’espérance de vie dans le monde sont pré­con­çues et dépas­sées et que nos réfé­ren­tiels doivent chan­ger. Sa démons­tra­tion s’appuie sur un logi­ciel géné­rant des dia­grammes ani­més déve­lop­pés en Flash. Dia­grammes qui exploitent des don­nées pro­ve­nant d’organisations inter­na­tio­nales comme l’ONU.

Avant même de lire la suite, allez sur le site http://www.gapminder.org et lan­cez l’animation Flash qui est en home page ou télé­char­gez le logi­ciel cor­res­pon­dant (“Human Deve­lop­ment Trends 2005″). Elle contient l’essentiel des mes­sages de la pré­sen­ta­tion. C’est vrai­ment bluf­fant de simplicité.

Pour lui, la glo­ba­li­sa­tion est une bonne chose et il le démontre par les chiffres. Ou tout du moins, la glo­ba­li­sa­tion est incon­tour­nable, donc fai­sant en sorte d’en tirer le meilleur.

Pour démon­trer les idées pré­con­çues, il a monté un petit QCM pour ses étudiants sué­dois sur la com­pa­rai­son de la mor­ta­lité infan­tile entre dif­fé­rents pays. Les résul­tats étaient très mau­vais et en des­sous de ceux de chim­pan­zées qui répondent de manière aléa­toire. Les pro­fes­seurs sué­dois ont eu de meilleurs scores, mais sim­ple­ment au niveau des chimpanzées!

En fait, Hans Ros­ling veut faire évoluer cette taxo­no­mie entre monde occi­den­tal et le tiers monde, qui n’a plus de sens.

Je ne résiste pas à l’envie de refaire le tableau, d’autant plus que les conte­nus et don­nées du site Gap­Min­der sont “open source”.

Sur la répar­ti­tion de la richesse, voyons son évolu­tion et sa répar­ti­tion par conti­nent entre 1970 et 2006:

Il montre que le revenu moyen s’est amé­lioré dans tous les conti­nents et en par­ti­cu­lier en Asie. C’est le conti­nent afri­cain qui est le plus en retard. A cause des guerres, héri­tées d’un décou­page ter­ri­to­rial colo­nial ne tenant pas compte des tri­bus, et de la cor­rup­tion. Entre autres. Les gens quittent les vil­lages pour rejoindre les villes (il n’y a pas d’immigration illé­gale vers les vil­lages!). L’amélioration de la situa­tion écono­mique passe selon Hans par l’éduction, la santé, le micro-crédit, les infra­struc­tures et les droits de l’homme. Vaste pro­gramme! Et avant d’avoir des ordi­na­teurs, il faut de l’électricité. Et si l’ordinateur à $100 de Nicho­las Negro­ponte fonc­tionne avec une mani­velle, ce n’est pas le cas de l’accès à l’Internet!

Suite de la démo : le rap­port entre le niveau de vie (PNB/habitant) et la mor­ta­lité infan­tile. Celle-ci a bien évolué en 30 ans sur tous les conti­nents, sauf en Afrique, ou le PNB/habitant a même régressé!

Et lorsque l’on éclate les conti­nents en pays, on constate d’énormes dif­fé­rences entre pays. Par exemple, entre pays arabes qui par­tagent pour­tant une même culture et une même reli­gion… (NDLR: mais, semble-t-il, pas le pétrole)!

La struc­ture de la famille a énor­mé­ment évolué. On est passé dans les pays pauvres de grandes familles avec une vie courte à de petites familles avec des vies plus longues. Il y a une cor­ré­la­tion entre la taille des famille (faible) et l’espérance de vie (longue). En fait, la glo­ba­li­sa­tion a été géné­rée selon Hans par des évolu­tions démo­gra­phiques et pour lui, la popu­la­tion va d’ailleurs tendre à se sta­bi­li­ser au gré de l’enrichissement des pays. Et de s’appuyer sur l’évolution (un peu sim­pliste au demeu­rant) de la struc­ture fami­liale au tra­vers des âges (qui ne tient pas compte de la polygamie):

La moder­ni­sa­tion de l’habitat, de la chambre, de la salle de bain et de la cui­sine ont été les fac­teurs clés d’amélioration de la santé dans le monde. Elles ont selon lui pré­cédé la glo­ba­li­sa­tion écono­mique dont on parle aujourd’hui. En fait, selon le pays, la pro­gres­sion de la santé a pré­cédé (Chine) ou pas (Egypte) celle de l’économie.

Les gens pauvres ne se pré­oc­cupent pas beau­coup de la pol­lu­tion par le CO2 car ils n’ont même pas la santé et les basiques de la vie. Avec l’enrichissement de l’ensemble des conti­nents, cette pré­oc­cu­pa­tion va à la fois aug­men­ter, la popu­la­tion se sta­bi­li­ser, et le pro­blème être plus direc­te­ment traité. Phé­no­mène de poule et d’oeuf assez intéressant!

Pour­quoi ai-je donc mis cette pré­sen­ta­tion de Hans Ros­ling dans la caté­go­rie de la connais­sance? Parce que son mes­sage était le sui­vant : nos idées sont pré­con­çues sur les évolu­tions macro-économiques du monde. Il nous faut dis­po­ser de don­nées acces­sibles pour com­prendre cela. Après l’open source et l’open content, il milite pour l’open data. Donc, faire en sorte que les don­nées qui dorment dans les bases de l’ONU et autres orga­ni­sa­tions natio­nales et inter­na­tio­nales soient publiques et exploi­tables (j’apprécierai de mon côté un bench­mark rai­sonné du nombre de fonctionnaire/habitant et par caté­go­rie de fonc­tion­naire).

Les trot­toirs sont gra­tuits, les don­nées (publiques) devraient l’être également!

L’orateur a eu droit à l’une des deux stan­ding ova­tions de la confé­rence, avec Shi­mon Peres, je crois. C’était bien mérité!

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J’en viens main­te­nant à la seconde pré­sen­ta­tion inté­res­sante dans le domaine de la connais­sance, celle d’Enrique Dans, un pro­fes­seur d’université espa­gnol (photo ci-dessus).

Il décrit les chan­ge­ments que l’Internet et les nou­velles tech­no­lo­gies devraient intro­duire dans les méthodes péda­go­giques, à contre cou­rant de ce qui se fait en ce moment.

Par­tant d’une démons­tra­tion par l’absurde basée sur le scé­na­rio des films Matrix, voudrions-nous rem­plir auto­ma­ti­que­ment notre cer­veau avec de la connais­sance (pra­tiques des arts mar­tiaux dans le cas de Neo)? L’éducation est-elle juste une affaire d’upload dans le cer­veau? Ben non…

Les évolu­tions gra­duelles des tech­no­lo­gies nous ont amené à une situa­tion qui dépasse le pro­grès des outils (trai­te­ment de texte, tableur, accès à l’information, com­mu­ni­ca­tion): les jeunes sont des “citoyens du web”, ils ont une pré­sence, une répu­ta­tion, une capa­cité d’expression, des règles du jeu de cette vie dans le monde virtuel.

L’enseignement est devenu une forme de com­mu­ni­ca­tion: elle est bidi­rec­tion­nelle, néces­site de bons faci­li­ta­teurs, de l’ouverture, de la  conver­sa­tion plus que de l’exposé magis­tral. C’est d’autant plus néces­saire que l’information est devenu une com­mo­dité du fait de l’Internet.

Pour Enrique, l’enseignement en ligne est réa­lisé de la mau­vaise façon. C’est en géné­ral juste un moyen de répli­quer l’enseignement pour pas cher et facilement.

Quelques cré­dos d’Enrique pour l’enseignement moderne:

  • Pas­ser de l’assimilation de conte­nus à la défi­ni­tion d’objectifs.
  • De l’unidirectionnel au réseau
  • Du prof aux élèves… et dans l’autre sens
  • Les profs deviennent des “super-noeuds” (supernodes).
  • Eva­luer les étudiants selon le degré de leur acti­vité en ligne (en plus du reste).

C’est raf­frai­chis­sant! Et cor­res­pond à mon obser­va­tion per­son­nelle, moi qui enseigne dans les grandes écoles (sur les stra­té­gies de l’innovation, entre autres).

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Bon, on a eu aussi droit à un débat sur l’open source, avec notam­ment Tris­tan Nitot de la Fon­da­tion Mozilla, qui m’a plus impres­sionné par son anglais impec­cable que par son pro­pos qui repre­nait les canons éculés de l’open source. La ques­tion était de savoir si l’open source deve­nait com­mer­cial. Oui, par le biais des ser­vices. Mais on le savait déjà.

Ce qui est aga­cant, c’est de voir qu’il est dif­fi­cile de com­prendre la dyna­mique glo­bale de la créa­tion de logi­ciels et les limites du modèle de l’open source. Où va-t-il s’arrêter? Peut-on consi­dé­rer que dans la concur­rence mon­diale actuelle, on doit consi­dé­rer que tout ce qui est imma­té­riel est dans le domaine public et que seule l’économie des ser­vices doit per­mettre aux entre­prises de pros­pé­rer? C’est une vision cer­tai­ne­ment uto­pique. La créa­tion de valeur dans l’immatériel est stra­té­gique pour notre écono­mie et il faut donc se gar­der de décou­per la branche sur laquelle notre déve­lop­pe­ment futur doit se construire!


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Publié le 13 décembre 2006 Post de Olivier Ezratty | Actualités | 6 commentaires

Les 6 commentaires sur “Conférence LeWeb3 - La connaissance” :

  • > Après l’open source et l’open content,
    > il milite pour l’open data. Donc, faire
    > en sorte que les don­nées qui dorment dans les bases de l’ONU et autres orga­ni­sa­tions
    > natio­nales et inter­na­tio­nales soient
    > publiques et exploi­tables
    Je réagis sur le concept de l’open data.
    A vous lire ou à lire votre compte rendu, il sem­ble­rait que le pro­blème soit sim­ple­ment celui d’un accès à des don­nées (en l’occurence celles de l’ONU).
    Si je m’appuie sur l’exemple de la démo­gra­phie qui est cité, c’est un constat qui est fait par de nom­breux démo­graphes ou socio­logues depuis long­temps. C’est le crédo d’un auteur comme Emma­nuel TODD qui ana­lyse la cor­re­la­tion entre la pro­gres­sion du niveau d’éducation et :
    - l’occurence de crises poli­tiques (impact plu­tôt pré­sent pour les hommes)
    - le contrôle de la nata­lité chez les femmes.
    On peut même aller plus loin (grâce à eux) et com­prendre le lien qui existe entre le schéma tra­di­tion­nel fami­lial et le type de régime poli­tique qui se met en place dans un pays.

    Bref, les concepts ne sont pas tous décli­nables sous l’angle “open+quelque chose”. C’est sédui­sant mais il ne faut pas être aveu­glé par tous les spea­kers ten­tés de faire du neuf avec du vieux.

    D’autant que le pro­blème n’est pas tou­jours d’avoir accès à un “quelque chose” (le code source d’un pro­gramme, les bases de don­nées sta­tis­tiques de l’ONU…) mais il s’agit sur­tout d’être capable de com­prendre et de construire autre chose à par­tir de là. Le préa­lable (l’essentiel) est donc, selon moi, d’acquérir les connais­sances néces­saires à ce tra­vail d’analyse.

    L’open data ne sera donc rien sans open éduca­tion. Ou, si je peux me per­mettre de paro­dier Rabe­lais : “Open Data sans Open Edu­ca­tion, n’est que ruine de l’âme” :-)
    On sort donc de la simple pro­blé­ma­tique d’accès (ques­tion presque tech­nique) pour abor­der un sujet beau­coup plus phy­lo­so­phique et politique.

  • [2] - Olivier Ezratty a écrit le 14 décembre 2006 :

    Very good points Rafael!

    C’est un peu pour cette rai­son que j’ai d’ailleurs mis cette pré­sen­ta­tion dans la rubrique “connais­sance” car c’est bien de cela qu’il s’agissait. Le pro­pos de Hans Ros­ling est un peu dans la lignée de Freed­man (The World is Flat): il vul­ga­rise le fait que les dif­fé­rences entre pays ont ten­dance à s’estomper avec le temps. Et le dis­cours s’appuie sur une pré­sen­ta­tion visuelle des don­nées qui génère l’effet “ahaaa”.

    Dans son dis­cours, il a très peu parlé d’éducation. Son site Gap­Min­der pré­sente cepen­dant quelques graphes com­pa­rant les niveaux d’éducation de pays en voie de déve­lop­pe­ment, mais sans les expli­ca­tions qui vont avec. Ce pen­chant pour la santé est un peu nor­mal puisque Ros­ling est … prof d’ “Inter­na­tio­nal Health”.

    Je suis tout à fait d’accord: l’éducation condi­tionne le déve­lop­pe­ment écono­mique, peut-être tout juste après la santé. Tout comme celui de la démo­cra­tie. Même si dans cer­tains cas, il n’y a pas for­cé­ment de cor­ré­la­tion entre les deux. Et pour ne vexer per­sonne, je ne vais pas citer les pays en question…

  • [Event] Le Web 3 est terminé…

    Le Web 3, la grande confé­rence sur le Web 2.0 qui a réunit près de 1000 per­sonnes de 37 pays différents…

  • Oli­vier, merci pour le com­pli­ment sur mon anglais ;-)

    Quant au sujet, ça n’est pas moi qui l’ai choisi, c’est Loïc, pro­ba­ble­ment suite à la contro­verse et aux insultes lan­cées par votre ex-collègue… J’ai accepté de dis­cu­ter sur ce sujet, mais ça n’est pro­ba­ble­ment pas celui que j’aurais choisi de moi même. Je pense que j’aurais parlé de méri­to­cra­tie, de col­la­bo­ra­tion à l’échelle mon­diale et de par­tage de la connais­sance. J’aurais parlé des appli­ca­tions, outils et pro­ces­sus qui nous per­mettent de faire cela : Bug­zilla, Tin­der­box, LXR, Hen­drix, CVS, Lit­mus… Par contre, 15 minutes n’auraient pas été suffisantes.

  • [5] - Olivier Ezratty a écrit le 14 décembre 2006 :

    Hé hé, c’est la limite des débats de ce genre! Je trouve aussi que la for­mule est loin d’être idéale. On ne fait que sur­vo­ler les sujet, les spea­kers sont en géné­ral frustrés.

    Bel exemple des limites de ce modèle: faire inter­ve­nir Ber­nard Liau­taud pen­dant 5 minutes dans une table ronde. Alors qu’il aurait lar­ge­ment mérité un débat avec un seul modé­ra­teur et pen­dant 20 minutes. D’abord parce que c’est pro­ba­ble­ment l’un des mecs qui s’en est le mieux sorti en France dans la high-tech, et ensuite parce qu’il ne s’expose pas énor­mé­ment dans les conférences.

    Pour le débat sur l’open source, j’apprécierai bien un jour de voir l’aspect macro-économique de la chose traité sérieu­se­ment, avec une approche pros­pec­tive. Vers quel équi­libre entre OSS et logi­ciels com­mer­ciaux ou mixtes se dirige-t-on? Qu’est-ce qui est opti­mal du point de vue client d’un côté, et écono­mique de l’autre dans le cadre de la concur­rence inter­na­tio­nale? Etc. C’est un sujet très peu abordé. Est-ce qu’il faut encou­ra­ger le logi­ciel libre, ou le logi­ciel tout court (au niveau de l’implication de la puis­sance publique)? Etc.

  • […] A une ques­tion posée sur l’évolution de l’éducation à l’ère de l’Internet, Bay­rou répond qu’il a été l’un des pre­miers poli­tiques à s’intéresser au sujet des nou­velles tech­no­lo­gies dans l’enseignement (en 1990) et que le rôle des ensei­gnants doit res­ter stable, voire tra­di­tion­nel. Un peu en contra­dic­tion avec Enrique Dans qui inter­ve­nait la veille. […]




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