Aider les jeunes entrepreneurs

Publié le 23 mai 2006 et mis à jour le 27 décembre 2008 - 7 commentaires -
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Pen­dant la « crise » du CPE qui a égayé nos rues et nos débats poli­tiques ces der­niers mois, je me suis fait une réflexion liée à ma décou­verte du monde des entre­pre­neurs et du capi­tal risque : même dans ces cercles que l’on peut qua­li­fier “d’élites”, il est dif­fi­cile de se posi­tion­ner lorsque l’on est jeune, c’est-à-dire, un jeune entrepreneur.

Quelqu’un m’avait mis la puce à l’oreille pen­dant la visite du Consu­mer Elec­tro­nics Show de Las Vegas en jan­vier 2006. J’y par­ti­ci­pais avec un groupe d’une tren­taine de fran­çais, regrou­pés par Xavier Dal­loz, consul­tant bien connu de la conver­gence numé­rique (et proche de l’âge de la retraite). Lors d’un débat orga­nisé en fin de jour­née, mon voi­sin, un « jeune » patron de société de ser­vices (aux alen­tours de 35 ans) me fai­sait la réflexion sui­vante : « tu vois des jeunes par­mis nous? ». Un rapide tour de table et oui, effec­ti­ve­ment, il était le plus jeune d’entre nous. Et moi, j’étais un « middle-aged » dans cette audience !

Dans les nom­breux événe­ments pour entre­pre­neurs et capi­taux ris­queurs orga­ni­sés à Paris ces der­niers temps, même constat : les per­sonnes pré­sentes sont rare­ment jeunes. Jeunes au sens, moins de la tren­taine d’années. La moyenne d’âge y est plu­tôt située entre 35 et 45 ans. Quand je consulte la liste des star­tups finan­cées par les socié­tés de capi­tal risque (les VCs), itou : pas des masses de jeunes entre­pre­neurs. La ten­dance est plu­tôt de faire confiance aux « serial entre­pre­neurs » au cuir bien tanné.

Pour­tant, les jeunes ont de la res­source: de l’énergie à revendre, des idées, une meilleure sen­si­bi­lité aux ten­dances socié­tales, fort utile dans le monde de l’Internet qui évolue à la vitesse grand V et peu de dépen­dances fami­liales contrai­re­ment aux tren­te­naires et qua­dras ! Il serait bon de trou­ver le moyen de mieux les aider à entre­prendre. Et de faire un peu fi de ce retour de batons de l’éclatement de la bulle Inter­net qu’ils conti­nuent de payer. Ce n’est pas parce qu’il y a plus de six ans, beau­coup de jeunes s’étaient lan­cés - avec leurs finan­ciers - dans des pro­jets incon­si­dé­rés qu’ils sont tous dans ce cas là aujourd’hui!

Il se trouve que j’accompagne quelques star­tups dans leur déve­lop­pe­ment, dont deux sont créées par de jeunes entre­pre­neurs (Volun­tis et U.Lik). Leurs fon­da­teurs ont moins de trente ans. Ils ont tout de même une pre­mière expé­rience en entre­prise avant de s’être lan­cés dans l’entreprenariat. Leur jeu­nesse les han­di­cape un peu. Mais ils mis en place quelques recettes qui limitent l’impact de leur jeu­nesse. La pre­mière consiste à bien s’entourer, notam­ment au niveau du board de l’entreprise. Par exemple, Pierre Leurent, CEO de Volun­tis qui du haut de ses 28 ans, s’est entouré de Charles Beig­be­der (Powéo) et d’Yves Bar­bieux (ex PDg de Nestlé France). U.Lik est entouré de son côté de bons finan­ciers et d’un gars qui en connaît un peu en mar­ke­ting (moi). La seconde consiste à se lan­cer rapi­de­ment dans le recru­te­ment de poin­tures. Le cas de Volun­tis est inté­res­sant avec le recru­te­ment par Pierre Leurent d’Hervé Bar­katz, un mana­ger expé­rienté du sec­teur de Volun­tis (la santé) qui a 12 ans de plus que lui. Accep­ter de recru­ter quelqu’un qui apporte de la sénio­rité dans une équipe est une déci­sion impor­tante pour le jeune diri­geant. De son côté, U.Lik, créée par deux jeunes HEC, est expli­ci­te­ment à la recherche d’un CEO expérimenté !

Une fois cette « sénio­ri­sa­tion » de l’équipe et des accom­pa­gna­teurs, l’entrepreneur peut se lan­cer dans l’appel à du capi­tal risque, quitte à se faire aider par des leveurs de fonds (comme Aélios Finance, Chaus­son, ou Nor­mart). Il pourra faire appel à des « busi­ness angels », ces inves­tis­seurs pri­vés qui aident les entre­pre­neurs. Il n’y en a mal­heu­reu­se­ment pas beau­coup en France (5000 ou 10 fois plus au Royaume Uni et 100 fois plus aux USA). Il y en a peu dans la high-tech car peu d’entrepreneurs ont réussi en France dans ce domaine. Et le peu qui l’on fait se sont sou­vent « expor­tés » dans pays limi­trophes pour échap­per à l’ISF. Une grande part des busi­ness angels fran­çais sont issus d’autres sec­teurs d’activité comme la dis­tri­bu­tion. Donc, dans ce domaine, l’approche “réseau” compte beau­coup. Elle peut éven­tuel­le­ment pas­ser par les anciens élèves de son école, ou par d’autres réseaux plus ou moins formels.

Il existe sinon deux sources d’accompagnement non négli­geables. Tout d’abord, les nom­breux incu­ba­teurs que l’on trouve dans les grandes écoles de com­merce (HEC, ESSEC, etc) ou d’ingénieurs (Cen­trale, Télé­com, INT, etc). Ils peuvent mettre le pieds à l’étrier de leurs étudiants et même sou­vent d’anciens élèves pas­sés par une pre­mière expé­rience – fort utile - en entre­prise. Ensuite, le jeune entre­pe­neur pourra se faire accom­pa­gner par les incu­ba­teurs ou pépi­nières « publiques ». Les plus actives exercent leur acti­vité à l’échelle régio­nale. C’est le cas de Paris Déve­lop­pe­ment pour la région pari­sienne. Ces « têtes de réseau » sont fort utiles pour gui­der l’entrepreneur dans la dense jungle des aides publiques, notam­ment finan­cières (OSEO-Anvar, etc). Enfin, il peut y avoir les accom­pa­gne­ments d’entreprises du sec­teur high-tech. Avec son pro­gramme IDEES des­tiné au sou­tien des star­tups, Micro­soft pour­rait aider les jeunes entre­pre­neurs. D’autant plus que le gars qui en a la charge, Julien Codor­niou, a juste 27 ans!

Bref, avec le CPE, les jeunes ont repris un peu de poil de la bête et de recon­nais­sance dans le débat poli­tique. Mais leurs demandes rele­vaient de la peur du risque dans le monde des entre­prises. Il y a des jeunes qui eux, sont prêts à prendre des risques. Qui veut bien les aider? J’ai pour ma part décidé d’en faire par­tie. Pour ceux que cela inté­resse, je tra­vaille sur un docu­ment sur l’Accom­pa­gne­ment des star­tups en France, en cours de rédac­tion. J’y recense les dif­fé­rentes aides à l’entreprenariat, à des­ti­na­tion notam­ment des jeunes créa­teurs d’entreprises. C’est aussi la rai­son pour laquelle je donne quelques confé­rences sur l’innovation et le mana­ge­ment à Cen­trale comme à HEC (MBA).

Si vous êtes jeune entre­pre­neur, votre expé­rience m’intéresse ! Exprimez-vous et faites nous part de votre par­cours et des dif­fi­cul­tés que vous avez ren­con­trées et com­ment vous les avez surmontées.

Article mis à jour le 27 décembre 2008 pour poin­ter sur la ver­sion de décembre 2008 du guide.

Publié le 23 mai 2006 et mis à jour le 27 décembre 2008 Post de | Actualités, Startups | 6727 lectures

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Les 7 commentaires et tweets sur “Aider les jeunes entrepreneurs” :

  • [1] - julien a écrit le 13 juin 2006 :

    27 ans mais toutes ses dents.. :)

  • [2] - leafar a écrit le 15 juin 2006 :

    27 ans et bien­tot plus de dents à force de les user sur les bugs du site et les drafts de busi­ness plans.…

  • [3] - Jeremy a écrit le 31 juillet 2006 :

    Pour­quoi, tu les mâches avant de les ava­ler tes drafts de busi­ness plan leafar?));

    Hon­nê­te­ment, je suis un tout jeune aussi (23 ans), pas encore entre­pre­neur. Et ce n´est pas évident de se dire qu´on va se lan­cer comme ça. La vie pro­fes­sion­nelle dure 50 ans. Donc il est ten­tant d´en pas­ser au moins une petite par­tie (5 ans? plus? moins?) à apprendre dans des orga­ni­sa­tions struc­tu­rées, rôdées, ambi­tieuses, dynamiques…Quel que soit l´épithète retenu, c´est de toutes façons ce que les inves­tis­seurs attendent. C´est aussi une ques­tion de culture: je me suis déjà essayé à la levée de fonds (avec un suc­cès hono­rable) dans un envi­ron­ne­ment étran­ger (Israël, où les gens sont tout de même assez res­pec­tueux des ini­tia­tives, même émanant de jeunes).

    Quel serait votre conseil, Oli­vier Ezratty, aux jeunes aspi­rant à entre­prendre: bos­ser com­bien de temps et dans quel type de boites (indus­trie, conseil, banque, etc.)? Je quit­te­rai pour ma part l´école à 24 ans et des pous­sières. Donc 5 ans d´expérience, et je n´ai déjà plus de dents: je passe la barre fati­dique défi­nie dans votre - excellent - article.

  • [4] - Olivier Ezratty a écrit le 2 août 2006 :

    Il n’y a pas de réponse toute faite à ce genre de ques­tion. Il y a des gens qui sont faits pour avoir le “lead” et deve­nir entre­pre­neurs et d’autres pour les­quels ce n’est pas évident. Même si tout peut s’apprendre à force de volonté.

    Ce qui est clé pour un entre­pre­neur, c’est de bien s’entourer rapi­de­ment. Sur­tout par des gens bien plus expé­ri­men­tés que lui (ou elle). La créa­tion d’un exper­tise col­lec­tive per­met­tra de déve­lop­per l’entreprise, d’y inté­grer matu­rité et pro­cess au moment où c’est néces­saire. C’est ce qui est arrivé à plein d’entrepreneurs bien connus de l’informatique: Scott McNeally chez Sun, Larry Elli­son chez Oracle, Steve Jobs chez Apple (qui s’est fait viré en 1985 par le mec expé­ri­menté qu’il avait recruté chez Pepsi : John Scul­ley), et évidem­ment Bill Gates. Même si ce der­nier avait recruté en 1980, 5 ans après la créa­tion de sa boite, un cer­tain Steve Ball­mer, pote de Har­vard, qui lui avait fait ses classes au pro­duct mar­ke­ting chez Proc­ter et Gamble.

    Une expé­rience dans une grande entre­prise apporte cer­tai­ne­ment une expé­rience com­plé­men­taire à celle de la star­tup. J’ai croisé récem­ment pas mal d’entrepreneurs qui avaient fait des aller et retour entre les deux. Soit en com­men­cant par la star­tup, soit par la grande entre­prise. Mais pour qu’elle ait un inté­rêt pour un futur entre­pre­neur, cette expé­rience doit se dérou­ler dans un contexte favo­rable où le jeune obtient rapi­de­ment des res­pon­sa­bi­li­tés, peut prendre des risques, dis­po­ser de moyens et avoir un impact sur sa boite. Sinon, il végè­tera et ne pren­dra pas la dimen­sion qui lui per­met­tra de deve­nir créa­teur d’entreprise.

  • [5] - Jeremy a écrit le 2 août 2006 :

    Merci pour ce témoi­gnage avisé. Je ne pen­sais pas qu´il se fai­sait cou­ram­ment que des start-uppers passent en grosse boite (il y a certes quelques exemples, Pierre Chap­paz entre autres), mais c´est bon à savoir.

    J´ai de plus remar­qué que 80% des CEOs amé­ri­cains (certes, ce ne sont pas des entre­pre­neurs, mais pour­sui­vons) étaient d´anciens sales­men. Je me demande de plus en plus si apprendre à vendre, et se tirer la bourre avec ses cama­rades pour vendre plus qu´eux n´est pas la meilleure école de l´entrepreneuriat où la réus­site ini­tiale tient en grande par­tie à la force de conviction.

  • [6] - Olivier Ezratty a écrit le 3 août 2006 :

    Etre ven­deur ne veut pas néces­sai­re­ment dire avoir été com­mer­cial. C’est plus un tem­pé­ra­ment qu’un métier en tant que tel, pour la com­pé­tence du créa­teur d’entreprise. Dans tous les cas de figure, il faut de toutes façons avoir dans son équipe de star­tup un bon direc­teur com­mer­cial et un “deal maker” si on ne peut pas jouer soi même ce rôle.

    Et il est pré­fé­rable de “se tirer la bourre” avec les concur­rents pour gagner les clients que de se “tirer la bourre” avec ses col­lègues com­mer­ciaux pour avoir le prix du meilleur com­mer­cial du coin.

  • [7] - Jeremy a écrit le 3 août 2006 :

    Bien d´accord, et là on rentre dans toutes ces pro­blé­ma­tiques d´alignements des inté­rêts des dif­fé­rents sta­ke­hol­ders de l´entreprise: actionnaires-managers, managers-employés, dépar­te­ment com­mer­cial - dépar­te­ment logistique/prod, client-fournisseur, et inter-opérationnels. Cela dit, si les péri­mètres (géo­gra­phique, fonc­tion­nel, appli­ca­tif, tech­nique, seg­men­tiel, sec­to­riel, etc.) sont bien défi­nis, une concur­rence interne peut être saine et pas incom­pa­tible avec la recherche de la per­for­mance vis-à-vis de ses concurrents.

    Chez un très grand cos­mé­ti­cien dont le siège est à Cli­chy par exemple, il paraît qu´ils réunissent com­mer­ciaux et chefs de pro­duit de toutes les marques à la fin de chaque mois, et font appa­raître dif­fé­rents clas­se­ments en volume des ventes et accroîs­se­ment de la part de mar­ché par rap­port à la com­pé­ti­tion. Les bonus sont indexés sur ces per­for­mances. On m´a dit qu´une règle impli­cite était que si l´on appa­raîs­sait deux fois en bas du clas­se­ment dans l´année, on pou­vait d´ores et déjà refaire son CV.

    Et la société en ques­tion marche très bien en Bourse: même si cela peut por­ter atteinte à l´ambiance dans les bureaux, notam­ment pour ceux qui ne sont pas pré­pa­rés à un tel envi­ron­ne­ment, une ges­tion saine de la concur­rence en interne per­met à l´entreprise d´être plus agres­sive face à la com­pé­ti­tion. Il n´y a pas incom­pa­ti­bi­lité entre “se tirer la bourre” en interne et gra­piller des pdm aux concurrents.

    Main­te­nant, dans la vente de pro­duits com­plexes (sys­tèmes infor­ma­tiques, etc.), il est clair que la coopé­ra­tion entre départements/régions/etc. compte bien plus. Il incombe au mana­ge­ment de trou­ver la recette qui fonc­tionne pour inté­res­ser les équipes au tra­vail d´équipe en interne.

    Dans son bou­quin “Who said Ele­phants can´t dance?”, Lou Gerst­ner décrit admi­ra­ble­ment com­ment il récon­ci­lie les dépar­te­ments d´IBM, aupa­ra­vant de véri­tables baron­nies. J´en ai écrit une petite note sur mon blog: http://itaddict.blogspot.com/2006/06/book-review-lou-gerstners-who-said.html




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